Nel attaque de grande ampleur a été lancée par le gouvernement de Margaret Thatcher contre les droits des 10 millions de syndicalistes britanniques. Des lois, dont l'adoption est prévue pour 1984, vont être édictées dans le but d'affaiblir radicalement les liens entre les syndicats et le Parti travailliste. La législation déjà introduite par les conservateurs (Tories) depuis qu'ils sont au gouvernement (1979), va être utilisée pour décimer les effectifs des syndicats par la destruction du système du closed shop (monopole syndical sur l'embauche, très largement en vigueur, aussi bien
Le mouvement syndical, dirigé par le TUC (Trade Union Congress, confédération syndicale unique, à laquelle sont affiliés la quasi-totalité des syndiqués), n'est guère en état de résister. Lors de la première épreuve de forces sérieuse, véritable test de la nouvelle législation syndicale, le Syndicat des imprimeurs de l'Association graphique nationale (NGA), a subi, en décembre dernier, une défaite cinglante de la part du gouvernement. Loin de tirer des leçons de cette expérience, la majorité des directions syndicales ont maintenant adopté une nouvelle stratégie qui vise au compromis avec les conservateurs, et emprunte la voie du « syndicalisme corporatif » de style nord-américain.
Une polarisation accrue entre les ailes droite et gauche de la bureaucratie syndicale apparaît cependant en réaction à cette politique de capitulation. A la base des syndicats, les courants qui forment ce qu'on appelle la Gauche large (Broad Left) obtiennent un soutien croissant pour leur programme de réforme syndicale et se lient avec la
GRANDE-BRETAGNE
Les réactions syndicales
aux nouvelles attaques
dans le secteur public que dans le secteur privé). gauche du Parti travailliste. Dès lors, décisives pour cette nouvelle gauche. 1984 mouvement syndical britannique subir les cinquante dernières années.
Le chômage de masse a toujours été un puissant instrument, pour les gouvernements conservateurs, dans leurs batailles contre les syndicats. Même en utilisant des statistiques officielles, qui sous-estiment le chiffre véritable du nombre de chômeurs d'au moins un million, le chômage est passé de 1,2 million de person-
Men mai 1979, lorsque Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir, à 3,2 mildécembre 1983. Le niveau des luttes économiques a décliné en proportion égale, passant de 29,5 millions de journées de travail chômées pour fait de grève, en 1979, à 3,6 millions en 1983 (cf.
Nombre de journées perdues pour fait de grève (en millions) effectifs syndicaux a chuté de son point maximal de 12,2 millions en 1979 à moins de 10 millions aujourd'hui. Mais les effets de la situation au niveau de la base organisée des syndicats ont été encore plus drastiques. Le nombre des shop stewards (représentants syndicaux élus sur chaque lieu de travail par les ateliers) a baissé de 130 000 à du gouvernement de
Margaret Thatcher
cette année sera une période d'expériences pourrait en effet être l'année qui verra le changements les plus fondamentaux des 80 000 dans le secteur industriel pendant la même période. Le nombre de shop stewards qui travaillent comme permanents dans leur section syndicale est tombé de 4 000 à 2 000. A British Leyland, où la force de travail a été réduite de près d'un tiers, soit d'environ 100 000 personnes, et où le nombre des shop stewards a chuté de 50 %, la direction a réussi à augmenter la productivité, qui est passée de 6 voitures par an et par travailleur en 1979 Mais, malgré tout cela, les conservateurs n'ont pas, jusqu'à présent, réussi à détruire la force organisationnelle fondamentale du mouvement syndical. La proportion des travailleurs syndiqués était de 52 % en 1979. Elle n'a décliné que marginalement, pour atteindre son niveau actuel de 49,6 %. Cela est largement dû à l'afflux continu de nouvelles adhésions de femmes travailleuses.
Le niveau de vie de ceux qui ont un travail a augmenté de 7% au cours des quatre dernières années, tandis que l'horaire hebdomadaire de travail, qui reste l'un des plus longs de l'Europe occidentale, a été réduit en moyenne de deux heures, la semaine de travail passant de 46 à 44 heures pour les travailleurs manuels de sexe masculin. Ce dernier chiffre est davantage attribuable aux effets de la récession qu'à des victoires obtenues dans l'établissement des conventions collectives. La moyenne des revenus des familles prises dans leur ensemble a cependant chuté de 2% au cours des quatre dernières années. Mais cela ne veut en aucun cas dire que la classe ouvrière britannique a subi une défaite comparable dans ses effets à celle qui a suivi la grève générale de 1926, qui est le terme de comparaison traditionnel pour mesurer la santé ou le mauvais état du mouvement ouvrier en Grande-Bretagne.
LA NOUVELLE ATTAQUE
DES CONSERVATEURS C'est justement ce genre de défaite que les conservateurs voudraient infliger aux syndicats dans la période qui s'étend jusqu'aux prochaines élections générales, prévues en 1988. Ils ont deux objectifs principaux. Le premier est de restreindre radicalement le droit des syndicats à organiser leurs propres activités politiques dans le cadre du Parti travailliste, indépendamment des partis bourgeois. Le second est de réduire le nombre d'adhérents des syndicats à la moitié du chiffre actuel.
Les conservateurs et le patronat utilisent de plus en plus le système législatif pour arriver à leurs fins. Les deux décrets votés au Parlement sous le précédent mandat de Thatcher ont eu les effets suivants :
- restriction du droit des piquets de grève réduisant à six le nombre de personnes constituant un piquet;
- suppression de l'immunité légale pour les actions de solidarité des syndicats, soit dans le cas où les travailleurs en lutte font un piquet de grève pour une autre branche, ou devant des établissements fournisseurs ou clients de leur propre entreprise, soit encore lorsque les travailleurs mènent une action de solidarité en soutien à d'autres grévistes ;
- mise hors-la-loi du système du closed shop, selon lequel il faut être membre du syndicat pour obtenir un travail dans certains secteurs;
— responsabilisation et pénalisation financière des syndicats et de leurs dirigeants jusqu'à des sommes pouvant atteindre 250 000 livres (3 millions francs) en paiement de dommages à quiconque veut bien proclamer qu'il a subi une perte à cause d'une forme ou l'autre
Tous ces aspects de la politique des conservateurs vis-à-vis des syndicats ont été clairement exposés pendant le conflit entre l'Association graphique nationale (NGA) et le groupe de presse Stockport Messenger. La lutte entre l'un des syndicats les plus puissants et les plus riches du TUC et un patron de presse particulièrement combatif fut considérée, à juste titre, comme une pierre de touche dans la confrontation entre les syndicats et le gouver-
Il faut analyser ce conflit dans le cadre général des tentatives faites par tous les propriétaires pour introduire de nouvelles technologies dans la presse. La résistance largement victorieuse des syndicats aux effets des changements introduits dans les techniques de travail a fait des patrons de presse l'un des secteurs du pa-
rence nationale à Londres, le 3 février, pour discuter des moyens de parvenir à la semaine de 35 heures. L'invité principal de cette conférence était Ernst Breit, seaccepter des « contrats de solidarité » du type de ceux qui concernent aujourd'hui 100 000 travailleurs en France et 30 000 en Belgique. Murray a rejeté l'idée d'une réduction des salaires en contrepartie d'une réduction des horaires de travail, mais il a ajouté : « Il s'agit ici d'une négociation. C'est un marchandage entre les revenus et les emplois ... Les travailleurs doivent choisir entre l'augmentation du salaire seule ou des augmentations plus petites assorties de réducouest-allemande, Ernst Breit, et de Scargill, le dirigeant du syndicat britannique des mineurs. Alors que les adhérents métallurgistes de la DGB sont en train de lancer une lutte pour la semaine de 35 heures, Breit s'est prononcé contre toute perte de salaire et pour un « contrôle social » pour limiter le chômage dû à la devrions renoncer à réclamer des augmentations de salaires en échange d'une réduction de la semaine de travail. » Il continua en appelant, pour réduire le chômage, au refus généralisé des heures supplémentaires. C'est là un reflet des actions actuellement menées par les mineurs britanniques qui luttent contre la fertronat les plus l'abolition du monopole syndical de l'embauche. Aussi, lorsqu'Eddie Shah, un groupe de patrons de journaux du nord-ouest de l'Angleterre, a décidé de licencier six de ses employés appartenant à l'Association graphique nationale, les secteurs les plus agressifs de la classe capitaliste se sont-ils rangés à ses côtés et lui ont-ils apporté leur complet soutien à travers l'organisation patronale de droite appelée Institute of Directors.
Eddie Shah a embauché des jaunes pour remplacer les travailleurs licenciés, tandis que des piquets syndicaux massifs comprenant jusqu'à 4 000 militants sont affrontés à la police à la porte de l'entreprise. Le NGA fit appel à la confédération syndicale pour être soutenu par des actions dans la ligne de la politique syndicale antérieure. Mais aussi bien le TUC que la direction du Parti travailliste refusèrent de soutenir le NGA au-delà des limites légales. Les piquets syndicaux et actions de solidarité organisés par le NGA pendant cette lutte se situaient en dehors des termes des lois sur l'emploi adoptées en 1980 et 1982. Toutes les actions entreprises par le NGA en vue de sa propre défense se trouvèrent exclues du cadre de soutien imposé par les dirigeants du Parti et du TUC. Le NGA céda et le gouvernement a pu se glorifier d'une fameuse victoire.
Le second front sur lequel le gouvernement a attaqué l'organisation syndicale au cours des derniers mois a été celui du droit de grève dans les prétendus « services essentiels ». Bizarrement, le terrain choisi par le gouvernement pour commencer ses attaques contre les syndicats du service public, comme la santé, les pompiers, l'électricité et autres, fut le centre secret de télécommunications de Chelten-
Le Trade Union débat des crétaire de la confédération syndicale allemande DGB.
tions des horaires de travail. » technologie.
meture des puits par le refus des heures supplémentaires.
ham. Les 7 000 employés du centre se sont vus interdire d'adhérer au syndicat, « dans l'intérêt de la sécurité nationale ». On a offert à ces travailleurs 1 000 livres (12 000 francs) pour les inciter à abandonner leurs droits. Ceux qui n'accepdoivent être d'autres services publics ou licenciés.
Les dirigeants du TUC ont bien vu avaient des implications plus générales pour tous les syndiqués du secteur public. Après l'annonce de ces mesures, des milliers de fonctionnaires d'autres secteurs se sont mis en grève pour protester contre la gouvernement. Cependant, sans appeler à aucune riposte, les dirigeants du TUC ont proposé au gouvernement une clause de « non-greve », en échange de la restitution du droit d'organisation dans le centre en question. Etant donné qu'une telle clause est exactement ce que recherche le gouvernement pour l'ensemble du secteur public, cet essai de compromis de la part de la direction du TUC, de même que sa trahison de la lutte du NGA, est un coup d'importance majeure porté au mouvement ouvrier.
Les syndicats du secteur public sont certains d'être en première ligne des attaCongress (TUC) 35 heures ques gouvernementales. Dans les services de santé, par exemple, l'indépendance syndicale se voit affaiblie par la multiplication des Comités paritaires de consultation avec les employeurs (Joint Consultative Committees), qui cherchent à imposer la collaboration de classes. En outre, large « privatisation » publics - qui accorde par contrat au capital privé, soit en totalité, soit en partie, le dans des secteurs de services précédemment assurés par l'Etat — a pour un de ses principaux objectifs, la destruction de l'organisation syndicale dans le secteur public.
Mais c'est la structure même du mouvement ouvrier que les conservateurs veulent transformer avec leur prochain train de mesures législatives sur les syndicats.
SUR LE PARTI TRAVAILLISTE La législation aujourd'hui proposée au Parlement inclurait l'exigence d'un vote au sein des syndicats pour assurer que les dirigeants soient directement élus par les membres au moins une fois tous les cinq ans, la possibilité de rendre toute action de lutte appelée par le syndicat sans vote à bulletins secrets des adhérents, passible d'un recours en justice de la part des employeurs, le renouvellement, tous les dix ans, de la demande faite aux membres du syndicat pour savoir s'ils désirent toujours avoir des « fonds politiques » leur permettant de soutenir le Parti travailliste.
Etant donné les structures non démocratiques de nombreux syndicats britanniques, les conservateurs pensent qu'ils obtiendront un large appui pour la première de leurs propositions. Mais le résultat d'ensemble serait de permettre à l'Etat d'intervenir à sa guise dans le fonctionnement intérieur des syndicats, sous prétexte d'exiger des votes à bulletins secrets ou par le biais d'actions en justice intentées par des syndiqués individuels qui fonctionnement des syndicats. Cependant, c'est la clause relative au Parti tra-