Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MEXIQUE

Succès de la rencontre des femmes du Mouvement urbain populaire

Inprecor n° 168, 5 mars 1984 · p. 26-27 · 1 323 mots

Femmes Mexique

Près de 450 femmes des zones d'habitat populaire (colonias) de tout le pays ont participé à la première Rencontre nationale de femmes du Mouvement urbain populaire (Conamup), qui a eu lieu les 25, 26 et 27 novembre 1983 dans la ville de Durango, au Mexique. Etaient présentes les femmes de presque tous les quartiers de la capitale, Mexico, membres de la coordination nationale du Conamup, ainsi que d'autres femmes de la capitale et de Sinaloa, Nayarit, Tijuana, Torreon,

Taxco, Chilpancingo, Morelos, Monterrey et Zacatecas, représentant plusieurs régions du pays.

La discussion, organisée en commissions de travail, a plus spécialement abordé les thèmes suivants : femme, famille et travail ; femme et situation actuelle dans les zones d'habitat populaire; formes d'organisation et solutions alternatives. Le dernier jour, les résultats des débats ont été présentés en assemblée générale. C'est la première fois qu'une coordination dans laquelle coexistent divers courants politiques du mouvement ouvrier convie les femmes à se réunir, pour discuter de leur problématique spécifique dans le cadre général de la lutte des classes. Bandera Socialista, organe du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section mexicaine de la IVe Internationale, publie un dossier sur cette rencontre dans son nu-

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méro de décembre 1983, dans lequel il est considéré comme un progrès historique le fait qu'une coordination de cette importance aborde la problématique spécifique de la condition des femmes.

Les résolutions issues de la rencontre établissent clairement la situation d'oppression qui est faite aux femmes, les formes sous lesquelles elle se manifeste dans le cas particulier des zones urbaines pauvres, son expression jusque dans les organisations démocratiques, et la nécessité de

Il est demandé à la Conamup de reprendre en charge les tâches qui vont depuis la formation des femmes jusqu'à la nécessité de les aider à accéder à des tâches de direction dans les organisations

Organisée au moment où le mouvement ouvrier et démocratique mexicain se préparait à mener une deuxième journée nationale de grève civique (qui ne pourra pas avoir lieu par la suite), la rencontre des femmes appelait aussi à une journée de lutte contre l'austérité, qui devait initialement culminer en se joignant au mouvement général de grève.

Concernant les formes organisationnelles à adopter pour mettre en pratique les diverses tâches décidées par la Rencontre, il a été proposé que chaque quartier mette en place des formules qui facilitent la participation des femmes, des comités, des ligues féminines, et qui favorisent aussi des échanges d'expériences, etc. En ce qui concerne la Conamup, il a été décidé de former une coordination nationale où soient représentées toutes les régions adhérant à la Conamup, coordination qui fasse preuve en même temps d'une certaine souplesse, pour permettre le fonctionnement de commissions de travail particulières. Une deuxième rencontre devra se tenir dans moins d'un an.

Il est important de signaler que plusieurs camarades masculins assistaient à cette réunion. La commission d'organisation de la rencontre avait décidé que les hommes qui le désiraient pourraient y assister et que, ce faisant, ils s'engageaient à discuter entre eux des différents thèmes en débat, cela afin de permettre aux femmes de s'exprimer librement dans leurs groupes, sans inhibition. Une commission de travail a donc réuni une vingtaine d'hommes. A la fin de la rencontre, ils ont lu un message contenant leurs conclusions. Ils y reconnaissaient une série d'erreurs et de déformations que leur inculque la société capitaliste et appelaient leurs compagnons de lutte à faire un effort pour abandonner ces attitudes. Cette intervention des camarades masculins fut bien accueillie.

Les résolutions adoptées sont toutes, par leur contenu, le signe d'un succès du mouvement de masse, mais il est évident qu'il y a encore beaucoup à approfondir dans le débat idéologique. Des opinions très diverses se sont exprimées dans cette première rencontre, sur les problèmes spécifiques aux femmes et sur les solutions possibles. Dans l'assemblée générale, c'est un consensus qui s'est exprimé, résumant les discussions des commissions, mais les

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débats, tant dans les commissions qu'en assemblée générale n'ont pas été faciles.

Toutes les organisations représentées étaient certes d'accord sur le fait même de l'oppression des femmes, mais les délimitations de cette oppression et les moyens propres à la combattre sont loin d'être communs à tous ces courants. Dans le mouvement des femmes, ou dans certaines de ses composantes, prévaut l'idée que c'est la révolution socialiste et leur participation à sa réalisation qui libèrera les femmes, mais qu'il n'est pas nécessaire qu'elles entreprennent une lutte spécifique pour leur libération. L'idée que le féminisme en général - sans tenir compte des différences entre les courants qui s'en réclament - crée des divisions entre les hommes et les femmes, est profondément enracinée. Comme si cette division n'était pas déjà inscrite dans la réalité.

D'après la teneur des débats et des témoignages, il est clair pour toutes les habitantes des quartiers populaires qu'il faut mener une lutte de classe contre les propriétaires et les patrons. Mais elles savent aussi qu'en tant que femmes, elles souffrent des conditions particulières qui leur sont faites, dans la famille et dans la société. Certaines se sont mises à pleurer en relatant leur expérience personnelle, leur vie de mère de plus de dix enfants, le fait qu'elles soient battues par leurs maris ou que leurs filles soient violées ou renvoyées de leur travail parce qu'enceintes. Des femmes qui, durant des années et des années, se sont uniquement consacrées à cuisiner, à laver et à accoucher. Depuis lors pourtant, l'idée de s'organiser, de lutter pour quelque chose de plus que la survie contre la pénurie, de lutter contre tous les types d'oppression, a fait son chemin dans leur esprit. A certaines militantes des organisations politiques qui ont la possibilité de choisir leurs maternités, qui ne sont pas des femmes battues, et qui bénéficient d'un autre niveau culturel, cette situation réelle des femmes de nombreux milieux populaires semblait être une chose sans grande importance, secondaire. Pour elles, la seule contradiction est la contradiction de classe. « Pour nous, écrit Bandera Socialista, il faut combattre cette société de tous les points de vue. »

Ce qui ressort comme le plus important de cette rencontre, c'est que le débat est resté ouvert et qu'aujourd'hui la discussion peut ne plus être limitée à de petits groupes de femmes radicalisées et qu'elle peut être portée au sein même du mouvement de masse. Il a été ainsi décidé d'attribuer, dans le bulletin de la Conamup, un espace réservé à la question des femmes, espace qui pourrait également servir, à l'avenir, de tribune de débat.

Un plan d'action a également été largement débattu, de nombreuses propositions avancées, les expériences de lutte, comme la première journée de grève civique nationale d'octobre 1983, ont été approfondies. Les résolutions adoptées par la rencontre de Durango représentent donc un grand progrès pour la lutte des femmes et ouvrent d'excellentes perspectives que toutes les organisations intéressées par la lutte des femmes se doivent de ! suite de la page 28 particulier pour préparer le mieux possible la Journée internationale des femmes du 8 mars prochain.

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