Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

Les mineurs contre la politique de Margaret Thatcher

· Inprecor n° 172, 30 avril 1984 · p. 3-6 · 4 027 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme

Le gouverement Thatcher confronté

ES enjeux politiques impliqués par la grève des mineurs

L de Grande-Bretagne ont atteint un niveau encore supe.

rieur depuis qu'à été écrit l'article que nous publions ci-dessous. Le 12 avril, la direction du Syndicat national des mineurs (NUM) s'est réunie à Sheffield et a décidé, sur l'avis de son président Arthur Scargill, de rejeter la l'aile droite du syndicat que soit organisé un vote national sur la grève, et de poursuivre la lutte entreprise par 80 % des membres du syndicat. Une conférence des délégués de la base du

NUM a été convoquée le jeudi 19 avril pour discuter ces propositions de la direction. Cela porte un coup aux espoirs du gouvernement conservateur, qui pensait voir la grève s'effondrer à cause de l'opposition existant au sein du syndicat de la part de certains de ses organismes régionaux, comme celui de

Nottingham. Des sondages d'opinion, effectués par des journaux parmi les mineurs, montrent que le soutien à la grève s'accroît et reconnaissent que 68 % des mineurs interrogés se prononcent en sa faveur.

La seule alternative qui reste donc au gouvernement de

Margaret Thatcher est d'accroître de façon importante la répression policière, l'utilisation des tribunaux, et même l'appel à l'armée, à la fois contre les mineurs et contre le

Steve ROBERTS

La grève des mineurs a commencé le

12 mars et, à l'orée de sa troisième semaine, l'activité est arrêtée dans les trois- quarts des puits qui dépendent du NCB

(Office national du charbon), organisme qui gère l'industrie minière du fond, qui est presqu'entièrement nationalisée, soit

176 puits qui emploient 120 000 des

183 000 travailleurs de cette industrie.

Cette grève a commencé dans la région minière la plus importante de Grande-Bretagne, le Sud-Yorkshire, à la suite de l'annonce faite par Ian McGregor, le président du NCB, de la fermeture de 20 puits dans l'année à venir, assortie de la perte de 20 000 emplois et d'une augmentation de salaire de seulement 5,2 %. Le point d'explosion immédiat fut la houillière de Cortonwood, dans le Sud-Yorkshire, qui a reçu un avis de fermeture dans le mois, sans aucune consultation avec les représentants des syndicats. Plus de 27 000 emplois ont déjà été perdus par la fermeture de 36 puits entre 1979 et 1983.

Arthur Scargill, président du Syndicat des mineurs et membre de l'aile gauche du TUC (confédération syndicale largement majoritaire), avait averti, en son temps, dans une déclaration qui fut largement tournée en ridicule à l'époque, que le NCB avait l'intention de fermer 95 puits au total. Aujourd'hui, les commenconcèdent qu'il avait probabletateurs ment raison.

Les fermetures massives des puits sont une part essentielle de la stratégie du

Parti conservateur (Tory). Le syndicat des à la grève des mineurs demande de mineurs avait affronté victorieusement la politique des conservateurs, en 1972 et en 1974. Cette dernière grève avait même entraîné, à terme, la chute du gouvernement d'Edward Heath. Retourné dans l'opposition, ce parti, sous la nouvelle direction de Margaret Thatcher, évalua soigneusement le bilan de cette expérience. Le résultat de cette réflexion fut rapport Ridley - du nom de l'actuel des Transports. Ce document confidentiel considérait que le problème poserait à un nouveau gouvernement conservateur serait celui que représentait l'existence d'un large secteur public et nationalisé, un problème politique dans la les travailleurs y sont très fortement organisés. Au premier rang de la liste des opposants potentiels aux conservateurs, on trouve en effet les travailleurs de la firme nationalisée British Leyland, les cheminots, les employés du Service des eaux et, bien sûr, les mineurs. Sur le plan économique, le secteur public est soumis à un traitement spécial à cause de la décision qui a été prise de supprimer les secteurs nationalisés non rentables et d'ouvrir au capital privé -de nouvelles perspectives d'accumulation, dans les conditions de crise actuelle —,

La stratégie finalement adoptée fut d'entreprendre un vaste programme de fermeture d'entreprises dans certains secteurs, comme la sidérurgie, les chemins de fer et le charbon, de privatisation et d'abolition du monopole étatique dans des secteurs en expansion, comme les

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Syndicat des travailleurs des transports et des travailleurs non qualifiés (TGWU), de gauche, qui apporte sa solidarité à la grève en refusant tout transport de charbon. Le gouvernement a créé un « cabinet de guerre » pour coordonner ces mesures.

La décision prise à Sheffield marque également une défaite pour Neil Kinnock, le nouveau dirigeant (leader) du groupe travailliste au Parlement, qui avait essayé d'obtenir d'Arthur Scargill l'organisation du vote sur la grève, par des coulisses. Neil Kinnock n'a pas soutenu les mineurs. Il en résulte que Tony Benn est redevenu le dirigeant incontesté de l'aile gauche, renaissante, du Parti travailliste.

La grève des mineurs est en train de refaçonner les données de la situation politique en Grande-Bretagne, en particulier au sein du mouvement ouvrier. Si les mineurs obtiennent un résultat qu'ils considèrent comme une victoire, cela portera un coup sévère au gouvernement conservateur, en dépit de son énorme majorité parlementaire. Si les mineurs perdent, Thatcher pourra faire appliquer toute une série de nouvelles lois antiouvrières qui s'attaqueront aux droits obtenus par des décennies de lutte des travailleurs britanniques.

télécommunications, et d'établissement de contrats de service entre les hôpitaux et les municipalités d'une part, et des firmes privées de l'autre.

Le même rapport donnait un avis tranchant, à la fois sur la nécessité de renforcer les possibilités d'intervention policière et sur celle de donner aux tribunaux des pouvoirs légaux suffisants pour rendre illégale toute riposte efficace. Ne laissant cependant rien au hasard, le rapport était d'avis qu'il fallait s'attaquer en priorité

British Leyland, les conducteurs de train, et accorder dans un premier temps des concessions à des secteurs plus forts, comme le Service des eaux ou les Mines, pour les affronter seulement

Ce fut le plan de bataille appliqué par

Thatcher après son élection en 1979. Les de British Leyland subirent une série d'attaques qui décimèrent la base des organisations syndicales dans des usines comme Longbridge à Birmingham et Cowley à Oxford. La défaite des sidérurgistes, en 1980, signifiait que 100 000 travailleurs allaient perdre leur emploi.

Les syndicats de fonctionnaires concédèrent une humiliante défaite en 1982, qui déboucha sur la remise en cause du principe même de la syndicalisation dans l'appareil d'Etat. C'est maintenant au tour des mineurs et de l'industrie charbonnière.

L'industrie charbonnière britannique est la plus importante de la Communauté économique européenne (CEE), avec celle d'Allemagne de l'Ouest. Comme toutes les industries de ce secteur en Eu-

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rope, elles sont vouées à la ruine. C'est Ian McGregor, un homme d'affaires canado-écossais, qu'on a été chercher dans les conseils d'administration d'Amérique du Nord pour mettre en œuvre une impitoyable opération de liquidation de l'industrie sidérurgique britannique. Ayant largement rempli les objectifs des conservateurs dans ce secteur, il fut chargé du même type d'opération dans les mines de charbon.

La stratégie de MeGregor, en ce qui concerne les mines, a consisté à supprimer les subventions à cette industrie, à clore les puits non rentables, à canaliser les investissements vers de nouveaux « super-puits » pour, comme l'a dénoncé le dirigeant travailliste Tony Benn, vendre ensuite ces puits à l'industrie du pétrole. Le résultat de tout cela est que les subventions au charbon britannique sont aujourd'hui les plus basses de tout le Marché commun.

Une autre raison pour tourner le dos à la production de charbon réside dans le programme de construction de centrales nucléaires, dont la production d'énergie doit augmenter de 5 à 8 fois d'ici à la fin du siècle. Il est difficile de justifier cette option par des raisons économiques, mais la politique du gouvernement est de réduire la dépendance énergétique du pays par rapport aux mineurs et aux travailleurs des transports d'un côté, par rapport à des Etats pétroliers instables de l'autre.

Les arguments des mineurs à l'encontre de McGregor sont largement connus et acceptés dans les mouvements ouvrier, antinucléaire et écologique. Les mineurs sont d'accord pour la fermeture de puits seulement lorsqu'il n'y a plus de charbon, ou lorsque la sécurité est devenue insuffisante. S'ils sont d'accord pour que certains puits travaillent à perte, ils expliquent que l'industrie du charbon dans son ensemble peut être viable grâce à des investissements adéquats, et ajoutent que les subventions d'Etat devraient soutenir ce secteur au même niveau que dans le reste de la CEE (voir tableau

SUBVENTIONS A LA PRODUCTION

ACTUELLE DE CHARBON (en millions de livres) 1979 1980 1981 1982 France 18,0 15,6 12,5 17,2 Belgique 34,0 28,9 24,9 17,7

14,9 12,6 10,8 8,6 Royaume-Uni 1,5 1,4 3,6 3,2 (*) Une livre vaut actuellement environ 11,60

Arthur Scargill, actuel président du NUM, a été élu il y a trois ans à une écrasante majorité, sur la base d'une plate-forme d'action militante se proposant de défendre l'industrie du charbon. Sa victoire a signifié deux choses : la défaite de l'aile droite, qui dominait le syndicat depuis des décennies, et la montée d'une direction militante, qui s'était développée pendant les années 1970 au Sud-Yorkshire, en Galles du Sud et en Ecosse.

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Cortège du syndicat des mineurs britanniques lors d'une récente manifestation. (DR)

Le début de la lutte contre les fermetures de puits commença avec la victoire spectaculaire des mineurs de Galles du Sud en 1981, qui imposèrent un abandon du programme de démantèlement. Cependant, le gouvernement ne battit pas en retraite, mais décida d'attendre des circonstances plus favorables. En 1983, les mineurs de Galles du Sud appelèrent de nouveau à une action de grève nationale contre les fermetures de puits dans leur région. L'appel fut repris dans diverses régions, mais lors d'un vote à l'échelle nationale, il n'obtint que 39% des voix dans le syndicat, malgré l'organisation de piquets de grève volants envoyés dans tout le pays. Des expériences semblables eurent lieu la même année en Ecosse,

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GATIONAL US MINEWORKEPS)

KENT AREA

ORGANISE,

quand les mineurs du puits Polmaise ne réussirent pas à obtenir un soutien régional à leur lutte contre les licenciements.

Les leçons tirées de cette expérience se reflètent dans la conduite de la lutte actuelle. Les préparatifs pour cette grève ont commencé l'année dernière, avec la décision de refuser les heures supplémentaires destinées à réduire les stocks, et celle de commencer à faire bouger le syndicat au plan national. Cette interdiction syndicale des heures supplémentaires fut totalement respectée. Elle dura pendant les 19 semaines qui précédèrent la grève. Cependant, cela n'empêcha pas des divisions de se développer, quand la région du Sud-Yorkshire demanda un soutien na-

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national des mineurs qui, le premier a nock, le nouveau leader travailliste, a dit tional pour son action contre de nouvelles fermetures de puits.

DIVISIONS PARMI LES MINEURS

Il faut faire porter sur les grands moyens d'information une part importante de la responsabilité des divisions apparues entre les mineurs. Les médias n'ont eu cesse, en effet, Scargill, au niveau national et international, comme un personnage autoritaire refusant de permettre aux membres de son syndicat de se prononcer par un vote sur leur action. Cette campagne de presse a constamment ignoré le fait que la politique du syndicat a toujours été d'offrir un aux régions qui voulaient faire l'aval d'un nationale. Les régions qui ont décidé de faire grève ont voté, à une grande majorité, - 86,3 % par exemple dans le cas du Yorkshire -, d'entrer en lutte.

Scargill a eu raison de ne pas appeler jusqu'à présent à un vote national. Si un tel vote avait eu lieu, la presse et les médias n'auraient pas hésité à dépenser des millions de livres pour tenter d'influencer ce vote. Une telle campagne de propagande aurait trouvé un terrain fertile dans des régions minières, comme celle de Nottingham qui, pour des raisons géologiques, n'est pas menacée par des fermetures immédiates. Cette inégalité de réponse de la part des mineurs est exacerbée par l'héritage légué par la direction droitière qui, en 1977, avait négocié, région par défavorables aux travailleurs. Ces accords, sérieusement le cat, firent obstacle à la pratique d'actions nationales autour de revendications salariales, pratique qui avait marqué la décennie précédente.

L'expérience a prouvé que Scargill avait raison. Au début de la grève, le 12 mars, le nombre de puits en grève contre la fermeture était de 90 sur 176. Le jour suivant, le chiffre avait atteint 133 et, après la première semaine, 142. Un vote partiel, organisé durant cette première dans des régions de tendance modérée, a montré que près d'un tiers des mineurs était opposé à l'action en cours. Mais, malgré cela, la grève tint bon avec, au 27 mars, seulement 38 puits en activité normale. Ce jour-là, des régions comme les Midlands, qui avaient voté contre la grève, se sont jointes à l'action.

l'a noté avec stupéfaction John Lloyd, éditeur du Financial Times de Londres, « les mineurs de la houillère de Celynen-Sud ont voté une fois contre la grève et deux fois pour un vote national et, cependant, ces mêmes hommes ont participé à des piquets dans le Staffordshire et le Leicestershire » (souligné dans l'original).

Il est évident qu'un rôle central a été joué par les piquets. Pour beaucoup de jeunes travailleurs, c'est la première fois qu'ils sont impliqués dans un conflit du sur une large échelle. Ils perpétuent ainsi une tradition du Syndicat introduit le terme de « piquet volant » dans le dictionnaire politique de GrandeBretagne, lors de la fameuse bataille qui a eu lieu au dépôt de coke de Saltley à Birmingham, et qui fut l'événement décisif de la grève des mineurs de 1972.

Les piquets ont certes ouvertement montré leur colère contre ceux qui, passant outre, sont descendus dans la mine, dans

Nottingham, toute la responsabilité des actes de violence qui se sont produits, qui ont tué un mineur, fait des blessés et provoqué des centaines d'arrestations, repose sur l'opération de police, forte de 8 000 hommes, montée par le gouvernement pour écraser

Rien que dans la région minière de Nottingham, plus de 3 000 policiers ont été déployés, pour un coût de 550 000 livres par jour (environ 6,5 millions de francs) dans la plus énorme opération de police jamais vue en Grande-Bretagne. Ces chiffres sont à comparer avec les 1 340 policiers envoyés en 1983 contre la lutte des travailleurs de l'imprimerie de l'Association graphique nationale (NGA), les 1 192 policiers qui ont réprimé la grève des sidérurgistes en 1980 dans le Sud-Yorkshire, et les 800 policiers qui se sont attaqués aux travailleurs du dépôt de coke de Saltley en 1972. L'opération a été coordonnée depuis Londres par un centre créé en 1981 après le soulèvement de la jeunesse noire dans les villes de Grande-Bretagne.

des tâches de la police a été d'intercepter les piquets pour les empêcher de se rendre d'une région à l'autre et « de commettre éventuellement des Ces mesures draconiennes ont été dénoncées par des organisations de défense des droits civils et ont conduit les mineurs du Kent à porter plainte devant la Haute Cour, instance de laquelle ils attendent une aide légale contre cette atteinte à leur liberté de circulation.

LA JUSTICE MENACE LE SYNDICAT

L'action de l'Etat ne se limite pas à celle de la police. Comme au cours de récentes luttes des travailleurs de l'imprimerie, le Syndicat des mineurs du Sud-Yorkshire a été menacé d'amendes d'un montant illimité et de la mise sous séquestre de ses 7 millions de livres (plus de 80 millions de francs) d'avoirs s'il persistait à vouloir organiser des piquets dans d'autres régions minières. L'action en justice n'a pas encore pris effet; mais dès le 19 mars, un millier de mineurs Yorkshire, craignant que des huissiers ne viennent s'emparer des biens du syndicat, ont formé une véritable muraille humaine pour défendre leurs locaux.

Tandis que l'Etat a engagé toutes ses ressources derrière les patrons, la réponse des dirigeants du mouvement ouvrier britannique a vraiment été lamentable. Les parlementaires travaillistes, tout en proclamant leur soutien à la cause des mineurs, ont en pratique rejoint le chœur de ceux qui condamnent les prétendues violences commises par les piquets. Neil Kinau Parlement que « la loi n'empêche pas les gens d'essayer d'influencer d'autres travailleurs. Mais si des gens deviennent violents au cours d'actions menées par des je les condamne. » Lorsque Kinnock condamne les violences policières, cela ne lui demande guère de courage, similaires ont été faites par des dirigeants de l'Alliance social-démocrate/libérale, l'autre principal parti d'opposition à la Chambre des communes. L'attitude vacillante de Kinnock contraste fortement avec celle de Tony Benn, récemment réélu au Parlement par un vote massif lors d'une élection partielle à Chesterfield, dans la région minière du Nord-Derbyshire. Benn a passé beaucoup de temps à rendre visite aux piquets de sa région et d'ailleurs, parlant dans des meetings de soutien aux mineurs et s'associant totalement à la lutte et la direction

La direction du TUC a réussi le remarquable exploit de n'avoir pas encore discuté de la grève dans ses instances dirigeantes deux semaines après qu'elle ait démarré, et cela parce que le TUC a fait un tournant brusque vers la droite, lors de son dernier congrès. Cela n'a pas empêché la base de mettre constamment les dirigeants dans l'embarras, en refusant de les suivre dans leur acceptation passive de la politique gouvernementale, ni empêché près d'un million de travailleurs, lors d'une journée d'action appelée en rechignant par le TUC, de manifester sur leur lieu de travail, d'une façon ou d'une autre, pour protester contre les mesures anti-syndicales prises par le gouverne-

Mais l'esprit de résistance active ne croît cependant que lentement. Cela est dû à la situation créée par la relance de 3% de la croissance en Grande-Bretagne, ce qui n'est guère considérable par rapport aux normes internationales, mais assez spectaculaire vu les données récentes du pays. En second lieu, la vague grandis sante de critiques qui existe au sein de la direction du TUC visant son aile droite, majoritaire, dirigée par Len Murray, n'a pas été assez forte pour réussir à apporter un soutien suffisant aux actions syndicales des mineurs, rejetées dans l'illégalité par la législation anti-syndicale du gouvernement (voir Inprecor numéro 168 du 5

Cette division se reflète dans les attitudes différenciées vis-à-vis de la grève des

Le Syndicat des transports et des travailleurs non qualifiés (TGWU) a engagé ses 1,6 million d'adhérents dans le soutien à la grève des mineurs. Mais les travailleurs des centrales électriques, où dominent des dirigeants de l'aile droite du Syndicat des électriciens, ont eu pour consigne de continuer normalement le

C'est grâce à la réactivation de l'alliance formée par trois syndicats, ceux du rail, de l'acier et du charbon, qui se sont promis appui mutuel dans le cas où l'un d'entre eux entrerait en lutte, que les mineurs ont obtenu un important soutien. Cette solidarité est un élément clé du conflit. En effet, bien que le patronat

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des charbonnages possédait des réserves importantes de charbon avant que ne débute la grève, en pratique le combustible a commencé à manquer dans de grandes entreprises de la sidérurgie, comme Scunthorpe sur la côte Est, où le travail à mi-temps a été introduit pour économiser les stocks de charbon. Des membres du Syndicat des sidérurgistes de cette entreprise se sont joints aux mineurs pour empêcher l'importation de charbon en provenance de navires battant pavillon espagnol.

Dans les chemins de fer aussi, les travailleurs ont risqué le lock-out en refusant de transporter du charbon. L'action des cheminots a été décisive pour l'efficacité de la lutte des mineurs. Le syndicat des marins a également apporté son soutien à cette grève. 70 transports de charbon par mer destinés à briser la grève ont dû retourner à Zeebrugge en Belgique, et à Calais en France. Des actions semblables ont eu lieu à Douvres, principal port anglais sur la Manche. Dans quelques régions, l'approvisionnement domestique a été interrompu, sauf pour les vieux, les malades et les hôpitaux.

La presse a tenté de lancer une opération « les épouses contre la grève », ou d'autres mouvements de ce genre dans les communautés de mineurs. Mais ces mouvements n'ont eu qu'une existence éphémère. Par contre, des organisations comme les « Femmes de mineurs du Yorkshire » se sont durablement constituées et ont ouvert, dans la région du Sud-Yorkshire, quatre centres de conseils destinés à aider les familles des grévistes à résoudre leurs problèmes financiers.

La conjonction entre le Parti travailliste et les mineurs va pouvoir s'affirmer, suite à la décision prise par ces derniers de se joindre aux actions organisées par le parti le 29 mars - proclamé « Jour de la démocratie » —, pour protester contre les projets de Thatcher de supprimer des conseils municipaux dans les arrondissements des grandes villes.

Cependant, malgré cette montée de la solidarité, la seule façon de remporter la victoire grâce à la grève réside dans la volonté des directions syndicales d'utiliser toutes leurs forces pour soutenir les mineurs.

Socialist Action, journal socialiste révolutionnaire publié à Londres, exprimait les revendications de la majorité des milorsqu'il écrivait, le 23 mars: « Maintenant, il est temps que les dirigeants syndicaux agissent. En coordination avec les piquets de mineurs dans les centrales thermiques, dans les dépôts de charbon et de coke, il faut que les chemins de fer et les autres syndicats assurent que du charbon ne soit pas transporté. Cela signifie que le charbon extrait des puits sera tout simplement stocké.

« Les dirigeants de gauche du syndicat doivent expliquer clairement que si le gouvernement essaie d'utiliser l'arme du transfert de charbon (à l'intention de secteurs industriels non grévistes, derrière le dos des travailleurs en grève, ndlr.), ils appelleront alors à une grève générale. La grève des mineurs peut et doit gagner.

Mais sa victoire implique que les autres syndicats rejoignent le NUM dans son défi ouvert au gouvernement et à ses lois.

« L'alliance des trois syndicats - charbon, rail, sidérurgie — et le TUC doivent organiser le blocus de tout mouvement de charbon.

« - Soutien inconditionnel aux piquets de masse devant les puits et les centrales thermiques ! Refus de reconnaître les lois antisyndicales !

« - Soutien concret des structures du Parti travailliste aux mineurs et aux piquets !

« - Proclamation d'un jour de solidarité avec le NUM! »

Il est évident qu'avec ce genre d'actions, la grève pourrait vaincre rapidement, ce qui aura pour conséquence l'affaiblissement du gouvernement Thatcher, voire même son renversement. Les dirigeants du Parti travailliste et du TUC sont plus effrayés par une telle perspective que par celle d'une victoire du pouvoir conservateur sur les mineurs. Ceux-ci n'ont cependant pas le choix. S'ils avaient refusé de lutter, leur syndicat aurait été démembré et la voie aurait été ouverte au licenciement de la moitié des effectifs du secteur dans les dix prochaines années. La classe ouvrière britannique aurait perdu son bataillon d'avant-garde.

Quatrième

Internationale

SOMMAIRE

EDITORIAL : Les voies de la riposte à l'offensive capitaliste. Ernest Mandel - Pays semi-coloniaux et pays dominés semi-industrialisés Winfried Wolf - Le problème de l'unité allemande aujourd'hui. M. Navid - La crise politique de l'Etat indien Michel Lequenne - Sur la nature des Etats bureaucratiques Liste des sommaires des 12 premiers numéros

C'est justement parce que les enjeux sont si élevés que des actions de solidarité à l'échelon international sont nécessaires. Les mineurs britanniques ont une longue tradition de solidarité avec les travailleurs en lutte dans d'autres pays. Les militants ouvriers du monde entier peuvent les aider en surveillant les mouvements de tout le charbon susceptible d'être utilisé pour briser la grève. Une action coordonnée peut être entreprise avec les travailleurs britanniques des transports et les mineurs pour stopper toute exportation charbon vers la Grande-Bretagne. Des messages de soutien et des contributions financières peuvent également être envoyés aux grévistes (1).

Si la grève des mineurs peut signifier le début d'une remontée sérieuse de la résistance au gouvernement conservateur et constituer un élément propre à susciter de réels progrès politiques, une défaite aurait, au contraire, de graves effets négatifs. La classe ouvrière, ainsi que tous les travailleurs qui combattent l'austérité dans leurs propres pays, ont le plus grand intérêt à ce que cette défaite n'ait pas lieu.

Steve ROBERTS 29 mars 1984. 1. National Union of Mineworkers, James House, Vicar Lane, Sheffield, GrandeBretagne. Tél. : 700 388.

In° 13 1 avril 1984 11 33 47 73 105

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