FEMMES Préparation d'un Tribunal
"Des Femmes contre la crise" Les 14 et 15 janvier derniers s'est tenue à Bruxelles la première réunion de coordination du tribunal « Des femmes contre la crise », prévue à l'occasion de la Journée internationale des femmes de mars 1985. La proposition de cette rencontre avait été faite à la conférence européenne « Les femmes et le travail » de Turin, d'avril 1983 (cf. numéro 150 du 23 mai 1983). Cette conférence avait illustré l'identité des problèmes auxquels étaient confrontées les femmes de l'Europe de l'Ouest face aux politiques des gouvernements et du patronat visant à faire payer les frais de la crise et de la course aux armements par la classe ouvrière avec, pour conséquence, une tentative de division des travailleurs. Ainsi en est-il, par exemple, dans plusieurs pays d'Europe, de l'introduction du temps de travail partiel spécifiquement dirigé vers les femmes, ou de la notion de « chef de famille » dans le droit aux allocations, à l'emploi, aux prestations sociales, des coupes de crédits dans les services sociaux pour forcer les femmes à rentrer au foyer, de la campagne de propagande tournée vers les mêmes objectifs qui accompagne ces mesures. Des conquêtes passées, par exemple sur le terrain de l'avortement et de la contraception, sont ainsi remises en cause par des argumentations à la fois morales et économiques.
Le but de ce tribunal sera donc d'illustrer comment s'opèrent ces attaques contre les femmes, à l'aide de témoignages personnels et d'informations provenant de sources officielles ou extra-officielles. Il s'agira ainsi de démontrer l'inadéquation des politiques gouvernementales en Europe et la nécessité, pour les femmes, de lutter pour défendre leurs intérêts. Cette initiative est déjà soutenue par la Coordination des femmes contre la crise (Belgique), qui comprend les deux syndicats majoritaires, la FGTB socialiste et la CSC catholique, ainsi que les groupes du Mouvement des femmes ; par le Secrétariat national femmes du syndicat socialiste des Pays-Bas (FNV); par les Commissions ouvrières (liées au Parti communiste) de l'Etat espagnol, ainsi que par la Commission de coordination sur l'avortement de Madrid, qui ont envoyé des messages à la réunion de Bruxelles ; par le Mouvement de femmes et les groupes femmes des syndicats du Luxembourg. Une représentante de la CGTP du Portugal (syndicat lié au Parti communiste) était présente lors de la réunion préparatoire, ainsi que des militantes du Mouvements des femmes en France, le Comité national pour l'avortement (NAC) d'Angleterre, des femmes de Greenham Common (groupe antiguerre) et d'autres groupes de femmes pacifistes de GrandeBretagne. Des femmes de la coordination « Les femmes contre la crise », qui a été formée après la conférence de Turin, étaient aussi présentes. La réunion a décidé l'organisation du Tribunal en mars 1985, et sa préparation par la tenue d'une conférence de presse vers le 8 mars de cette année, ainsi qu'au travers d'une activité publique au moment des élections européennes.
Il est aussi prévu que des réseaux de coordination soient mis en place dans les différents pays européens, afin d'obtenir le soutien des mouvements de femmes, des syndicats et des partis ouvriers, et d'aider à rassembler des informations pour la tenue du tribunal lui-même. La réunion de janvier a adopté comme thème pour le Tribunal le principe d'une analyse des questions de l'égalité face au travail, y incluant la prise en compte du problème du temps partiel et de la réduction de la semaine de travail pour tous, de l'indépendance économique pour les femmes par le droit au travail et l'égalité pour l'attribution des allocations et des prestations sociales, de la situation particulière des femmes immigrées, de la décriminalisation de l'avortement ...
Après cette réunion de préparation, la prochaine rencontre internationale est prévue les 2 et 3 juin, de nouveau à Bruxelles. Pour de plus amples informations, contacter le groupe de coordination belge : Anne Grauwels, 1, rue des Oeillets, 1 000 Bruxelles, Belgique.