Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

La mobilisation des masses et le processus électoral

· Inprecor n° 168, 5 mars 1984 · p. 13-15 · 3 330 mots

Nicaragua Amérique centrale

et diplomatique, imperiale routin airie par union ont a imene rON content d'essayer d'isoler la révolution sandiniste par un boycott économique

•sion militaire est de plus en plus importante. Le rapport de la commission présidée par Henry Kissinger sur l'Amérique centrale vient rappeler à la fois l'« inévitabilité » d'une intervention américaine au Salvador, et l'analyse suivant laquelle, pour les

Etats-Unis, « l'utilisation du Nicaragua comme une base pour les efforts soviétiques et cubains de pénétration dans le reste de l'isthme centro-américain, avec le Salvador comme premier objectif, donne au conflit une dimension stratégique majeure » (1).

C'est donc dans un contexte d'aggravation des dangers d'intervention impérialiste qu'il faut replacer une série de décisions récentes de la Junte de gouvernement de reconstruction nationale (JGRN) et du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), comme l'amnistie offerte aux Miskitos ayant participé à des actions contre-révolutionnaires, l'accélération de la remise des terres aux paysans dans les derniers mois de l'année 1983, et l'annonce de la tenue d'élections pour une Assemblée constituante, un et le processus électoral président et un vice-président de la République pour le 4 novembre 1984. Claude DEVILLIERS

La question des populations de la côte Atlantique du Nicaragua, Miskitos, Sumos, Ramas et Criollos (au total 250 000 personnes, dont environ 150 000 Miskitos), a constitué un cheval de bataille idéologique important de la propagande impérialiste contre le régime sandiniste, accusé de vouloir les exterminer. Parallèlement, les « contras » firent beaucoup d'efforts pour se doter d'une base d'appui parmi ces populations. Tout d'abord en ralliant quelques chefs traditionnels de ces communautés villageoises, puis en organisant systématiquement l'enlèvement de populations entières et leur déportation vers le Honduras.

AMPLE AMNISTIE

POUR LES MISKITOS Le risque fut alors grand d'un véritaentre les populations de la côte Atlantique embrigadés par la « contra » et le processus révolutionnaire. D'autant que les dirigeants sandinistes s'étaient trouvés dès le début un peu pris au dépourvu par la complexité des problèmes pour insérer des populations, très attachées à leurs traditions, dans le processus de la révolution et les structures de mobilisation de masse créées dans le reste du pays. Les faibles niveaux de conscience politique et d'engagement dans la lutte anti-somoziste, les spécificités culturelles et linguistiques, les particularités d'une région laissée pour compte et isolée sous la dictature de Somoza, la pauvreté d'une population longtemps utilisée par les compagnies impérialistes pour l'exploitation du bois, de l'or et de la banane puis abandonnée lorsque cela ne s'avéra plus rentable, tous ces éléments ont contribué à singulariser l'attitude des populations de la côte Atlantique vis-à-vis de la

NICARAGUA La mobilisation des masses

L'impréparation des dirigeants sandinistes provoqua des erreurs initiales dans les prises de contact avec la réalité de cette région, erreurs que le FSLN reconnut rapidement et rectifia ensuite (2). C'est ce qu'expliquait récemment encore le commandant Sergio Rami-

Men précisant : « Nous payons les nombreuses erreurs que nous avons commises. Les Miskitos ne sont pas très nombreux. Leur isolement, leur arriération étaient traditionnels. Il faut d'abord changer leur conscience, leur apprendre les techniques nouvelles sans les brusquer, en respectant les différences. Alors, les choses changeront d'elles-mêmes. nous pensons que les Miskitos sont des Nicaraguayens comme les autres, et nous ne pouvons accepter qu'ils vivent en dehors de la révolution. Il suffit de trouver un équilibre. » (3)

La révolution sandiniste peut aujourd'hui se targuer d'un bilan largement positif sur cette question. Les populations de la côte Atlantique ont déjà bénéficié d'une série d'acquis sociaux, comme l'alphabétisation, le rétablissement de leur organisation villageoise traditionnelle, la distribution de terres fertiles par la réforme agraire qui leur a permis d'accroître leur revenu et d'améliorer leurs 1983. Les Miskitos déplacés par le FSLN en décembre 1981 de la région des combats proches de la frontière hondurienne vers l'intérieur du pays, affirmait récemment Sergio Ramirez, « vivent mieux et sont plus heureux; ils préfèrent rester dans leurs nouveaux campements», peuvent bénéficier plus facilement de toute une série (commodités sanitaires, médecins, écoles) auxquels l'isolement traditionnel ne les avait pas habitués (4). Ce bilan se concrétise aussi par la diminution de l'importance, pour les « contras », du front de guerre de la côte Atlantique, ce qui représente une nette victoire militaire des

Des décrets édictés les 2 et 4 décembre derniers prévoient l'amnistie pour « les citoyens nicaraguayens d'origine Miskitos qui ont commis des délits contre l'ordre et la sécurité publiques ou n'importe quel autre délit connexe, entre le ler décembre 1981 et cette date, dans le département de Zelaya Nord ». Cela peut s'appliquer aussi bien aux personnes qui se trouvent en prison, qu'elles aient été jugées ou non, en liberté à l'intérieur du pays, ou réfugiées à l'étranger. Les considérants politiques qui accompagnent cette décision illustrent bien la démarche du FSLN. L'un d'entre eux précise que c'est « l'état d'agression contre-révolutionnaire auquel leur région a été soumise. sous-développement séculaire, retard dans le domaine des communications, qui ont fait de ces populations les victimes faciles de la manipulation, de la mystification et de la soumission par la terreur aux bandes contre-révolutionnaires » (5). Cette analyse, et les mesures qui en ont découlé, représente une démonstration de force politique du régime sandiniste. Pour en prendre toute la mesure, il faut bien apprécier la situation d'agression impérialiste dans laquelle se trouve le Nicaragua actuelle-

Des centaines de Miskitos ont déjà bénéficié de cette amnistie, soit en rentrant du Honduras, soit en étant libérés par les sandinistes. D'ailleurs, face au dé sir affiché par certaines de ces popula tions de revenir au Nicaragua, les « contras » ont entrepris de nouveaux raids pour enlever des Miskitos, notamment dans la communauté de Francia Sirpe, le 20 décembre, et commis des massacres, comme celui des 200 Miskitos du campement de Mokoron au Honduras, assassinés le 6 janvier, alors qu'ils tentaient de regagner le Nicaragua bénéfice politique de cette décision pour la révolution semble donc largement positif, même comparé au risque que cette amnistie soit mise à profit par la « contra » pour essayer de s'infiltrer « légalement » au Nicaragua, ou que l'op position bourgeoise tente de polariser politiquement ces populations à ses côtés. Car les dirigeants sandinistes sont conscients du fait que le problème de la désynchronisation des rythmes d'engagement dans la révolution, liée à la diversité sociale, politique et culturelle des masses populaires nicaraguayennes et au poids social des couches non prolétariennes, ne pourra être totalement résolu par la seule amnistie. C'est d'ailleurs ce qu'affirme Sergio Ramirez, pour qui « l'amnistie a déjà donné des résultats. Bon nombre de

1. Cité par Intercontinental Press, New 2. Cf. Inprecor numéro 155 du 18 juillet 3. Le Monde, 15 février 1984. 5. Barricada, 2 décembre 1983

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Miskitos reviennent, mais l'amnistie ne sufira pas » (6).

Sous un autre registre, celui de la réforme agraire, le poids social des couches paysannes et la propagande « contra » en leur direction ont amené la direction sandiniste à reconnaître l'« inaliénabilité » des terres distribuées aux paysans, y compris celles des « producteurs patriotes qui respectent la révolution ». En effet, la « contra » s'était servie d'une phrase contenue au bas des titres d'attribution des terres de la réforme agraire, qui stipulait que la terre était la propriété de l'Etat, pour mener sa propagande anti-gouvernementale. D'un autre côté, la possibilité de la cession des titres de réforme agraire est discutée, ainsi que les limites précises à imposer aux achats éventuels pour éviter la reconstitution de grands domaines fonciers.

L'ACCÉLÉRATION

DE LA RÉFORME AGRAIRE L'accélération, durant les derniers mois de l'année 1983, des remises de terres aux paysans dans une période d'agression ouverte, est un autre défi relevé par la révolution sandiniste. En 1978, 5 % des propriétaires terriens occupaient 41 % des terres cultivables avec des exploitations de plus de 350 hectares, tandis que 70 % des producteurs agricoles occupaient 2 % des terres cultivables sur des lopins de moins de 7 hectares, et qu'un tiers de la population active, soit 80 000 familles, se trouvait sans terre et sans emploi (7). La réforme agraire devait donc répondre aux besoins en terre de ces deux dernières catégories de population agricole.

Les premiers décrets confisquèrent les terres de Somoza, puis celle des somozistes immédiatement après la chute de la dictature. Dans cette première phase, un peu plus d'un million d'hectares, soit 20 % des terres cultivables, constituèrent l'Aire de propriété populaire (APP) et furent redistribuées sous la forme d'entreprises d'Etat, la majorité des anciennes propriétés étant en effet des grandes plantations de canne à sucre ou de café que les san-

One voulurent pas L'Etat prenait ainsi le contrôle d'un secteur stratégique de l'économie. La seconde phase de la réforme agraire, initiée par le décret de juillet 1981 expropriant les terres abandonnées, en friche ou sous-utilisées, commença à répondre aux revendications démocratiques d'accès à la petite propriété terrienne de nombreux paysans sans terre. A la fin de l'année 1983, plus de 350 000 hectares avaient donc été expropriés et distribués à paysannes, sous forme individuelle ou coopérative. Cela a déjà profondément transformé la structure de la propriété terrienne, puisque les grands propriétaires ne possèdent plus que 12% des terres cultivables, contre 41 % en 1978, et que les petits propriétaires ont obtenu 65 % de terres cultivables supplémentaires par rapport à 1978. Ce mouvement de distribution de la terre s'est considérablement accéléré au cours des derniers mois de l'année 1983, dans ce que l'on peut considérer comme la troisième phase de la réforme agraire. Pendant la seule année 1983, ce sont 250 000 hectares de terre, soit deux fois et demi de plus que la superficie cultiva1982, qui ont été distribués aux paysans. Les terres ainsi distribuées au cours des 41 derniers jours de l'année dernière représentent l'équivalent de 30 % du total des terres remises aux paysans depuis octobre 1981. Certes, sur les 250 000 hectares de terres distribuées en 1983, seulement 175 000 proviennent de terres expropriées, le reste provenant des surfaces de l'APP, dont il est prévu d'en distribuer encore aux paysans durant l'année 1984.

On peut néanmoins affirmer que l'année 1983 a été, malgré la guerre impérialiste menée contre le Nicaragua, celle d'un pas décisif dans l'accomplissement de la réforme agraire. D'autant que cette distribution de terres s'est aussi accompagnée d'un moratoire sur les dettes contractées envers l'Etat par plus du tiers des coopératives paysannes et des paysans indivi-

Durant l'année à venir, il est envisagé de distribuer encore plus de terres que pendant l'année 1983. Le coordinateur de la commission politique du FSLN, le

Bidonville au Nicaragua (au fond, une banderole sandiniste). (DR) commandant Bayardo Arce, a ainsi annoncé que les terres distribuées atteindront près de 500 000 hectares au cours d'un programme qui devait démarrer le 18 février dernier, avec des dons de 35 000 hectares à des paysans de la zone de Palacaguina, dans le département de Madriz, au nord du pays. Fin 1984, c'est ainsi un million d'hectares, dans un pays dont la superficie totale est de 130 000 km2, qui devront être distribués aux paysans. (Agence Nueva Nicaragua, Paris, 23 février 1984).

Cette accélération de l'application de la réforme agraire s'est doublée d'un accroissement de la mobilisation des masses et de leur intervention politique à la faveur des débats au sein du Conseil d'Etat. Le 9 décembre dernier, le commandant Jaime Wheelock affirmait : « Nous avons plus de 600 000 militants dans les organisations populaires. Je crois que le Front sandiniste est l'organisation politique la plus forte du Nicaragua. Et, peut-être, du point de vue de la puissance morale et politique, la plus forte qu'il y ait jamais

6. Le Monde, 15 février 1984. 7. Ces chiffres sont extraits de Nicaragua aujourd'hui, un télex hebdomadaire de l'Institut historique centro-américain (IHCA) de Managua, du 29 janvier 1984.

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eu au Nicaragua et en Amérique centrale. » (8) Les chiffres d'affiliés aux différentes organisations de masse sont effectivement impressionnants pour ce pays de 3 millions d'habitants: 40 000 l'Association des travailleurs de la campagne (ATC), 90 000 pour la Centrale sandiniste des travailleurs (CST), 70 000 pour l'Association des femmes nicaraguayennes Luisa Armanda Espinoza (AMNLAE), 30 000 pour la Jeunesse sandiniste du 19 juillet (JS-19), dont plusieurs milliers participent aux brigades volontaires de la récolte de coton, 500 000 pour les 12 000 Comités de défense sandiniste (CDS), et 70 000 pour l'Union nationale des agriculteurs et éleveurs (UNAG) (9). Cette mobilisation s'exprime aussi sur le front militaire par l'organisation des Milices populaires sandinistes (MPS), qui regroupent 80 000 personnes sur une base volontaire, tandis que 10 000 à 15 000 font partie des bataillons réserve, et que se met en place un service de conscription militaire, le Service militaire patriotique (SMP), le tout, aux côtés d'une Armée populaire sandiniste (EPS) de 20 000 à 25 000 soldats.

Ces chiffres bruts ne donnent pourtant pas une idée suffisante de la mobilisation populaire au Nicaragua. Celle-ci s'est aussi exprimée par l'intervention des organisations de masse dans les débats au sein du Conseil d'Etat, comme l'a fait l'AMNLAE lors de la discussion de la Loi sur l'éducation, en octobre 1982, pour réclamer la prise en compte des droits des mères célibataires, ou encore lors du débat sur le Service militaire patriotique, pour réclamer que soit accordé aux femmes volontaires le droit de participer au service national actif, dont le projet de loi les avait initialement exemptées. Le Conseil d'Etat est donc non seulement un représentation des organisations de masse des travailleurs, mais aussi le lieu d'un débat politique réel autour différentes lois proposées. C'est cet acquis politique qui doit pouvoir se retrouver dans l'Assemblée constituante issue des premières élections démocratiques qui se tiendront dans ce pays. C'est bien comme cela d'ailleurs que les masses populaires du Nicaragua envisagent les élections du 4 novembre prochain.

LE PROCESSUS ÉLECTORAL

ET LA MOBILISATION DES MASSES décrets annonçant les simultanées d'un président et d'un vice-président de la République au suffrage universel, et d'une Assemblée de 90 membres au scrutin proportionnel régional, pour une durée de 6 ans, ont été publiés au début de décembre dernier. Ils attribuent à l'Assemblée une fonction constituante dans les deux premières années de son mandat, et législative ensuite, et écartent du droit de vote et d'éligibilité les responsables d'organisations contre-révolutionnaires, les condamnés, les partisans d'un retour à un régime somoziste ou assimilé, et ceux qui font appel à une intervention étrangère au Nicaragua. La majorité électorale est fixée à 18 ans. Le

21 février dernier, date du 50e anniversaire de l'assassinat d'Augusto César Sandino, le « général des hommes libres », et journée nationale de mobilisation des CDS, la date des élections était officielleement annoncée pour le mois de novem-

Plusieurs éléments montrent que la direction sandiniste travers de ce processus électoral, faire momentanément reculer les risques d'une intervention militaire directe de l'impérialisme. Le choix même de la date, deux américaines, pourrait être interprété ainsi. Tout comme la déclaration du commandant Humberto Ortega, suivant laquelle « le processus électoral ne peut être isolé des développements en Amérique centrale et des agressions perpétrées contre nous par les Etats-Unis et le Honduras » (10), ou encore la décision du Conseil d'Etat, du 4 janvier, d'ajourner sine die la discussion du projet de loi sur l'organisation des élections à la suite des raids aériens des « contras » effectués la veille, à partir du Honduras, et revendiqués par les Forces démocratiques nicaraguayennes (FDN). Dès le 6 janvier, le Conseil d'Etat revenait sur cette décision. A plusieurs reprises, les dirigeants sandinistes ont tenu à préciser que le déroulement des élections pouvait être remis en cause en cas d'agression ou de bombardements aériens. Mais, et Sergio Ramirez l'a déclaré encore récemment, le FSLN est conscient « que Washington ne songe qu'à une solution militaire (et que)

Etats-Unis n'accepteront jamais la légitimation du pouvoir sandiniste par les élections » (11).

L'opposition bourgeoise intérieure a immédiatement pris ses distances d'avec des élections qu'elle n'avait pourtant cessé auparavant, en regrettant notamment que la loi électorale « interdiexpressément la participation aux élections des dirigeants politiques qui sont hors du pays » (12). La Coordination démocratique « Ramiro Sacasa » - qui regroupe les partis bourgeois d'op

Parti libéral constitutionnel -PLC, Parti social-démocrate - PSD, Parti social-chrétien - PSC), le Cosep (Conseil supérieur des entreprises privées), ainsi que deux centrales syndicales, la Centrale des travailleurs du Nicaragua (CNT) et la Centrale d'unification syndicale (CUS) -, a mené bataille autour des axes suivants : la séparation de l'Etat et du parti, une amnistie pour « tous » les Nicaraguayens, le droit de vote pour les somozistes, la majorité élective à 21 ans, le refus du droit de vote aux militaires, et la tenue séparée des élections à l'Assemblée et à la Présidence .. Pour l'instant, l'opposition bourgeoise s'oriente donc vers un boycott des élections, bien que cette position soit l'objet d'un débat en son sein.

En réaction à ces positions, les organisations de masse se sont mobilisées. De nombreux articles publiés dans Barricada, organe du FSLN, ont d'ailleurs compte de ces réactions populaires. Les élections y sont généralement présentées comme une institutionnalisation de la révolution, « une bataille de plus que le peuple doit livrer pour légaliser le pouvoir conquis le 19 juillet 1979 ». Un reportage publié dans Barricada du 26 janvier, donnait une large place aux réactions de travailleurs affirmant : « Je ne veux pas d'élections, nous sommes bien ainsi », ou encore : « Je crois que les élections sont une manière de renforcer encore plus la révolution. Nous, les travailleurs, allons répondre à la bourgeoisie en appuyant le Front sandiniste. » Les réactions aux prétentions de la bourgeoisie sont généralement cinglantes. Sur le droit de vote des militaires, on peut souvent lire des déclarations comme celle-ci : « J'ai trois années de participation à la réserve, sans compter la guerre de libération. Comment pourrait-il que nous n'ayons pas le droit de vote, alors que nous sommes ceux qui avons fait la révolution, que nous sommes le peuple ? » (13). A la demande bourgeoise d'un contrôle extérieur, une dirigeante syndicale locale de la CST répondait : « Une surveillance étrangère est une offense » pour un peuple qui a fait la révolution (14).

La loi électorale est d'ores et déjà un enjeu politique important pour les masses nicaraguayennes organisées et leur direc tion, le FSLN. Le secrétaire général de la CST annonçait, le 19 janvier dernier, l'organisation « d'une mobilisation nationale de la classe ouvrière pour garantir que le projet de loi électorale au Nicaragua soit conforme à la réalité que nous espé-

De leur côté, les Jeunesses sandinistes mènent campagne pour que le droit de vote soit ramené à l'âge de 16 ans. Le 31 janvier, lorsque 600 responsables des CDS de la capitale ont discuté de cette question à Managua, ils en sont arrivés à la conclusion que l'âge électoral pouvait être ramené à 15 ans. Des manifestations de

Sont eu lieu sur ce thème, et la JS-19 a lancé une pétition pour obtenir le droit de vote pour les jeunes de 16 à 17 ans sous le titre de : « Nous construisons le pays, nous voulons voter. » Finalement, le Conseil d'Etat devra à nouveau débattre de cette proposition à l'avenir. La façon dont les masses populaires abordent cette échéance montre donc très clairement leur détermination à ne pas se laisser déposséder de la moindre parcelle de pouvoir. C'est très clairement ce qu'exprimait le secrétaire général de la CST, lorsqu'il affirmait : « Avec ces élecnous allons institutionnaliser le pouvoir des travailleurs, (...) nous allons garantir que pas une seule entreprise ne soit retirée des mains du peuple, ni une usine, ni une banque, ni un pouce de terre. Nous allons garantir que la bourgeoisie ne revienne jamais au pouvoir. » (15). •

Claude DEVILLIERS, 23 février 1984. 8. Intercontinental Press, 20 février 1984. 9. Barricada, 26 décembre 1983.

10. Le Monde, 7 février 1984.

11. Le Monde, 15 février 1984.

12. La Prensa, 17 janvier 1984.

13. Barricada, 26 janvier 1984.

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