Le 35e congrès du Parti communiste de Grande-Bretagne se déroulait au moment où fut écrit l'article ci-dessous. Comme prévu, le nouveau projet de programme fut adopté - l'opposition pro-Moscou n'a réussi qu'à obtenir environ 1/Tè des voix. Le numéro du 17 novembre de "Socialist Challenge" (hebdomadaire trotskyste publié à Londres) comporte un article exhaustif sur ce congrès.
°°° Le Parti communiste de Grande-Bretagne (PCGB) est traversé par la plus ample discussion de toute son histoire. Une scission s'est déjà produite et a donné naissance au Nouveau parti communiste (NPC). En outre, une très bruyante opposition se manifeste et mène une bataille publique pour la défense de ses idées. L'étape actuelle de la discussion s'organise autour du nouveau projet de programme du PCGB, intitulé "La Voie britannique au socialisme" . Ce programme devrait être adopté lors du prochain congrés du Parti communiste qui doit se tenir à la mi-novembre. Néanmoins, les implications de cette discussion programmatique sont bien plus vastes ; elles ont trait à des questions fondamentales de l'histoire du PCGB, de sa stratégie et elles posent y compris, le problème de sa future viabilité. Ce débat a été mené à divers niveaux : dans des réunions publiques ou internes du parti, dans son quotidien le "Morning Star" et dans "Comment" , bulletin bi-mensuel de liaison des militants. Ce débat fait suite à une discussion qui a secoué le PC durant une grande partie de l'année 1976. Elle avait été initiée par la publication d'un long article de John Gollan, ancien sécrétaire général, décédé depuis, sur le XXe congrès du PCUS, il parut dans la revue théorique du PCGB, "Marxisme Today" ("Marxisme aujourd'hui"'), et s'intitulait "Problèmes de la démocratie socialiste" • Pendant un an, un débat s'ensuivit dans les colonnes de cette revue. L'éventail des points de vue exprimés allait d'un soutien inconditionnel à la bureaucratie soviétique, à l'appel en faveur du droit de tendance et à l'étude des écrits des vieux bolchéviks, y compris Boukharine et Trotsky. La discussion fut répercutée grace à une série de réunions dans tout le pays et Gollan fut accusé d'être "trotskyste" , "antisoviétique" , etc. à cause de sa critique insipide de quelques crimes du stalinisme.
Pat JORDAN Les remous au sein du PCGB font partie de la crise internationale du stalinisme et s'inscrivent dans les lignes de force mises en relief dans les précédents articles d' "Inprecor" consacrés à l'eurocommunisme. Mais il faut aussi tenir compte de quelques aspects spécifiques du PCGB qui influencent grandement la forme prise par la crise de ce parti. La spécificité du PCGB Nous n'effectuerons pas ici une analyse détaillée des origines du PCGB, mais nous soulignerons néanmoins les points sui1) Le PCGB, à la différence de nombreux partis communistes d'Europe occidentale, ne s'est pas développé à partir de l'apparition d'un courant de gauche s'exprimant dans les organisations de masse de la classe ouvrière. Au contraire, il se forma, en 1920, comme résultat de la fusion de nombreux petits groupes propagandistes. Certains d'entre eux étaient marqués par des déformations propagandistes et sectaires. 2) Durant toute son histoire, le PCGB dut s'affronter au Parti travailliste qui contrôlait quasi totalement la classe ouvrière. Jamais il ne fut considéré par les masses laborieuses comme une alternative sérieuse au Parti travailliste. En outre, le PCGB n'a jamais développé une stratégie qui lui permette de faire face effectivement à cette question. Au contraire, il n'a cessé d'osciller entre un suivisme opportuniste envers les courants de gauche du Parti travailliste et des syndicats et un mépris sectaire pour le Parti travailliste. Traditionnelle-. ment, les deux éléments ont coexisté et se manifestent dans la discussion actuelle. 3) Quelle que soit sa faiblesse politique, le PCGB est relativement fortement représenté au niveau des entreprises. Il a la confiance de milliers de délégués d'ateliers (shop stewards) et de militants syndicalistes. Le PCGB dispose de cette influence au sein des délégués d'ateliers, d'une part, à cause de son origine et d'autre part, parce que ses méthodes et sa politique entrent en résonnance avec les positions d'une couche de militants combatifs mais qui ne disposent pas d'une conscience politique d'ensemble. 4) Vu ia structure particulière du mouvement ouvrier en Grande-Bretagne, avec l'affiliation de la plupart des syndicats au
Parti travailliste à tous les niveaux, la scission historique entre la social-démocratie et les forces de la Ille Internationale fut un processus prolongé. En fait, à cause de cette structure fédérale et vu l'unité syndicale, elle ne fut jamais complètement achevée. Ainsi, même en 1923, lors des élections générales, cinq dirigeants du PCGB apparaissaient comme des candidats parlementaires officiels du Parti travailliste. En 1922, lors des élections générales, un membre du PCGB, Saklatvala, fut élu au Parlement en tant que membre officiel du Parti travailliste. Ce n'est qu'en 1926 que les membres du PCGB furent écartés du Parti travailliste (en tant que membres individuels). Aujourd'hui, la plupart des membres du PCGB peuvent indirectement prendre part à la définition de la politique du Parti travailliste au travers des structures syndicales. La politique du PCGB La direction du PCGB se situe elle-même dans le cadre de l'eurocommunisme. Le secrétaire général, Mc Lennan, utilisa les discussions qui se déroulèrent à l'occasion des attaques du Kremlin contre Carrillo pour définir la position du PCGB. Dans un entretien avec le "Morning Star", le 4 juillet 1977, Mc Lennan fournit une définition précise de ces conceptions. Expliquant son peu d'enthousiasme pour le terme eurocommunisme, Mc Lennan affirma que ceux qui l'utilisent font référence "au fait qu'un certain nombre de PC sont arrivés indépendamment à une conception globalement similaire sur la façon d'ouvrir la voie au socialisme dans leur pays respectif." Ces conceptions largement similaires peuvent être définies ainsi: 1) La voie au socialisme sera un processus révolutionnaire fondé sur des combats démocratiques qui impliquent une combinaison d'activités parlementaires et extra-parlementaires. 2) Le but essentiel de ces combats consiste à transformer démocratiquement l'Etat. 3) Le combat sera conduit par la classe ouvrière en alliance avec d'autres classes et forces sociales, et l'unité des partis de la classe ouvrière se forgera tout au long de ce processus. 4) Le PC jouera un rôle dirigeant dans cette lutte, mais n'exercera pas une direction exclusive. 5) Dans la transition au socialisme et après que le socialisme soit instauré, les droits démocratiques seront étendus et tous les partis démocratiques, y compris ceux qui sont hostiles au socialisme, participeront aux élections. Le PC acceptera le verdict des élections. (Il faut souligner ici que le PCGB tend à restreindre le concept de démocratie à l'existence d'élections bourgeoises). 6) L'appareil judiciaire et les syndicats seront indépendants des partis politiques et l'Etat. Le nouveau projet de programme cherche à concrétiser ces options et vise même à fournir un cadre global à la stratégie du PCGB. Le projet parle d'une "large alliance" , se "traduisant sur le plan parlementaire", qui doit être l'expression politique des "combats pour la défense des acquis et pour l'extension de la démocratie". Il ajoute que "le Parlement doit être gagné par le peuple. " Et il ajoute : "Dans cette perspective, l'élargissement de cette ample alliance doit donner forme à une majorité parlementaire permettant la formation d'un gouvernement de gauche et, éventuellement, d'un gouvernement socialiste... Ainsi existe la possibilité d'une avance vers le socialisme sans lutte armée. La démocratie peut être conduite à ses limites ultimes, liquidant toutes les restrictions bourgeoises, au travers d'une transformation démocratique de la société, y compris de l'Etat, à chaque étape de la lutte." Rien de vraiment nouveau Il n'y a rien de vraiment nouveau dans toutes ces positions. Comme les dirigeants du PCGB ont été fiers de l'indiquer, le PCGB fut le premier des PC d'Europe occidentale à adopter un programme spécifique de "passage pacifique" au socialisme. Dans un numéro de "Comment", qui ouvrait la discussion sur le projet de programme, James Klugman tentait d'établir le certificat d'origine de la "Voie britannique au socialisme" à partir des discussions qui eurent lieu au sein du mouvement stalinien international, immédiatement après la Seconde Guerre mondiale. Klugman cita à profusion les articles d'Harry Pollitt - secrétaire général du PCGB durant une fort longue période - lors des années 1946, 1947 et 1950. Il voulait montrer que ce dernier se prononçait déjà en faveur de la transition pacifique au socialisme et d'un combat d'ensemble pour la démocratie afin d'établir une "démocratie populaire". Ce terme était d'ailleurs repris dans un premier projet de "La Voie britannique au socialisme", rédigé en 1951. Mais il fut éliminé lors du 25e congrès extraordinaire du PCGB en 1957. Il ne fait pas de doute que le but consistant à mettre en place une "démocratie populaire" n'était pas des plus approprié un an après la révolution hongroise! Klugman était aussi très soucieux d'établir que, déjà en 1951, le projet de programme se prononçait pour la voie parlementaire au socialisme. Selon lui, la citation suivante exprime l'essentiel du projet de 1951 : "La Grande-Bretagne atteindra le social isme selon sa propre voie... le peuple de GrandeBretagne peut transformer la démocratie capitaliste en une réelle démocratie populaire, en changeant le Parlement, produit du combat historique de la Grande-Bretagne pour la démocratie, en un instrument exprimant la volonté de la majorité du peuple." Il n'est pas nécessaire d'ouvrir une polémique contre ces vues dans les colonnes d' "Inprecor", mais il est utile d'examiner jusqu'à quel point le nouveau projet codifie la théorie réformiste et la pratique de la direction du PCGB. Evidemment, l'essence des positions révisionnistes du projet de programme réside dans l'idée que l'Etat capitaliste peut être transformé en un instrument en faveur du pouvoir ouvrier grâce à l'utilisation des institutions démocratiques bourgeoises. Sur ce point, le nouveau projet ne diffère pas notablement des anciennes versions. Aucune d'entre elles ne faisaient référence à la nécessité de détruire l'Etat bourgeois et de le remplacer par un Etat des conseils. Les critiques de l'aile pro-Moscou du PCGB s'élevèrent violemment, durant la première période de la discussion, contre la suppression de toute référence à la "dictature du prolétariat". La réponse de la direction fut efficace et les laissa sans ré-
ponse, avec une certaine malignité, elle indiqua qu'aucun projet de programme n'avait jamais utilisé ce terme. Dès lors, les critiques furent obligés de se déplacer sur un terrain plus sûr. Ils accusèrent le nouveau projet de remplacer "l'alliance antimonopoliste" par "la large alliance démocratique"'; de réviser la notion de classe ouvrière en incluant dans la large définition du prolétariat des couches sociales intermédiaires; de liquider le rôle d'avant-garde du parti en étant flou sur le rôle respectif du Parti travailliste et du PC; de ne pas "tirer les leçons du Chili" en éliminant la possibilité du besoin d'un renversement violent du capitalisme; de ne pas comprendre la nature de classe de la démocratie vu leur respect affirmé pour les élections, même si elles conduisent à l'élimination d'un gouvernement "de gauche" ou "socialiste"; de ne pas être "internationaliste" (et donc d'être antisoviétique) vu le peu de référence aux "réalisations des pays socialistes". Ces critiques - dont quelques-unes sont formellement correctes - ont été exprimées de la façon la plus abstraite. Elles n'ont jamais été mises en rapport avec la pratique du PCGB ou des questions politiques concrètes courantes. Ainsi, dans toutes les contributions sur la question de la "voie pacifique" ou de la "voie violente" , une seule se réfère à la lutte qui se développe en Irlande. L'utilisation quotidienne de la violence par l'Etat britannique, afin de défendre une partie mineure de ses intérêts, n'a pas été soulignée par ces vaillants ennemis du révisionnisme Dans toutes les lettres vantant la supériorité de "l'alliance antimonopoliste" , le besoin d'avoir une définition plus "étroite" de la classe ouvrière, etc., il n'y a quasiment pas de conclusions tirées concernant les effets qu'auraient ces formulations sur la pratique politique courante dans les syndicats, par exemple. En fait, les différentes formulations dans le nouveau peojet de programme peuvent être expliquées à partir des pressions suivantes qui s'exercent sur le PCGB : l'échec total de la politique électorale; sa volonté de maintenir son alliance avec la gauche du Parti travailliste et des syndicats au moment même où elle n'a développé aucune réelle opposition à la politique de plus en plus droitière du gouvernement travailliste; l'impossibilité de défendre ou d'ignorer, comme par le passé, les crimes du stalinisme; le déclin de l'influence et de la base militante du parti; la complexité de la lutte de classes en Grande-Bretagne et spécialement la montée des luttes sur des questions sociales; le changement de rapport de forces décisif entre le PCGB et l'extrême-gauche. La majorité des critiques du courant pro-Moscou ne donnent aucune réponse à toutes ces questions. Ils se revendiquent des "bons vieux jours", alors qu'existe la possibilité de se débarrasser d'une ligne fondée sur l'adhésion servile aux options de la bureaucratie du Kremlin. Ils cherchent à se réfugier dans l'héritage sectaire du PCGB, bien que sa pratique quotidienne soit tout aussi opportuniste que celle de la direction. Néanmoins, un élément différent s'exprime dans une partie de ce courant : le désir de revenir à une organisation de cadres (soit à une large organisation du type de celle qui existait avant 1935, date à laquelle fut adoptée la ligne du "parti de masse", avec comme conséquence sa transformation en un parti de membres disposant d'une carte, mais inactifs). Comme indiqué précédemment, le PCGB fut toujours très faible en regard du Parti travailliste. Vu son origine sectaire, son incapacité à adopter une stratégie lui permettant de faire face à l'emprise du Parti travailliste sur la classe ouvrière, sa stalinisation, il ne put s'installer au Parlement. Un parti parlementaire sans base parlementaire Sur ce plan, il est plus faible que les autres petits partis d'Europe occidentale. Jamais le PCGB ne disposa de plus de deux parlementaires dans la Chambre des Communes sur un total de 600 membres. Même en 1945, au moment où le PCGB possédait l'influence la plus grande et le nombre maximum de militants, l'obtention de deux sièges fut le résultat de circonstances fort spéciales et les deux sièges furent perdus lors des élections de 1950. Depuis lors, le déclin de l'influence électorale du PCGB fut continu. Il est quasiment certain que dans tous les arrondissements, le PCGB ne peut pas récupérer la caution qu'il doit déposer pour se présenter (les candidats au Parlement, en Grande-Bretagne, se voient confisquer les 265 livres qu'ils doivent déposer pour se présenter, s'ils ne réussissent pas à obtenir 12,5% des suffrages exprimés). II pourrait sembler qu'il y ait une certaine relation arithmétique entre l'adhésion du PCGB à la voie parlementaire au socialisme et son audience électorale. En réalité, c'est l'inverse. Plus le PCGB met l'accent sur la conquête de sièges au Parlement, moins il draîne de voix (voir tableau ci-dessous). Nombre de voix par candidat au Parlement lors des élections générales :
* Année Nore de candidats Nbre de voix Moyenne par candidat 1945 21 102 000 4857 1950 100 91 000 910 1951 10 21 000 2100 1955 17 33 000 1940 1959 18 30 000 1666 1964 36 45 000 1250 1966 57 62 000 1087 1970 58 37 000 638 1974 (fév.) 44 32 000 727 1974 (oct.) 29 17 000 586 * Les chiffres ont été arrondis au millier le plus proche. Le déclin est encore plus impressionnant si l'on analyse l'évolution dans l'arrondissement de West Fife, arrondissement dans lequel le PCGB obtint un siège de 1935 à 1950. Année * 1945 1950 1951 1955 1959 1964 1970 % des
32,5 18,5 9,2 10,1 6,8 5,4 1,7 suffrages * cette circonscription n'existe plus lors des élections de 1974. Des situations encore plus mortifiantes sont possibles. Les résultats. des élections partielles et des élections locales indiquent qu'il n'est pas impossible que des candidats de la gau-
che révolutionnaire (spécialement ceux de l'Unité socialiste -Socialist Unity, alliance réunissant l'IMG, d'autres groupes et des candidats socialistes indépendants) puissent réunir autant si ce n'est plus de voix que les candidats du PCGB.
Ce déclin électoral se confirme dans une crise qui frappe presque tous les aspects du travail du PCGB et de son organisation (quelques exceptions existent, nous y reviendrons). Un des indices les plus clairs est celui du nombre de membres. Le PCGB a adopté, en ce qui concerne le recrutement, les critères du "parti de masse". Ceci implique que seule une petite minorité des membres sont effectivement actifs. Sid French, dans un entretien accordé juste avant la scission du PCGB, affirmait que les membres effectifs pouvaient être évalués à 4000 sur les 25 000 indiqués par les chiffres officiels. Les cotisations sont insignifiantes et la participation aux réunions n'est pas une condition pour être membre. Il y a de nombreux indices qu'une assez grande partie des membres ne lit pas le "Morning Star" (des organisations locales du PCGB affirment vendre moins de quotidiens qu'il n'y a de membres inscrits, par exemple dans le Yorkshire). Il n'y a donc que peu de raisons de mettre en doute les chiffres donnés par French. Même sur la base des chiffres officiels, le nombre de membres a décliné systématiquement durant les dix dernières années. En 1967, le nombre de membres était de 33 000; en 1972, il atteignait 28 500 et cette année, le Comité exécutif, réuni en juillet adopta un rapport indiquant que le nombre d'adhérents s'élevait à 25293. Le rapport effectué au Comité exécutif confirme les chiffres donnés par French. En effet, seuls 56% des cotisations sont payées, alors qu'elles s'élèvent à 25 pence seulement (environ 2 F) par mois. Le rapport financier pour 1975 et 1976 donnent des chiffres qui sont encore plus piteux : la somme moyenne des cotisations annuelles par membre s'élève à 50 pence. La situation dans l'organisation de jeunesse n'est pas meilleure. Les membres passent de 5642 en 1967 à 3 000 en 1972 et à 1638 en 1977 (juillet). Le rapport présenté au Comité exécutif n'indique pas le nombre de ventes du "Morning Star" • Néanmoins, il affirme que : "Il y a eu de bonnes ventes du journal en certaines occasions, mais la chute grave des ventes n'a pas été arrêtée. " Cette "chute grave" avait été chiffrée dans de précédents rapports. Par exemple, entre février 1974 et janvier 1976, la baisse du chiffre des ventes quotidiennes a été de 4 300. Au cours de l'année 1976, la perte quotidienne fut de 600. Au milieu de l'année 1976, la diffusion quotidienne pouvait être évaluée à 40796 ( un rapport officieux la fixe actuellement à 38533). L'alliance avec la gauche du parti travailliste et des syndicats Etant un parti développant une stratégie parlementariste, mais ne disposant d'aucune base dans le Parlement, le PCGB est contraint de fonder sa politique sur une alliance avec la gauche du Parti travailliste et des syndicats. Le ciment idéologique de cette alliance n'est autre que l'adoption par ces deux composantes de méthodes réformistes et par une position chauvine, qui fut fort bien illustrée lors de leur campagne contre l'entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté européenne et pour le contrôle des importations (protectionnisme). Apparemment, cet aspect de la politique proposée par le "Voie britannique au socialisme" rencontre quel que succès. Le Comité exécutif du Parti travailliste est composé par une majorité d'éléments que le PCGB caractériserait comme gauches. Les parlementaires se réclamant du journal "Tribune" (organe de la gauche du Parti tra railliste) et la gauche des syndicats ont manifesté une volonté croissante de collaborer avec le PCGB. Il faut souligner que ces deux courants de gauche (parti et syndicats) travaillent main dans la main. Pourtant, le PCGB perd ses membres et voit son influence se réduire. La question de fond pour le PCGB réside précisément dans l'existence de cette gauche du Parti travailliste et des syndicats qui ont joué un rôle important dans la formulation et la mise en place de certaines mesures anti-ouvrières du gouvernement travailliste. Le contrat social, qui implique une attaque sévère aux salaires réels, fut conçu par Jack Jones, le plus puissant représentant de cette gauche syndicale. Michael Foot, héritier spirituel de Bevan, représentant classique de la gauche social-démocrate britannique, fut un des responsables de l'acceptation par le groupe parlementaire du Parti travailliste et par sa conférence annuelle du contrat social. Hugh Scanlon, élément de pointe dans l'alliance entre le PCGB et le Parti travailliste au sein du syndicat de la métallurgie, rendit possible l'obtention d'une majorité lors du congrès des syndicats en faveur du blocage salarial de douze mois proposé par le gouvernement travailliste. Pour cela, il n'hésita pas à fouler au pied la démocratie dans son propre syndicat. Ceci a conduit à une situation où les membres du PCGB sont supposés combattre le contrat social d'un côté, mais se trouve de l'autre en alliance électorale avec ceux qui se font les principaux suppôts du contrat social. Même quand le PCGB fut obligé d'émettre quelques critiques modérées à Jack Jones et à ses compères, il leur donna en même temps une couverture de gauche. Le PCGB se trouve coincé dans une telle situation car sa seule monnaie d'échange réside dans son influence syndicale, dans sa présence dans les usines. C'est évidemment cela qui intéresse au premier chef la gauche du Parti travailliste et des syndicats. Mais cette gauche négocie durement. Elle est prête à s'associer aux projets du PCGB dans la stricte mesure où ce dernier les protège de l'aigreur des militants de base. Ceci ne peut que conduire à la démoralisation de très nombreux membres du PC. La découverte ambigüe du pluralisme L'aspect le plus litigieux, sans aucun doute, du projet de peut être compris comme une réponse aux sentiments démocratiques des travailleurs britanniques. En Grande-Bretagne, la méfiance des travailleurs envers le stalinisme s'exprime de fa-
çon criante : des dizaines de milliers de travailleurs voteront pour les membres du PC en tant que militants syndicaux, mais non pas en tant militants politiques. De façon pragmatique, ces travailleurs expliqueront : "Le collègue Smith est un bon militant contre les patrons, ainsi on vote pour lui comme délégué d'atelier; mais si l'on vote pour lui et son parti au Parlement, on ne sait pas si on pourra jamais s'en débarrasser." Les travailleurs de Grande-Bretagne ont de bonnes raisons d'être soupçonneux. Les tournants et les changements du PC dans le domaine de la politique internationale ne sont qu'une partie de l'histoire. Les travailleurs britanniques ont aussi fait l'expérience du stalinisme dans leur propre pays, ceci va de l'utilisation manipulatrice "d'organisations de masse" aux virages soudains dus à des accords au sommet entre bureaucrates ainsi qu'aux manœuvres dans les organisations de masse, les conférences et jusqu'à des trucages d'élections, à l'occasion. De plus, des dizaines de milliers de travailleurs sont passés dans les rangs du PCGB et ont fait l'expérience de la façon dont les opposants sont traités, dont ils sont réduits à la qualité "d'éléments pourris" . Ces pratiques possèdent un dénominateur commun : une politique manipulatrice, ce qui est une partie de l'idéologie stalinienne. Le but du projet de programme, c'est d'enterrer cette réputation une fois pour toutes. En particulier, il veut pouvoir répondre affirmativement à la question des travailleurs : "Pourrons-nous nous débarrasser de vous ?". Ainsi, de façon indirecte, le nouveau projet reflète les pressions des travailleurs concernés par la question de la démocratie. Mais ceci n'est encore qu'une partie de l'histoire. Sans doute, l'élaboration du nouveau projet traduit-elle aussi la pression de "l'opinion publique" bourgeoise s'exprimant au travers de ses alliés. Ces derniers pourront plus aisément passer un accord avec le PC si celui-ci se montre plus "respectable" Néanmoins, il y a des facteurs qui limitent la conversion de la direction du PC à la démocratie. Premièrement, elle fut impliquée en tant que telle dans les crimes staliniens. Les plus anciens membres savaient ce qui se passait en URSS dans les années 30 ils prirent la décision consciente de couvrir ces crimes, même lorsque des membres du PCGB en étaient les victimes. Ceci se répéta à l'occasion des grandes purges de l'après-guerre. L'effet que possède le passé de ses dirigeants sur la direction du parti elle-même fut explicité par un événement récent. Le premier numéro du journal du NCP contenait un article affirmant que John Gollan s'était initialement opposé à l'invasion de la Hongrie par les troupes russes en 1956. Immédiatement, la "Morning Star" , répondit sèchement que cette histoire n'était que calomnie. Deuxièmement, les limites du tournant de la direction résident dans les liens qui se maintiennent avec la bureaucratie soviétique, ceci pour des raisons matérielles et politiques. Politiquement, le PCGB ne peut pas se permettre de n'être qu'un parti britannique. Il se trouverait sans caractéristiques propres face aux courants de gauche de la social-démocranotie. La rupture complète avec la "famille communiste" l'héritage des révolutions russe, chinoise et cubaine réduirait •le PC à une petite secte social-démocrate de gauche. La di•rection du parti est consciente de ce qu'il n'y a pas de place 'sur l'échiquier politique britannique pour une telle formation.
Ainsi, des événements comme l'intervention en Tchécoslovaquie, le soulèvement des travailleurs polonais, la façon dont le Kremlin traite les opposants, etc. frappent durement le PCGB. Non seulement, ils renforcent la méfiance des travailleurs envers le stalinisme, mais ils minent la seule base effective - autre que la rupture avec le stalinisme, ce qui est impossible - pour le PC de disposer d'un profil politique propre. Les considérations matérielles ne sont pas sans importance pour expliquer l'attitude envers la bureaucratie soviétique. Ainsi, selon le rapport de 1975/76, 14500 numéros du "Morning Star" sur 40796 (soit environ un tiers) sont vendus à l'étranger, essentiellement dans les pays de l'Est. Le service de vente du "Morning Star", qui propose toute une série de produits de consommation, est approvisionné essentiellement par ces mêmes pays qui fournissent aussi la plus grande partie des ressources publicitaires du "Morning Star" '. Les librairies, fort rentables, du PCGB vendent en grande partie des publications soviétiques. Sans de tels liens, il est peu probable que le PC puisse assurer la publication du "Morning Star", le fonctionnement des librairies, sans parler des autres activités. Mais ces liens sont d'une certaine façon mutuels. A l'étape présente, la bureaucratie du Kremlin a aussi besoin du PCGB. Pour ses opérations internationales (conférences pour la paix, regroupements d'organisations à l'échelle mondiale...), elle a besoin d'une organisation capable de réunir des parlementaires, des dirigeants syndicaux et, avant tout, des personnalités bourgeoises progressistes. Pour l'instant, le PC peut servir ces objectifs. Ceci explique pourquoi le PCUS envoie une délégation en Grande-Bretagne pour participer à des manifestations publiques du parti, à la veille d'un congrès déterminant pour celuici. Cela ne peut que renforcer le PC contre ses critiques prosoviétiques. S'il se produisait une scission substantielle dans le parti, il est possible que Moscou utilise cette carte pour tempérer l'enthousiasme de ceux qui lui porteraient quelque critique. La pression de la gauche Le rapport de forces entre le PC britannique et les groupes d'extrême-gauche a commencé à changer après le 20e congrès du PCUS et la révolution hongroise de 1956. Une petite partie des 10 000 personnes environ qui quittèrent le PCGB en 1956 et 1957 rejoignit les groupes d'extrême-gauche. Dans les années qui suivirent, le PC passa à côté de toutes les étapes de la radicalisation des jeunes qui se succédèrent : mouvement antinucléaire, poussée des jeunesses du Parti travailliste, mouvement contre la guerre du Vietnam et luttes étudiantes. A chaque fois il perdait un peu plus de son attrait sur les jeunes radicalisés à cause de sa politique de compromis. A chaque étape, le rapport de forces tendait donc à évoluer au désavantage du PCGB. Mais c'est à l'occasion de la guerre du Vietnam et des poussées étudiantes qu'il a commencé à être débordé sur certains fronts. Il s'est alors trouvé dans une situation où il devait répondre à des initiatives de forces placées à sa gauche. La plus importante d'entre elles était la Vietnam Solidarity Campaign (VSC - Campagne de solidarité Vietnam).
Après l'avoir dénoncée comme une "opération de division trotskyste", le PC fut obligé de ravaler ses mots et de rejoindre la VSC en organisant des manifestations sur des mots d'ordre qu'il avait antérieurement rejetés comme "Victoire pour le FNL". La dernière année du gouvernement travailliste de 1964-70 et l'année de gouvernement conservateur de Heath transporta le foyer principal de lutte sur un terrain bien plus favorable au PCGB, le front des entreprises. Là, le PC pouvait utiliser son poids pour prendre l'initiative. Mais le résultat des alliances nouées par ce parti donna à ces groupes l'occasion de démontrer de façon significative comme celui-ci freine les luttes. C'est après les élections qui amenèrent les travaillistes au gouvernement en 1974, que le système d'alliances conclu par le PC le rendit le plus vulnérable à la critique des groupes de l'extrême-gauche. Dans la période précédente, ces groupes avaient massivement recruté dans le milieu étudiant et ces adhérents entraient maintenant dans la vie professionnelle comme cols-blancs, secteur d'activité qui a connu une importante extension du syndicalisme. En conséquence, les groupes d'extrême-gauche développèrent une certaine implantation dans le mouvement syndical. Dans quelques corporations comme les enseignants, le rapport de forces entre le PC et ces groupes ont changé du tout au tout. Placé devant cette situation nouvelle, le PCGB changea de tactique par rapport à l'extrême-gauche. Durant la guerre, et même auparavant, le Parti communiste qualifiait les trotskystes "d'agents d'Hitler" , ce qui était un appel clair aussi bien à la répression de l'Etat qu'à des actes de lynchage contre eux. Il y a encore aujourd'hui une clause dans les statuts du parti qui interdit l'adhésion d'ex-membres d' "organisations fascistes ou trotskystes" , sauf si le Comité politique en décide autrement. Quand les groupes d'extrême-gauche ont commencé à croifre, le PCGB publia, à l'occasion, des articles et des brochures critiquant lourdement leur politique, mais sa tactique principale était d'essayer de les ignorer à cause "de leur insignifiance". Mais cette attitude n'était plus tenable. Face à l'impact grandissant de IS (International socialism, aujourd'hui SWP - Socialist Workers Party, Parti socialiste des travailleurs), partisan de la thèse du capitalisme d'Etat, le PC publia une brochure spéciale sur la nature de classe de l'Union soviétique. Comme la vieille garde du parti trouvait que c'était un sujet bien délicat, il dut avoir recours pour l'écrire à Dave Purdy, un ancien membre d'IS recruté au PC. La brochure s'étaya fortement sur les écrits d'Isaac Deutscher et d'Ernest Mandel pour venir à bout des arguments sur le capitalisme d'Etat. Par la suite, la direction du PCGB accepta puis encouragea des débats entre les membres du parti et les "ultra-gauches" . Des articles parurent dans "Morning Star", examinant avec un certain degré d'objectivité les positions des groupes d'extrême-gauche. Un article sur l'IMG, section britannique de la IVe Internationale, écrit par Geoff Roberts, se terminait sur un appel aux membres de cette organisation à rejoindre le PCGB: Bien que le nouveau projet de programme ne mentionne pas les groupes d'extrême-gauche, le secrétaire général du PC, Mc Lennan, lors d'une conférence de presse destinée à présenter ce projet, déclara que bien que son parti ait beaucoup de divergences avec les ultra-gauches, il pourrait travailler avec eux dans des actions communes là où il y avait accord politique. En mars de cette année, le PCGB a mis sur pied un groupe d'étude sur le trotskysme qui a produit une brochure qui essaie de réfuter la théorie de la révolution permanente. L'un de ses membres, Betty Reid, a polémiqué publiquement contre d'autres membres du PC, les accusant de s'en tenir aux positions de Staline sur le trotskysme. Mais cette nouvelle attitude a suscité des oppositions et n'est appliquée que dans certains secteurs. Généralement, les divergences sur cette question ont cofhcidé avec des divergences sur d'autres points. Beaucoup des contributions au débat sur le projet de programme ont fait référence à l' "ultra-gauche" en se plaignant, en général, de ce que les erreurs de la direction ait fourni des atouts aux groupes d'extrême-gauche. D'autres, y compris les "démocrates révolutionnaires" ont essayé de marquer des points en faisant un amalgame entre les "stalinistes" et les "trotskystes" car tous les deux caractérisent le projet de programme comme révisionniste. Cependant, il y a eu quelques contributions en faveur de l'unité d'action avec les groupes d'extrême-gauche. Bob Rowthorn de la "New Left Review" et membre du PCGB (lui aussi ancien membre d'IS) critica le PC pour avoir opposé une fin de non recevoir à l'appel du SWP pour l'unité d'action, tandis que d'autres contributions appelaient, timidement, à une unité plus large au niveau local avec des "Conservateurs (sic) et les ultra-gauches" Complexité de la lutte des classes La longue période d'apparent statu quo dans la lutte des classes, la faillite croissante des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier à offrir ne serait-ce qu'un commencement de perspective pour les exploités et les opprimés, l'augmentation dramatique de l'activisme fasciste, la montée de mouvements comme celui de libération des femmes, etc., ont donné à la lutte de classes en Grande-Bretagne un caractère complexe aux multiples aspects. Beaucoup des nouvelles formes de radicalisation ne permettent pas au PCGB d'utiliser son implantation dans les entreprises pour améliorer ses positions. C'est pour cette raison que les militants de ce parti se trouvent avoir à répondre aux initiatives d'unité d'action prises par d'autres forces dans des cas où existent un recouvrement partiel avec la lutte syndicale, comme dans la Campagne pour la charte des femmes travailleuses. Placé devant le choix de répondre à la situation soit de façon économiste et sectaire, soit en tentant de s'y adapter, le PCGB choisit de fait cette dernière solution. Cela n'a pas été un processus achevé ni mené de façon conséquente, mais il est clair que le Parti communiste veut donner de lui une nouvelle image. Du point de vue de la direction, cela s'est avéré un choix judicieux et a été payant en terme d'un recrutement limité et d'une influence accrue. La direction a prévu de promouvoir cette nouvelle image en donnant à ses militants une relative liberté dans un large éventail de campagnes et d'activités. Mais même cela a des limites, pendant l'été, par exemple, "Link" le journal de la commission "femmes" du PC a été "suspendu" et cette décision a été critiquée dans de nombreuses contributions.
La combinaison d'une plus grande souplesse avec une floraison de journaux spécialisés du parti, des conférences ouvertes sur des thèmes tels que "structure de classe" , des festivals marxistes et des universités communistes, la création d'une multitude de collectifs et de sous-comités sur des questions comme celles de la santé, de la science, de la littérature, de l'économie, de l'oppression des femmes, de l'oppression des homosexuels, de l'histoire de la classe ouvrière, etc., ont permis au PC de marquer des points parmi les intellectuels. Il est plutôt extraordinaire que ce parti discrédité puisse faire de tels progrès à cette étape de son développement. La faiblesse de l'extrême-gauche explique partiellement ce fait mais d'autres facteurs sont plus importants. Outre sa souplesse tactique accrue, le PCGB poursuit une politique de discussion ouverte et permanente dans ses organes de presse. En fait cette politique est si notable que "International" , journal théorique de l'IMG, remarque : " ...L'un des journaux les plus vivants, avec des discussions et des débats, aujourd'hui, n'appartient à aucun des groupes de l'extrême-gauche, mais au PCGB". "Marxism Today" a ouvert un grand nombre de discussions et de débats. " Ces succès sont liés à la croissance du PC parmi les étudiants dans la dernière période. Un travail sérieux dans les syndicats d'étudiants, ignorés pendant un temps par les groupes d'extrême-gauche, et un ralentissement de la mobilisation étudiante ont aidé à cette croissance. Mais elle s'est également appuyée sur une attitude extrêmement opportuniste, comme la formation d'un bloc électoral avec les étudiants conservateurs contre des candidats d'extrême-gauche. Ces succès n'ont pas empêché des pertes dans d'autres secteurs, et de graves problèmes vont probablement apparaître. Il va être difficile pour la direction du PC de ressouder une orthodoxie, surtout parce que ces succès et les méthodes par lesquelles ils ont été obtenus vont probablement faire émerger de nouveaux courants oppositionnels. En fait, cela a déjà commencé. Les «tankards» et la scission Le groupe qui est parti pour former le Nouveau parti communiste faisait partie d'un courant d'opposition vieux de plusieurs années. Il est apparu pour la première fois comme une force nationale au congrès du PC de 1969, où, s'opposant aux timides critiques du PC contre l'invasion de la Tchécoslovaquie, il obtint 118 voix contre 295 pour la direction. Plus tard, au congrès de 1973, il atteignit 30% des voix. Il était également relativement fort dans l'organisation des jeunesses communistes (YCL - Young Communist League), où il était presque à égalité avec les partisans de la direction du parti lors des conférences d'organisation du début des années 70. Diversement connus comme les "frenchistes" ("Frenchites", du nom de Sid French, pendant longtemps secrétaire de la région du Surrey), ou comme les "tankards" (" tankies" , à cause de l'approbation donnée à l'invasion de la Tchécoslovaquie par les tanks russes), ils ont également soulevé des questions comme celles de la "négligence du travail dans les entrepri-
, et "une activité excessive sur le terrain électoral". Mais leur trait distinctif a été - et reste - le soutien acritique aux dirigeants de l'Union soviétique.
Pendant la première étape du débat sur le projet de programme, les "tankards" présentèrent un front uni d'opposition à la direction du PCGB, intervenant par des contributions virulentes, plubliées dans "Comment" et envoyant des orateurs hostiles au projet dans les réunions publiques, dans tout le pays. Il apparut alors qu'un courant scissionniste se développait sur la question de l'attitude à adopter si le nouveau projet était voté par le congrès de novembre. La réunion de mai 1977 du Comité exécutif du PCGB apprit par un rapport qu'on avait demandé à certains membres du parti si "ils rejoindraient le nouveau parti qu'il faudrait fonder si le congrès approuvait le projet". Le Comité exécutif du PC déclara qu'il se refusait à entreprendre des procédures disciplinaires au milieu de la discussion précédant le congrès et donna instruction au Comité politique de rencontrer trois membres de la région du Surrey et de les interroger à ce sujet. De fait, la formation du NPC fut annoncée avant que ces rencontres n'aient eu lieu. Le lancement de la nouvelle organisation s'est opéré le 17 juillet et un hebdomadaire, le "New Worker", fut publié à la mi-septembre. Le NPC a annoncé un congrès de fondation pour la fin octobre. Dans la période qui a précédé le lancement de leur hebdomadaire, les tenants du NPC vendaient une publication de l'ambassade soviétique, "Soviet Weekly" -ils indiquaient ainsi sans ambigufté leur orientation politique. Sans information de l'intérieur, il est difficile d'apprécier les motifs du hâtif lancement du Nouveau parti communiste. Deux raisons ont été avancées : la première, que les membres du Comité régional du Surrey furent poussés à agir à cause de l'enquête prévue et la seconde que les scissionnistes pensaient ainsi pouvoir manœuvrer ceux qui restaient dans le parti, en ayant d'ores et déjà une organisation au moment du congrès de novembre. Il est difficile de mesurer le soutien apporté à la nouvelle organisation et le nombre de "tankards" restant dans le parti. Le PCGB proclame qu'il a perdu moins de "2% de ses 25 300 membres" • Pour sa part, le NPC déclare que 65 branches de l'organisation étaient représentées à son congrès de fondation et que 300 sympathisants assistèrent à son premier meeting à Londres. Une réunion qui s'est tenue au début septembre sous le titre de "Contre la scission, contre le projet''" attira environ 400 participants. De plus, on dit que l'opposition pro-Moscou interne au PC bénéficie d'un fort appui en Ecosse (surtout à Glasgow) et dans les Midlands. Elle semble avoir adopté la tactique de demande de retrait du nouveau projet au congrès de novembre. Une des têtes pensantes de ce groupe, Fergus Nicholson, déclara dans le numéro d'octobre de "Comment" que si cette tactique triomphait "cela aurait des répercussions sur l'élection du nouveau Comité exécutif". Si le congrès adopte le projet, ce qui semble être l'hypothèse la plus vraisemblable, il est presque certain que d'autres gens quitteront encore le PCGB. Au vu de la violence de ton avec laquelle les principaux dirigeants de l'opposition ont dénoncé le projet, ils vont se trouver dans une position extrêmement difficile si celui-ci est accepté.
D'autres courants dans la discussion Ceux qui soutiennent le nouveau projet sont extrêmement hétérogènes, presque toutes les contributions en sa faveur se doublent de critiques et de propositions d'amendements. L'un des courants les plus droitiers dans la discussion provient de la direction centrale et exprime peut-être les vues de la majorité. Jack Woodis, responsable de la commission internationale, Dave Cook, secrétaire national à l'organisation et Irene Brennan, membre du Comité politique du PCGB et l'une de ses philosophes les plus en vue vont beaucoup plus loin que le nouveau projet sur la question de l'Etat, des alliances et de la stratégie. Dans une série d'articles du "Morning Star" , ils ont systématisé et approfondi la conception de la transformation graduelGrande-Bretagne ne peut être construit que par la classe ouvrière. En l'absence d'une paysannerie, Woodis voyait dans les petits patrons antimonopolistes un allié de classe du prolétariat. A l'heure actuelle, ces couches soutiennent, en général, les conservateurs et les formations d'extrême-droite. Les tendances et les fractions étant interdites dans le PCGB, ceux qui sont en désaccord avec la direction sont dans l'impossibilité de se rencontrer pour élaborer une ligne alternative. Pourtant, des courants oppositionnels commencent à apparaître. L'un d'entre eux se regroupe autour d'une brochure diffusée sous le manteau et au titre évocateur de "Hors du ghetto" (le journal de l'IMG, "Socialist Challenge" , a publié des extraits de cette brochure dans son numéro du 8 septembre 1977). Parfois appelé "l'école de Manchester - plusieurs de ses têtes pensantes viennent de cette ville -, ce courant a trouvé le soutien d'un grand nombre de personnalités de la commission économique du PCGB. Se fondant sur le "compromis historique" italien, ils invoquent une ligne de soutien à une politique des revenus "socialiste" sous le capitalisme. Selon leur porte-parole, Dave Purdie, leur stratégie est franchement "gradualiste" Les "démocrates révolutionnaires" constituent un autre courant. Leurs opinions ont été énoncées clairement par Jon Blumfield, le secrétaire de la branche de Birmingham du PC. Tout en soutenant le nouveau projet, parce qu'il représente "un pas en avant" , il devait aussi dire : "Si nous suivons la direction et le projet actuels nous en resterons toujours là où nous en sommes. "A son avis, les désaccords avec la direction tournent autour de trois points : 1) : "la direction ne parvient pas à comprendre les racines réelles et la force de l'hégémonie de la classe dirigeante"; 2) le parti est "fréquemment économiste"; 3) le PCGB a un "rôle limité" et le gros de son travail "s'effectue encore au travers d'autres organisations". Il semble que Blumfield aspire à un parti social-démocrate dynamique du type de la social-démocratie d'avant la Première Guerre mondiale. Malgré le caractère utopique d'un tel projet, ce courant trouva de nombreux partisans dans les contributions au débat de congrès. Les "démocrates révolutionnaires" donnent beaucoup dans l'antistalinisme (plusieurs se sont félicités de la scission du NPC) et, à peine moins, dans l'antitrotskysme (le trotskysme étant supposé être un "dogmatisme").
Avant le début de la discussion préparatoire au congrès, les colonnes de "Comment" avaient vu l'apparition d'un autre courant qui, celui-là, appelait à entrer dans le Parti travailliste. Willie Thomson, directrice du journal écossais du PC, "Scottish Marxist", alla jusqu'à dire que "le Parti travailliste est le seul endroit où il puisse y avoir un parti marxiste de masse, partie intégrante de sa structure fédérative". Il existe des bases objectives très importantes pour une telle position au sein du PCGB. Celle-ci s'exprime notamment dans des conflits à propos de la politique électorale et pour une participation très limitée du PCGB aux élections, afin de ne pas compromettre les chances des candidats travaillistes. Les éléments les plus positifs de la discussion se sont dégagés sur la question de la libération des femmes. Des contributions individuelles ou collectives se sont attaquées aux insuffisances du projet de la direction dans ce domaine. Cela les a souvent conduit à faire des critiques explicites ou implicites au sectarisme et à l'ouvriérisme de la direction du PCGB. Ces opinions reflètent probablement l'expérience d'un travail de masse unitaire de leurs auteurs. De nombreuses contributions se sont référées à la nécessité d'organes de pouvoir ouvrier ou populaire. Paul Fauvet, membre de la commission internationale du PCGB, a accusé le projet d'être malhonnête car il ne parlait pas des nouveaux organes de pouvoir d'Etat apparaissant au cours du processus révolutionnaire. Il semble que ces deux derniers courants soient influencés par les "démocrates révolutionnaires". De leur côté, les partisans de "l'école de Manchester" ont exprimé leur solidarité avec les contributions des "démocrates révolutionnaires" Vers la fin du débat préparatoire au congrès, la question de la démocratie interne a été soulevée. Une discussion parallèle et vivante s'est déroulée dans les colonnes de "Comment", Certains ont préconisé la formation d'une commission chargée de ces problèmes, d'autres le remaniement des procédures de congrès, d'autres encore se sont plaint des méthodes utilisées lors de la scission. Dans beaucoup de ces contributions un sujet tabou a affleuré : le droit de tendance. Mike Power, secrétaire de l'organisation londonienne du PCGB, fit une proposition concrétisant un aspect de l'exercice du droit de tendance, quand il préconisait la réunion "des délégués représentants des instances du parti ayant proposé des amendements ou des résolutions... qui ont des traits essentiels communs". Le congrès du PCGB, en novembre, ne résoudra aucun des problèmes posés aux membres de ce parti. En effet, en raison des traditions staliniennes du PCGB (particulièrement l'interdiction du droit de tendance), ces questions ne peuvent être posées de manière cohérente. C'est pourquoi, sous une forme ou * sous une autre, la discussion se poursuivra après le congrès. L'apport que peut faire le programme trotskyste à cette discussion est évident. Déjà, plus d'un millier de personnes ont assisté à un débat public entre l'IMG et le PCGB (voir "Socialist Challenge" du 15 septembre 1977). Des militants du PC ont apporté leur soutien à des candidats d' "unité socialiste", au cours d'élections récentes car ils y voyaient une alternative réelle dans la lutte contre l'offensive anti-ouvriè-tu re du gouvernement.
25 octobre 1977