Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETATS-UNIS

Création de l'organisation Socialist Action

Inprecor n° 167, 20 février 1984 · p. 18-20 · 3 635 mots

IVe Internationale Syndicalisme Stalinisme Pologne

méro de Socialist Action, un nouveau journal mensuel publié aux Etats Unis par

JUS publions ci-dessous de larges extraits d'un article paru dans le premier nu l'organisation qui porte le même nom. Cette organisation a été fondée par des partisans de la IVe Internationale aux Etats-unis exclus du Socialist Workers Party

(SWP, Parti socialiste des travailleurs), l'organisation en solidarité politique avec la IVe

Lors de sa réunion d'octobre 1983, le Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale a décidé de considérer que ces camarades demeurent dans le cadre de la IVe Internationale, dans la mesure où cela est compatible avec les lois en vigueur aux Etats-

Unis, et a appelé le SWP à inverser son cours organisationnel et à réintégrer immédiatement et collectivement les camarades exclus. Jusqu'à ce que cette décision soit applileurs opinions politiques n'auront d'autre choix que de s'organiser collectivement pour participer à la discussion préparatoire au prochain congrès mondial de la IVe Internationale et assumer leurs responsabilités en tant que militants révolutionnaires dans la

ETATS-UNIS

Création de l'organisation

Internationale dans ce pays. « SOCIALIST ACTION »

Lorsqu'un nouveau groupe politique se constitue, il est tenu d'expliquer ses origines et ses objectifs. Cet avant-premier numéro de notre journal - qui commencera à paraître régulièrement au début de l'année prochaine - est publié en guise de présentation, dans l'espoir que vous en deviendrez des lecteurs fidèles. Socialist Action est un journal. C'est aussi le nom d'une organisation nationale fondée par une conférence tenue fin octobre 1983 à Chicago, à l'initiative d'un groupe de socialistes, militants de longue date des mouvements syndicaux, antiguerre et de libération des femmes, exclus du Socialist Workers Party au cours des deux derniè-

Nous avons pris cette mesure parce que le SWP s'est engagé dans un processus d'abandon des principes sur la base desquels il avait été fondé. En effet, privés de la possibilité d'œuvrer contre ce cours au sein du parti dont on nous avait chassés, il ne nous restait qu'un seul choix : tenter d'enrayer la dégénérescence du SWP de l'extérieur, en tant que militants de Socialist Action. Nous demandons notre réintégration dans le SWP sur la base des droits démocratiques qui sont traditionnellement garantis aux membres du parti, et notamment le droit de maintenir notre fraction au sein du SWP. nous continuerons à faire le travail politique et organisationnel nécessaire à la construction du parti révolutionnaire des travailleurs socialistes. (...)

L'HISTOIRE DU SWP Le mouvement qui devait donner naissance au Socialist Workers Party a été fondé en 1928 par une poignée de dirigeants du Parti communiste groupés

"Socialist Action"

Secrétariat unifié reconnaît que les camarades exclus du SWP en raison de autour de James P. Cannon, qui avaient décidé de suivre Trotsky dans sa lutte contre la bureaucratie de Staline. Eux aussi ont créé une fraction publique après leur exclusion du Parti communiste ; ils ne se transformèrent en parti politique distinct qu'après que le PC eût renoncé sans retour à ses positions révolution-

La nouvelle organisation ainsi créée dirigea de nombreuses luttes du mouvement ouvrier américain au cours des années 1930, dont la plus connue est la série de grèves générales lancées par les camionneurs de Minneapolis en 1934. Elle participa à la construction des nouveaux syndicats de la CIO (Congress of Industrial Organizations, Congrès des organisations industrielles) à la fin des années 1930, et au déferlement des grèves à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Parce qu'ils refusaient, en tant que socialistes, de faire confiance aux objectifs de la bourgeoisie américaine dans cette guerre et restaient fidèles aux principes du syndicalisme combatif, dix-huit dirigeants du SWP et du syndicat des camionneurs de Minneapolis furent sommairement jugés et emprisonnés un an pendant la guerre Sur les quatre d'entre eux encore membres du SWP, deux ont été exclus en 1982, dont l'un, Jake Cooper, est membre du Comité national de Socialist Action.

Au cours des années 1950, bien que anticommuniste aux sorcières ait réduit et isolé ses effectifs, le SWP a su mener des batailles efficaces en défense des libertés contre les inquisiteurs maccarthystes. La plus célèbre de ces victoires a été remportée à la suite d'une longue campagne d'envergure nationale en défense de Jimmy Kutcher, un camarade qui avait perdu ses deux jambes au combat pendant la Seconde Guerre mondiale, et que les croisés de l'anticommunisme avaient fait licencier de son poste d'employé au ministère des Anciens combattants sur la base de ses convictions socialistes. La campagne pour sa réintégration obtint l'appui de syndicats de plusieurs millions de membres et fut reprise par des défenseurs des droits de l'homme renommés, comme I. F. Stone. Kutcher réussit à se faire réintégrer dans son emploi et établit un précédent qui sauva l'emploi de bien d'autres personnes dont les opinions déplaisaient au gouvernement. Or, en 1983, c'est d'une purge dans son propre parti que Jimmy Kutcher a été victime.

Au cours des années 1960, le SWP a été parmi les premières organisations de gauche à faire campagne pour la construction d'une coalition de masse et sans exclusives qui organiserait l'opposition à l'invasion américaine du Vietnam. Ses re présentants devinrent les dirigeants Comité de mobilisation national contre la guerre du Vietnam, et de sa branche « jeune », le Comité de mobilisation étudiant. Ce sont ces comités qui ont appelé et, dans une large mesure organisé les manifestations de Washington, San Francisco et New York, qui ont rassemblé jusqu'à un million de personnes le même jour, le 15 novembre 1969. Beaucoup d'entre nous, membres de Socialist Action, avons participé à l'organisation de ces mobilisations qui, nous en sommes convaineus, ont contribué à faire basculer le peuple américain dans l'opposition à la guerre, ont isolé les gouvernements de Lindon Johnson, puis de Richard Nixon, et sauvé la vie de nombreux jeunes conscrits et d'une grande partie de l'héroïque peuple vietnamien.

UNE DIVERGENCE

SUR LES PERSPECTIVES

DES MARXISTES AUX ETATS-UNIS

Il n'est pas dans notre intention de consacrer les futurs numéros de Socialist Action à nos divergences avec le Socialist Workers Party. Cependant, un résumé de cette controverse politique, qui concerne des questions que tous les secteurs de la gauche ont débattues et sur lesquelles ils ont tous dû se prononcer, peut aider à éclaircir notre propre trajectoire et celle du SWP. Même après le rapide déclin numérique qu'il connaît depuis quelques années, le SWP demeure l'une des quatre ou cinq plus grandes organisations de la gauaméricaine, et l'expérience qu'il a faite en tentant de construire un parti de révolutionnaires dévoués devrait intéresser toutes celles et ceux qui ont engagé des tentatives semblables.

Immédiatement après le congrès du parti, en août 1981 —le dernier qui aura eu lieu avant le prochain congrès prévu pour l'été 1984, c'est-à-dire avec un an retard - une divergence profonde a surgi au sein du SWP sur trois questions, qui se sont avérées liées les unes aux autres : notre évaluation du marxisme de Trotsky ; notre attitude à l'égard de gouvernements capitalistes ou staliniens simultanément aux prises avec l'impérialisme et engagés dans la répression politique

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à l'intérieur de leurs propres frontières ; et notre capacité à rejoindre et construire des formations comme les mouvements des femmes, antinucléaire et antiguerre, et les syndicats, dont la majorité des membres du parti sont adhérents.

Marx et Engels, les fondateurs du mouvement socialiste et communiste moderne, pensaient à l'époque qu'une réorganisation socialiste de la société n'était possible que dans les pays relativement industrialisés. Sans industrie à grande échelle, raisonnaient-ils, pas de planification nationale possible. Les petits paysans, commerçants et artisans s'opposeraient à la nationalisation de leurs instruments de travail, tandis que les ouvriers, ne possédant pas d'usines en propre, seraient partisans de la nationalisation comme moyen d'arracher le contrôle des usines aux capitalistes. C'est pourquoi il leur semblait qu'en l'absence d'une majorité ouvrière dans la population, il n'y aurait selon les besoins humains.

Or, de larges mouvements révolutionnaires surgirent dans de nombreux pays sous-développés, à l'aube du XXe siècle. Pour la première fois donc, la question était posée : les révolutions dans les nations essentiellement paysannes devaientelles passer relativement vite à des mesures de nationalisation socialistes et au lancement d'économies planifiées ? Ou devaient-elles maintenir la propriété privée de l'industrie, et le détournement des resde nantis qu'elle implique ?

C'est le mouvement marxiste russe qui commença le premier à discuter sérieusement de la question, à l'époque de la révolution russe de 1905. Léon Trotsky a été le premier marxiste russe à avancer la possibilité d'une révolution qui renverserait le tsar et établirait un gouvernement ouvertement socialiste. C'est cette proposition qui constituait l'essence de sa fameuse « théorie de la révolution permanente ». A l'époque, quasiment tous les marxistes doutaient de la possibilité d'une telle issue. Même Lénine, le plus grand des marxistes russes, n'était pas d'accord avec cette idée de Trotsky. Par la suite, Lénine arriva indépendamment, en 1917, à la conclusion que seul un gouvernement socialiste pourrait résoudre les problèmes de la Russie. De fait, c'est à une convergence entre ses positions et celles de Trotsky qu'on assista dans la période qui précéda la révolution bolchevique d'Octobre 1917.

Plus tard, avec la montée de Staline au pouvoir, la bureaucratie conservatrice chercha à discréditer ses opposants de gauche en calomniant Trotsky et en dénigrant toutes ses idées, notamment celle de la révolution permanente. Il s'agissait en fait et du même coup d'une attaque contre Lénine, qui correspondait à l'abandon général par les staliniens de toute tentative sérieuse d'organiser des mouvements révolutionnaires. Ceux-ci avaient remplacé la lutte pour le socialisme par l'appel à former des mouvements ou des gouvernements antifascistes ou anti-impé. rialistes assez larges pour permettre, en pratique, de laisser le pouvoir aux mains des partis bourgeois libéraux. Cela aboutissait en général à la défaite des mouvements révolutionnaires des masses qui n'avaient pas pris les mesures décisives nécessaires dans la période de crise révolu-

C'est immédiatement après le congrès du parti d'août 1981, et sans laisser aux camarades qui n'étaient pas d'accord la moindre possibilité de lui répondre, que le camarade Jack Barnes, le dirigeant central du sWP, a annonce qu'il ne souscrivait plus à l'idée d'un combat pour une révolution directement socialiste dans les pays sous-développés. Cela devait aboutir, au cours de l'été 1983, à la publication d'un numéro spécial de la revue théorique du SWP, New International (Nouvelle Internationale), dans lequel Barnes insistait sur la nécessité pour « notre mouvement de se défaire de la révolution permanente » (p. 13). Le rejet de l'une des idées fondamentales de l'organisation par le canal revue publique, sans avoir jamais permis qu'une discussion se tienne à ce sujet, constituait une violation choquante des droits démocratiques des membres de notre parti.

Au niveau politique, de nombreux membres du parti estimaient que cet abandon de la stratégie de Lénine et de Trotsky marquait une adaptation grave à l'idéologie du stalinisme. Nombre des mêmes arguments que Staline avait utilisés contre l'Opposition léniniste au sein du Parti communiste de l'Union soviétique au cours des années 1920 étaient repris par la direction du SWP dans la revue citée et dans d'autres articles, pour attaquer les positions que le parti défendait depuis plus de cinquante ans. En 1982, les partisans de l'idéologie trotskyste, ainsi que les partisans de la IVe Internationale, commencèrent à être exclus du SWP sur la base de prétextes organisation-

LA POLOGNE ET L'IRAN Le 13 décembre 1981, la loi martiale était proclamée en Pologne, et le gouvernement stalinien commença à décapiter le syndicat Solidarité dirigé par Lech Walesa et fort de dix millions de membres. En 1968, lors de l'invasion de la Tchécoslovaquie, le SWP avait participé à des manifestations et réunions de protestation comaux côtés d'autres groupes de gauche. Toutes les organisations de la IVe Internationale avaient fait de même. A l'époque, les trotskystes s'étaient efforcés d'exclure de ces activités les anticommunistes et les groupes qui n'avaient pas un passé de lutte franche contre les crimes des gouvernements capitalistes, comme la guerre américaine au Vietnam.

En 1981, il a été parfaitement clair que le SWP ne voulait pas apparaître trop visiblement dans le soutien aux travailleurs polonais - cela aurait risqué de gêner ses relations avec les révolutionnaires d'Amérique latine en désaccord avec cette démarche. C'est ainsi que cette fois-ci, le SWP repoussa toute idée de manifestation de quelque type que ce soit, refusa de participer à presque tous les meetings de la gauche, et ne tint que quelques réunions du parti, pour la forme.

Depuis 1935, le programme du SWP définit la bureaucratie soviétique comme n'étant pas une nouvelle classe dominante, mais néanmoins comme irréformable. Sa position officielle est une position de « révolution politique », c'est-à-dire qu'elle affirme que la démocratie ouvrière ne saurait être restaurée que par le remplacement des bureaucrates par des moyens révolutionnaires, tout en préservant les acquis sociaux qui découlent des nationalisations. Vers le début de 1982 ce concept aussi a virtuellement disparu des colonnes du Militant, le journal qui reflète le point de vue du SWP. A sa place, on a apparaître des formules ambigues, qu'on pouvait interpréter comme des appels à une simple réforme du PC polonais.

Le SWP a suivi la même démarche dans ses reportages et articles sur l'Iran. Lorsqu'une âpre lutte s'est déclenchée entre Khomeiny et les Moudjahidines à l'automne 1981, la presse du SWP a refusé pendant plusieurs mois de défendre les victimes de la répression en Iran, qu'ils soient des Moudjahidines qui avaient combattu le gouvernement ou qu'ils soient des spectateurs innocents. Il a justifié cette politique en expliquant que ceux qui, dans les pays impérialistes, critiquent les gouvernements attaqués par l'impérialisme, servent les objectifs de la réaction. La conséquence de cette position a été une espèce d'autocensure. Les rapports universellement connus sur les tortures de toutes sortes de dissidents dans les prisons iraniennes, sur les opérations militaires contre les zones où vit la minorité nationale kurde, sur l'utilisation d'organisations armées pro-gouvernementales de caractère privé pour arrêter la réforme agraire, rien de tout cela n'a transparu dans les colonnes du Militant.

Il s'en est suivi qu'un journal de la réputation d'être parmi les plus précis et les plus conformes a la vérité, s'est transformé en organe de propagande susceptible de ne pas publier des informations essentielles afin de produire l'effet désiré. Nous pourrions délicatement faire allusion à ce problème, mais dans les faits, cela a signifié que l'on ne pouvait plus savoir ce qui se passait dans des pays comme l'Iran, la Pologne, l'Afghanistan, la Corée du Nord, le Vietnam ou l'Ethiopie, à la lecture des articles manipulés du Militant. De nombreux camarades du parti ont fini par s'abonner à d'autres revues de gauche, uniquement parce qu'ils ne croyaient plus ce que leur propre journal leur racontait.

Nous savons qu'il existe un risque de faire le jeu des multiples campagnes de propagande réactionnaires orchestrées par le gouvernement de Ronald Reagan et ses agents dans la presse. L'hystérie anti-iranienne, le grand tapage autour de l'invasion soviétique de l'Afghanistan, les rassemblements où l'ineffable général Haig se déclarait « en solidarité avec Solidarité », ne nous ont pas échappé. Mais nous sommes convaincus, pour utiliser la formule que Trotsky avait l'habitude de pro-

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ACTION noncer lorsqu'on le pressait pareillement de s'adapter et de ne pas critiquer le régime de Staline parce que la presse capitaliste aurait pu s'en servir, que « seule la vérité est révolutionnaire ». Nous pensons que le SWP se trompe lourdement en adoptant la démarche qu'il a récemment choisie pour couvrir les événements internationaux. Son objectif est de protéger les victimes de l'impérialisme en évitant la mention de certains faits désagréables. Mais la conséquence en sera que personne ne croira plus à sa version des événements.

POUR LE TRAVAIL COMMUN CONTRE L'ENNEMI COMMUN Il est flagrant que le SWP a subi une dramatique mutation interne au cours des deux dernières années. Ses dirigeants présentent la chose comme un effort, d'une part pour se rapprocher des révolutionnaires de Cuba et d'Amérique centrale et, de l'autre, pour enraciner le parti plus profondément dans la classe ouvrière, par le biais d'une implantation membres du parti dans l'industrie lourde. A notre avis, c'est d'autre chose qu'il

Depuis son dernier congrès, le SWP a renoncé publiquement aux idées les plus fondamentales du mouvement trotskyste, dont il avait été une composante dirigeante pendant un demi-siècle. Cette décision, d'une portée considérable, n'a jamais été soumise au vote ni même discutée, et ceci dans un parti qui avait une tradition de démocratie connue et hautement respectée depuis longtemps.

Une purge a été déclenchée contre les partisans de la IVe Internationale et du trotskysme dans le parti, dont ils sont systématiquement exclus. La majorité de la IVe Internationale s'est émue de cet état de choses. Lors de sa réunion d'octobre 1983, l'organe dirigeant de l'organisation mondiale, le Secrétariat unifié, à une écrasante majorité, a qualifié la vague d'exclusions du SWP de purge politique à l'encontre de l'Internationale, et reconnu à ceux qui avaient été exclus le droit de former une nouvelle organisation qui aurait tous les droits de collaborer fraternellement avec l'organisation mondiale, dans le cadre des lois réactionnaires des EtatsUnis, c'est-à-dire de disposer du même statut que le SWP.

SOCiALKE

Tous ces tournants à 180 degrés du SWP et l'épuration d'une grande partie de la vieille génération du parti n'ont pu être menés à bien qu'au moyen d'une profonde érosion des droits démocratiques internes. Pour ce faire, la direction du SWP a été proclamée comme ayant toujours un point de vue correct (completely correct) ; par définition, tous ses critiques étaient « des ennemis du parti » (ce cliché pêché dans les vieilles brochures staliniennes a été ressorti à Oakland, en Californie, pour qualifier Jeff Mackler, un des principaux dirigeants de Socialist Action). Il était inévitable que ce type de pratiques sur la démarche l'égard des organisations autres que lui.

Au cours des dernières années, le SWP a commencé à expliquer que tous ceux qui se battaient contre les crimes du capitalisme en dehors de lui étaient « petits-bourgeois ». Les seules sont les dirigeants de révolutions lointaines avec qui le parti n'a de toute façon pas besoin de militer. Toutes les activités du SWP dans le mouvement des femmes, le mouvement contre l'énergie nucléaire, et plus tard le mouvement contre les armes nucléaires, se sont engouffrées dans cette définition. Pour finir, même les syndicats, où les membres du parti s'étaient réfugiés pour échapper à la gauche « petite-bourgeoise », sont devenus de simples « bureaucrates petits-bourgeois ».

Les membres du parti dans les syndicats limitent leur activité à un travail de propagande général auprès d'ouvriers individuels. Parce que ces discussions ne sont pas liées aux véritables problèmes qui se posent dans la vie des ouvriers ou dans les organisations auxquelles ils appartiennent maintenant, elles se sont avérées inefficaces et ont gagné très peu de membres au parti.

Nous préconisons une rupture radicale avec cette politique d'auto-isolement. Nous regrettons que de nombreux bons camarades d'une organisation à laquelle nous avons consacré tant d'années, se soient enfoncés dans cette impasse. C'est une chose qui nous préoccupe particulièrement, parce que si nous ne sommes plus membres du SWP, nous restons, nous et le SWP, sympathisants du même mouvement mondial. Dans ce mouvement, nos perspectives sont fortement majoritaires, même si ce rapport de forces est inversé ici-même aux Etats-Unis. Nous aimerions voir tous les partisans de la IVe Internationale aux Etats-Unis appartenir à une seule et même organisation. C'est pour exprimer cette idée que nous nous sommes organisés en fraction publique du SWP, puisque ce dernier est le plus grand des deux groupes solidaires de la IVe Internationale dans ce pays. En nous organisant en fraction publique, nous exprimons notre espoir que le parti restaurera les normes démocratiques dont il se prévalait auparavant, réintégrera les exclus en bloc, et permettra l'ouverture cussion de la ligne politique erronée qu'il a suivie au cours des deux dernières années.

Nous espérons pouvoir collaborer avec tous ceux qui veulent mener de véritables batailles contre les maîtres du pays, et notamment avec le SWP. Nous entrons dans la bataille avec des forces limitées, mais nous nous engageons d'emblée à participer avec toute notre énergie aux grandes luttes qui se déroulent au-

Comme la lecture de ce numéro de Socialist Action le fera ressortir, nous déployons tous les efforts pour renforcer la solidarité avec la grève nationale des travailleurs de la compagnie de cars Greyhound. De nombreux camarades de notre organisation ont été parmi les organisateurs des manifestations du 12 novembre en solidarité avec les peuples de l'Amérique centrale et de la Caraibe. Dans la Vallée de la Monogahela, au sud est de la Pennsylvanie, nous sommes partie prenante du mouvement des chômeurs. Au moment où Reagan mobilise l'extrême-droite et lance ses « marines » dans la bataille, nos responsabilités deviennent encore plus pressantes : toutes les organisations de gauche doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour faire jouer dans la bataille la puissance de la classe ouvrière américaine. A notre avis, le meilleur moyen d'œuvrer dans ce consiste à rassembler de larges coalitions de lutte, comme celles qui sont en train de se constituer contre l'intervention US en Amérique centrale.

Nous sommes également convaincus que seule une organisation nationale liée à un mouvement international, ayant sa propre presse et une stratégie d'ensemble, et dont les membres agissent de façon disciplinée, peut espérer influer sur le cours des événements en évolution constante d'un jour à l'autre et d'une ville à l'autre. C'est pourquoi nous avons décidé de mener notre action au travers de Socialist Action. Nous espérons que vous serez nombreux à venir nous rejoindre. • « SOCIALIST ACTION », vol. 1, num. 1,

San Francisco, décembre 1983 On peut se procurer Socialist Action en écrivant à Socialist Action, Publishing Association, 3435 Army Street, No. 308, San Francisco, California, 94110 USA. Les abonnements coûtent 6 dollars en Amérique du Nord, et 20 dollars dans les autres pays, pour 12 numéros

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