Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

COLOMBIE

Après la grève générale, une nouvelle période s'ouvre

Inprecor n° 17, 24 novembre 1977 · p. 26-32 · 6 624 mots

Syndicalisme

COLOMBIE Base d'accord politique entre le PST et la LCR Du 12 au 15 août dernier s'est tenu, à Barranquilla en Colombie, le congrès de fondation de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Ce congrès qu'avait précédé d'un mois le congrès de fondation du Parti socialiste des travailleurs (PST, anciennement Bloc socialiste), est très important pour le déloppement du marxisme révolutionnaire en Colombie et en Amérique latine. Les progrès réalisés lors de ces deux congrès ouvrent une nouvelle phase propice à la construction d'une forte organisation trotskyste, section unifiée de la IVe Internationale en Colombie. Le camarade Camilo Gonzalez, secrétaire politique du PST, dans un article d' "El Socialista" , l'hebdomadaire de son organisation, synthétise très bien l'importance de l'accord réalisé et qui vient de se concrétiser, ces derniers jours, par la formation d'une "Commission nationale d'unification" . "La phase qui s'ouvre nous permet pour la première fois de voir la possibilité réelle de former la section unifiée de la IVe Internationale en Colombie. L'intervention commune dans la lutte des classes et particulièrement la participation conjointe à la campagne électorale sont décisives pour l'unification des marxistes-révolufionnaires. Nous sommes convaincus que là est la bonne voie. Les différences qui subsistent encore en matière de programme et de tactique de construction de parti ne pourront être dépassées que si nous agissons de cette façon. C'est justement parce que ce travail commun est important que nous nous sommes mis d'accord pour créer une commission d'unification chargée d'orienter l'activité des deux organisations et aussi l'intégration des comités électoraux dans toutes les régions où nous avons des forces" ("El Socialista", n° 95, 24 octobre 1977). Nous voulons citer ici un extrait du document qui a été approuvé par le congrès de fondation de la LCR. "Dès maintenant et dans la perspective des élections de 1978, nous avons pour tâche d'impulser des candidatures de travailleurs et de militants socialistes qui expriment l'indépendance de la classe ouvrière, sans aucune conciliation avec des secteurs libéraux de la bourgeoisie. De fait, ces candidatures sont le symbole essentiel de notre conception programmatique et la clé de notre agitation parmi les travailleurs en faveur de nos propositions de lutte pour une Colombie socialiste, libre de la domination impérialiste.

Notre accord avec la position des camarades du PST nous permet de proposer immédiatement un travail commun pour faire avancer la campagne électorale en impulsant des candidatures ouvrières et socialistes, pour former un Front électoral des travailleurs et des militants socialistes, qui soutienne ces candidatures et mette en avant un programme socialiste et de classe . C'est pourquoi nous nous engageons à travailler à l'organisation de la Conférence nationale des candidatures ouvrières et social istes qui se réunira en décembre pour proclamer la candidature présidentielle de la camarade Socorro Ramirez et pour adopter la plate-forme électorale.": L'esprit qui préside au mouvement d'unification des deux organisations trotskystes colombiennes se retrouve entièrement dans l'accord réalisé sur des aspects importants de la caractérisation de la situation politique du pays et sur l'orientation qu'il convient d'adopter pour influer sur elle. C'est cette communauté d'analyse et d'orientation que synthétise la Base d'accord politique entre la LCR et le PST, bientôt réunis dans la section colombienne de la IVe Internationale. Ce document a été adopté par la direction des deux organisations.

• ° Le mécontentement ouvrier et populaire s'accroit en Colombie et se traduit dans des actions et des mobilisations de masse d'ampleur croissante. La grève civique nationale qui a eu lieu le 14 septembre, à l'appel des quatre centrales syndicales, est l'expression la plus claire du cours actuel de la lutte des classes dans notre pays : elle représente le point culminant d'un processus de luttes radicales au niveau régional, dans les usines et les quartiers, à la campagne et dans l'enseignement qui a pris forme à partir de la fin des années 60 et s'est accentué au cours des dernières années. Avec la grève civique nationale, la mobilisation ouvrière et populaire a atteint son niveau maximum du fait de la dimension nationale de la lutte, de son degré de coordination et de centralisation et du rôle dirigeant qu'y ont joué les organisations ouvrières, les syndicats en premier lieu mais aussi les partis ouvriers. Cette grève a constitué une grande protestation ouvrière et populaire contre le gouvernement, alimentée par les problèmes clés de la dernière période : l'inflation, le chômage, les bas salaires, la répression, l'état de siège, les entraves aux libertés poli-

Page 27

tiques et syndicales, la militarisation, etc. La grève du 14 septembre qui constitue la meilleure radiographie de la situation présente, permet de confirmer, au-delà des limites qu'imposent l'atomisation des luttes et le faible degré de coordination du prolétariat industriel, qu'un nouveau degré a été atteint dans le processus ascendant de la lutte des classes : avec la grève civique nationale, la classe ouvrière et les masses populaires ont pris l'initiative face au régime. Elle ouvre la possibilité de nouvelles luttes de di mension nationale, de radicalisation et de centralisation des luttes dans des secteurs déterminés; en résumé, les conditions d'essor des luttes économiques et politiques s'en trouvent favorisées. Si l'on n'a pas encore franchi un saut qualitatif et si la mobilisation n'a pas précipité une crise plus profonde, c'est do seulement aux limites qu'a connues l'organisation du prolétariat pour son action continue en tant que classe, en prenant la tête de la mobilisation des autres secteurs populaires avec ses propres méthodes. La grève a entraîné la paralysie totale ou partielle des transports, du petit commerce, et de la production dans les villes les plus importantes du pays. Elle fait figure de répétition, préparatoire à une véritable grève générale. Mais il est clair qu'à l'exception de Barrancabermeja, il n'y a pas eu de mobilisation ouvrière qui vertèbre l'ensemble de l'action. La classe ouvrière ne s'est pas organisée par elle-même. Dans les entreprises, la grève a résulté parfois de la décision prise par les ouvriers de ne pas se rendre du travail, mais aussi parfois de l'impossibilité où ils se trouvaient de s'y rendre. Ce fait constitue une limitation objective qui explique pourquoi, bien que la mobilisation ait atteint un niveau supérieur et ouvre une nouvelle phase de luttes, la grève n'a pas conduit immédiatement à une crise politique plus profonde : l'instabilité du gouvernement ne débouche pas, pour l'heure, sur une crise du régime. Il faut souligner que s'ouvre pour la première fois en Colombie la perspective de la grève générale. La nouvelle phase qui s'ouvre le 14 septembre annonce de grandes luttes ouvrières et populaires à venir : les conditions objectives existent et les conditions subjectives commencent à mûrir pour que le prolétariat devienne le noyau de la mobilisation populaire, des grèves et des journées nationales de lutte. Le rôle joué par les ouvriers de l'industrie pétrolière, par les enseignants, les employés des cimenteries, les travailleurs d'Indupalma, dans la préparation de la grève civique nationale et dans sa réalisation même, indique la tendance de la classe ouvrière à se transformer de plus en plus massivement en axe central de l'action ouvrière et populaire. La grève du 14 septembre est la première tentative de grève générale. Elle fait maintenant partie de l'expérience et de la mémoire politique de la classe ouvrière et des masses populaires. A l'avenir, les nouvelles journées de grève nationale partiront du niveau déjà atteint lors de la grève du 14 septembre ; cela offre une perspective concrète à la grève générale. Les luttes récentes ont donné une expression politique à la transformation structurelle de la société colombienne : les centres urbains sont devenus le centre de la vie économique et politique qui s'appuie sur la production capitaliste, ses structures de distribution, de commercialisation et de financement. Telle est la base objective du rôle de premier plan qui revient nécessairement à la classe ouvrière en tant que facteur décisif et dirigeant de la lutte populaire contre la bourgeoisie, les propriétaires fonciers et l'impérialisme. Au niveau national, dans la période actuelle, il n'y a pas de correspondance complète entre la dynamique politique et ses nécessités et les conditions structurelles. En effet, si la classe ouvrière constitue depuis longtemps le centre de l'activité économique, elle commence seulement à jouer un rôle sur le plan politique. Elle occupe une place de plus en plus importante dans la lutte des classes, comme on l'a vu par l'impact décisif de l'unité des quatre centrales syndicales dans la réalisation de la grève du 14 septembre; cette mobilisation ouvrière s'est combinée dans l'action avec celle d'autres secteurs de la population, parmi lesquels se détachent les enseignants, le mouvement étudiant, la petite-bourgeoisie salariée, les petits producteurs et commerçants indépendants et la paysannerie. Dans l'immédiat une phase transitoire se dessine où se combinent les luttes ouvrières et celles de la petite-bourgeoisie urbaine. C'est dans ce cadre que s'ouvrent les perspectives d'une grève générale qui se combinera avec la grève civique nationale qui fait partie des traditions en Colombie. Parallèlement à cet essor du mouvement ouvrier s'opère une radicalisation de la petite-bourgeoise qui a pris la forme initiale, en particulier dans les centres urbains, de mouvements pour de meilleures conditions de vie, pour les droits politiques et syndicaux et contre les plans du gouvernement. La petite-bourgeoisie subit également les effets de l'inflation, des mesures répressives, des limitations de salaires et du chômage. Au cours des dernières années, les luttes des enseignants ont placé la FECODE (fédération syndicale des enseignants, autonome) à l'avant-garde du mouvement syndical colombien : luttes pour les salaires, contre les normes officielles réactionnaires qui déterminent la carrière des enseignants, contre l'absence de budget adéquat et de mécanismes démocratiques pour gérer les institutions de l'enseignement. Outre les enseignants, les salariés de l'Etat se sont également mobilisés massivement, notamment les travailleurs de la santé et du secteur administratif. Les travailleurs se sont dressés contre les réformes de l'enseignement, les réformes administratives et les autres éléments de la politique dite d'institutionalisation qui visent à restreindre les droits politiques des salariés de l'Etat. Les perspectives de lutte de tous ces secteurs se maintiennent, avec des hauts et des bas pour des raisons notamment d'ordre syndical, face aux plans du régime; si elles ne dépassent pas pour le moment la conscience trade-unioniste, elles ont une dynamique objective de politisation. Le mouvement étudiant constitue une autre composante importante de la mobilisation populaire pendant cette période. La radicalisation qui s'esr amorcée dans les années 60 a donné lieu à diverses luttes démocratiques et anti-impérialistes et à des affrontements avec le régime bourgeois. Elle a atteint son plus haut niveau en 71-72 par le contenu et la répercussion nationale qu'elle a eus parallèlement aux luttes paysannes et ouvrières. Actuellement, les étudiants sont soumis à une of-

Page 28

fensive réactionnaire qui maintient fermées presque toutes les universités d'Etat, du fait de la répression et des restrictions budgétaires. Cependant, les conditions existent pour une recomposition du mouvement étudiant si les universités réouvrent et que se développe la lutte pour les droits démocratiques dans la gestion des centres d'enseignement et le lien avec les luttes populaires. Les lycéens occupent une place très importante, comme l'a démontré la grève civique nationale où ils ont joué un rôle clé dans la mobilisation des quartiers. La riposte aux règlements répressifs, l'exigence du droit d'organisation, d'expression et de réunion ainsi que de meilleures conditions d'études et de loisirs continueront à jouer un rôle prépondérant pour la mobilisation de ce secteur, où existent de grandes potentialités de lutte. Quant à la paysannerie, malgré le reflux qui a suivi la mobilisation nationale de 71-72 et qui se poursuit, les luttes pour la terre et en riposte à la répression des propriétaires terriens et des autorités se maintiennent dans plusieurs régions du pays. L'organisation des paysans s'est trouvée affaiblie, pas seulement du fait du reflux mais aussi du fait de difficultés liées aux conceptions politiques d'organisations comme l'ANUC. (organisation de petits fermiers, aujourd'hui dominée par les grands propriétaires).. Dans la nouvelle phase de luttes où se trouve la Colombie, un nouvel essor d'ampleur nationale du mouvement paysan est déterminé par les répercussions de la montée ouvrière sur les régions agricoles, dans la mesure où elle trace de nouvelles perspectives de lutte et impulse la révolution agraire. Dans la situation présente, les guérillas paysannes pèsent d'un certain poids, en particulier celle des FARC (Forces armées révolutionnaires colombiennes). Ces guérillas, malgré le caractère réformiste stalinien de leur direction, jouent un rôle objectivement révolutionnaire et sont enracinées dans les masses dont elles constituent une expression. C'est la raison de leur permanence et de l'incapacité où s'est trouvée l'armée de les écraser, malgré les projets grandioses de contre-guérilla et de terreur dans de vastes zones (le centre de Magdalena, Uraba, Santanderes, Caqueta, Meta, le nord du Cauca, etc.). La lutte de la classe ouvrière et de la petite-bourgeoisie connait un essor qui ouvre sur une phase de plus grande centralisation : cela doit permettre de dépasser les limites actuelles dues à l'atomisation, au caractère régional et à la division syndicale. D'un certain point de vue, il s'agit de la phase initiale du processus, où les rapports de forces ne suffisent pas encore, malgré l'initiative des masses ouvrièrers et populaires à engendrer une crise dans le camp bourgeois; le régime conserve des conditions et des mécanismes de stabilisation. Mais dans le cadre de cette situation non-révolutionnaire s'enclenche une dynamique conduisant à une situation prérévolutionnaire, ce qui s'exprime dans de multiples indices d'instabilité annonciateurs de cette nouvelle étape. Ces indices sont palpables surtout dans des conjonctures de lutte comme celle de la grève civique nationale, pas seulement dans le caractère radical de la mobilisation populaire, mais aussi dans ses répercussions sur le gouvernement et sur les contradictions interbourgeoises.

Avec la grève civique nationale, le gouvernement a connu un nouvel affaiblissement : plusieurs ministres sont tombés; les affrontements de Lopez (chef du gouvernement actuel) avec l'ospino-pastranisme (des noms de deux leaders conservateurs, Ospina et Pastrana) et le Ilerisme (de Lleras Restrepo, candidat libéral à la Présidence) et avec les associations patronales comme l'ANDI et le groupe Santodom ingo se sont exacerbés. Dans l'immédiat, il est décisif pour les marxistes-révolutionnaires de donner une suite au mouvement qui s'est exprimé lors de la grève civique nationale. Dans ce but, nous faisons de la tactique de front unique ouvrier la colonne vertébrale qui peut garantir la continuité de la lutte. L'unité des quatre centrales au sein du Conseil syndical national unitaire (CNSU) a joué un rôle décisif dans l'engagement des travailleurs dans l'action et a permis que se joignent à l'initiative tous les partis qui se réclament du mouvement ouvrier. Pour les luttes qui viennent, impulser une telle unité est une tâche clé qui non seulement a des conséquences du point de vue de l'unité d'action mais qui accentue aussi les contradictions des bureaucraties traditionnelles acquises au patronat avec le gouvernement et favorise à plus long terme le projet de construction d'un mouvement syndical puissant en Colombie, appuyé sur des syndicats de branche, indépendant de l'Etat et organisé en une centrale unique démocratique. Pour assurer la continuité de la lutte, il faut s'appuyer centralement sur les secteurs en lutte, comme c'est le cas actuellement pour les travailleurs de l'industrie pétrolière, les enseignants et les salariés du secteur des transports et des banques. C'est en s'appuyant sur ces luttes concrètes que l'on pourra pousser à l'action l'ensemble du mouvement ouvrier et populaire. Les marxistes-révolutionnaires se battent vis-à-vis des centrales syndicales ouvrières et du CNSU pour que se tienne immédiatement une rencontre nationale des quatre centrales syndicales, des syndicats autonomes et des organisations du mouvement ouvrier qui ont soutenu la grève, afin d'adopter un nouveau plan d'action qui poursuive la lutte pour une hausse des salaires de 50%, pour une prime indexée sur le coût de la vie, pour le blocage des prix, contre l'état de siège et pour les libertés politiques et syndicales. En tant que socialistes révolutionnaires, nous faisons de la mobilisation des masses le moyen de lutte central, par l'organisation des travailleurs, les assemblées générales dans les entreprises, la formation de comités d'usines et de coordinations intersyndicales : ces formes d'organisation sont en effet nécessaires dès à présent pour poursuivre l'action et préparer y compris une nouvelle grève civique nationale. Le gouvernement de Lopez Michelsen et les projets de la réaction Le gouvernement actuel de Lopez Michelsen a connu une perte de prestige aux yeux des masses qui a atteint son apogée avec la grève civique nationale et la réponse criminelle qu'il a organisée. Lopez est arrivé au pouvoir fort de l'appui de trois millions d'électeurs, en annonçant une ouverture démocratico-bourgeoise qui s'opposerait à l'avalanche répressive du gouvernement de Pastrana. Sur le plan économique il avait soulevé

Page 29

des espoirs avec sa "politique des revenus et des salaires et d'économie concertée". Mais il a rapidement montré son vrai visage, celui de la répression généralisée, de l'état de siège; et de l'application sur le plan économique du modèle néolibéral avec pour conséquence l'aggravation de l'inflation, l'enrichissement de la grande bourgeoisie financière, agraire et exportatrice directement liée au capital impérialiste, et l'appauvrissement des travailleurs dont les salaires ont connu une chute sans précédent. Sa perte de crédit auprès des masses est un facteur d'instabilité du gouvernement actuel qui s'accentue chaque jour du fait des contradictions interbourgeoises et du recours grandissant à l'appareil militaro-policier pour assurer la solidité du pouvoir. Dans l'immédiat, après la grève civique nationale, le gouvernement cherchera à accentuer sa politique de répression. Ce gouvernement, plus que tous les gouvernements de l'époque du Front national, a permis le renforcement du capital financier dans toute l'activité économique. Il représente l'expression au niveau de l'Etat des changements intervenus ces dernières décades dans l'infrastructure économique avec l'instauration de l'hégémonie des grands groupes financiers qui contrôlent la banque, l'industrie, les exportations et les grands investissements dans l'agriculture. La politique que veut imposer la bourgeoisie colombienne concorde totalement avec les nouveaux projets de l'impérialisme : modifier les conditions critiques qu'il rencontre ailleurs en faisant des pays latino-américains comme la Colombie des pays fournisseurs de matières premières et de produits industriels, moyennant une exploitation accrue de la main-d'œuvre dans les villes et à la campagne. L'intervention de l'Etat en ce sens, se combine avec une politique économique néolibérale qui permet le développement des grands intérêts financiers en ouvrant les vannes à la spéculation sur le crédit et de ceux des propriétaires fonciers en mettant un frein à la réforme agraire dans les domaines où ces derniers s'estimaient lésés. L'ensemble de cette politique économique s'appuie sur l'aggravation de la surexploitation, sur la dégradation des salaires par leur blocage ou leur augmentation inférieure à celle des prix, sur la tentative de limitation du salaire minimum ou de suppression des prestations sociales. Conformément à cette politique économique, sur le plan politique, on assiste à une accentuation de la répression et notamment à la mise en route d'un projet d'institutionnalisation qui restreint les libertés démocratiques. Ce gouvernement met fin à la période du Front national et au cycle historique qui avait commencé avec la fin de la guerre civile en 1948. Lopez se voit chargé de promouvoir le cadre institutionnel au sein duquel la bourgeoisie pourrait maintenir sa domination dans la nouvelle période marquée par la fin du pacte constitutionnel bipartite. Pour répondre à la situation, dans le cadre des nouveaux rapports entre les classes, le gouvernement établi un ensemble de projets qui prend la forme d'un véritable plan réactionnaire . Le principal d'entre eux est le projet d'assemblée constituante, que l'on appelle la petite constituante, tentative réactionnaire et anti-démocratique d'instaurer le bipartisme. Le régime prétend ainsi imposer une réforme de la justice et de l'administration qui permette à la bourgeoisie de resserrer son contrôle. A côté de ces projets, d'autres visent à restreindre les libertés démocratiques et syndicales comme la réforme du travail, la réforme électorale et le statut des partis politiques. Du Front national à un nouvel accord bourgeois Les projets réactionnaires de type bonapartiste que nourrit le gouvernement avec le soutien des libéraux et des conservateurs sont la forme qu'adopte la transition vers un nouvel accord bourgeois rendu nécessaire par la fin du Front national. L'objectif central de ce projet est d'assurer sous une forme nouvelle le maintien du monopole libéral-conservateur sur l'activité politique et de garantir ainsi la préservation de l'ordre établi, en permettant à la bourgeoisie et à ses partis de contrôler directement le pouvoir politique. La bourgeoisie cherche actuellement à accentuer les traits bonapartistes d'un régime qui lui permette de contrôler directement le pouvoir, sans recourir pour l'immédiat à une dictature, et en maintenant les formes institutionnelles de la démocratie bourgeoise. Le nouvel accord bourgeois cherche à s'adapter aux nouvelles conditions à différents niveaux : - dans les transformations structurelles de la société colombienne depuis le Front national; - dans les nouvelles relations de classe entre la bourgeoisie et le prolétariat comme au sein même de la bourgeoisie; - dans le contexte international de développement des luttes de libération nationale et pour le socialisme dans le monde entier et de contre-offensive impérialiste que réprésente la politique de Carter. Le Front national est apparu en réponse à un moment de la lutte des classes, au sortir d'une période prérévolutionnaire de guerre civile que la bourgeoisie avait réussi à contenir où la paysannerie a joué un rôle particulier face à la coalition de la bourgeoisie et des propriétaires fonciers. La classe ouvrière, encore faible, était soumise à la répression et à un contrôle étroit. La paysannerie gardait un poids important dans la société colombienne. La situation est aujourd'hui radicalement différente vu le rôle central que joue la classe ouvrière dans les rapports de classes et le déplacement de l'activité sociale et politique de la campagne vers la ville. Cela conduit à de nouveaux problèmes propres au développement capitaliste auxquels la bourgeoisie n'avait pas donné de réponse complète pendant le Front national. Les projets bonapartistes ont entre autres objectifs d'adapter la superstructure juridico-politique aux exigences du développement capitaliste et de la colonisation impérialiste. Beaucoup de mesures en matière d'administration ou de justice, par exemple, obéissent a ces nécessités objectives que le développement capitaliste impose à la bourgeoisie. De toutes façons, l'enjeu central est d'ordre politique : il concerne la façon dont la bourgeoisie peut contrôler la situation sociale au terme du régime de parité, d'alternance et de bipartisme constitutionnel.

Page 30

Les fissures du systéme et la crise du bipartisme

Le Parti libéral et le Parti conservateur sont entrés dans une phase de déclin historique dans laquelle de nouvelles crises se succèderont au rythme des luttes ouvrières et populaires et de l'apparition inévitable de nouvelles forces politiques à in•* fluence de masse qui contribueront à déliter le ciment du bo• napartisme. Parler de cette tendance de décadence et de crise ne signifie pas verser dans un quelconque catastrophisme qui pronostiquerait un écroulement immédiat ou une décomposition imminente des partis traditionnels. Il s'agit d'une tendance qui se développe en fonction des rapports de classe, des recompositions qui s'opèrent, des opérations de prestige auprès des masses comme celle de Lopez en 74, des réunifications, etc. Abandonnés à leur propre sort, les partis traditionnels ne se trouveront pas pour autant face à une situation sans issue. En définitive, tout dépend de l'intervention révolutionnaire du prolétariat et de son parti et du comportement des forces du mouvement ouvrier.

Au terme de l'accord bipartite et sous l'impact de facteurs comme la perte de crédit du gouvernement de Lopez, le mécontentement populaire face à l'inflation galopante et à la chute des salaires et les transformations dans les rapports de classes ont des effets directs sur le Parti libéral et le Parti conservateur. En fonction de ces circonstances, de la tendance générale au déclin et des dangers que représente pour le régime la réapparition des luttes populaires en dehors de son contrôle, comme lors de la grève civique nationale du 14 septembre, les partis politiques traditionnels arrêtent leurs attitudes respectives : chacun s'efforce de définir la politique la mieux adaptée à la nécessité de maintenir le contrôle de la bourgeoisie sur la masse des travailleurs. Le seul fait du mécontentement populaire et de la perte de crédit du gouvernement de Lopez qui découlent de la situation économique et de la répression déclenchée avec l'instauration de l'état de siège, ne suffit pas à expliquer les contradictions qui secouent les partis traditionnels. Il faut prendre en compte le rapport entre cette situation conjonctuelle et des processus à long teime comme le déplacement de la lutte des classes lié au rôle central qu'y joue la classe ouvrière, à la centralisa-tion et à la politisation des luttes, comme cela s'est vérifié lors des grèves de ces dernières années dans le secteur des banques, de l'enseignement et plus récemment à l'ICSS (Institut colombien d'assurances sociales) et lors de la grève civique nationale. En outre, le tournant à gauche de la petite-bourgeoisie et les perspectives de développement de l'opposition démocratique et d'ensemble font de la fin du Front natio*onal le moment propice aux affrontements entre les différentes il fractions de la classe dominante pour assurer leur hégémonie «dans le nouvel accord bourgeois qui doit remplacer le pacte -bipartite de ces vingt dernières années. La perte de crédit du gouvernement de Lopez est un des éléments en toile de fond de la concurrence entre libéraux et conservateurs dans le 'cadre du retour au "libre jeu des partis". Les affrontements au sein de la bourgeoisie ont de l'importance en ce qu'ils sanctionnent la rupture de la coalition du Front national. Le passage à l'opposition d'une de ses composantes, l'ospinisme, est un fait sans précédent qui a pris des formes aigues lors de la grève du 14 septembre. La contradiction est avant tout politique et se trouve accentuée par l'ospino-pastranisme en vue de renverser les rapports de forces avec le Parti libéral alors que celui-ci se débat dans de graves difficultés au gouvernement. Cette opposition est une opposition de droite, ce qui donne naissance en son sein y compris à des noyaux putschistes comme celui qu'impulse dona Berta Hernandez de Ospina. On ne peut cependant pas caractériser cette dans le cadre du jeu parlementaire républicain. L'ospinisme a assuré la continuité du Front national. Il est aujourd'hui conscient d'être en position de minorité et de la perte d'influence de son parti à un rythme supérieur à celui du Parti libéral; il cherche à instaurer les meilleures conditions de négociation en adoptant une attitude intransigeante et en s'efforçant de canaliser le mécontentement face au gouvernement libéral. L'alvarisme (du nom du dirigeant de l'aile la plus réactionnaire du Parti conservateur, Alvaro Gomez Hurtado) prétend assumer l'accord du Front national et s'assurer les prébendes de l'appareil d'Etat tout en se démarquant de Lopez pour ne pas compromettre son image de marque et ses chances électorales. Quant au conservatisme ospino-pastraniste, son opposition au gouvernement reflète bien la crise que traverse celui-ci et qui offre de meilleurs avantages politiques à ceux qui sont dans l'opposition qu'à ceux qui le soutiennent. Défenseur traditionnel du Front national et des accords bipartites, de l'ordre bourgeois et de la répression, le pastranisme s'érige aujourd'hui ouvertement en défenseur des salariés et des opposants à Lopez. Le choix possible de Belisario Betancur comme candidat, personnage hautement électique en matière de doctrine et sans scrupules dans les affaires, montre à quel point le conservatisme prend des distances avec ses vieux principes et s'efforce de trouver un appui dans de nouvelles forces sociales, parmi lesquelles il accepte y compris l'UTC (Union des travailleurs colombiens) syndicat à la tête duquel se trouve le conservateur Tulio Cuevas. L'al varisme, de son côté, tire parti de la nécessité pour Lopez de se trouver un partenaire dans la coalition gouvernementale, pour s'assurer des bénéfices bureaucratiques. Il n'en lance pas moins toutes ses flèches contre le libéralisme qu'il qualifie de caduc et décadent. Son ambivalence n'est possible que par la confusion politique qui règne au sein des partis de la bourgeoisie. Le Llerisme qui converge avec le président Lopez sur différents points de la politique économique, prétend lui apporter le soutien inconditionnel que lui-même a apporté à Turbay Ayala (libéral, candidat à la Présidence). Entre la défense du Parti libéral qui est le parti au gouvernement et la critique acerbe des gouvernants du moment, il distribue les coups à droite et à gauche, en cherchant à trouver un appui dans la paysannerie, les masses populaires des grandes villes et surtout les industriels. Quant au turbayisme, bien incrusté dans l'appareil bureaucratique de l'Etat, sa force provient du mécanisme bien huilé des prébendes qu'offre l'administration publique; il supporte évidemment toute la perte de prestige

Page 31

du gouvernement de Lopez, ce qui a conduit certains secteurs de la bourgeoisie qui lui apportaient leur appui à critiquer son "clientélisme". La crainte de larges secteurs de la bourgeoisie que le gouvernement de Turbay contribue à aggraver les contradictions interbourgeoises a conduit les grands journaux libéraux, "El Tiempo" et "Espectados" à apporter leur soutien à Lieras. Les fissures dans le camp réactionnaire conservateurs-libéraux sont si réelles qu'elles rendent impossible une politique de gouvernement stable, en matière économique et politique, et qu'elles créent la confusion dans l'appareil d'Etat. Elles attestent de la perte de stabilité du régime, forcé de recourir au projet bonapartiste d'assemblée constituante pour sauvegarder les institutions de l'Etat et mettre en place de nouveaux mécanismes pour le prochain gouvernement. Le soutien, tantôt ferme, tantôt réticent, que les différents secteurs de la bourgeoisie ont apporté à cette initiative, démontre à quel point ils sont prêts à serrer les rangs et à quel point subsistent des questions cruciales sur lesquelles ils n'ont pas trouvé de solution magique. La crise provoquée par l'opposition ospiniste et la campagne contre le Président ont permis d'apprécier le comportement des différentes fractions politiques. La fin du Front national dans une situation de remobilisation des masses, embryonnaire, atomisée et régionale, et la dynamique nouvelle enclenchée par la grève civique nationale tracent la perspective de nouveaux affrontements au sein de la bourgeoisie. Les partis traditionnels vont connaître un processus de recomposition, à la recherche d'une alternative au phénomène général de déclin qui les affecte. C'est ce que met en évidence Lopez lui-même quand il appelle les partis à préparer l'avenir en "institutionnalisant le pays" afin de préserver l'ordre établi jusqu'en l'an 2000 et quand il souligne la nécessité d'un front commun contre les forces de la révolution qui, quoique encore faibles, ont à ses yeux les meilleures perspectives d'avenir. Mais la tendance à la crise qui affecte les partis traditionnels ne conduira pas spontanément à leur décomposition ou à leur effondrement. En l'absence d'activité soutenue du mouvement ouvrier et populaire, les partis traditionnels ont toujours la possibilité de retrouver une nouvelle stabilité et une base de masse et que leurs divisions cèdent le pas à des unifications et à de nouveaux accords. Face aux projets réactionnaires du régime, en particulier, l'Assemblée constituante, et à l'ensemble des mesures de répression qui accompagnent l'état de siège et préparent les conditions pour un nouvel accord bourgeois, les marxistes-révolutionnaires appellent à la constitution d'un vaste front de lutte incluant tous les secteurs qui s'opposent aux projets bonapartistes et sont disposés à engager une riposte de masse effective. Les solutions de Front populaire Dans cette situation d'essor des luttes ouvrières, de radicalisation de la petite-bourgeoisie et de déclin des partis traditionnels, on assiste à une relance des projets de front populaire de la part tant du PC stalinien que du MOIR (Mouvement ouvrier indépendant révolutionnaire) maofste. Même si ces organisations se trouvent actuellement divisées et radicalement opposées du fait de l'aggravation des contradictions sino-soviétiques, dans la mesure où l'essor du mouvement de masse s'amplifiera et où s'ouvrira une situation prérévolutionnaire, les solutions de collaboration de classes, sous la forme de fronts populaires deviendront un obstacle sérieux pour le développement de la révolution et l'adoption par le prolétariat d'une position d'indépendance de classe qui lui permette d'en assurer la direction. Actuellement, les limites d'un projet de front populaire tiennent d'abord aux caractéristiques de la situation. Le mouvement de masse n'a pas encore précipité sa crise profonde au sein de la bourgeoisie, qui pousserait une de ses ailes à chercher une alliance avec les organisations ouvrières réformistes pour bloquer la révolution. Dans cette situation, le PC a répondu à deux niveaux : il a apporté une certaine réponse aux problèmes économiques dans le cadre de la CSTC (Centrale syndicale des travailleurs de Colombie) où il a prit l'initiative de l'appel à la grève civique nationale. Par ailleurs, il s'efforce dans le cadre de l'UNO (Union nationale d'opposition) de tirer parti des luttes ouvrières et populaires pour son projet électoral de concialiation de classes. Sur le premier point, l'influence du PC tend aujourd'hui à se renforcer, lentement mais sûrement, en bénéficiant de la crise de l'UTC et de la CTC (Centrale des travailleurs de Colombie - libérale). Le sectarisme, l'économisme et les hésitations dues à son orientation conciliatrice lui interdisent une croissance plus rapide. Etroitement liée à ce facteur, tout en gardant une certaine autonomie, la politique du réformisme, en particulier face aux élections, s'avère beaucoup moins apte à canaliser ou à créer un courant de masse en sa faveur. L'opposition entre le PC et le MOIR, et les affrontements centraux avec les restes de l'ANAPO (Alliance nationale populaire - nationaliste et populiste), empêchent que |'UNO apparaisse aux travailleurs comme une alternative politique face aux partis traditionnels. Son allié, l'ANAPO est un parti bourgeois en complète décomposition qui représente un point de vue nationaliste et démocraticolibéral. Ses partisans qui s'efforcent de maintenir ce parti ne sont que des personnalités parlementaires qui s'appuient sur des cercles très restreints de la petite-bourgeoisie. Par la puissance de son appareil, ses rapports avec la CSTC et la falblesse des organisations politiques de gauche, malgré ce qui vient d'être dit, l'UNO conserve sa force et pourra même se renforcer. La situation du MOIR et du FUP (Front d'unité populaire -animé par des secteurs de l'ANAPO et par le MOIR) est plus difficile du fait de leur attitude hésitante face aux luttes, notamment lors de la grève civique nationale. Dans cette grande journée nationale, le maoisme a joué un rôle de frein par son sectarisme à l'égard du PC. Le MOIR a fait connaître au der" nier moment son soutien à la grève : il est apparu aux yeux des travailleurs comme un parti sans initiative, à la traîne des événements. Si, pour le moment, le MOIR et le FUP peuvent réussir à assurer leur présence politique, des signes de leur déclin sont déjà perceptibles. Le MOIR a une plus grande capacité de manœuvre et d'adaptation opportuniste que les autres organisations maofstes; il pourrait même, vu son "réalisme" politique, arriver à un accord avec le PC pour les élec-

Page 32

tions de juin 1978. Mais il n'échappe pas à la crise qui secoue le maoisme à l'échelle internationale du fait de ses conceptions contre-révolutionnaires concernant l'URSS et les luttes de libération nationale.

Pour les marxistes-révolutionnaires, les projets de front populaire constituent l'adversaire le plus dangereux au sein du mouvement ouvrier car ils servent de digue face à la bourgeoisie. C'est ce qui apparait dans la campagne électorale en Les élections de 1978

Ces élections seront les premières depuis la fin de l'accord de Front national. Cela leur donne une signification particulière pour le régime car elles offrent aux différents secteurs de la bourgeoisie représentés dans le Parti libéral et le Parti conservateur, les moyens de rechercher un nouvel accord politique qui fasse suite au Front national. De ce point de vue, elles sont un élément décisif dans la transition vers de nouvelles institutions : cela apparaît dans le fait que l'Assemblée constituante sera élue en même temps que le Président de la République et que le nouveau parlement devra compléter les normes régissant les rapports au sein de la bourgeoisie et avec le mouvement de masse dans la période qui s'ouvre. Ce n'est pas par hasard que le président Lopez a souligné qu'elles détermineront l'avenir du régime jusqu'à l'an 2000. Il faut revenir en outre sur les conditions politiques générales dans lesquelles se préparent les prochaines élections. Dans une situation non révolutionnaire, où n'existent donc pas les conditions propices à un assaut décisif du pouvoir, on assiste à un mécontentement croissant des travailleurs qui affaiblit objectivement les partis bourgeois, comme en attestent leurs conflits internes et la perte de crédit du gouvernement, et qui donne naissance à des mobilisations de masse comme lors de la grève civique nationale. Prôner l'abstention dans ces conditions serait verser dans l'erreur du crétinisme antiparlementaire qui conduirait à s'isoler des masses et à manquer une occasion exceptionnelle de s'adresser à des millions de travailleurs qui s'intéressent aux différentes alternatives et auxquels nous pourrions présenter notre programme socialiste en l'opposant à celui des partis bourgeois et des réformistes. L'abstention est une position ultra-gauche qui s'appuie sur des noyaux radicaux sans prendre en compte l'immense majorité des travailleurs qui s'intéressent à la politique tout en restant sous le. contrôle politique et idéologique de la bourgeoisie. Les organisations qui préconisent l'abstention partent du point de vue erroné que la fraction des travailleurs qui s'abstient traditionnellement - près de 50% - refuse consciemment le parlementarisme et la politique des partis bourgeois. La vérité c'est que sauf quelques rares exceptions de noyaux influencés par l'ultragauchisme, l'immense majorité de ceux qui s'abstiennent manifeste par là une profonde arriération politique, un désintérêt pour la politique en général. Nous devons les appeler à participer activement et chercher à influencer leur action.

Il faut souligner qu'au-delà de la tendance ascendante des luttes, nous nous trouvons encore dans une situation où les partis de la bourgeoisie exercent une domination écrasante et où les organisations politiques qui se réclament du mouvement ouvrier sont largement minoritaires. Ce n'est pas une figure de style que de dire que le problème le plus grave pour le pro létariat colombien réside dans sa crise de direction. Il faut souligner aussi la situation du mouvement syndical où la bourgeoisie et ses agents gardent une influence dominante. Le syndicalisme de classe authentique, qui se situe à l'avant-garde, n'est constitué en fait que par des noyaux réduits. II n'en est que plus important de saisir ces élections pour lutter pour l'indépendance politique du prolétariat. Evidemment, ce n'est pas sur le terrain électoral qu'il arrachera cette indépen dance, mais l'intervention sur ce terrain peut y contribuer si elle aide à la rupture des travailleurs avec les partis bourgeoi: et réformistes. La tâche programmatique centrale dans ces élections est la lutte pour l'indépendance politique du prolétariat. Elles offrent en outre la possibilité pour les marxistes-révolutionnaires de développer une large agitation pour leur programme socialiste en s'appuyant sur la tendance objective de secteurs croissants de la classe ouvrière à rechercher une alternative socialiste. Quoique encore embryonnaire en Colombie, on assiste à un phénomène d'apparition d'un large courant de masse vers le socialisme, comparable à ce qui se produit en Europe ou au Venezuela. Notre agitation pour notre programme ne vise pas seulement à l'opposer aux programmes bourgeois mais aussi à prendre la direction de ce processus en tant qu'agents actifs de son développement. Nous nous fixons dès à présent comme tâche pour les élection: de 1978 de présenter des candidatures ouvrières et socialistes qui expriment l'indépendance de classe sans aucune conciliation avec les secteurs libéraux de la bourgeoisie. Ces candidatures sont la plus haute expression de nos positions programmatiques et le moyen de défendre face aux travailleurs notre perspective de lutte pour une Colombie socialiste libérée de la domination impérialiste. L'accord entre la LCR et le PST permet d'engager immédiatement une activité commune préparatoire aux élections, d'impulser les candidatures ouvrières et socialistes et leur regroupement dans le cadre d'un front électoral qui défende un programme de classe, un programme socialiste. Nous nous engageons à impulser la Convention nationale des candidats ouvriers et socialistes qui se tiendra en décembre pour adopter la candidature de la camarade Socorro Ramirez aux élections présidentielles et approuver la plate-forme électorale.

Une erreur sur cette page ?