Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ILE MAURICE

Premier congrès de l'Organisation militante des travailleurs (OMT)

Inprecor n° 168, 5 mars 1984 · p. 25-26 · 1 130 mots

L'île Maurice connaît depuis un an et demi une situation politique fort confuse. En juin 1982, une coalition de gauche avec à sa tête le Mouvement militant mauricien (MMM), remportait une victoire électorale écrasante. A peine un an après, le gouvernement se divisait et le MMM connaissait une très importante scission. Finalement, les formaient un nouveau parti, le Mouvement socialiste mauricien (MSM) et provoquaient des élections législatives anticipées. Ils s'engageaient ensuite dans une coalition électorale, puis gouvernementale, avec les débris de la droite locale (Parti travailliste et Parti mauricien social-démocrate) pour finalement obtenir, avec eux, la majorité des sièges au Parlement. La droite réactionnaire est ainsi revenue au pouvoir sans avoir d'idées bien neuves. En définitive, ni le gouvernement de la coalition de gauche autour du MMM, de juin 1982, ni le nouveau gouvernement de la droite réactionnaire, de juillet 1983, n'ont été capables de proposer de solutions sérieuses à la crise économique et sociale. L'économie mauricienne est totalement dépendante de la production de sucre — production qui représente 75 % des revenus à l'exportation et emploie 25 % de la population active —, et ce n'est ni le tourisme ni les espoirs d'investissements industriels qui pourront changer cette situation dans les conditions actuelles. Le chômage connaît une progression régulière, les revenus des petits planteurs se réduisent peu à peu, et la classe gance des patrons et la répression gouver-

L'actuel gouvernement n'a pas d'autre politique que des recettes démagogiques. Contre le chômage de dizaines de milliers de jeunes, il se contente de proposer l'émigration de quelques-uns d'entre eux pour aller chercher du travail dans des pays comme le Zimbabwe ou l'Arabie Saoudite. Contre la baisse des recettes sucrières, il ne propose que la transformation de l'île Maurice en un « Singapour de l'océan Indien », c'est-à-dire l'accroisseimplantations industrielles étrangères dans la zone franche pour une production dirigée vers des marchés extérieurs. Pour tout cela, il a besoin de la paix sociale, car on ne voit pas des industriels de Hong-Kong ou d'Arabie Saoudite venir s'installer à Maurice, s'il y existe une classe ouvrière se battant pour ses droits élémentaires. Mais si le gouvernement mauricien peut sans vergogne proposer une pareille politique, c'est que le gouvernement de gauche qui l'a précédé n'a guère fait d'autres propositions du-

Malgré la mobilisation populaire qui avait suivi la victoire de juin 1982, il n'y avait jamais eu d'appel à la mobilisation des travailleurs pour changer les règles du jeu, nationaliser la grande industrie sucriere, en finir avec l'héritage colonial, et réduire les immenses gaspillages, par le contrôle de la population laborieuse sur l'économie. Au contraire, le gouvernement de gauche chercha fondamentalement à stabiliser sa crédibilité auprès de l'impérialisme et du patronat local, notamment la grande bourgeoisie de l'industrie sucriere. S'il dut céder la place, ce ne fut pas à cause de son radicalisme. Il éclata sous la pression de ses divisions internes, notamment communalistes, dans la mesure où diverses fractions patronales et bourgeoises n'avaient plus les mêmes vues sur la politique économique.

C'est donc dans ce cadre que l'Organisation militante des travailleurs (OMT), constituée par des membres exclus du MMM, vient de tenir son congrès, en janvier dernier. Ses principaux animateurs étaient auparavant des militants du MMM, dont certains de longue date. Le camarade Serge Rayapoulé, par exemple, très connu dans la base MMM de Port-Louis, était membre du comité central du MMM jusqu'à l'exclusion de la tendance Lalit Travayer en 1983, qui devait donner naissance à l'OMT. Parallèlement, les camaétaient membres du MMM, un Front national anti-chômage (FNAS). Après la fondation de l'OMT, le FNAS a été défini comme étant un front politique de masse du noyau révolutionnaire et transformé en Front national anti-souffrance.

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A la suite des travaux de leurs congrès, l'OMT et le FNAS ont présenté à la presse leurs programmes respectifs. L'OMT explique, dans l'introduction de son programme : « Si l'ile Maurice veut avancer résolument vers le progrès social et en finir avec la misère, elle devra se débarrasser définitivement de cet héritage (colonial). La lutte des masses laborieuses dans notre pays est en quelque sorte la continuité de notre lutte de libération nationale. Mais, évidemment, cette lutte ne se fixe pas cela comme seul but. Il ne peut s'agir de simplement réformer ce système. Il existe aujourd'hui à l'île Maurice une société divisée en classes sociales, un Etat au service des classes possédantes, et un peuple travailleur qui produit toutes les richesses de ce pays. Notre lutte est donc une lutte pour le socialisme, c'est-àdire pour faire de l'île Maurice une République démocratique du peuple travailleur. » Ce programme consiste donc en une description de ce que devrait être la politique d'un gouvernement des travailleurs. La presse a surtout fait remarquer que les militants de l'OMT proposaient la nationalisation de l'industrie sucrière, des banques et des assurances sous le contrôle des travailleurs. Mais cette organisation a pris soin de détailler un programme de réforme agraire, de libération des femmes, de dissolution des corps répressifs et de respect des droits démocratiques dans la police et dans l'armée, et de défense des différentes cultures et langues existantes dans le pays, etc.

De son côté, le FNAS a adopté un petit programme, plus simple, qui propose aux travailleurs adhérents de lutter pour les revendications plus immédiates, contre le consensus social et les divisions communalistes, de combattre pour l'organisation indépendante du peuple travailleur, et de militer contre l'impérialisme, pour le socialisme. Le FNAS étant une structure large, « une école du socialisme pour tous ceux et toutes celles qui y militent », il se donne pour tâche « de permettre à ses membres de faire un apprentissage de la lutte politique et un apprentissage de la vraie démocratie ouvrière ». Le FNAS est en quelque sorte une école pour intégrer l'OMT. Mais il veut aussi être beaucoup plus que cela à l'avenir. Il se donne comme perspective de stabiliser des dizaines de bases locales à travers l'ile, qui puissent être en prise directe avec les problèmes quotidiens de la population. Le FNAS souhaite que chaque base puisse s'implanter grâce à son travail quotidien de défense des « ti-dimounes » (les petites gens) sur leurs lieux d'habita-

L'OMT et le FNAS ne constituent certes pas encore une force nationale capable de peser durablement sur les rapports de forces entre les classes. Mais en une année, leurs militants ont tout de même réussi à mettre en place un courant politique très actif et très en prise avec les luttes. Ce sont quelques centaines de militants et de sympathisants qui, sous la bannière du combat anticapitaliste et de l'internationalisme prolétarien, se sont donnés pour objectif de construire, dans ce pays de 950 000 habitants au milieu de l'océan Indien, « un vrai parti révolution-

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