DOSSIER IMMIGRES l'heure où dans tous les pays d'Europe les immigrés serA vent de boucs émissaires dans la crise économique, le
-droit à l'expression leur sera refusée lors des élections de juin au Parlement européen. Nul doute pourtant que cette consultation électorale sera l'occasion, pour tous les partis européens de droite et d'extrême droite, de poursuivre leurs campagnes racistes et xénophobes. Nul doute aussi que pour les candidats des partis réformistes, le silence sur cette question sera la règle la plus répandue.
Et pourtant, ils sont aujourd'hui plus de 13 millions d'immigrés à travailler et à vivre dans les pays de la Communauté économique européenne (CEE), 13 millions de personnes sans qui la période d'expansion capitaliste des années 1960 n'aurait pas vu le jour, 13 millions qui servent aujourd'hui d'exutoire aux campagnes réactionnaires et font les premiers les frais des processus de restructuration industrielle.
Globalement, face aux travailleurs immigrés, la politique est la même dans tous les pays : leur faire porter la responsabilité de la crise, multiplier les lois répressives à leur encontre, faciliter les procédures d'expulsion, licencier d'abord les immigrés et remettre en question leur droit au séjour justement en raison de leur licenciement, etc. Pourtant, la plupart des tra-
13 millions de déracinés en Europe vailleurs immigrés vivent en moyenne depuis plus de dix ans dans les pays d'Europe. Et la population immigrée est aussi une population laborieuse. Ainsi, en 1980 en France, 38 % de la population immigrée était composée de travailleurs, tandis que ce chiffre était de 48 % en RFA et de 58 % en Suisse. La question de leur insertion sociale, celle de l'égalité des droits sociaux et politiques et notamment du droit de vote, la question de la garantie du droit au séjour permanent, se posent donc objectivement pour cette partie de la classe ouvrière d'Europe et pour leurs familles.
L'immigration a été une politique consciente du patronat dans les années 1960. L'économie européenne avait besoin de travailleurs nouveaux, mobiles, acceptant les conditions de travail à la chaîne, déqualifiées et sous-payées. Cette main-d'œuvre, qu'on a fait venir massivement pour les besoins des profits patronaux, les gouvernements bourgeois et le patronat voudraient aujourd'hui, après tant d'années d'exploitation, pouvoir à la fois la renvoyer dans son pays et la désigner globalement comme responsable du chômage et de l'insécurité, de manière à mieux diviser le front ouvrier qui pourrait remettre en cause leurs politiques d'austérité. Les exemples ne manquent pas qui prouvent le caractère volontairement mensonger de ces campagnes. En RFA, des milliers d'immigrés ont été expulsés, l'immigration a été arrêtée en 1974, mais le chômage s'est malgré tout multiplié par 5,7 depuis lors ...
Au-delà de ces faux prétextes racistes destinés à obtenir l'assentiment de la partie autochtone de la classe ouvrière européenne, l'objectif demeure toujours le même : diviser la classe ouvrière des pays européens entre nationaux et immigrés, les dresser les uns contre les autres, leur faire oublier qu'ils se heurtent de fait au même patronat. Pour ce qui les concerne, les partis réformistes ont allègrement endossé, parfois même, comme en France au niveau gouvernemental, cette argumentation et cette politique raciste et de division.
La campagne pour les élections européennes doit donc être l'occasion de donner la parole aux travailleurs immigrés, de reprendre la lutte contre le racisme et pour l'égalité des droits. C'est dans ce cadre d'ailleurs qu'à l'initiative de la FASTI (Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés, France), une action regroupant des associations immigrées et antiracistes de tous les pays de la CEE s'est engagée depuis le mois de février dernier. Un appel commun a été lancé par ces organisations le 4 février, pour dénoncer les conditions faites aux immigrés et proposer la définition d'une plate-forme de mobilisation autour des axes suivants : « L'égalité des droits des immigrés et des nationaux ; la lutte contre le racisme; le refus que la crise soit utilisée comme prétexte pour rejeter les présentes revendications. » A l'issue d'une rencontre ayant eu lieu fin mars à Amsterdan, un manifeste devait être rendu public dans tous les pays, permettant d'interpeller tous les candidats aux élections européennes à propos de leurs orientations concernant l'immigration. Une affiche commune à tous ces mouvements, traduite dans toutes les langues, servira de support à cette campagne, qui devrait s'achever par un grand rassemblement européen pour les droits des immigrés, en juin, à Strasbourg.