TOUS reproduisons ci-dessous un article paru dans Was Tun, organe du Gruppe
Internationale Marxisten (GIM), section allemande de la IVe Internationale, du 9 février 1984, qui fait le point sur la vague de répression qui a frappé le mouveaurait pu abandonner d'autres projets en cours, qui n'ont pas nécessité un investissement aussi important que Lemoniz. La rationalité économique capitaliste elle-même, comprise comme nécessité de récupérer cet investissement gigantesque, exigeait l'ouverture de cette centrale. La fermeture de Lemoniz va donc à l'encontre de toute la logique économique capitaliste et pro-nucléaire. C'est donc bien d'une victoire politique du peuple basque dont il s'agit.
Une autre question s'impose : au sein de cette lutte antinucléaire, quelle place les actions armées ont-elles occupé? Il s'agit-là sans aucun doute d'un sujet de débat intéressant pour l'avenir. Il ne fait pas le moindre doute que l'action de l'ETA y a pris une place fondamentale, non pas une quelconque action armée, mais bien celle de l'ETA, soutenue par une partie importante de la population, dans le cadre d'une prise de conscience antinucléaire grandissante et d'une mobilisation constante. Il ne faut donc pas non plus tomber dans des simplifications abusives. L'ETA a apporté son héroïsme et ses martyrs, dont l'action restera pour longtemps gravée dans les mémoires, même si les coûts on ont été élevés et les victimes inutiles. L'action de l'ETA est parvenue à coincer le dos au mur la société Iberduero et le gouvernement, mais elle a fait de même avec le mouvement populaire. Il est donc impossible de répondre de manière catégorique en termes totalement positifs ou totalement négatifs à la question de savoir quel a été l'apport concret des actions de l'ETA dans la lutte contre la centrale de Lemoniz. Une seule chose est certaine : cet apport a été important.
Durant toutes ces années, le mouvement antinucléaire a été traversé par des discussions constantes, dans lesquelles les militants de la LKI ont eu une participation active et passionnante. Ces dé bats touchaient les questions du rôle des actions armées, de l'intérêt de défendre le mot d'ordre de référendum, de l'autori sation institutionnelle, de l'opportunité de certains appels à la mobilisation, l'attitude face aux autres forces politiques telles que le PSOE, des mots d'ordre de démolition (« Apartu ») ou de paralysie (« Gelditu ») de la centrale ...
Maintenant, après le gel des travaux, certaines polémiques du passé sont vues sous un autre angle, et certaines affirmafaites sur le moment doivent être révisées, et ce, même si, globalement, nous pensons toujours que la conclusion de cette lutte donne raison à la façon dont le Comité de travailleurs du chantier posait le problème après le second attentat contre la centrale ayant entraîné mort d'homme, et qui a guidé notre démarche, orientation que l'on peut résumer par la formule suivante : « Le seul et unique moyen de résoudre le problème de Lemoniz, c'est que la majorité de la population puisse s'en saisir sous toutes les formes que cela suppose..»
A. ETORRE, « COMBATE », 12 avril 1984.
RDA
Le mouvement pacifiste
indépendant après le
en RFA
ment pacifiste indépendant de République démocratique allemande (RDA).
Le 24 janvier 1984, deux animatrices du mouvement « Femmes pour la paix » de Berlin-Est, Ulrike Poppe et Bärbel Bohley, ont été relâchées après six semaines de détention préventive (1). Elles avaient été arrêtées le 12 décembre, à la suite d'une rencontre avec une représentante du mouvement pacifiste de GrandeBretagne. L'ampleur des protestations internationales n'est pas la moindre des raisons de leur remise en liberté. Mais ce succès ne doit pas faire oublier que cette arrestation ne constituait en quelque sorte que le sommet de l'iceberg de la répression bureaucratique. Après le déploiement des missiles de l'OTAN en République fédérale d'Allemagne (RFA), la ré pression à l'encontre des pacifistes de RDA s'est considérablement accrue. Cette politique de pressions bureaucratiques sur le mouvement pacifiste se situe à trois nipas ont de tin se sec
D'abord, peu avant que le Bundestag (Parlement de RFA) ne se prononce définitivement sur l'implantation des fusées Pershing, commençait en RDA une série d'interrogatoires, de perquisitions et d'arrestations frappant des militants du mouvement pacifiste, qui n'a pas cessé depuis lors. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, une dizaine de mandats d'arrêt à l'encontre de participants à une initiative récente de protestation - une minute de silence publique - ont été délivrés à Potsdam. Deux personnes sont toujours en prison. Par ailleurs, un homme et une femme qui ont diffusé un tract appelant à des manifestations silencieuses à l'église ou sur les lieux de travail se trouvent également emprisonnées. Des jeunes, soupçonnés d'avoir écrit sur des murs l'inscription « SS-20, non merci ! » ont aussi été écroués. Encore une fois, ce ne sont là que des exemples (voir l'encart ci-dessous concernant d'autres cas de répression.)
Ensuite, après le débat au Bundestag, les contacts des pacifistes indépendants de RDA avec le mouvement antiguerre occidental ont été empêchés ou criminalisés. Plus de cent militants du mouvement pacifiste ou du courant des Verts d'Allemagne occidentale se sont vus interdire l'entrée en RDA. Les rencontres entre militants pacifistes de l'Est et de l'Ouest, qui autrefois n'avaient rien d'exceptionnel, constituent aujourd'hui un délit en RDA, tombant sous le coup de l'article 99 de la Constitution comme « transmission d'informations mettant en danger la sécurité de l'Etat ». C'est l'argumentation utilisée dans le cas de l'arrestation de Poppe et de Bohley. Le gouvernement de RDA a ainsi clairement montré que la tolérance dont il avait fait preuve auparavant l'égard de ces rencontres ne devait pas interprétée comme une libéralisation de sa politique, mais comme une concession tactique et passagère.
Enfin, la pression sur le mouvement pacifiste indépendant s'accompagne d'une accentuation de la propagande militariste, qui a atteint un nouveau sommet en janvier 1984. Ainsi, le journal de Magdebourg, Die Volksstimme (la Voix du peuple), incitait les écoliers à « apporter leur propre contribution au maintien de la paix » en s'engageant à « bien apprendre et bien travailler, à se préparer à des fonctions militaires, à être prêts à s'engager là où l'on aura besoin d'eux ». L'organisation des enfants Jeunes Pionniers invite ses responsables à donner une importance encore accrue aux questions politiques et militaires, et à impulser « la politisation de l'ensemble de l'activité des Pionniers ».
LES « MENEURS » DANS LE COLLIMATEUR DE LA POLICE POLITIQUE Le pouvoir, pour venir à bout des mobilisations pacifistes, utilise la tactique bien connue de la répression des « meneurs ». Dans ce sens, le cas d'Ulrike Boppe et de Barbel Bohley peut apparaitre comme l'illustration des procédés employés par la police politique (STASI). Que ces deux femmes aient un rôle prépondérant et moteur dans le mouvement de la paix les rend conformes à l'image que le ministère de la Sécurité d'Etat se fait des « meneurs ». Barbel Bohley était l'une des 300 femmes qui ont envoyé au Conseil d'Etat une lettre-pétition dénonçant la nouvelle loi sur le service militaire, qui prévoit l'enrôlement des femmes « en cas de mobilisation ou d'état d'urgence ». Elle fut aussi interpellée, en même temps que d'autres citoyens de la RDA qui, avec des députés des Verts ouest-allemands, ont voulu remettre une pétition aux ambassades des Etats-Unis et d'Union so-
1. Cf. Inprecor numéro 164 du 9 janvier 1984 et numéro 166 du 6 février 1984.
viétique de RDA. Les deux femmes prirent part, dans une église de Berlin-Est, devant un public de 400 personnes, à la d'un texte expliquant qu'elles adopteraient une attitude d'insoumission en cas d'enrôlement. Elles étaient encore présentes quand, au moment où se déroulait en RFA une semaine d'action du des femmes en noir déposèrent au bureau de poste de des lettres proclamant leur refus de tout service militaire.
Mais leur activité ne s'est pas bornée à la RDA. Elles ont pris l'initiative, avec d'autres femmes, d'envoyer à chaque député du Bundestag ouest-allemand une photo d'enfant portant l'inscription « Votez "non"! » lors du débat sur l'installation des missiles de l'OTAN. Ulrike Poppe représentait déjà une gêne pour le régime, depuis qu'elle avait fondé, il y a quatre ans, une crèche sauvage à Berlin-Est. Il avait semblé alors que l'Etat allait tolérer cette atteinte à son monopole sur l'éducation, mais le local fut subitement fermé dans la nuit qui suivit l'arrestation d'Ulrike Poppe. Ces quelques exemples des initiatives de ces deux femassez qu'elles représentaient pour le gouvernement est-allemand le type même des « fauteurs de troubles » permanents, caractéristiques qu'elles partagent d'ailleurs avec la plupart de ceux qui ont été incarcérés ces derniers temps.
Le gouvernement espère que les coups portés à des personnes particulièrement actives et engagées dans le mouvement pacifiste pourront lui faire perdre son impact. Mais cela n'est pas suffisant, comme le montre l'exemple de la répression à léna. Certes, en expulsant vers la RFA ou en emprisonnant des éléments du
Nom, âge Ville de Weimar :
Ulrich Jadtje, 20 ans
Holm Kirsten, 19 ans
Grit Ferber, 19 ans idem.
Thomas Onissenheit, 19 ans idem.
Jorn Luther, 20 ans
Anders Tillmann, 19 ans
Alexander Kobylinski, 20 ans
Jan-Georg Fischer, 21 ans idem.
Otto Volker, 20 ans idem.
Wolfram Hasch, 21 ans idem.
Ville de Leipzig :
Patrice Castillo, 21 ans
Bernd Stracke, 20 ans
Bettina Muzenberg, 20 ans
Olaf Schubert, 22 ans idem.
Sven Thomas Wetzig, 20 ans idem.
Ville de Potsdam : Roland Radow, 28 ans Tobias Philipp, 23 ans idem. Vera Arnold de Alexander Arnold Idem.
« noyau dur » de la contestation pacifiste, il a pu endiguer le mouvement de façon significative, mais le calme n'est pas totalement revenu pour autant. Car ce n'est pas l'existence de « meneurs » qui force du mouvement pacifiste est-allemand. Il n'est pas le fait de la seule initiative d'une poignée d'individus, mais l'expression d'une réaction politique et sociale plus profonde, dans la jeunesse surtout. Et aujourd'hui, ce n'est plus une seule ville qui joue le rôle de phare dans ces protestations, mais c'est groupes et d'initiatives qui une politique d'arrestations massives permettrait la destruction de ce réseau, mais le prix à payer serait alors trop élevé pour le gouvernement de RDA. l'aveu qu'on est loin de l'unité de la jeunesse et du pouvoir, contrairement à ce qu'affirme la propagande officielle. L'équipe dirigeante de la RDA, sous la direction d'Erich Honecker, doit aussi affronter une difficulté supplémentaire dont elle fait chaque jour l'expérience : c'est l'hostilité au déploiement de nouveaux missiles soviétiques SS 20 dans de larges sphères de la population. Non seulement Honecker a dû reconnaître que les SS 20 ne pouvaient soulever l'enthousiasme en RDA mais, qui plus est, une pétition saluant leur installation dans le pays, mise en circulation dans les entreprises, a dû être promptement retirée, car trop peu de travailleurs acceptaient de la signer. De plus, le gouvernement est-allemand a inté rêt à ne pas voir se détériorer davantage ses relations avec l'Ouest, en particulier avec la RFA. Ce n'est pas pour rien qu'Honecker continue à parler de la nécessité d'un pacte de sécurité collective entre REPRESSION : QUELQUES NOMS Date et motif de l'arrestation 10.10.83, houliganisme (art. 215). bombages « SS 20, non merci ! ». arrêté le 23.11.83 ; en liberté provisoire depuis janvier 1984. poursuites en cours (art. 215). 25.1.84 ; depuis longtemps militant actif, pas d'autre motif connu. interpellés lors d'actions à l'occasion du Festival cinématographique de Leipzig ; art. 214 : « Résistance aux forces de l'ordre. » manifestation silencieuse sur la Place des Nations à Potsdam. idem et « incitation à la grève », car elle a proposé une minute de silence sur son lieu travail. « Tentative de contacter des médias occidentaux ».
l'Ouest et l'Est et de « limiter les dégâts » (2).
Un écrasement complet du mouvement pacifiste indépendant de RDA ne pourrait qu'offrir des prétextes au gouvernement réactionnaire de Bonn pour renforcer encore la pression politique et économique sur la RDA. C'est pourquoi le régime est-allemand va sans doute encore concentrer ses attaques sur la partie du mouvement pacifiste indépendant qui est aujourd'hui active en dehors de l'Eglise et qui a le plus d'influence dans la société. La tactique de la bureaucratie ne repose pas seulement sur la répression policière, mais vise aussi à repousser le mouvement protestataire dans le cadre d'une intervention en liaison avec l'Eglise, ce qui permettrait ainsi d'en canaliser la dynamique. La hiérarchie de l'Eglise évangélique (protestante) a en effet toujours, par le passé, su reconnaître le moment où il convenait d'éviter la confrontation avec l'Etat et de pratiquer l'auto-censure.
Le mouvement pacifiste de RDA se trouve aujourd'hui à un point critique de son développement. Soit il réussira à contrer la politique répressive de l'Etat, grâce à la mobilisation de l'opinion publique et à la solidarité en RDA et dans le mouvement pacifiste de l'Ouest, soit il courra le risque d'un retour au stade de cercles clandestins qui ne pourront se dégager du cadre officiel de la politique pacifiste de l'Eglise. Le mouvement antiguerre ouest-allemand a une responsabilité importante quant au développement du mouvement pacifiste indépendant en RDA.
Les « Femmes pour la paix » ont, quant à elles, clairement reconnu l'interdépendance entre la politique à l'Ouest et la répression intérieure à l'Est, en déclarant notamment : « Depuis que le Bundestag a voté l'installation des missiles, il est sans cesse question, en RDA, d'arrestations, sous des prétextes qui, il y a un an, n'auraient mené personne en prison. (...) Et cependant, les politiciens conservateurs de RFA soutiennent que la décision de déployer les missiles n'a pas changé la situation politique. Nous soutenons, quant à nous, qu'une dégradation significative du climat politique a commencé dans notre pays. Nous exigeons du gouvernement fédéral de RFA qu'il stoppe le déploiement de nouveaux missiles américains. Sinon, il devra répondre de la part de responsabilité qu'il porte dans l'arrestation d'Ulrike Poppe et de Bärbel Bohley. »
Une position similaire du mouvement pour la paix, à l'Ouest, sur la répression et la militarisation en RDA, est une nécessité urgente.
Laura SALMANN, Was Tun, 9 février 1984. 2. D'après le Monde du 27-28 novembre 1983, la formule « limiter les dégâts » résumait bien l'intervention d'Erich Honecker devant le comité central du Parti socialiste unifié (SED) de RDA réuni alors en session plénière à Berlin-Est pour répondre au vote du Bundestag sur les euromissiles. Honecker avait précisé que la RDA examinerait « avec soin toute proposition raisonnable venant de RFA en vue de mettre sur la voie normale, à partir des traités en vigueur, les relations entre les deux Etats allemands ».