Ddopus Total dit de controntation at tende and auro en mai 1951 File E nouvelles contradictions affectent les centrales syndicales ouvrières françaises, sont le produit de leur confrontation directe aux grands problèmes sociaux posés par la politique d'austérité gouvernementale et l'offensive patronale. Les licenciements massifs dans les secteurs de la construction navale, de la sidérurgie, de l'automobile, des mines de charbon, c'est-à-dire dans les bastions traditionnels du syndicalisme français, obligent le mouvement syndical à une réponse précise par rapport à cette politique de suppression d'emplois. Les attaques conjuguées du gouvernement et des patrons contre les mécanismes d'indexation des salaires sur les prix appellent également une réponse syndicale claire concernant la défense du pouvoir d'achat de tous les travailleurs.
Défendre le prix et l'emploi de la force de travail, n'est-ce pas là la vocation première du syndicalisme ? Les trois centrales syndicales ouvrières françaises -- la Confédération générale du travail (CGT) d'Henri Krasucki, dirigée par le Parti communiste français
(PCF), la Confédération française démocratique du travail (CFDT) d'Edmond Maire, issue en 1964 d'un processus de déconfessionnalisation de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), et Force ouvrière (FO) d'André Bergeron, produit en
1947 d'une scission droitière de la CGT - ne remplissent pourtant même pas cette
Cela prend un relief d'autant plus dramatique que la crise économique s'accroît.
La bataille pour la défense des salaires et de l'emploi passe donc par une opposition à la politique d'austérité d'un gouvernement essentiellement composé du Parti socialiste
(PS) et du Parti communiste (PCF). Or, chacunes à leur manière, aussi bien la CGT, la
CFDT que FO, ne veulent pas heurter de front ce gouvernement. D'où une perte de crédibilité du syndicalisme en général, d'autant plus inéluctable que celui-ci déserte le terrain de la défense des revendications immédiates des travailleurs et apparaît aux yeux de la masse d'entre eux comme lié au gouvernement, dépendant de sa politique, ou prêt à s'y rallier au détriment même de son propre programme revendicatif tradi-
La division qui affecte les centrales CGT et CFDT depuis 1977 - date de la rupture de l'union du PS et du PCF fondée sur le « Programme commun de la gauche » à laquelle était alors associé le groupuscule bourgeois du Mouvement des radicaux de gauche (MRG) -, s'est depuis lors maintenue, développée et incrustée dans les entreprises. Cette division syndicale ne repose pas sur un débat et une pratique séparant une orientation réformiste d'une orientation anticapitaliste. CGT, CFDT et FO ne s'opposent que pour mieux tourner le dos à la voie de la défense des intérêts ouvriers et de la
Les syndicats confrontés
à la politique d'austérité du
rupture avec le capitalisme.
L'ensemble des facteurs de la crise du mouvement syndical était plus ou moins clairement perçu par un nombre croissant de travailleurs, au moment où se produisit une véritable fracture dans la situation. 1983 a en effet été l'année où, pour la première fois depuis l'après-guerre, le pouvoir d'achat global des salariés a commencé à baisser. 1983 a été l'année de choix gouvernementaux draconiens en matière de fermeture d'entreprises, appliqués avec constance l'année Pourtant, le syndicalisme ouvrier ne fut pas au rendez-vous de la nécessaire riposte à cette politique anti-ouvrière.
Depuis lors, les courants d'opposition syndicale qui s'étaient développés à l'intérieur des centrales ouvrières se sont retrouvés confrontés à des échéances fonda-
Une responsabilité repose dorénavant sur leurs frêles épaules. Ces oppositions doivent en effet à la fois être capables d'impulser à la base la
FRANCE gouvernement Mitterrand pratique d'un syndicalisme de combat et de masse intransigeant sur la défense des revendications ouvrières, se comporter en direction alternative concrète dans les luttes, s'opposer aux orientations bureaucratiques des appareils confédéraux, et réponses anticapitalistes pour tous les syndiqués avec les orientations réformistes.
LES LUTTES OUVRIERES ET LES
CLIVAGES DANS LES SYNDICATS
La grève des OS (ouvriers spécialisés, qualification, essentiellement des immigrés) de l'usine automobile Talbotappartenant au groupe Peugeot, contre les 3 000 licenciements réclamés par la direction de l'entreprise, qui s'est
Men décembre 1983 et janvier 1984, a été un révélateur pour l'ensemble du mouvement syndical. Cette lutte est en effet apparue comme la premiere grève d'importance nationale contre les restructurations industrielles et les suppressions 1984 d'emplois qui les accompagnent. Le soutien à cette lutte a déterminé une ligne de partage dans les syndicats autour du problème simple qu'il posait : fallait-il oui ou non s'opposer aux licenciements frappant ces travailleurs ?
La CGT, majoritaire depuis peu dans cette usine de 17 000 travailleurs, lança le conflit pour obtenir une solution négociée (1). Pour mettre un terme à la mobilisation, elle approuva un accord entre le patronat et le gouvernement, contresigné par les ministres communistes, qui accordait à la direction de l'entreprise l'autorisation de procéder à 1 905 licenciements sur les 3 000 initialement réclamés. Au nom d'une mission chauvine (sauver la marque française Talbot), et de la prétendue défense de l'intérêt général (accepter 1 905 licenciements pour sauver les 15 000 emplois restants), la CGT se retourna contre le mouvement de grève, jugeant qu'elle avait les moyens de faire reprendre le travail sur la base de cet accord. Cependant, du fait de la combativité de centaines d'immigrés OS en grève, que la direction de la CGT ne maîtrisait pas, c'est la conduite du mouvement de lutte qui lui échappa dès ce moment.
Dans toute la CGT apparut alors pour la première fois le sentiment, qu'au nom du soutien à la politique gouvernementale, la confédération ne pas des travailleurs en grève. Parmi les syndiqués de base, mais aussi chez les cadres syndicaux, notamment ceux membres du PCF, l'émotion fut grande. Tous les soirs, pendant une semaine, la télévision montrera les dirigeants de la CGT conspués par des assemblées massives des travailleurs de Talbot, qui refusaient la reprise du travail. La direction confédérale de la CGT n'hésita pas à mêler sa voix à celles des membres du gouvernement pour dénoncer le mouvement gréviste jugé irresponsable et jusqu'auboutiste. Même si la direction de la CGT protesta mollement, contre l'intervention des policiers face aux grévistes la veille du jour de l'an, elle organisa l'isolement du conflit, ne distribua pas un seul tract de solidarité, et n'entreprit aucune collecte de fonds en soutien aux grévistes.
Le lâchage des grévistes par la CGT, revendiqué publiquement à la télévision devant des millions de téléspectateurs, a donné la possibilité au syndicat patronal dénommé Confédération des syndicats libres (CSL), qui était hégémonique dans l'usine jusqu'en 1982, d'organiser la répression de l'action de grève. Le 3 janvier, 1500 hommes armés de crocs de boucher, de frondes à billes d'acier, d'armes à feu, attaquent le bâtiment B3 de l'usine, haut-lieu de la grève. Plusieurs grévistes sont blessés, un OS a l'œil crevé. Si les grévistes parviennent à repousser ce jour-là les fascistes de l'usine qui les
1. L'année 1982 a vu une vague de mobilisations parmi les travailleurs de l'automobile, principalement immigrés, contre les syndicats patronaux et pour la dignité. Cest par son rôle dans cette lutte que la CGT s'est implantée à Talbot-Poissy. Pour une analyse de cette grève, se reporter à Inprecor numéro 169 du 19 mars
attaquent, auxquels se sont joints des éléments appartenant notamment Parti des forces nouvelles (PFN), d'extrême-droite, ils ne le doivent pas à la CGT. Présente par quelques-uns de dirigeants parisiens dans l'usine à moment, la CGT ne prendra en charge ni la riposte physique aux agresseurs, ni la solidarité effective d'autres entreprises. Dans les jours qui suivirent la CGT tenta de faire distribuer à ses militants, niveau national, un tract tiré à 7 millions d'exemplaires, qui dénonçait pêle-mêle comme responsables des affrontements de Talbot les « gauchistes infiltrés » de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section française de la IVe Internationale, la CFDT et la CSL. La plupart de ces tracts demeurèrent cependant en tas dans les locaux syndicaux, les syndiqués n'étant guère motivés pour les distribuer.
C'est à la suite de cette attitude de la direction de la CGT dans la grève des OS de Talbot-Poissy qu'un appel de syndicalistes de cette confédération était rendu public, à l'initiative de syndiqués de la section CGT de l'usine Renault-Sandouville, près du Havre. Ceux-ci se prononçaient pour la solidarité avec les grévistes de Talbot, en faveur de leur revendication pour que la direction syndicale confédérale organise une riposte nationale pour la défense de l'emploi à la hauteur de l'attaque patronale, et ce dans l'unité syndicale et ouvrière. Cet appel connut un début d'extension rapide, dans les entreprises de l'automobile et de la métallurgie (Chaus-
Gennevilliers, Renault-Cléon) dans la CGT en général. Sur la base du soutien au mot d'ordre de « Zéro licencieau sein de la CGT, nouvelle opposition syndicale, aux du PCF dans les entreprises, les militants CGT combatifs, même si la plupart d'entre eux n'étaient pas prêts à une démarche publique et spectaculaire l'orientation de leur direction nationale.
C'est tout bonnement un changement d'orientation rapide de la direction de la CGT qui stoppa le développement de ce mouvement oppositionnel naissant. La direction confédérale analysa la lutte de Talbot comme le révélateur de l'existence d'une possibilité de débordement de ses directives à l'échelon national. En effet, le mouvement qui lui avait échappé dans cette entreprise cristallisait en quelque sorte toutes les forces vives du moment, y compris les organisations antiracistes des jeunes immigrés de la seconde génération, c'est-à-dire ceux nés en France de parents immigrés.
Une fois cassé le mouvement gréviste de Talbot, la CGT changea de langage, critiquant sévèrement le gouvernement. Elle mit alors au point un calendrier de journées d'action syndicales, afin de prévenir tout risque de débordement par des mouvements de grève sectoriels qu'elle ne pourrait pas maîtriser. Il s'agissait, pour la CGT, de ne plus courir le risque de se laisser déborder par une base militante, comme elle le fut à Talbot, tout en épongeant, par des actions de protestation symboliques à portée bien mesurée, le mécontentement des travailleurs à l'égard de la politique d'austérité gouvernementale. Tirant les leçons de la grève de Talbot la CGT organisa la montée sur Paris lors de manifestations de protestation successives de grévistes licenciés des secteurs des chantiers navals, des mines de charbon, de la sidérurgie lorraine, offrant ainsi un exud'un discours comportant de dures critiques à l'égard de la politique d'austérité.
Mais, à mesure que ces conflits s'aiguisent et se durcissent, apparaissent désormais des directions syndicales locales de la CGT qui, toutes entières, comme aux chantiers navals de la Seyne près de Toulon, à Péchiney-Gardannes, à UgineAciers de Fos-sur-Mer, dans la sidérurgie lorraine, veulent mener jusqu'au bout le conscientes qu'elles sont d'avoir le dos au mur face aux projets gouvernementaux et
Alors que dans la CGT l'opposition syndicale était apparue il y a quelques années sous la forme d'un mouvement d'opinion contre la division des partis de gauche, pour chasser le président Giscard d'Estaing lors des élections de 1981, alors qu'elle connut un moment de gloire par la solidarité active et de masse qu'elle pratiqua avec Solidarnose et la classe ouvrière polonaise, notamment lors du coup de force de Jaruzelski en décembre 1981, les courants oppositionnels actuels à l'orientation confédérale ont une origine diffé-
Ils proviennent cette fois-ci du cœur des luttes ouvrières et sont centrés sur les tâches fondamentales d'un syndicalisme de lutte des classes. Ces militants favorables à un syndicalisme de combat ne disposent pas encore d'une structura tion au niveau national mais, du sud Grève des OS de chez Talbot-Poissy. (DR)
méditerranéen à l'est lorrain, ils se connaissent. Dans les luttes centrales à venir, ce courant syndical connaîtra un essor inéluctable.
Dans la CFDT également, la grève de Talbot a eu des conséquences importantes. C'est en effet la petite section CFDT de l'usine Talbot, aux militants dévoués mais à l'implantation de masse réduite, qui releva le défi de la lutte. Quand, le 17 décembre 1983, la CGT ralliait le camp du gouvernement en acceptant les propositions de licenciement, c'est la section CFDT de l'entreprise qui prit la direction du mouvement de grève. La direction nationale de la CFDT couvrit l'action de sa section sans véritablement se donner les moyens de la soutenir. Elle n'organisa pas la solidarité avec cette lutte, tout en approuvant l'engagement de sa structure de base, pour des raisons tactiques face à la CGT. C'est la section CFDT de Talbot qui organisa l'occupation de l'usine, la riposte aux actions des nervis de la CSL, et qui tint à bout de bras la greve sur le mot d'ordre « Zéro licenciement ». L'opposition nationale constituée dans la CFDT depuis maintenant plusieurs nées, notamment autour de batailles d'orientation lors de congrès syndicaux - et qui réunit aujourd'hui quelque 200 structures syndicales (syndicats professionnels départementaux nationaux, structures régionales ...) dans un regroupement national, mensuelle publique intitulée Alternative Syndicale vendue à 3 000 exemplaires -, joua un rôle décisif dans l'organisation de la solidarité active à la grève de Talbot. Elle réussit à organiser plusieurs manifestations de solidarité, aux moments les plus chauds du conflit.
Malgré sa faiblesse numérique et sa jeunesse, la section syndicale CFDT de Talbot-Poissy fut propulsée sur le devant de la scène sociale nationale par l'action HECIPHOTA dột NON oux licenciement,
CONTINU
• (GT CEDT.G
de ses militants, qui devenaient les animateurs du conflit. Ces derniers favorisèrent, avec l'accord des délégués de base de la CGT en rupture avec l'orientation de leur syndicat, l'apparition d'un éphémère comité de grève. Ce comité de grève eut au moins l'avantage de marquer le passage des délégués de chaîne de la CGT dans le camp des travailleurs licenciés, qui constituaient le noyau dur des grévistes. Le l'orientation intransigeante dont elle était porteuse, posèrent dans toute la confédération syndicale la question centrale de l'attitude à adopter face aux licenciements avalisés par le gouvernement. Sitôt le conflit terminé sur un échec, la direction confédérale CFDT se retourna contre la revendication du « Non aux licencie-
Dans l'opposition syndicale elle-même de la CFDT, le débat sur cette question n'est aujourd'hui toujours pas clos. Il partage même entre eux les anciens protagonistes du conflit. Faut-il, dans ce genre de grève, maintenir ferme le mot d'or-
« Zéro licenciement » ? Doit-on avancer en priorité la perspective d'une réduction du temps de travail hebdomadaire à 35 heures, justifiant de la sorte qu'il n'y ait pas de licenciements ? Derrière ces discussions se profilent des appréciations différentes l'évolution du niveau de conscience des masses, entre ceux qui considèrent qu'une prise de conscience s'exprimant par des revendications anticapitalistes doit être un préalable à l'action contre les licenciements, et ceux qui, comme les militants de la LCR, pensent au contraire que c'est dans le cours d'une lutte sur un objectif immédiat que se forge justement la conscience anticapitaliste. Si la discussion démocratique existe dans l'opposition syndicale, une véritable paralysie s'installe par contre dans les structures dirigées par la majorité confédérale. Des tracts syndicaux contradictoires, les subtilités tactiques du secrétaire général Edmond Maire, soutenant la grève de Talbot contre sa propre orientation générale d'adaptation du syndicalisme aux sacrifices réclamés par la politique d'austérité, créeront un trouble dans l'esprit de nombreux militants, qui n'est pas effacé à ce jour.
De la situation actuelle, il faut donc dans les deux plus grandes confédérations ouvrières, ment des éléments d'une tendance de lutte des classes est désormais reliée à celui des luttes ouvrières et à la capacité des regroupements d'opposition syndicale déjà constitués dans les dernières années à y intervenir comme des directions alternatives pour la lutte. AU GOUVERNEMENT MITTERRAND
L'arrivée, en mai 1981, d'un gouvernement composé essentiellement du PS et du PCF est un événement politique qui a déterminé des contradictions nouvelles dans chacune des confédérations ouvrières et alimente l'activité des oppositions
En ce qui concerne la CFDT, la direction nationale de cette confédération avait comme grande ambition de reproduire au plan syndical, avec la CGT, ce que le PS avait réussi à faire avec le PCF au plan politique, le 10 mai 1981, c'est-àdire de la minoriser. La CFDT se voulait ainsi être, dans le projet de ses dirigeants, d'une vaste recomposition mouvement syndical autour d'un axe politique consistant à adapter l'orientation, la pratique et la structuration même du syndicalisme ouvrier à la situation de crise économique actuelle et aux modifications technologiques entreprises par le patronat et le gouvernement pour rationaliser l'appareil de production. Le but avoué était donc de minoriser la CGT, dirigée par le PCF, au profit d'un réformisme syndical qui aurait également pour vocation d'intervenir directement sur la scène politique. Mais cela supposait pour la direction d'Edmond Maire que la CFDT devienne en même temps une confédéramoderne, dynamique, enrobée dans des discours sur la nécessaire modification du procès de travail, et un conseiller privilégié du nouveau pouvoir politique. La CFDT avait bénéficié, depuis 1968, de l'élan antibureaucratique et combatif né dans de larges franges de la jeunesse ouvrière et du secteur tertiaire.
escomptait tirer parti, non de la mobilisation ouvrière, mais de la crise du mouvement syndical. La logique générale de son orientation impliquait qu'elle fasse des progrès importants dans ses relations avec la classe ouvrière, pendant qu'elle s'emparait du rôle de conseiller syndical attitré du pouvoir politique. Or, la CFDT perdra de sa crédibilité lors des élections syndicales, passant même au troisième rang des centrales syndicales, derrière FO, lors des élections nationales (28 millions de votants) d'octobre 1983 pour la représentation syndicale dans les conseils d'administration des caisses de la sécurité sociale. Durant l'année 1983, elle perdra de 10 à 20 % de ses adhérents, ce qui la rapproche du phénomène de désaffection constaté aussi dans la CGT. Parallèlement, la direction nationale e la CrDI n'a iamais réellement été e nesure d'homogénéiser un réseau natio nal de cadres syndicaux autour de son
La droite de la CFDT accentue alors encore un peu plus la politique de collaclasses, pour processus qu'elle n'arrive pas à achever.
structures syndicales posent centralement le problème de la démocratie face à une direction à laquelle elles ne sont pas capables de s'opposer politiquement. Des structures syndicales locales, comme celle de la région parisienne, sont frappées de démobilisation totale, due à l'inertie de leur direction.
La crise entraîne, pour la première fois dans ce syndicat, des phénomènes de démoralisation partielle. Pour l'opposition syndicale regroupée nationalement, cette situation crée une occasion pour son élargissement, sur la base de campagnes autour de points précis d'enjeux centraux. son action, cette opposition contribue à freiner considérablement les mouvements du syndicat, en offrant une perspective alternative. Le meilleur exemple du processus d'éclatement en cours au sein de la CFDT est celui de la question salariale chez les fonctionnaires, employés communaux et travailleurs du secteur des services publics (transports, gaz, postes et télécommunications). Le gouvernement impose une baisse des salaires pour 1984 à ses 2,5 millions de salariés. Cette mesure a valeur d'exemple pour le patronat, qui s'engouffre derrière cette politique gouvernementale et l'impose aux salariés du secteur privé. Contre le mécontentement qui gagne les fonctionnaires, la direction CFDT accepte de capituler. Elle sait que cela va lui coûter cher, en nombre d'adhérents, en influence aux élections syndicales, et en capacité d'encadrement des luttes. Mais elle persévère et alimente, par son attitude, une division sans retenue contre la CGT et FO, qui marquent tactiquement leurs distances vis-à-vis de cet aspect de la salariale gouvernementale. L'originalité de la position de la CFDT c'est, en l'occurrence, de sacrifier la défense des salaires
« profit » de la défense de l'emploi. Elle reprend à son compte le thème de aux sacrifices économiques des fonctionnaires considérés comme « privilégiés », puisque bénéficiant d'un emploi garanti. Elle va systématiquement refuser de s'associer aux journées d'action organisées parallèlement par FO et la CGT. La direction confédérale menace désormais, en février et mars 1984, les syndicats CFDT locaux qui s'orientent vers une position salaires et de ralliement aux initiatives d'action de la CGT et de
La recherche systématique du compromis a amené la direction de la CFDT à signer une série d'accords salariaux rejetés par les travailleurs et à apparaître, autant que la CGT sinon plus, comme un syndicat pro-gouvernemental. LA CGT AVANT ET APRES TALBOT
Pas plus que le PCF, la CGT ne voulait une union de la gauche avant le 10 mai 1981. La CGT avait d'ailleurs puissamment apporté sa pierre à l'édifice de la division syndicale et politique avant l'élection de François Mitterrand. En son opposition était née, autour d'une campagne pour battre Giscard et pour un gouvernement du PS et du PC. Elle regroupait les porte-parole se démocrates dans la CGT, des syndicalistes lutte de classes et unitaires, et des éléments en rupture avec le PCF. C'est ce même réseau, regroupant des syndicats, des adhérents, des dirigeants nationaux de la CGT, qui riposta à l'orientation confédérale de soutien à Jaruzelski contre la classe ouvrière polonaise. Ce courant oppositionnel public n'a pas survécu au changement de gouvernement. Fondé chasser Giscard, il se divisa quant à l'attitude à avoir à l'égard du nouveau gouver-
nement et de sa politique. Les porte-parole du PS dans la CGT abandonnèrent toute bataille interne. La CGT devenait un rouage essentiel dans les relations entre le PS et le PC au gouvernement. Elle devenait l'agent de la paix sociale, car elle gardait l'hégémonie du contrôle sur la classe ouvrière. La direction de la CGT accepta, en échange d'une armistice interne avec les militants du PS dans la CGT, le rôle de gardien de la paix sociale. Les autres éléments de l'opposition syndicale se répartirent en deux positions: l'une, majoritaire, joua la carte de « l'expérience de gauche » et l'autre, minoritaire, resta fidèle à l'Appel pour chasser Giscard, qui affirmait qu'avant comme après le 10 mai 1981, et quel que soit le gouvernement en place, il fallait défendre l'intégralité des revendications des travaill'opposition droite giscardienne et pour le soutien au syndicat Solidarnose représentaient une fin de cycle. C'était une conséquence, au niveau syndical, du mouvement « Union dans les luttes », qui avait réuni, après la rupture de l'Union de la gauche, en 1977, des militants du PCF, du PS, de la CGT, de la CFDT et de l'extrême-gauche pour le soutien unitaire aux luttes et contre l'extension de la division politique aux
La confédération CGT prit immédiatement fait et cause pour le gouvernement Mitterrand-Mauroy et sa politique. Son orientation fut de ne pas « cristalliser les mécontentements » qui se faisaient jour chez les travailleurs, mais de les rassembler en appui à l'union gouvernementale du PS et du PCF. Cette orientation donna des résultats catastrophiques pour le syndicat : par exemple, Jack Ralite, étant membre du PCF et ministre de la Santé, les circulaires ministérielles ressemblaient à s'y méprendre, contenu aux circulaires de la fédération CGT de la Santé et aux tracts de la CGT distribués dans les hôpitaux. Globalement, le programme revendicatif de la CGT fut mis au placard. Les revendicadevaient être congelées pour faire gagner du temps au gouverne-
Une telle politique aggrava l'hémorragie des syndiqués, dont le nombre était déjà en diminution constante 1968. Des fédérations puissantes, comme celle du Livre ou de la Métallurgie, ont vu le nombre de leurs adhérents divisé par deux ou trois. Au comble de la crise, la CGT licencia des permanents de fédérations ou d'unions départementales. En octobre 1983, aux élections à la Sécurité sociale, la CGT obtint 28 % des suffrages exprimés et Force ouvrière 25 %. La grande confédération CGT frisait de peu de se retrouver à la deuxième place du mouvement syndical. La vie syndicale se restreignit aux réunions de direction. Le prix à payer pour être le pare-choc social du gouvernement était terrible, mais la CGT maintint son orientation (2).
Cette orientation fut donc de plus en plus mal perçue par un nombre croissant de militants et d'adhérents. L'ampleur des combats non livrés par la CGT, sur l'emploi et les salaires, est proportionnelle à son adhésion à une politique contre laquelle les ouvriers sont de plus en plus nombreux à se mobiliser. Mais la CGT s'est obtinée, jusqu'en janvier 1984, à tenir un discours qui affirmait que ça allait « dans le bon sens », que « le positif l'emportait sur le négatif » dans la politique gouvernementale. Dans les congrès syndicaux et dans les luttes, comme dans les débats quotidiens dans les entreprises, les militants syndicaux membres du PCF sont de plus en plus nombreux à demander que leur parti quitte le gouvernement, exprimant de préférence leur point de vue dans la CGT.
Fin janvier 1984, après Talbot, le ton changera pourtant. tions vont encore s'approfondir. La CGT ne peut plus continuer à affirmer, devant l'ampleur des licenciements annoncés et devant les restrictions salariales, que la situation va dans le bon sens. Désormais, son nouveau discours affirmera que les travailleurs n'ont pas voté le 10 mai pour obtenir cela. Apparaissent alors de nouveaux problèmes, car le langage critique ne suffit pas quand il s'agit d'organiser concrètement la lutte pour faire reculer le patronat ou le gouvernement, sur l'emploi gouvernement se joint alors une tactique de journées d'action par secteurs, destinée à épuiser la combativité ouvrière par des mobilisations sectorielles évitant un mouvement d'ensemble. Ainsi, le discours faussement radical de la CGT est pris en défaut. Pour les salaires des fonctionnaires par exemple, la CGT organisa deux journées d'action réussies, en février et mars 1984. Mais celles-ci n'aboutirent pas pour autant à la victoire, et la CGT n'alla pas plus loin. Contre les licenciements dans l'automobile, la CGT organisa encore des journées d'action sectorielles, mais sans
Aujourd'hui se concrétise l'axe autour duquel une opposition de lutte de classes pourrait revivre centralement et nationalement dans la CGT. Avec les directions syndicales combatives de secteurs en lutte, comme les chantiers navals ou la sidérurgie, avec les syndicats d'entreprises menacées de fermeture, apparaît l'exigence d'actions efficaces, pour gagner et arracher le maintien de l'emploi. Cela suppose l'organisation démocratique des luttes, mais aussi leur coordination, leur convers un mouvement général, national, unitaire et interprofessionnel. Des appels en ce sens ont été lancés, notamment par l'intersyndicale CGT-CFDT-FO
2. Après avoir cassé la grève de Talbot, en janvier 1984, la CGT va dévoyer la marche des sidérurgistes sur Paris, le 13 avril 1984, en organisant la division syndicale des cortèges, en soigneusement que les travailleurs de Paris et de la région parisienne puissent rejoindre la marche, en organisant un parcours long de 12 kilomètres pour éviter que les sidérurgistes aillent directement demander des comptes au gouvernement devant le palais présidentiel ou devant l'Assemblée nationale.
3. Face à de nouvelles menaces de licenciements à Citroën, la CGT, dont la base militante dans le secteur automobile est majoritairement composée de travailleurs immigrés, a lancé à la des chantiers navals de la Seyne, près de Toulon. Grandit également l'exigence que la direction de la CGT refuse explicitement les plans d'austérité gouvernementaux, qu'elle somme Mitterrand et le gouvernement de les retirer, sous peine d'une mobilisation nationale et interprofessionnelle.
PEU DE REMOUS DANS FO Les progrès de Force ouvrière aux élections syndicales sont spectaculaires. Cette centrale, implantée essentiellement dans le secteur tertiaire (fonctionnaires et postiers) a fait une percée dans la plupart des élections professionnelles. deuxième place aux élections à la Sécurité sociale d'octobre 1983 fut acquise alors même que son secrétaire général est président, dans le même organisme, de la Caisse nationale de remboursement des chômeurs, en cogestion avec le patronat. Ce score est obtenu bien que FO ait conseils d'administration de la Sécurité sociale, une collaboration étroite et clairement revendiquée avec les représentants patronaux contre les syndicats ouvriers. Le score de FO (à 3 points de la CGT) est d'autant plus notable que cette centrale était opposée à l'élection au suffrage universel des administrateurs de la Sécurité sociale. D'où vient cette progression électorale d'une centrale syndicale ouvrière, dans laquelle cohabitent de maniere presque harmonieuse, gaullistes du Rassemblement pour la République (RPR) de Jacques Chirac et militants lambertistes du Parti communiste internationaliste (PCI), sous la direction de membres du PS ? La raison principale en est que, précisément, FO se présente aujourd'hui comme indépendante du gouvernement Mitterrand et apparaît effectivement ainsi aux yeux d'une fraction des travailleurs. Et, sans jamais organiser de mobilisation significative, elle fait progresser son image de marque d'indépendance, qui apparait comme une caractéristique positive en regard de la CGT et de la CFDT.
Il n'y a pas d'opposition syndicale constituée dans FO, le PCI ayant dissout depuis longtemps sa « tendance révolutionnaire ». Au contraire, alors que FO mystifie les travailleurs, cette organisation s'engage sans retenue dans l'immersion au sein même de l'appareil bureaucratique de la centrale de Bergeron, prenant politiquement fait et cause pour elle, contre la CGT et contre une CFDT à laquelle le PCI dénie le caractère ouvrier (4). mi-mai une action de grève avec occupation à l'usine d'Aulnay-sous-Bois, qui s'est étendue aux établissements de Levallois et de Nanterre dans la région parisienne. L'objectif de la direction de la CGT est d'éviter un nouvel « effet Talbot », en contrôlant les réactions ouvrières face aux licenciements. Parallèlement, la centrale de Henri Krasucki entend utiliser cette lutte pour imposer que la CGT soit prise en compte par le patronat et le gouvernement lors des négociations sur les restructurations industrielles.
4. Les militants du PCI qui intervenaient dans la FEN ont récemment quitté ce syndicat pour rejoindre FO et construire le secteur enseignant de la centrale de Bergeron.
C.G.T.
RENAULT
BILLANCOURT
UNITÉ SYNDICALE ET DÉVELOPPEMENT DES OPPOSITIONS
La division syndicale est bien installée entre la CGT et la CFDT, depuis 1977. L'accord de juin 1974, qui avait uni les directions confédérales dans la dénonciation des comités de grève en réaction à des initiatives prises lors de luttes comme celles de Lip, et qui était également fondé sur le projet du Programme commun de la gauche, n'aura guère duré, même si l'unité entre la CGT et la CFDT a survécu quelque temps après la rupture de l'union entre le PS et le PC. Cette division syndicale, mal ressentie par la masse des travailleurs, ne s'est pas arrêtée avec l'avènement du gouvernement Mitterrand. Elle compétition intersyndicale fondée sur les perspectives de reclassements syndicaux ouvertes par les reclassements politiques intervenus entre le PS et le PC.
Cette division n'est pourtant pas inéluctable, dans la mesure où une poussée sociale contraindrait probablement les appareils syndicaux à s'entendre de nouveau au sommet contre la montée du mouvement de masse, pour mieux le canaliser et finalement le contrôler. C'est déjà ce qui se passe localement, dans les mines de charbon par exemple ...
Toutefois, la division organique en centrales différentes CFDT, FO et FEN (Fédération de l'éducation nationale) - s'est installée dans la durée, rendant de toute manière irréaliste une perspective à court terme de fusion organique. La scission entre la CGT et FO remonte à 1947, le maintien de la FEN comme fédération unitaire qui reconnaît en son sein le droit de tendance, indépendante de la CGT, remonte à 1948. La CFDT, quant à elle, est de création plus
L'esprit étroit de chapelle syndicale est soigneusement entretenu. La division est revendiquée par le secrétaire général de FO, qui refuse de manifester avec les centrales qui sont en désaccord avec la
RS: DE CHEZ TALBUT
VIC COMMES AVEC VOUS
Le soutien de la CGT à la grève de Talbot avant l'accord avec le gouvernement. (DR) sienne. Elle est également portée par la direction de la CFDT, et pratiquée avec finesse par la CGT. Un même mouvement de centralisation bureaucratique affecte les confédérations ouvrières syndicales, qui laissent désormais de moins en moins d'autonomie financière et syndicale à leurs instances de base, syndicat et section syndicale d'entreprise. Cette division reste l'un des meilleurs moyens de contrôle des luttes et des mouvements de la classe ouvrière par les appareils syndibureaucratiques. La question l'unité d'action sur la base des revendications avancées par les travailleurs devient un facteur immédiat de clivage avec les bureaucraties dans chacune des confédé-
C'est sur ce terrain de l'unité d'action syndicale dans les luttes, de l'unité syndicale fondée sur la démocratie ouvrière, et dans la perspective de la réunification organique des syndicats, que les oppositions syndicales actuelles ont fait le moins de progrès. Elles restent encore fondamentalement le produit des contradictions internes à chaque confédération plus qu'elles ne sont façonnées par un mouvement social poussant inéluctablement à l'unité.
Certes, pour l'opposition syndicale dans la CFDT, le fait, par d'avoir manifesté le 8 mars lors de la journée nationale d'action des fonctionnaires pour la défense des salaires organisée par la CGT et la FEN, a constitué un pas en avant dans la voie de l'unité d'action. Mais la faiblesse du nombre de banderoles unitaires dans les cortèges des dernières manifestations ouvrières atteste du chemin qui reste encore à parcourir pour les courants oppositionnels dans le but d'en arriver à une véritable opposition à dynamique intersyndicale.
La CFDT connaît aujourd hui une forme de regroupement d'opposition large, dotée d'une revue, ayant acquis l'expérience de batailles d'orientation lors de deux congrès confédéraux, et préparant activement celui de 1985. Dans la CGT, il n'existe pas, à l'heure actuelle, d'opposition nationale et centralisée. En raison du contrôle bureaucratique du PCF sur la CGT, l'opposition dans cette centrale ne pourra guère prendre les mêmes formes légales et publiques que dans la CFDT. Dans FO, à court terme, il sera difficile de faire émerger une opposition de gauche, tandis que dans la FEN, la tendance Ecole émancipée (EE), statutaire et légale, connaît aujourd'hui quelques limites dans l'extension de son influence.
Mais, au-delà des caractéristiques propres aux regroupements oppositionnels dans chaque confédération, deux facteurs concourent à l'unification des axes syndicaux d'opposition. Le premier est le développement de la politique d'austérité gouvernementale, qui contraint des centaines de syndicats d'entreprise à se battre avec les travailleurs pour l'emploi ou à disparaître avec la fermeture de leur entreprise. L'aggravation des attaques centrales contre l'emploi, le développement de contrats collectifs à durée indéterminée (comme le temps partiel), placent le syndicalisme en position de défense obligatoire. Le second facteur est constitué par la politisation des débats syndicaux, dans le contexte d'un gouvernement de l'expression volonté ouvrière d'en finir avec la crise, le chômage et l'inflation. Quand un gouvernement obéit à Mitterrand et licencie 20 000 sidérurgistes, quand les députés du PS et du PC entérinent au Parlement cette mesure d'austérité, la question du débouché politique central des luttes et des mobilisations se pose en permanence.
De la même façon, face à des directions syndicales qui orientent la classe ouvrière dans la voie des sacrifices, et quelles que soient les élucubrations propres des appareils confédéraux sur leur conception respective de la collaboration de classes, les réponses anticapitalistes sont également nécessaires dans chaque confédé-
Les deux tiers des membres LCR sont des militants à la CGT et à la CFDT. L'intervention syndicale est donc une question décisive pour la section française de la IVe Internationale. Pour autant, et même si le syndicat est la seule forme d'organisation permanente des travailleurs dans l'entreprise, les militants de la LCR se battent aussi en permanence pour que les syndicats reprennent à leur compte, dans le cadre des luttes et des grèves, l'organisation d'assemblées générales démocratiques, unitaires et souveraines. Les militants de la LCR interviennent également pour que les syndicats soient les agents actifs du rassemblement de l'ensemble des travailleurs, lors des luttes, dans des comités de grève démocratiquement élus. Par ailleurs la création tendance syndicale de lutte classes dans chaque confédération est intimement liée à la capacité de la LCR à "aire de ses membres des militants ouvriers d'entreprise dans les secteurs clés de la production, afin que leur activité syndicale et politique soit ancrée au cœur de la classe ouvrière.
Jean LANTIER, 10 mai 1984.