Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DANEMARK

Le mouvement pacifiste face au gouvernement bourgeois minoritaire

· Inprecor n° 166, 6 février 1984 · p. 10-14 · 4 301 mots

Paix et armements Syndicalisme URSS et Russie Grande-Bretagne

Le mouvement pacifiste face au gouvernement bourgeois quadripartite refusé l'installation des missiles améri- née signifie que cette opposition a péné-

DANEMARK E pour 1984 - ce qui n'était pas advenu depuis 1929, les 1 N rejetant, le 15 décembre dernier, le projet de budget partis d'opposition ayant une longue tradition d'approbation des lois de finance « par respect pour le régime démocratique et pour que la machine puisse fonctionner » —, le Parlement danois (Folketing) contraignait le gouvernement bourgeois minoritaire de Poul Schlüter à organiser des élections législatives anticipées.

Les précédentes consultations avaient eu lieu en décembre 1981. Elles avaient permis aux sociaux démocrates, en dépit d'un recul électoral, de rester à la tête du gouvernement qu'ils dirigeaient depuis 1975 sous la présidence d'Anker Joergensen. Minoritaire au Parlement, le Parti social-démocrate commença à impulser une politique d'austérité, puis passa les rênes du gouvernement aux formations bourgeoises, s'accéléra, se heurtant à une résistance des travailleurs, comme en témoigna la longue grève des dockers de la fin 1982 contre la remise en cause du système d'indemnités de chômage (1). Un durcissement du régime s'exprima alors avec l'utilisation de la répression contre cette grève et de l'arsenal juridique bourgeois contre ses dirigeants. Le gouvernement essaya même de convailleurs. Sur un autre registre, la mobilisation pacifiste a contraint le gouvernement bourgeois de Schlüter à certains reculs tandis que le très réactionnaire Parti du progrès chute de 8,9 % à 3,6 %, du fait de l'emprisonnement de son leader pour fraude fiscale juste avant les élections, et que le Parti du centre démocrate passe de 8,3 % à 4,6 % des voix. Le Parti libéral radical, une formation bourgeoise ayant une tradition d'opposition à la militarisation, obtient 5,5 % des voix contre 5,1 %

Les sociaux démocrates continuent à subir une érosion, même si c'est à un rythme très lent, puisqu'ils obtiennent 31,5 % des suffrages contre 32,9 % en 1981. Quant aux partis à leur gauche, ils n'ont généralement pas offert une alternative crédible dans les luttes et les mobilisations leur permettant d'augmenter sensiblement leurs résultats électoraux, et conservent donc leur score de 1981. Le Parti socialiste populaire, dont la fraction parlementaire se distingue bien peu des sociaux démocrates, passe de 11,3 % des suffrages en 1981 à cains, il a été possible d'amener à faire Le mouvement pacifiste danois est comprendre très largement le danger que celui qui, en Europe occidentale, a obte- représentent ces armes de première nu les résultats les plus marquants au cours de l'année 1983. Bien qu'il n'y ait pas d'armes nucléaires stationnées aujour- pacifiste montrent que 70 % de la populad'hui sur son sol et que le Danemark ait tion est opposée à ces missiles. Cette don-

Manifestation pacifiste à Bonn, en octobre 1983. (DR) 11,5 % cette fois-ci, tandis que les socialistes de gauche (VS), coalition bancale de diverses tendances d'opposition sans très grande cohérence programmatique, obtient 2,6 % des voix contre 2,7 % en 1981.

Rédigé avant le déroulement des élections, l'article que nous publions ci-dessous reflète les interrogations et les appréhensions qui se faisaient alors jour sur les possibilités de renforcement significatif du gouvernement et des partis bourgeois. Tel n'a pas été le cas. Le gouvernement Schlüter ne sort en effet pas renforcé de ces consultations électorales et reste donc minoritaire au Parlement. Sa politique d'austérité et d'appui à la militarisation impérialiste se trouvera donc toujours confrontée à une forte opposition populaire sur ces deux terrains.

tré largement les rangs mêmes de ceux qui votent pour les partis bourgeois. Bien plus, le Danemark se trouve être le seul pays d'Europe occidentale où cette oppoLes études faites par le mouvement

1. Cf. Inprecor numéro 146 du 28 mars 1983.

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sition aux missiles, populaire et majoritaire, se soit traduite au sein du Parlement, en dépit de l'opposition acharnée, sur cette question, du gouvernement bourgeois minoritaire

La résolution adoptée au Folketing (Parlement danois), le 26 mai 1983, mandatait le gouvernement pour réclamer que les négociations de Genève soient prolongées jusqu'à ce que l'Union soviétique et les Etats-Unis parviennent à une solution. Elle appelait, en l'occurrence, à mettre en œuvre une réduction suffisante des SS 20 soviétiques pour que le déploiement des 572 missiles américains n'ait plus aucune justification. De même, cette résolution demandait que les forces nucléaires britannique et française soient inclues dans les négociations, et demandait également que l'installation de nouveaux missiles soit suspendue pendant toute la durée des négociations. La résolution soutenait ainsi toute négociation allant dans le sens d'un gel bilatéral et d'une réduction générale de tous les types d'armes nucléaires et de leurs systèmes balistiques. Cette résolution ayant été totalement ignorée par l'Organisation du traité de l'Atlantique-nord (OTAN), une seconde résolution a été adoptée le ler décembre, mandatant le gouvernement pour exprimer, à la réunion des ministres de l'OTAN des 9 et 10 décembre, un « refus décisif » du déploiement des premiers missiles Cruise et Pershing. Cette résolution appelait également à ce que le Danemark ne verse pas un centime pour ces missiles.

Aussi, le mouvement pacifiste danois peut-il noter avec une certaine satisfaction que l'objectif de sa campagne de 1983 a été globalement atteint. Ce succès ne s'est pas seulement traduit par les commentaires affligés des officiels de l'OTAN, selon lesquels le Danemark avait ainsi réduit son statut à celui d'une « nation de seconde zone », à l'instar du Groenland. Il s'est également traduit par l'aigreur manifestée par Uffe Ellemann Jensen, ministre des Affaires étrangères, visiblement malade à l'idée de devoir présenter à ses amis de l'OTAN une résolution « imbécile, absurde et totalement irresponsable ».

LES FINANCES ET LES MISSILES

Il apparaît justifié de se demander comment un gouvernement composé des partis les plus engagés aux côtés de l'OTAN ait pu admettre des résolutions qui attaquent sérieusement les points clés des plans de redéploiement militaire des Etats-Unis et de l'OTAN. Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas immédiatement démissionné, au lieu d'attendre le 15 décembre pour appeler à de nouvelles élections législatives pour le 10 janvier? Et pourquoi a-t-il appelé à ces élections précisément sur la question du budget? En fait, il est facile de trouver la réponse. Selon toute probabilité, le gouvernement perdrait les élections si celles-ci étaient centrées sur la question de l'accroissement des armes nucléaires et de la politique à adopter en matière de sécurité nationale. En mettant la question du budget au centre des élections, le gouvernement espère pouvoir noyer celle des missiles dans le flot des considérations sur l'état de la balance des paiements et le déficit budgétaire.

Les sondages prévoient un avantage significatif au profit de la coalition gouvernementale bourgeoise quadripartite (2). Le Parti conservateur, dirigé par le Premier ministre Poul Schlüter, est censé doubler son score, passant de 15% obtenus aux dernières élections de 1981, à 30 %, juste derrière le Parti social-démocrate l'opposition. Les trois autres partis gouvernementaux, le Parti libéral (Venstre), le Parti du centre démocrate (Centrum Demokraterne) et le Parti chrétien du peuple (Kristeligt Folkeparti) sont bien sûr supposés enregistrer une baisse, mais les gains des conservateurs pouvoir la compenser plus que largement.

Si tel est le résultat, cela ne permettra pas seulement de rendre les choses plus faciles au gouvernement bourgeois pour présenter au Parlement sa politique des revenus et d'austérité réactionnaire. Cela aura également des conséquences sur la politique extérieure et les questions de sécurité nationale. Selon les prévisions, le gouvernement quadripartite est suscepti-

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100 000 manifestants sur la Schlussplatz de Stuttgart, en fin 1983. (DR) ble d'obtenir une majorité absolue au Parlement sur ces questions, grâce au soutien du très réactionnaire Parti du progrès (Fremstridtsparti). Dans ce cas, la majorité contre les missiles, que l'on trouve actuellement au Parlement, se transformera en une majorité clairement favorable aux plans de militarisation de T'OTAN.

apparaît cependant improbable que le gouvernement bourgeois jette purement et simplement au panier la résolution sur les missiles adoptée en mai dernier par le Folketing, car cela lui poserait des problèmes vis-à-vis du sixième parti bourgeois, le Parti libéral radical (Radikale Venster), qui soutenait jusqu'aux élections la politique antisociale de Schlüter. Mais les radicaux, qui ont une longue tradition antimilitariste, ont toujours voté contre l'accroissement des dépenses mili-

2. Minoritaire au Parlement danois avec 65 élus sur 179 sièges, la coalition bourgeoise quadripartite dite du « trèfle à quatre feuilles » a été formée le 10 septembre 1982, lorsque le Parti social-démocrate, au gouvernement depuis 1975, et lui aussi minoritaire à l'Assemblée, décida de passer la main à l'opposition bourgeoise. Cette coalition regroupe, sous la direction du Premier ministre et chef du Parti conservateur Poul Schlüter, les libéraux, les chrétiens populaires et le centre démocrate.

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taires. Ils se sont donc trouvés de ce fait aux côtés de ceux qui s'opposent aux missiles, bien qu'ils n'aient cessé de louvoyer et de jouer les acrobates, pour éviter de mettre le gouvernement en cause pour son soutien total et inconditionnel à tout ce qui venait de l'OTAN et des EtatsUnis. Cependant, une chose est claire : si gouvernement quadripartite obtient la majorité, avec le soutien du Parti du progrès, il ne lèvera pas le petit doigt pour appliquer la résolution sur les missiles, et toute tentative visant à donner au Danemark une position critique et indépendante vis-à-vis des projets de l'OTAN se trouvera bloquée dans les faits.

LES SOCIAUX-DÉMOCRATES

C'est pour l'essentiel sur le Parti social-démocrate que repose la responsabilité d'une telle situation. Au cours de la période précédente, ce parti a maintes fois eu l'occasion de faire bloc avec le Parti socialiste populaire (Socialistik Folkeparti, SF, un groupe assez comparable au courant de Tony Benn dans le Parti travailliste en Grande-Bretagne), les Socialisgauche (Venstresocialisterne, VS, un groupe centriste de gauche) et avec les radicaux pour battre le gouvernement sur sa politique en matière de sécurité nationale. Mais, en dépit du fait que les sociaux-démocrates sortiraient certainement vainqueurs des élections si celles-ci étaient centrées sur la question des missiles, ils ont délibérément évité d'en faire l'enjeu consultation électorale du 10 La raison en est qu'un tel résultat rendrait impossible pour plusieurs années leur collaboration avec certaines forces bourgeoises. Et cela n'impliquerait pas seulement une rupture de l'unité avec les partis bourgeois sur les principaux aspects de la politique de défense nationale du Danemark, unité qui prévaut depuis la Seconde Guerre mondiale et la formation de l'OTAN. Cela impliquerait également un tel accroissement des scores des partis à la gauche du Parti social-démocrate, que celui-ci ne pourrait plus continuer à refuser une collaboration avec les autres partis ouvriers.

Un tel résultat renforcerait encore la pression des syndicats sur les sociaux-démocrates pour former un gouvernement des travailleurs en alliance avec les autres composantes du mouvement ouvrier, afin d'engager des réformes profondes dans l'intérêt de la majorité de la population. Ce processus renforcerait ainsi la pression vis-à-vis du Parti pour qu'il cesse de collaborer avec les partis bourgeois.

Pour éviter de se trouver dans une telle situation, les sociaux-démocrates ont joué un jeu parlementaire révoltant, essayant de trouver un équilibre entre la déférence par rapport à un mouvement pacifiste en pleine expansion et le maintien de leur loyauté à l'égard de l'OTAN. D'un côté, ils se sont déclarés opposés à l'installation des 572 missiles en Europe. De l'autre, ils ont refusé de se prononcer clairement contre la décision de l'OTAN dite

« du contrôle à double clef » (3). De même, s'ils se sont déclarés opposés au stationnement de toute arme nucléaire sur le danois, et ce « quelles que soient les circonstances », ils ont dans le même temps refusé de se prononcer pour que le Danemark soit décrété territoire non-nu-

Men temps de paix comme temps de crise et de guerre (4).

L'EXPÉRIENCE DU MOUVEMENT

PACIFISTE AUJOURD'HUI Au cours de la campagne électorale, le mouvement pacifiste a mobilisé toutes ses forces pour que les citoyens danois donnent leurs voix aux candidats opposés aux missiles. La question qui se pose aujourd'hui est de savoir quelle sera la réponse et la réaction du mouvement, si les élections du 10 janvier n'aboutissent pas aux résultats qu'il escompte, pour lesquels il s'est battu tout au long de l'année 1983. Pour y répondre, il est nécessaire de faire un retour en arrière sur l'expérience du mouvement au cours des deux

Le secret du succès du mouvement pacifiste danois réside dans son mode d'organisation et dans sa capacité excep tionnelle à maintenir l'unité, en dépit d'une très grande hétérogénéité politique. Une multitude de groupes pacifistes se sont développés à travers le pays. Depuis la fin de l'année 1982, la grande majorité de ces groupes s'est affiliée à la Campagne nationale contre les missiles nucléaires (Landskampagne Stop Atomarketterne). Seuls les groupes appartenant au rejeton danois de l'END (5) ont refusé, de façon sectaire, de se joindre à cette le prétexte qu'une attention insuffisante était accordée à « l'aspect est-européen des choses ».

Jusqu'à aujourd'hui, les bases de travail de la Landskampagne ont été de parvenir à ce que le Danemark refuse, sans ambiguïté aucune, le stationnement des sur son territoire pour aider à l'installation de ces missiles, ne pas payer un centi-

3. Le « contrôle à double clef » est une position défendue en Angleterre par le Parti social démocrate (SDP), qui signifie que la décision de faire usage des missiles stationnés dans ce pays devrait être prise conjointement par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, les Etats-Unis seuls. Cette revendication ne représente pas un refus systématique des missiles américains, mais une participation des gouvernements occidentaux à leur installation, contrepartie d'une association, toute théorique

4. Demander que le Danemark soit déclaré zone dénucléarisée, non seulement en temps de paix mais également en temps de crise et de guerre, est d'une grande importance, car cela signifie détacher complètement le pays de la stratégie nucléaire de l'OTAN. Si cette demande était satisfaite, cela rendrait nuls et non avel'OTAN, qui autorisent d'introduire de nouvelles troupes et de nouveaux moyens aéronauti-

Danemark en cas de prétendues situaEn application de ces traités, toute une série de dépôts et de bases ont été construits au cours de l'année. Ils sont destinés aux

200 avions affectés au Danemark à titre de « renforcement ». Ces traime à cet effet, et faire l'impossible pour que la décision du « contrôle à double clef » soit remise en cause. Sur cette base unitaire, s'opposant clairement aux plans de redéploiement militariste de l'OTAN et des Etats-Unis, il a été possible de mobiliser des centaines de milliers de personnes. Plusieurs manifestations de masse ont été organisées, la plus récente ayant vu, le 29 octobre 1983, une centaine de milliers de personnes défiler dans les rues de Copenhague. Le 29 octobre toujours, entre 150 000 et 200 000 personnes ont manifesté dans la rue à travers tout le pays

Simultanément, le mouvement pacifiste commençait à pénétrer largement au sein du mouvement ouvrier. Contrairement à l'année 1982, un très grand nombre de conseils municipaux et de syndicats se sont associés aux grandes manifestations d'octobre. Un certain nombre de syndicalistes actifs se sont organisés dans

Dans d'autres villes, un grand nombre de section syndicales, et meme des conseils municipaux dominés par les sociaux-démocrates, se sont affiliés aux groupes pa-

Le 22 novembre a été la meilleure illustration de ce processus: le dirigeant de la centrale syndicale danoise Landsorganisationen (LO) a été obligé, sous la pression de la base, de suivre l'exemple de la DGB, la centrale syndicale ouest-allemande, et d'appeler à une grève générale de cinq minutes contre les missiles (6). La grève a été suivie de façon massive dans toutes les grandes villes du pays. Les bus se sont arrêtés, les travailleurs ont quitté leurs entreprises et sont descendus, banderoles en mains, dans les rues, bloquant la circulation. Les stations de radio ont transmis le signal de l'arrêt de travail, qui a été suivi par les travailleurs du secteur public. Dans les écoles et autres institutions scolaires, cet arrêt a été mis à profit pour mener une discussion sur le problème de la paix et de la course aux armements. Cette action de quelques minutes a montré le pouvoir tés signifient que les terrains d'aviation danois peuvent être transformés en deux heures en bases atomiques opérationnelles, à partir desquelles les combattants et les chasseurs bombardiers appartenant aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne pourraient lancer une attaque surprise contre l'Union soviétique. Cela accroit encore le danger que le Danemark ne soit entraîné dans une guerre à laquelle il n'aurait aucun intérêt et rien à dire, par exemple si les Etats-Unis décidaient, en raison d'un conflit au Moyen-Orient ou en Amérique centrale, de porter toutes leurs forces sur l'Europe, et celles de l'OTAN en général, et de les mettre en alerte pour forcer l'Union soviétique à cesser toute aide aux mouvements de libération dans le Tiers monde.

5. La Campagne européenne pour le désarmement nucléaire (European Nuclear Disarmament, END) est un regroupement de personnalités opposées à l'armement nucléaire, dont le porte-parole est Edward Thompson, et dont l'axe principal d'intervention dans les mouvements de masse antiguerre porte sur la création d'une zone européenne dénucléarisée.

6. Sur la grève en République fédérale allemande contre les missiles, se reporter à Inprecor numéro 159 du 4 octobre 1983.

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mouvement ouvrier organisé : il est capable, non seulement d'immobiliser totalement le pays en appelant à un arret de travail, mais également d'attirer de larges couches de la population, quand il fait preuve de décision et de volonté à utiliser son pouvoir pour appuyer ses revendica-

AVEC LES PARTIS BOURGEOIS

Pour le mouvement pacifiste, cette action devrait rester comme un exempletype de la nécessité de s'orienter en direction du mouvement ouvrier. Cependant, dans de larges secteurs du mouvement pacifiste, on observe au contraire une tendance nette à se tourner vers les forces bourgeoises pour les associer plus en plus au surprise, des militants du Parti commudanois (Danmarks Kommunistisk Parti, DKP) ou issus de l'organisation pacifiste dominée par le DKP (Samarbedjdskomite for Fred og Sikkerhed), qui poussent dans ce sens. Et cela non pas parce qu'ils sont contre le fait que les syndicats s'engagent dans cette activité pacifiste, bien au contraire, mais parce que, visiblement, c'est mouvement pacifiste lui-même qui ne devrait pas, à leurs yeux, s'engager dans ce genre d'affaires. Selon eux, la propagande et la lutte pour la paix au sein du mouvement ouvrier devraient être laissées entièrement aux mains des syndicalistes actifs. D'un autre côté, au sein du mouvement pacifiste, le DKP se bat pour que aujourd'hui, et pour gagner de éléments, essentiellement des forces bourgeoises ou petites bourgeoises, à un grand front pour la paix.

Cette conception est directement issue de la ligne développée par les membres du DKP au sein du mouvement pacifiste. Par exemple, certains dirigeants se sont prononcés contre le fait d'appeler le mouvement à participer à la manifestation contre Schlüter, le Premier ministre du gouvernement bourgeois quadripartite, organisée le 4 octobre par les syndicats. Leur argument était le suivant: il y a de personnes dans le mouvement pacifiste qui votent pour les partis bourgeois ; dès lors, cela risque de les effrayer, si on les appelle directement à en finir avec ce gouvernement favorable aux missiles. Dans le même temps, les membres du DKP n'ont pas fait grand-chose pour amener le mouvement à se mobiliser contre les « Reinforcement Treaties » (7) ou pour essayer de faire le lien avec la lutte anti-impérialiste et la lutte pour la paix

LES TENTATIVES DE CHANGER

LA BASE DU MOUVEMENT Derrière cette ligne se trouve une conception plus générale de la fonction et des tâches du mouvement pacifiste. Pour le DKP, le mouvement n'a pas pour but ciliter les succès diplomatiques de l'Union soviétique. Dès lors, les militants pacifistes membres du DKP se sont systématiquement évertués à modifier la base d'action initiale de la Campagne nationale contre les missiles. Plutôt que de laisser la mobilisation s'axer sur le refus clair de l'implantation des missiles de l'OTAN, et ce, quelle que soit l'issue des négociations de Genève, les militants du Parti communiste danois ont précisément essayé de lier le mouvement pacifiste à ces négociations entre l'URSS et les Etats-Unis. Ceci se trouvait reflété dans les slogans mis en avant par ce courant, tels que « Donnez une nouvelle chance aux négociations de Genève ! » ou « Aujourd'hui, des négociations sincères et honnêtes sur la réduction de l'armement ! »

De même, les membres du DKP ont tenté de faire de la résolution parlementaire du 26 mai 1983 l'axe de toutes les activités du mouvement pacifiste. Cette résolution a bien sûr représenté une victoire importante pour le mouvement antiguerre, mais elle n'a pas correspondu à un net aux 572 missiles de l'OTAN. Cependant, au lieu d'utiliser cette opportunité pour pousser les sociaux-démocrates à s'engager plus avant dans la mobilisation contre les missiles, les militants du DKP se sont arrêtés à mi-chemin. Soudain, la tâche du mouvement pacifiste n'était plus de forcer le Parlement à tenir compte de cette revendication populaire d'opposition totale aux missiles, mais d'obtenir un large soutien de la population en appui à la position de la majorité

Finalement, les membres du DKP ont « gel » du développement des armes nucéaires la revendication essentielle pour la venir. Leur argument est que le déploiement des premiers missiles de l'OTAN et le contre-déploiement des SS 20, SS 22 et SS 23 soviétiques en République démocratique allemande (RDA) et

Tchécoslovaquie, ont inauguré une nouvelle situation pour le mouvement de la paix. Dès lors, il faudrait concentrer les forces sur l'arrêt de la course aux armements avant qu'il ne soit trop tard. Ainsi, le mouvement pacifiste devrait faire de l'agitation pour un règlement négocié à Genève menant à une réduction des armes nucléaires en Europe, par exemple sur la base de la résolution parlementaire

Seule l'opposition acharnée des militants du Parti socialiste des travailleurs (Socialistiche Arbeiderspartei, SAP, section danoise de la IVe Internationale) a fait que cette proposition ne soit pas adoptée à la conférence de la Landskampagne qui s'est tenue à Fredericia, à la mi-décembre. Leur argument contre la revendication du « gel » se fondait sur l'analyse que cela aurait signifié accepter dans les faits l'installation de 9 Pershing II et de 38 missiles Cruise prévus au Danemark ! Il faut au contraire exiger aussi leur retrait immédiat, et ne pas faire dépendre la réduction de l'armement nucléaire au Danemark de l'habilité des Etats-Unis et de l'Union soviétique à parvenir à un quelconque accord à huis-clos à Genève. Il est donc nécessaire de demander le désarmement immédiat et de commencer à l'Ouest. Les trois cent militants pacifistes présents à la conférence de la mi-décembre se sont montrés assez réceptifs aux arguments des militants du SAP, et les pires aspects de la proposition du DKP ont été

LE NOUVEAU PROGRAMME DE LA LANDSKAMPAGNE Le nouveau programme adopté à cette prend les revendications suivantes :

1. Arrêt immédiat du déploiement de nouveaux missiles, à l'Ouest comme à l'Est et retrait de ceux qui ont déjà été installés. Cela concerne les Pershing II et les missiles Cruise aussi bien que les nouvaux missiles soviétiques qui ont été installés pour les contrer.

2. Organisation de nouvelles négociations pour réduire le nombre des armes nucléaires et avancer vers une Europe entièrement dénucléarisée.

3. Poursuite, par le Danemark, d'une ger le dialogue et la détente entre l'Est et

4. Le gouvernement et le Parlement doivent prendre les dispositions suivantes pour faire du Danemark un pays non nucléarisé : déclarer le territoire national zone non nucléarisée, non seulement en temps de paix mais également en temps de crise et de guerre, retirer le pays du groupe de l'OTAN chargé de la planification des installations des missiles nucléaires ; prendre des initiatives afin que les pays scandinaves travaillent concrètement à l'établissement d'une zone dénucléarisée dans la région scandinave. LE POINT DÉCISIF : LES ACTIVITÉS

DU MOUVEMENT PACIFISTE Ainsi, le programme de la Landskampagne apparaît clairement et fortement influencé par les positions du DKP. L'accent est mis sur une réduction bilatérale de l'armement au moyen de négociations et non sur un désarmement unilatéral à l'Ouest au moyen de grèves politiques, de mobilisations de masse et de blocus des

Cependant, au-delà même de la formulation exacte et du programme spécifique du mouvement pacifiste, c'est la dynamique de la mobilisation qui apparaît décisive. Or, toute mobilisation de masse contre les missiles s'oppose à la politique de l'impérialisme, et ce même si elle se fait sur la base de la revendication d'une réduction bilatérale de l'armement. Dès lors, le type d'activités engagées par le mouvement apparaît comme la question principale. Et dans ce domaine, un certain nombre de propositions ont été émises.

Tout d'abord, il a été proposé de coordonner les activités avec les autres mouvements d'Europe occidentale pour parvenir à l'organisation d'un référendum

7. Cf. note numéro 4.

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alternatif sur la question des missiles,

Manifestation officielle à léna : « Aux pacifistes : le désarmement uni-

RDA dans la période précédant les élections eulatéral du socialisme ne crée pas la paix ! » (DR)

ropéennes de juin 1984. Cette proposition est importante car elle est un jalon

2 sur la voie à suivre pour avancer vers une coordination internationale plus étroite de la lutte antiguerre. Il a également été proposé de prendre contact avec le mou-

IN

ABRUSTUN vement pacifiste ouest-allemand pour

EITIGE savoir comment propager l'idée de journées de protestation mensuelles contre les missiles, ayant lieu simultanément dans tous les pays d'Europe de l'Ouest. En ou-

DES 50ZIALI5MU5 tre, le mouvement antiguerre danois est en train d'organiser des mobilisations de masse à l'occasion des traditionnelles fêtes de Pâques.

Une grande conférence pour la paix doit également se tenir au de se débarrasser des missiles qui ont été déployés en Europe de l'Ouest et, à partir de là, des missiles d'Europe de l'Est, le mouvement ouvrier doit peser de tout son poids dans la mobilisation anti-

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