Répondre à l'appel de la révolution sandiniste
Organiser des brigades de solidarité internationale
E « Nicaragua libre » a toujours accordé une grande im-
L mortance aux mouvements de solidarité qui, de par le
/ monde entier, témoignent de l'écho du processus révolutionnaire engagé par la chute de la dictature de Somoza, le 19 juillet 1979, contribuent à dénoncer les actions de l'impérialisme et des forces contre-révolutionnaires pour s'opposer à la révolution sandiniste, et œuvrent à l'isolement de leurs pro-
Les efforts déployés par le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) et la Junte de gouvernement de reconstruction nationale pour accueillir, depuis déjà plusieurs années, des brigades de solidarité internationale sont à la mesure de ces initiatives. Pendant l'été 1983, ce sont ainsi des centaines de volontaires en provenance d'Allemagne fédérale, d'Argentine, de Belgique, du Chili, des Etats-Unis, du Danemark, d'Espagne, de France, du Pays basque, d'Italie, des Pays-Bas et de Suisse, qui ont constitué de telles brigades pour manifester leur solidarité concrète avec la révolution nicaraguayenne. Les participants à ces brigades s'étaient réunis, en août 1983, et avaient publié une déclaration commune demandant « aux gouvernements de (leurs) pays respectifs, à leurs personnalités civiles et religieuses, à toutes les organisations ouvrières, paysannes, intellectuelles, à tous les partis politiques et organisations de masse » de condamner l'administration Reagan, de soutenir les efforts de paix du FSLN, et « d'intensifier les actions de protestation devant les ambassades des Etats-Unis dans chacun des pays, et d'utiliser toutes les formes de réplique et de mobilisation : campagnes publiques, solidarité financière, augmentation de l'envoi de brigades de volontaires ».
La presse sandiniste rend systématiquement compte de l'arrivée des contingents de volontaires et de leurs activités au contact avec la population. Cet hiver, pour la récolte de café, plus de 700 volontaires des brigades de solidarité de différents pays sont déjà partis au Nicaragua, parmi lesquels 500 en provenance des Etats-Unis.
L'intérêt de l'envoi de telles brigades de solidarité internationale pour la révolution nicaraguayenne est multiple. Il s'agit tout d'abord d'une aide matérielle pour les campagnes de récolte de café et de coton, ainsi que pour la construction d'écoles, de centres de santé ou d'équipements divers. brigades de volontaires suisses ont ainsi construit un pont dans un quartier de Matagalpa, en été 1983, en collaboration avec les habitants. Toutes ces actions constituent des contributions concrète à l'effort de reconstruction entrepris par la révolution nicaraguayenne.
Mais l'envoi de brigades de travail volontaire signification supplémentaire et très importante. Cela contribue à concrétiser aux yeux des masses populaires nicaraguayennes le soutien politique international qui existe pour la révolution sandiniste, montrant ainsi que les populations laborieuses de ce pays ne sont pas isolées dans la gigantesque résistance qu'elles soutiennent face aux menées contre-révolutionnaires financées et organisées par l'administration américaine. Cette dimension plus proprement politique de la solidarité internationale est encore accentuée lorsque les « brigadistes » assurent une présence dans les zones frontalières, là où justement les combattants nicaraguayens sont en première ligne face à l'agression des forces contre-révolutionnaires, et le seront encore plus en cas d'intervention étrangère plus directe. C'est précisément une telle présence que commencent à organiser des militants du mouvement de solidarité en provenance d'Allemagne fédérale. Celleci peut avoir un rôle important de dissuasion face aux actions fomentées par les USA. Début janvier, une brigade suisse de vingt personnes s'est ainsi rendue le long de la frontière avec le Costa Rica, dans la région du fleuve San Juan, pour effectuer des travaux de défrichage.
NICARAGUA Mais la constitution de brigades de solidarité est aussi le moyen d'animer le mouvement de solidarité lui-même dans les pays où celles-ci sont recrutées. Loin d'être une activité isolée du reste de la mobilisation de solidarité, c'est un instrument efficace pour populariser la situation réelle qui prévaut au Nicaragua pour impliquer les organisations ouvrières et leurs militants individuellement dans des tâches concrètes de solidarité, pour multiplier les réunions d'information et les prises de position publiques à partir des récits et compte-rendus de voyage et de séjour.
La pratique montre que de nombreux militants du mouvement de solidarité faisant ainsi l'expérience concrète d'un internationalisme de masse à travers cette mise en relation directe avec une révolution vivante, se trouvent à leur retour encore un peu plus gagnés à la cause de la révolution qu'à leur départ. L'envoi de missions d'information et de solidarité syndicale participent aussi du même effort. Ces dernières correspondent d'ailleurs aux vœux du mouvement syndical nicaraguayen, qui vient de lancer un appel à une « Rencontre internationale pour la paix », à Managua, au mois d'avril prochain (voir document p. 26).
Cet aspect de l'envoi des brigades de solidarité ressort par exemple de l'expérience des 40 brigadistes autrichiens partis au début janvier. Répondant à l'appel de l'Association des travailleurs de la campagne (ATC), l'organisation sandiniste des paysans et ouvriers agricoles, le mouvement autrichien de solidarité avec le Nicaragua pensait pouvoir regrouper une quinzaine de volontaires. En quelques jours, il y eut pourtant plus de 300 candidatures. Le comité de solidarité autrichien fut contraint d'effectuer une sélection, et ce sont finalement cent volontaires qui partiront en deux voyages.
Toutes les raisons se conjuguent donc pour faire de l'envoi de brigades de travail volontaire au Nicaragua une initiative de solidarité de portée exceptionnelle, en rapport à la fois avec les exigences de défense de la révolution nicaraguayenne et d'extension du mouvement de solidarité. L'écho que cela rencontre dans de nombreux pays n'a d'exemple, sans exagération aucune, que celui de l'expérience de la guerre civile espagnole. Souvent, ces brigades représentent la concrétisation d'une unité exemplaire des différentes composantes du mouvement ouvrier et populaire local. Ainsi, la brigade autrichienne comprend des militants sociaux-démocrates, des membres du Parti communiste, du mouvement ouvrier catholique, des Alternatifs (l'équiallemands), des trotskystes, et des militants politiquement inorganisés, certains s'enrôlant pour des motifs purement humanitaires, d'autres pour des raisons plus politiques de soutien à la lutte révolutionnaire du FSLN et des masses nicaraguayennes.
Le 25 octobre 1983, l'exécutif national des Comités de défense sandiniste lançait un appel « aux comités de solidarité avec le Nicaragua », pour la constitution de brigades de travailleurs volontaires dans le domaine médical, technique, et d'autres spécialités. Des centaines et des milliers de brigadistes d'Europe, d'Amérique et du Japon sont attendus au Nicaragua en ce début 1984. C'est une première réponse positive à l'appel des masses populaires nicaraguayennes et de leurs organisations. Il faut encore l'approfondir en généralisant et en systématisant ces expériences, à un moment où il est plus que jamais nécessaire de tout faire pour arrêter le bras armé de l'im-
Face à l'agression impérialiste, le Nicaragua n'est pas seul ! Répondons présent à l'appel de la révolution nicaraguayenne.
7 février 1984.