Inprecor 1974–2004

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FRANCE

L'année 1984 est une période charnière pour le gouvernement Mitterrand-Mauroy

· Inprecor n° 169, 19 mars 1984 · p. 14-15, 15-16, 16-17 · 3 629 mots

France Syndicalisme

EPUIS son pronostic confirmé sur « l'état de grâce » qui

Douirait élection d'un président de gauche, François Mitterrand fait en quelque sorte figure de prophète en son pays. Raison de plus pour prendre au sérieux son appréciation selon laquelle 1984 sera « l'année des difficultés ».

Par bien des aspects, le gouvernement de François Mitterrand est en effet à mi-parcours. Derrière lui, il a la période dite de l'« état de grâce » qui, précisément, a donné tout ce qu'elle pouvait donner et à laquelle plus personne ne croit mainteles dignitaires du régime qui, à présent, préfènant. D'ailleurs, rent les bilans aux perspectives et ne craignent pas les contre- vérités grossières, vont répétant qu'en matière de réformes la gauche a déjà plus fait qu'en 1936 ou en 1945. Et devant lui, ce gouvernement a les élections législatives de 1986, par rapport auxquelles les élections européennes de juin 1984 vont en quelque sorte constituer une répétition générale.

Toutes les forces politiques s'organisent en fonction de cette échéance, dont chacun comprend qu'elle va être décisive puisque, toutes les élections partielles le confirment, les législa-

Francis SITEL

La grève des ouvriers de l'usine d'automobiles Talbot, de Poissy, dans la banlieue parisienne, pour la plupart des ouvriers spécialisés (OS) immigrés, a profondément marqué la fin de l'année 1983 et le début de l'année 1984. Répondant à la décision patronale du 12 septembre de licencier 2 905 travailleurs sur les 16 000 travailleurs de l'usine, cette grève a très vite pris une signification exemplaire, dans la mesure où il s'agissait d'un « secteur sensible » à plus d'un titre.

LA GREVE DE TALBOT-POISSY

Confronté à des difficultés majeures liées entre autres choses à des erreurs de gestion, le groupe Peugeot SA (Peugeot-

Citroën-Talbot) engage, avec le soutien de l'Etat, une vaste restructuration qui doit se traduire par l'abandon de la marque

Talbot, d'importants investissements pour automatiser la production, et des dizaines de milliers de licenciements. Or, les usines de l'industrie automobile ont été marquées, ces deux dernières années, par des conflits d'ampleur concernant les libertés et les salaires, qui ont témoigné de la combativité importante qui est celle, en particulier, des ouvriers immigrés. Ceux- ci, aussi bien à Talbot-Poissy qu'à Citroën, ont fait voler en éclats le système répressif et terroriste que le patronat a fait régner des années durant au travers de ses syndicats-maison de la Confédération des syndicats libres (CSL), héritière de la

Confédération française du travail (CFT).

Imposer les licenciements à une classe ouvrière combative, fière de ses droits nouvellement conquis et de sa dignité lors des luttes de l'après-mai 1981, constipar une ministre de l'Economie, tionales.

Travailleurs en grève à Talbot-Poissy. (DR) tuait donc une épreuve difficile pour la direction de PSA, en même temps qu'un test aux yeux du patronat dans son ensemble aussi bien qu'à ceux du gouvernement. C'est en effet au nom des mêmes impératifs de restructuration en vue d'élever la productivité du travail, que sont mis en œuvre des plans qui prévoient des dizaines de milliers de licenciements, dans les secteurs privé et nationalisé tels que l'automobile, la sidérurgie, les chantiers navals, les charbonnages, le textile ...

Pour engager cette épreuve de force, le patronat s'est assuré du soutien total du gouvernement de Pierre Mauroy. Celui-ci, au nom des mêmes impératifs de compétitivité capitaliste qui appellent le « dégraissage » des « sureffectifs », a entériné les licenciements voulus par PSA. Il tives de 1986 devraient, en toute logique électorale, se solder défaite de la majorité parlementaire obtenue par le

Parti socialiste (PS) et le Parti communiste (PCF) en 1981.

D'autant plus qu'aujourd'hui l'horizon social apparaît totalement bouché. La crise économique est toujours là, plus profonde que jamais, tandis que se sont dissipées toutes les illusions sur la capacité des réformistes à engager une autre politique que celle voulue par la bourgeoisie, faite de chômage massif, d'attaques contre le pouvoir d'achat, contre la protection sociale et tous les acquis des travailleurs. Jacques Delors,

Edmond Maire, secrétaire de la

Confédération française démocratique du travail (CFDT), lui font écho : il n'y aurait rien d'autre à attendre et à espérer, pour les travailleurs, qu'une austérité prolongée et des licenciements à la pelle. Tel serait le prix de la « modernisation » de l'appareil industriel français et la voie incontournable de la volonté nationale d'affronter la crise et la concurrence internas'agissait ainsi non seulement de mettre en œuvre la politique réclamée par la bourgeoisie en ce domaine, mais aussi de faire la démonstration, aux yeux de cette même bourgeoisie, de sa capacité à imposer ces licenciements à la classe ouvrière.

Face à la grève avec occupation de

Talbot-Poissy, le gouvernement a ouvert des négociations avec les patrons de PSA.

Elles se sont conclues par une réduction du nombre des licenciements, de 2 905 à

1905, et par la définition d'un « plan social » d'accompagnement : mise en place de formations professionnelles, subvention de 20 000 francs aux entreprises qui accepteraient d'embaucher des ouvriers licenciés de chez Talbot, « aide au retour » pour les immigrés désirant retourner dans leur pays ... Tandis que la direction patro-

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nale, pour sa part, agitait la menace, en cas de poursuite de la grève, de fermer purement et simplement l'entreprise !

Ces mesures, qui servent de modèle au « volet social » des plans de restructuration industrielle actuellement mis en œuvre par le gouvernement, visaient à diviser les travailleurs en opposant grévistes et non-grévistes, licenciés et non-licenciés, immigrés décidés à partir et ceux refusant de perdre leur emploi, ainsi qu'à isoler les ouvriers les plus combatifs.

En même temps, le gouvernement voulait dédouaner, aux yeux des travailleurs, les directions syndicales qui, bien entendu, se sont refusées à diriger sérieusement la lutte et à organiser la solidarité à l'échelle nationale. La Confédération générale des travailleurs (CGT), puissante dans l'usine depuis les grèves du printemps qu'elle avait dirigées, s'est totalement discréditée devant les travailleurs en lutte en approuvant le « bon accord » PSA-gouvernement concernant les 1 905 licenciements, car les quelques milliers d'ouvriers combatifs qui occupaient l'usine ne l'entendirent pas de cette oreille. Ils se battirent résolument pour la revendication qui avait été popularisée par la petite section CFDT de l'entreprise, celle de « Zéro licenciement ».

Dès lors, le choc, inévitable, fut frontal. Les grévistes recevaient le seul soutien de la section CFDT de Talbot-Poissy et du syndicat CFDT du département des Yvelines. La direction confédérale de la CFDT, sans organiser la solidarité, décida de soutenir le contlit pour des raisons qui lui sont propres, afin notamment de ne pas laisser aux militants « oppositionnels » qui dirigent la CFDT au plan local le bénéfice de la grève Talbot. Elle préféra donc « soutenir » la grève pour masquer les contradictions ouvertes entre sa propre orientation d'acceptation de la politique gouvernementale d'austérité et la mobilisation des travailleurs contre les licenciements. D'autre part, tenue à l'écart des négociations par le gouvernement, la direction confédérale de la CFDT jugea aussi utile de donner une leçon à ce dernier, en lui montrant que la seule CGT n'était pas une garantie suffisante pour enrayer une grève comme celle-là.

C'est donc une véritable « union sacrée anti-Talbot », réunissant patronat, gouvernement et la plupart des directions syndicales, qui s'opposa à la lutte des travailleurs contre les licenciements, tandis que se déchaînait une redoutable campagne de presse non exempte de relents racistes, contre le « corporatisme » et l'«archaïsme » des travailleurs en grève, la lutte étant présentée comme tournée contre le « progrès » et sapant la compétitivité de l'industrie française. Finalement, le patronat déclencha une attaque d'une rare grévistes qui occupaient l'usine et empêchaient la reprise de la production. Des commandos, organisés par la CFT, renforcés par des groupuscules fascistes et soutenus par la maîtrise, agrescourage, les grévistes parvinrent à repousser les attaquants et se barricadèrent dans

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un atelier transformé, une journée entiè-

Mais le conflit avait atteint un tel degré de violence et les ouvriers grévistes se trouvaient dans un tel isolement, du fait de la politique des directions syndicales, confédération CFDT comprise cette fois, que la reprise du travail a pu être imposée quelques jours plus tard par la direction. Celle-ci est donc arrivée à ses fins en licenciant près de 2 000 travailleurs. Cela représente un échec pour la classe ouvrière, mais un échec subi la tête haute, au terme d'un combat exemplaire dont ouvrière et du mouvement syndical sont d'ores et déjà considérables.

Avec Talbot, la revendication « Non aux licenciements! » a été portée à l'incandescence et a littéralement partagé le mouvement syndical en deux. D'un côté, ceux qui appuient, à un titre ou à un autre, les licenciements, les cautionnent en reprenant les explications conjointes du patronat et du gouvernement sur les « impératifs économiques de modernisation ». De l'autre, ceux qui refusent que la majorité et les syndicats fassent le sale boulot du patronat, que le « changement » promis se traduise par des dizaines de milliers de licenciements, l'aggravation du chômage et l'envoi contre les travailleurs des flics et des commandos fascistes.

En ce sens, la grève des OS de Talbot a conclu une étape, celle de l'« attente » par les travailleurs des concrétisations du changement. Elle a ouvert des failles importantes au sein du mouvement ouvrier, au sein de secteurs entiers des syndicats et des directions syndicales qui soutiennent la politique de collaboration de classes du gouvernement.

UN TOURNANT POLITIQUE

La grève de Talbot et l'attitude du gouvernement face à elle ont constitué le prélude d'une série de décisions gouvernementales qui vont toutes dans le même sens : une systématisation de la politique d'austérité et la recherche d'un discours politique plus directement ajusté à celle ci. En ce sens, il n'est pas invraisemblable que nous assistions, à l'heure actuelle, à un « tournant politique », tournant qui répond au tournant économique de mars 1983 et le complète, qui avait vu l'adoption de la politique dite de rigueur (1).

Aujourd'hui, pour le gouvernement, il ne s'agit plus de « vaincre le chômage », objectif officiellement abandonné 1983 au nom de la lutte prioritaire contre le déficit du commerce extérieur par la compression de la demande intérieure. Il ne s'agit même plus de contenir le nombre de chômeurs sur la « crête des deux millions ». Il s'agit de moderniser l'appareil industriel français, c'est-à-dire d'opé rer les restructurations - les dirigeants de la gauche réformiste préfèrent parler des « mutations industrielles » - que la crise

1. Cf. Inprecor numéro 148 1983 et numéro 150 du 23 mai 1983.

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rend indispensables pour le système capitaliste français, s'il veut rétablir ses profits et faire face à une concurrence internationale exacerbée.

Dans un récent article représentant un véritable discours-programme, Pierre Mauroy, chef du gouvernement, a exposé les grandes lignes de cette cohérence nouvelle : « Les conversions industrielles actuelles s'inscrivent donc dans une logique politique profonde. La France bouge. Elle s'adapte. Et elle n'a pas attendu le début de 1984 pour engager ce mouvement. » C'est au nom de cette prétendue modernité, qui devient le nouveau drapeau de la gauche réformiste, que le gouvernement invite les travailleurs à accepter les licenciements, le chômage, les reconversions professionnelles et géographiques, la perte des acquis ..., toute autre attitude étant évidemment taxée de « conservatrice ». « Moins que d'autres, déclare Mauroy, les ouvriers doivent se laisser aller à cette forme de conservatisme que représente le refus des avancées technologiques. (2)»

Par ailleurs, le gouvernement et le ministre communiste de la Fonction publique, Anicet Le Pors, opposent une vigoureuse fin de non-recevoir aux fonctionnaires qui réclament le rattrapage des salaires par rapport à la hausse des prix de l'année passée, rattrapage qui était pourtant garanti par une « clause de sauvegarde » contenue dans l'accord qui organisait, de fait, le blocage des salaires et qu'avaient accepté de signer les organisations syndicales. En même temps, ils orchestrent une campagne de presse dénonçant les « nantis » de la fonction publique qui osent revendiquer pour le pouvoir d'achat, « nantis » parce qu'à la différence des autres travailleurs ils jouissent de la garantie de

Tandis que se développe cette attaque gouvernementale contre l'emploi et le pouvoir d'achat des travailleurs, au nom de la crise et des sacrifices exigés par la « modernisation » de l'industrie, le gouvernement fignole l'autre face politique, faisant, sous les applaudissements narquois de la droite, l'éloge de la libre entreprise en général et des chefs d'entreprise en particulier !

Dans un livre récent, qui va probablement devenir le best-seller d'un réformisme essouflé, Max Gallo, porte-parole du gouvernement et porte-voix de François Mitterrand, déclare sans retenue à ce propos que l'« on ne peut plus ignorer le lien entre liberté de l'individu et liberté d'entreprendre, entre dynamisme social et marché, entre société ouverte et profit (3) ». Et, plus loin, définissant les « conséquences des mécanismes du marché », le même Max Gallo précise qu'« elles se nomment: reconnaissance de la réussite, légitimité d'une rémunération - par le profit -, de l'initiative et du travail créateur, et donc acceptation, dans la structure sociale, d'une hiérarchie. Et c'est lui-même qui souligne ces trois mots clefs dans son livre. Au nom de la modernité et de la grandeur nationale, Pierre Mauroy et Max Gallo invitent les travailleurs à rejeter les « archaïsmes » et les

« corporatismes », c'est-à-dire à ne plus revendiquer et à ne plus défendre leur emploi, et ce, pour goûter aux délices de ce qu'on n'ose encore nommer crûment une cogestion du système capitaliste aux couleurs de la France.

Emporté par ses élans modernistes, le gouvernement Mitterrand-Mauroy ne lésine d'ailleurs pas sur les moyens. La télévision est mise à contribution pour servir une offensive idéologique qui vise à convaincre les travailleurs que la « crise » est, en fait, une vaste mutation sociale qui peut constituer une chance qu'il faut savoir saisir ... à force d'efforts! « Et ce que l'on appelle communément la crise, c'est le temps d'adaptation qui nous est nécessaire », explique Mauroy dans l'article déjà cité. Et tous de s'écrier en chœur : « Vive la crise ! (4) »

Pour se faire au moins comprendre du patronat, le gouvernement est prêt à redoubler d'efforts. Son attitude, hier face aux ouvriers en grève de Talbot-Poissy et aujourd'hui face aux fonctionnaires, constitue un de ces moyens. L'abandon de la bataille pour l'école laïque en est un autre. Mitterrand s'était engagé à satisfaire cette vieille exigence de la gauche : l'abrogation des lois anti-laïques sées par la réaction - lois qui permettent le financement public des écoles privées, le plus souvent religieuses, au détriment de l'école publique —, ainsi que la réalisation d'un grand service public, unique et laïc de l'enseignement. La droite a mené une énorme campagne et a mobilisé des centaines de milliers de partisans en défense de ce qu'elle appelle démagogiquement « liberté de l'école ». De leur

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Cette offensive idéologique veut débarrasser la gauche réformiste de ses « vieux habits », c'est-à-dire d'un trop attachement aux revendications, aux promesses, aux « privilèges », réalisation du changement et de la justice sociale. Bref, extirper définitivement l'espoir créé par la victoire électorale du 10 mai 1981 et convaincre les travailleurs que la lutte des classes est soluble dans la

Tout cela n'est pourtant guère convaincant. Les travailleurs, modernité ou de de modemier du tran écrit l'éditorialiste du journal officieux du Centre national du patronat français (CNPF), les Echos, « et non plus, notez-le bien, de la socialiser. La modernité, cela nous appartient à tous. Va donc pour la modernité ... (5) » côté, les partisans de l'école laïque et le mouvement ouvrier ont, eux aussi, mobilisé des centaines de milliers de personnes pour exiger la nationalisation laïque de l'enseignement privé et l'abrogation des lois anti-laïques. A la veille de la plus gigantesque manifestation de la droite depuis 1968, qui rassembla plus de 500 000 personnes en défense de l'« école libre », le 4 mars à Versailles, Lionel Jospin,

2. Le Monde, 29 février 1984 3. Max Gallo, La troisième alliance, Fayard, Paris, 1984. Le sous-titre très suggestif de ce livre prône « un nouvel individualisme ».

4. « Vive la crise ! » est le titre d'une récente et fracassante émission de télévision destinée à illustrer cette orientation d'acceptation volontaire de l'austérité au nom de la mutation industrielle. L'animateur en était le chanteur et comédien Yves Montand, très populaire France et ancien compagnon de route du PCF.

5. Les Echos, 2 mars 1984.

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premier secrétaire du PS, a annoncé la couleur : le recul du gouvernement, la fin de la « guerre scolaire » par reddition. « L'objectif, a-t-il déclaré, est de rassembler sur la bataille économique. (...) On ne peut pas se fixer plusieurs objectifs, plusieurs terrains d'action à la fois. (6) »

Cet abandon pur et simple, sur une question à laquelle la plupart des militants socialistes sont très profondément attachés, constitue un gage d'importance donné à la droite, un signe concret de la volonté gouvernementale de compromis, pour ne pas dire une preuve humiliante de son esprit de concession et de capitulation.

DES TENSIONS CROISSANTES Les « difficultés », pour le gouvernement Mitterrand-Mauroy, sont d'ores et déjà faciles à cerner : capitulation sur le terrain de la laïcité, échec cuisant sur le plan international avec le retrait sans gloire des troupes françaises du Liban, politique économique dont les fruits, en terme de modernisation, apparaissent bien inaccessibles, alors que les coups reçus par les travailleurs sont, eux, nombreux, doulou-

Le risque est donc évident d'une rupture ouverte entre les partis de la majorité et leur base sociale. L'affaiblissement de celle-ci peut être mesurée lors de chaque échéance électorale : les élections partielles se succèdent et se traduisent toutes défaites de la majorité PC-PS Dans ces conditions, le principal souci de Jacques Chirac — maire de Paris et dirigeant du très réactionnaire Rassemblement pour la République (RPR) et qui s'affirme de plus en plus comme le principal leader de la droite -, est de calmer ses troupes atin de ne pas provoquer de réactions ouvrières en retour et de ne pas précipiter inconsidérément les échéances politiques.

Le mouvement des camionneurs sur des revendications très corporatistes, qui a paralysé durant plusieurs jours les routes des Alpes lors des congés scolaires de février, bloquant des milliers de vacanciers, a ainsi permis à Chirac de faire preuve de « modération ». Loin de « jeter de l'huile sur le feu », il a préféré appeler à la modération et au « respect de l'ordre ». Le fait que ce mouvement ait été en grande partie non contrôlé, témoignant ainsi d'une radicalisation de la vie sociale et politique touchant des couches petites-bourgeoises, a empêché une convergence du mouvement avec les « projets raisonnables » de reconquête du pouvoir, qui sont aujourd'hui ceux des appareils politiques de la droite.

Une étape dans la voie de la réorganisation des forces de droite sera sans doute constituée par les élections européennes. En juin 1984, le RPR et l'Union pour la démocratie française (UDF, coalition liée à Giscard d'Estaing) présenteront une liste unique à ces élections, Simone Veil ayant imposé cette solution avec l'appui de Jacques Chirac.

De son côté, François Mitterrand ne se fait sans doute guère d'illusions, compte tenu de ce qu'est sa politique, sur la chemisiat

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Thang c'est: possibilité de remobiliser l'électorat ouvrier. C'est pourquoi il s'efforce de propulser en sous-main une liste de « centre de gauche » à l'occasion de ces mêmes élections européennes. Sous la houlette vieux chevaux de retour radicaux, Maurice et Edgard Faure, cette opération, si elle parvenait à voir le jour, ce qui est loin d'être acquis, viserait à « donner du jeu » à la vie politique française, en affaiblissant la polarisation politique droite-gauche. Un minimum de représentation parlementaire donnée à un « groupe charnière », rendue possible par l'introduction d'une certaine dose de proportionnelle dans les modalités du scrutin lors des élections législatives de 1986, pourrait permettre de renouer avec de vieilles traditions parlementaires : un Parti socialiste opérant un jeu de bascule entre le Parti communiste d'un côté et des groupes de droite de l'autre. Elargissement de l'alliance ou changement d'alliances, diverses solutions de transition se trouveraient dès lors ouvertes. Ils sont légion ceux qui songent à une telle évolution, à commencer peut-être par le PCF lui-même qui, à force d'avaler des couleuvres -du fait de sa participation au gouvernement et de son accord avec le PS - doit craindre de mourir d'indigestion et redouter de compromettre défini-

M-U-ZCH UOZHAUl

COn Manifestation des syndicats CGT de la Fonction publique à la mi-février 1984. (DR) tivement ses liens avec une classe ouvriere elle-même gorgée d'austérité ...

A droite comme à gauche, les scénarios pour 1986 apparaissent maîtrisés. Ils n'ont qu'un défaut : ne pas prendre en compte de possibles accélérations de la radicalisation politique et sociale. Pourtant, signes de celle-ci ne manquent pas, tels que la montée du racisme, le progrès des organisations fascistes, le conflit des camionneurs, le durcissement des conflits ouvriers. Tous ces facteurs disparates témoignent que, sous les effets en profondeur de la crise et dans le climat politique particulier créé par la présence des partis ouvriers au gouvernement, couche après couche, catégorie après catégorie, la société française est ébranlée.

Le problème, et l'inconnue, est de savoir de quel poids pèsera la classe ouvrière dans cette évolution. Talbot a montré ce que sont les capacités de combat de la classe ouvrière. La seule chose que l'on puisse dire aujourd'hui avec certitude, c'est qu'étant donné la politique gouvernementale, d'autres Talbot sont à l'ordre du jour.

Francis SITEL, 5 mars 1984.

6. Le Monde, 29 février 1984.

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