Une lutte de 14 mois contre la "reconversion industrielle"
1 N février 1983, deux mois après l'installation au pouvoir
E du gourmement de Felipe Gonzalez, paier gouver nement « socialiste » de l'histoire de l'Etat espagnol, le ministre de l'Industrie Carlos Solchaga annonçait la décision de fermer toute une partie des installations de l'entreprise sidérurgique d'Etat des Haut fourneaux de la Méditerranée (AHM) à
Sagunto (Sagonte), un petit port situé près de Valence.
Cette décision provoqua la stupeur générale et l'indignation des habitants de la ville qui, quelques jours après cette déclaration, organisaient leur première marche sur Madrid. Tout au long de cette marche, on pouvait entendre une exclamation qui résumait bien l'état d'esprit des travailleurs de Sagunto :
« Isidoro, vaya cambio ! » (« Isidore, le changement, mon œil ! »). « Isidoro » était le nom de guerre de Felipe Gonzalez dans la clandestinité, et « cambio » (changement) le mot magique de la campagne électorale du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), mot qui avait réussi à concentrer toutes les illusions des 10 millions de travailleurs, de femmes, de jeunes qui donnèrent à Gonzalez une écrasante majorité, le 28 octobre
C'est au cours de ces journées de février 1983 que la signification réelle du mot changement commença à apparaître.
L'« Isidoro » de la lutte contre le franquisme s'était converti
Miguel ROMERO
La crise industrielle qui frappe l'économie de l'Etat espagnol est très profonde et encore plus difficile à résoudre que dans la majorité des autres pays impérialistes. Aux facteurs de faiblesse bien concapitalisme espagnol du
- retard technologique, faible productivité du travail, structures financières inadéquates.
il faut aussi ajouter l'aspect absolument délirant des plans de développement mis en chantier par les derniers gouvernements franquistes, à partir de 1974, à la veille de la crise économique internationale. Pour en donner un seul exemple, notons que les plans adoptés à cette époque pour le secteur de la construction navale ont conduit à ce qu'aujourd'hui l'équivalent de 300 000 tonneaux - représentant de nombreux bâtiments et la moitié, à peu près, de la capacité de production totale du pays - ne trouvent pas d'acheteurs. Et ce, après deux ans pendant lesquels la moitié des 20 000 travailleurs du secteur se sont trouvés en situation de « régulation de l'emploi », c'est-àdire sans travailler, mais en touchant approximativement 80% de leur salaire d'un « fonds de garantie salariale », leur contrat de travail demeurant formellement valable. Pour comprendre l'ampleur du désastre qui affecte la construction navale, il faut ajouter que le gouvernement du PSOE a comme objectif de production pour les quatre années à venir une moyenne annuelle de 250 000 tonneaux.
de combativité, LA CRISE INDUSTRIELLE Jusqu'en 1979, la crise industrielle s'est installée de façon moléculaire, affectant fondamentalement les petites entreprises, qui fermèrent par milliers. La situation se présentait différemment pour les grandes entreprises, dans lesquelles l'emploi net progressa légèrement d'environ 5 000 travailleurs. La situation a commencé à changer après 1979. C'est le conCRiSiS
DiE
SAGNITO
« Ne fermez pas Sagunto ! » (DR)
ETAT ESPAGNOL en Felipe Gonzalez, président d'un gouvernement élu par les travailleurs, mais décidé à appliquer la politique capitaliste que les gouvernements de droite n'avaient pas eu la force d'imposer.
L'ordre donné par le gouvernement du PSOE, en février
1983, d'éteindre le haut fourneau numéro 2 de Sagunto, initiait la fermeture de ce secteur de l'entreprise. Ce n'est pourtant qu'un an plus tard, à fin mars 1984, que cette décision a pu être appliquée et ce haut fourneau éteint. Entre ces deux dates, il y a 14 mois d'une lutte ouvrière des 4 000 travailleurs des hauts fourneaux et celle de toute cette petite ville, pleine d'imagination, d'intelligence. Durant cette période, cette lutte a été le fait politique le plus significatif de la situation politique espagnole. Elle a, en particulier, reflété très clairement les forces et les faiblesses actuelles du mouvement ouvrier. Cette mobilisation exemplaire s'est cependant terminée par la défaite des travailleurs et l'acceptation par les deux tiers d'entre eux, lors d'un référendum, de l'accord signé par la direction, qui entérine le démantèlement de l'entreprise et de l'emploi. Comprendre les raisons de l'échec de cette lutte est essentiel, à la fois pour que les leçons de Sagunto ne soient pas perdues, et pour s'opposer au cynisme des directions syndicales majoritaires, qui osent présenter l'accord qu'elles ont signé avec le gouvernement comme une « victoire ».
texte politique qui changea en premier lieu. Rappelons-en les grands traits : une
Constitution est approuvée ;l'Union du centre démocratique (UCD) remporte les élections générales en mars; le PSOE et l'Union générale des travailleurs (UGT)
connaissent un grand tournant droitier à l'origine de leurs positions actuelles; le recul mouvement ouvrier s'accélère.
surtout, c'est l'attaque contre les
Mais, grands bastions ouvriers qui commence, et les secteurs traditionnels entrent en crise. La réaction populaire est immédiate et unitaire : le gouvernement de la droite, malgré sa récente victoire électorale, n'est pas capable d'affronter les travailleurs de la sidérurgie, des chantiers navals, secteurs de production des biens d'équipement, dont les forces sont encore intactes.
Le gouvernement de l'UCD s'efforce de donner une cohérence à ses orientations industrielles et, en 1980, il adopte ce qu'on appelle la « loi Bayon » (du nom du ministre de l'Industrie de l'époque), première tentative de réponse capitaliste d'ensemble à la crise industrielle. Il doit de nouveau affronter la ferme résistance des travailleurs mais, déjà alors, les directions syndicales signent des accords de compromis très négatifs, qui seront malgré des acceptés par les travailleurs, réactions d'opposition de la part de larges secteurs d'entre eux. En tout cas, il s'agissait alors de véritables « solutions de compromis », comprises comme telles par de nombreux travailleurs, et qui, aujour-
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SE
d'hui, en 1984, leur apparaissent parfois comme appartenant au « bon Vieux temps ». En effet, les plans de reconversion approuvés à cette époque se fondaient généralement en partie sur l'élimination d'emplois par des méthodes appelées « non-traumatisantes » (en général sous la forme de préretraites anticipées) et, d'un autre côté, sur une aide financière massive aux entreprises en crise, théoriquement destinée à leur modernisation mais servant, en pratique, à payer les indemnisations des travailleurs licenciés et les intérêts des énormes dettes contractées aupres des grandes banques. Ces dernières ont d'ailleurs fait d'excellentes affaires grâce à la crise. Il suffit, pour s'en convaincre, de savoir que dans ces secteurs industriels en reconversion, les coûts financiers moyens (emprunts, intérêts) des entreprises représentent environ 20 % des ventes de ces entreprises et augmentent annuellement de 30 %.
Le résultat de cette politique fut de retarder les échéances et d'aggraver la situation, sans réussir à faire aucun pas en avant dans la reconversion industrielle, excepté dans le secteur textile. Plusieurs milliers d'emplois furent supprimés, mais ces suppressions touchèrent principalement les travailleurs proches de l'âge de la retraite. Il n'y eut pas de fermetures d'installations industrielles mais, au contraire, toujours des projets et des promesses, évidemment non réalisés, de réindustrialisation immédiate. Le gouvernement de l'UCD ne disposait pas alors des forces nécessaires pour faire plus dans le sens d'une politique anti-ouvrière.
« LE CHANGEMENT, MON OEIL ! »
A la fin de 1982, au moment des élections générales, il devint clair pour tout le monde que la « loi Bayon » était abandonnée. La solution à apporter à la crise sera l'un des points centraux de la campagne électorale. Sans aucun doute, la grande majorité des travailleurs avait compris que le « changement » que promettait le PSOE se voulait une réponse à la crise industrielle radicalement différente de celle de la droite, sans licenciements et même avec des créations d'emplois nouveaux. Le PSOE ne promettait-il pas la création de 800 000 emplois nets? Qui, parmi la masse des travailleurs, pouvait alors penser que le PSOE appliquerait une politique plus brutale encore que celle de l'UCD ? Durant la campagne électorale, le PSOE entretint l'illusion qu'il possédait la solution d'une issue à la crise industrielle favorable aux travailleurs, tout en se gardant bien de prendre des engagements concrets. Et c'est d'ailleurs dans les régions affectées par la crise que le PSOE obtint ses meilleurs scores, le 28 octobre 1982.
Le premier indice de ce qu'allait représenter en pratique la politique économique du gouvernement de Felipe Gonzalez fut la nomination des ministres et des principaux responsables du secteur public, et en particulier des entreprises publiques les plus touchées par la crise. Les ministres en question, Miguel Boyer, ministre de l'Economie, Carlos Solchaga, ministre de l'Industrie, appartiennent à l'aile la plus droitière du PSOE. Ils sont issus des couches supérieures de l'administration publique et considérés avec méfiance, y compris par l'appareil syndical de l'UGT. Leur nomination n'est cependant pas surprenante, puisqu'ils sont membres du PSOE. Les véritables surprises résident dans le fait que le PSOE plaça à la tête du secteur public des hommes tels que Enrique Moya et Claudio Boada, qui possèdent de longs et « brillants » états de service pour le grand capital. Boada a même occupé un poste de la plus haute responsabilité dans la politique économique sous la dictature franquiste.
La ligne économique du gouvernement du PSOE fut d'emblée à l'image de la trajectoire de son personnel politique. Elle a été, dès le début, et le reste encore aujourd'hui, une politique capitaliste appliquée avec une brutalité et une arrogance sans bornes (1). La réponse du PSOE à la crise industrielle (suppression d'emplois, élimination des secteurs non rentables) n'a rien à envier à celles qu'appliquent les gouvernements les plus réactionnaires de la bourgeoisie impérialiste. On laisse à I'« économie de marché », au « dynamisme de l'économie espagnole », comme a coutume de le dire Felipe Gonzalez, et à la mythique « lumière au bout du tunnel de la crise », le soin de moderniser le capitalisme espagnol et de le pousser dans le « groupe de tête » des pays impérialistes. Personne ne peut donc s'étonner que, quelques jours avant le ler mai de cette année, Felipe Gonzalez, s'adressant à une assemblée de patrons madrilènes, ait affirmé que « le capitalisme était le moins mauvais système qui existe ». On ne s'étonnera pas non plus qu'à la même époque, Alfonso Escamez, grand patron de la première banque privée espagnole, la Banque centrale, dont le rôle dans le financement d'opérations putschistes est toujours demeuré assez obscur, ait déclaré que « la politique du gouvernement était la meilleure possible ». Le courant passe entre le gouvernement PSOE et le patronat ...
Le plan concret du PSOE trouva sa première formulation en avril 1983, dans l'annexe au « Livre blanc » de la reconversion industrielle. Les objectifs centraux n'ont pas changé depuis lors, même si la tactique, elle, a évolué. Dans l'encadré ci-après figurent les chiffres sur le coût en emplois et en deniers publics de l'opération. Les principaux instruments utilisés par le pouvoir au service de ce plan sont des formules classiques connues sous d'autres noms dans d'autres pays capitalistes d'Europe. Il y a d'abord les « Fonds de promotion de l'emploi » (FPE). que les travailleurs appellent fort justement les « bourses de chômage » (2) ; en second lieu, il y a les « zones de réindustrialisation d'urgence » (ZUR), où il s'agit de stimuler l'implantation d'entreprises industrielles à coups de subventions, de crédit bon marché, d'exonérations fiscales, etc. Il convient de souligner que la reconversion industrielle du PSOE ne comprend aucun projet concret et sérieux de réindustrialisation. En réalité, le seul projet du gouvernement, qui le présente comme un Eldorado, c'est l'installation à Alméria d'une filiale européenne de Disneyland ...
Le premier objectif de reconversion industrielle du gouvernement PSOE fut donc la fermeture du complexe de traitement du minerai à Sagunto. La justification technique de cette décision doit surtout être considérée comme destinée à couvrir une décision politique (3). La décision du gouvernement visait premier lieu à accepter les limitations de production établies par la Commission européenne de l'acier et, en deuxième lieu, à choisir le « maillon faible » du secteur sidérurgique pour supprimer des installations de production.
Quel était le « maillon faible » ? Des trois complexes sidérurgiques intégrés qui existaient dans l'Etat espagnol, il fallait tout d'abord conserver le seul qui appartienne au secteur privé, les Hauts fourneaux de Biscaye (AHV), lié de plus à la multinationale américaine Steel Corporation, qui sera la grande bénéficiaire de l'opération. Des deux entreprises publiques, Ensidesa (22 500 travailleurs) était la plus grande, et l'attaquer directement aurait pu provoquer un véritable matisme dans toute la région des Asturies. Or celle-ci, déjà très affectée par la crise, constitue un bastion du mouvement ouvrier dont les réactions prévisibles auraient sans aucun doute fait trembler le gouvernement. C'est finalement ainsi que Sagunto fut choisi comme victime, parce que le gouvernement pensait que c'était là que la résistance ouvrière serait la plus faible. La fermeture des hauts fourneaux de l'AHM devait servir d'exemple de fermeté gouvernementale pour tout le mouvement ouvrier et ouvrir la voie à l'application des mesures les plus dures de reconversion industrielle, rapidement et dans tous les autres secteurs. Mais les travailleurs et toute la ville de Sagunto montrèrent rapidement au gouvernement qu'il avait largement sous-estimé leurs forces.
L'AHM est une entreprise de quelque 4 000 travailleurs, avec un taux de syndicalisation de plus de 60 %, qui est très élevé par rapport à la moyenne actuelle dans le mouvement ouvrier espagnol. Les Commissions ouvrières (CCOO), liées au Parti communiste espagnol (PCE), sont large-
1. Cf. Inprecor numéro 163 du 19 décembre 1983
2. Les fonds de promotion pour l'emploi sont une sorte d'allocation de chômage qui dure trois ans. L'expérience récente de ces fonds dans le secteur des aciers spéciaux, où ce système à fonctionné pendant deux ans, a donné le bilan suivant : 5 % des travailleurs concernés ont trouvé un nouvel emploi ou un recyclage, 50 %, complètement démoralisés, se sont retirés de ce fonds, et les 45 % restants ont trouvé des solutions individuelles.
3. Par ailleurs, la décision du gouvernement ne respecte pas les conclusions du rapport rédigé pour le gouvernement par l'entreprise de « conseils » Kawasaki sur la reconversion sidérurgique, et qui proposaient non seulement de maintenir le complexe de traitement du minerai des AHM de Sagunto, mais aussi d'y installer un nouveau train de laminage à chaud.
supprimés sur un total de 4 millions. Actuellement, il reste 830 000 travailleurs
250 000 emplois. Plus du quart des travailleurs de l'industrie salariés seront tou-• milliards) de pesetas, soit 56 milliards de francs, et elle sera financée à 90 % par
1985 (prévisions) : 27 000. Pour 1982, ces emplois se répartissent notamment ainsi : 11 000 pour le groupe AHVde Biscaye, 22 500 pour le groupe Ensidesa des Asturies, 4 000 pour le groupe AHM (Hauts fourneaux de la Méditerranée)
passèrent rapidement au second plan, et de rentabilité à moyen terme. Il est vrai
LES CHIFFRES DE LA CRISE millions de personnes, meurs reçoivent un subside quelconque.
actifs dans la métallurgie.
détruira encore directement plus de 70 000 emplois et, chés.
des fonds publics.
43 000. 1985 (prévisions) : 23 000. ment majoritaires, et en leur sein prédominent des secteurs de la gauche syndicale liés aux courants du PCE désignés comme « pro-soviétiques ». On compte en outre une minorité significative de l'UGT, la centrale syndicale socialiste, et la présence de la CNT (anarchiste).
LES « TRANCHÉES » DE SAGUNTO
C'est autour de la sidérurgie que s'est. construite la ville de Sagunto. La fermeture des hauts fourneaux, la suppression directe de 2 200 emplois qui est prévue, l'agglomération, comme le disent ses habitants eux-mêmes. La lutte de Sagunto a donc été celle de toute une ville pour s'opposer à la décision prise par le gouvernement d'un parti qui disposait de la majorité électorale absolue. Ce n'est pas un hasard si la lutte a été désignée du nom de Sagunto, c'est-àdire non pas celui de l'entreprise, mais celui de la ville où les hauts fourneaux sont installés. Sans relater toutes les péripéties de cette lutte, on peut signaler qu'elle a donné lieu à plus de vingt grèves générales dans la région, à six ou sept marches sur Madrid, à d'innombrables manifestations, à des affrontements avec la police, qui faillirent tourner à la tragédie en décembre dernier, lorsque celle-ci mitrailla une des manifestations. Pendant ces 14 mois de « guerre de position » entre Sagunto et le gouvernement du PSOE, la résistance ouvrière s'est construite à l'abri de ses « tranchées », avec ses instruments propres, ses forces et ses faiblesses, au cri de « Sagunto ne sera pas fermé ! »
Au cours des premières semaines, la lutte de Sagunto à revêtu des aspects assez confus, qui eurent pour effet de désorienter l'avant-garde révolutionnaire. D'une part, la droite voulait profiter de l'occasion pour se faire une place dans la mobilisation, sur le thème de « la défense de notre sidérurgie contre le gouvernement du PSOE ». Un certain populisme se fit donc jour dans les premières manifesta-
Le nombre de chômeurs était approximativement, en mars 1984, de 2,8 soit 21 % de la population active. Seuls 30 % des chô-
Selon les chiffres de la centrale syndicale UGT, la reconversion industrielle de façon indirecte,
Le coût global de la reconversion industrielle a été estimé à 1 billion (mille
Evolution de l'emploi dans la sidérurgie : 1976 : 47 282. 1982 : 37 500.
Evolution de l'emploi dans la construction navale : 1976 : 50 000. 1983 :
tions, pendant lesquelles la direction du mouvement évitait l'apparition de drapeaux, de mots d'ordre et de chansons du mouvement ouvrier. En même temps, l'insistance était mise sur ce qui relevait de la concurrence entre Sagunto et les autres entreprises sidérurgiques de l'Etat
Par exemple, espagnol.
un aspect de la des grévistes affirmait que propagande c'était à Sagunto qu'il fallait installer le train de laminage à chaud prévu, et non pas à Ensidesa. Cet aspect de l'argumentation était bien évidemment stimulé par la droite. Le gouvernement, lui, voyait d'un bon œil tout ce qui pouvait diviser les sidérurgistes. Il faut également dire que les directions syndicales majoritaires ne firent rien, ni à AHV (Biscaye) ni à Ensidesa (Asturies), pendant ces 14 mois, pour promouvoir la solidarité avec la lutte de
Sagunto, créant ainsi chez les travailleurs de ces entreprises l'illusion qu'ils pourraient, eux, se sortir de la situation. Mais ils se rendirent rapidement compte de la fausseté de leurs illusions.
Cette étape « populiste » de la lutte dura peu de temps. Mais, même alors, il fallait savoir s'orienter d'après la dynamique essentiellement ouvrière de la mobilisation, et non d'après des aspects passagers que prenait la lutte, dus à la démagogie de la droite et à l'inexpérience du mouvement. Ces aspects ont disparu d'eux-mêmes ensuite, dans le cours de la mobilisation. L'unité des travailleurs des trois entreprises de la sidérurgie devait et pouvait se fonder sur la défense du droit légitime des travailleurs et des habitants de Sagunto à défendre le maintien des installations industrielles leur fournissant du travail. C'est de ce point de vue, et non pas de celui d'une solidarité abstraite, que l'on pouvait, de l'intérieur même de la lutte, corriger les aspects les plus ambigus que prenait l'expression de la volonté de résistance des travailleurs et de la population de la ville contre la propagande exacerbant la concurrence entre les trois entreprises sidérurgiques.
Mais, de toute façon, ces questions c'est la formidable force de la lutte qui occupa le devant de la scène et, en premer lieu, la force de l'unité lutte. Unité dans l'entreprise, fondée sur l'assemblée pratiquement permanente des travailleurs, qu'ils soient travailleurs permanents ou temporaires. Unité qui s'étendit à l'agglomération et stimula l'organisation de coordinations des femmes et des jeunes, qui jouèrent un rôle central dans la mobilisation, souvent d'ailleurs sur des positions d'avant-garde plus radicales et plus riches d'initiatives que celles des travailleurs de l'usine eux-mêmes. enfin dans la direction de la lutte, assurée par l'action conjointe de deux organismes : le comité d'entreprise, qui avait été élu lors des élections syndicales de 1982, et une coordination syndicale CCOO-UGTCNT, qui eut un poids déterminant. Il ne fait pas de doute que cette unité fut décisive pour l'organisation de la mobilisation, mais elle créa aussi des problèmes qui apparurent dans la phase finale de la lutte.
Ainsi purent être intégrées à la mobilisation des formes de lutte très diverses, des plus élémentaires aux plus radicales, se combinant à tous moments : collecte de 700 000 signatures de solidarité, pression sur les institutions parlementaires, inmental, etc. et, en même temps, occupade l'entreprise, « séquestration », selon les termes de la presse, d'un directeur de l'entreprise et du président de la Généralité (gouvernement autonome) du Pays Valencien, etc
L'un de ces instruments de lutte mérite une mention particulière, c'est celui de l'utilisation intelligente d'un « plan alternatif » au plan du gouvernement, élaboré par les travailleurs. L'expérience de plusieurs années de lutte contre la reconversion industrielle capitaliste a rendu les révolutionnaires très méfiants, et à juste titre, sur l'utilité tactique de contre-plans aux propositions patronales ou gouvernementales. Il s'agissait soit de plans « socialistes » de peu d'utilité dans l'agitation quotidienne et limités dans le meilleur des cas à un travail de propagande, soit de propositions s'intégrant d'un « réalisme » syndical et se situant inévitablement sur le terrain le plus favo rable aux intérêts patronaux, préoccupations concernant l'amélioration de la compétitivité des entreprises et de la productivité du travail. En réalité, on ne peut pas éviter de démonter les projets gouvernementaux, y compris sur le ter rain technique, et de faire la démonstraviabilité des propositions des travailleurs. Il s'agit tout simplement de le faire en tenant compte des intérêts ouétant la défense de l'emploi et l'opposition radicale aux licenciements. C'est •ce qui a été fait à Sagunto. Les travailleurs ont élaboré un plan et ont réussi à le présenter d'une façon compréhensible, démontrant qu'avec un investissement relativement modeste de 16 milliards de pesetas (900 millions de francs), on pouvait maintenir en activité les hauts fourneaux menacés, dans des conditions
que la proposition d'un contre-plan est plus aisée dans le secteur de la sidérurgie par exemple, que dans celui de la construction navale (4). Cela pose néanmoins, dans tous les cas, des problèmes difficiles, entre autres ceux concernant les conditions de salaire et de travail, très souvent abordés sur la base du critère erroné des « sacrifices partagés ». Mais c'est là un terrain de bataille que la gauche syndicale ne peut pas pour autant délaisser.
LA SOLIDARITÉ DÉFAILLANTE
AU NIVEAU NATIONAL La nécessité de la solidarité avec Sagunto est apparue dès le premier moment, mais les résultats en ce domaine n'ont pas été suffisants. On peut comprendre la déclaration désespérée de l'un des dirigeants de la lutte, peu de temps avant sa fin : « Que peuvent faire 4 000 travailleurs face à dix millions de votes? » Le plus étrange, c'est qu'une lutte qui a éveillé une énorme sympathie, qui a été considérée comme un exemple par toute l'avant-garde du mouvement ouvrier, n'ait bénéficié que d'une solidarité médiocre en dehors de la région proche de Sagunto. Ce n'était certes pas une tâche facile, compte tenu des problèmes évoqués précédemment, mais aussi du fait que la majeure partie des centres industriels de l'Etat espagnol avaient leurs propres mobilisations - en Asturies, en Galice et en Biscaye pour la construction navale ; dans le Guipuzcoa pour la production de machines-outils et d'aciers spéciaux ; en Navarre et en Asturies pour les mines —, et il n'était guère aisé d'assumer, en plus de ces combats, la solidarité avec une autre lutte. Le problème principal a sans doute été que la solidarité avec Sagunto aurait dû être l'une des composantes d'un plan général de mobilisation ouvrière contre la reconversion industrielle, où tous les secteurs en crise auraient tenu leur place.Il est évident que les directions syndicales majoritaires dans le mouvement ouvrier n'ont rien fait de sérieux en ce sens. Mais la gauche syndicale elle-même a manqué d'initiatives. Il est vrai que la solidarité rencontrée par la lutte de Sagunto a été organisée par les CCOO, et surtout par les sections de la gauche syndicale, mais elle a été bien inférieure à ce qu'il aurait été possible et nécessaire de faire.
Enfin, la plus importante leçon de Sagunto a été la reconnaissance de l'autorité du comité d'entreprise dans l'usine. Dès les premiers jours, les travailleurs refusèrent d'obéir à d'autres ordres que ceux du comité, qui organisa la production dans ses divers aspects. Non seulement les décisions impératives d'éteindre le fameux haut fourneau numéro 2 furent rejetées, mais même la baisse de la production et d'autres ordres du même genre ont été ignorés par les grévistes. C'est à cause de cela que les medias on parlé du « soviet de Sagunto » (5). Il est symbolique aussi qu'à la fin de la lutte, au mois de mars dernier, devant l'assemblée des travailleurs. le président du comité d'entreprise, Manuel Campoy, appela un directeur pour que ce soit lui qui donne formellement l'ordre de mettre le haut fourneau au minimum, dernière étape avant l'extinction. Ces 14 mois de défi à l'autorité du gouvernement et de la direction de l'entreprise sont l'une des plus belles et des plus utiles pages de l'histoire du mouvement ouvrier espagnol. Toutefois, ce défi s'est placé sur le terrain strict de la résistance aux licenciements, avec le maintien d'une grande faiblesse dans le niveau de conscience politique des travailleurs, de leur compréhension des projets de l'adversaire et des moyens à employer pour en venir à bout. La principale faiblesse de la lutte de Sagunto se situe donc dans son rapport au gouvernement du PSOE. Il est vrai que ce fut là le problème le plus difficile, et qu'il le reste aujourd'hui, pour l'ensemble du mouvement ouvrier espagnol.
Dans l'entreprise concernée, l'UGT était la deuxième force syndicale dernière les CCOO, et le PSOE le parti majoritaire dans la ville. Malgré cela, une lutte unitaire dure et longue contre le gouvernement a pu se maintenir, parce que l'objectif commun plus ou moins conscient chez les travailleurs était de faire pression sur le gouvernement avec l'illusion que, finalement, ils réussiraient à lui faire entendre raison. Au fur et à mesure du développement de la lutte, l'indignation populaire s'est accrue, le ton des critiques à l'égard du gouvernement s'est élevé. Par ailleurs, ce gouvernement a subi un dommage très important dans l'ensemble du pays à cause de son attitude envers Sagunto. Mais le manque d'alternative immédiate, le fait que le gouvernement du PSOE apparaissait comme le seul gouvernement de « gauche » possible aujourd'hui dans l'Etat espagnol, a pesé très lourdement, surtout quand les gens ont commencé à comprendre que les pressions ne suffiraient pas. Cette idée qu'il n'y a pas d'autre alternative gouvernementale, c'est Felipe Gonzalez qui la répète chaque fois qu'il s'adresse aux travailleurs. Or, le problème du débouché politique des luttes se trouvait dans une impasse, n'ayant pas de solution à courte échéance. Il en coûterait en effet un effort considérable pour qu'un secteur de masse du mouvement ouvrier assume une alternative anticapitaliste à la crise et puisse apparaítre comme un pôle de référence politique à la gauche du PSOE avec une influence et une crédibilité suffisantes. A court terme, il ne peut y avoir de perspectives qu'en termes de luttes et d'actions. Il faut affirmer avec force et convaincre toute la gauche syndicale qu'il est possible et nécessaire de travailler à une riposte généralisée du mouvement ouvrier contre la politique économique du gouvernement, y compris dans les conditions actuelles. Il est possible de défaire cette politique, d'opposer le « non » ferme de la grève générale, même si le contenu, en positif, en alternative gouvernementale immédiate par exemple, qu'on peut donner à la lutte reste faible. Ce problème n'a pas été résolu à Sagunto.
LE CHANGEMENT DE TACTIQUE
DU GOUVERNEMENT Dans les premiers jours de février 1984, on atteignit le sommet de la mobilisation ouvrière des dernières années. Les 2 et 3 février, un demi-million de travailleurs étaient en lutte dans tout le pays contre la politique de reconversion industrielle du gouvernement. A ce moment-là, ce dernier se trouvait acculé. C'est l'UGT qui lui a ouvert la voie pour s'en sortir. Jusqu'alors,
4. Les travailleurs des chantiers navals ont élaboré un plan alternatif fondé sur la défense radicale de l'emploi. Ils exigent que soit maintenue une capacité de production de 750 000 tonneaux et l'objectif de réussir à obtenir une part du marché mondial de 5 %, maximum historique obtenu par l'industrie espagnole. Mais en ce cas, la fonction de contre-plan était de simple propagande, car comment pouvoir réellement garantir la vente des bateaux construits?
5. Mentionnons à ce propos lastucieuse réponse d'un ouvrier de Sagunto, lors d'un meeting de solidarité à Barcelone, à une question sur ce « soviet », qui affirmait : « Nous n'avons pas créé de soviet parce que nous ne le pouvions pas."
le gouvernement avait employé les méthodes arrogantes de la technocratie. A partir de ce moment-là, il va utiliser les méthodes plus astucieuses de la bureaucratie syndicale. Le mouvement était trop fort pour une attaque frontale. Il fallait commencer par le diviser.
En fait, la nouvelle proposition de l'UGT pour apporter son soutien au gouvernement fut très simple et impliquait des changements minimums. D'abord, les travailleurs relevant du Fonds de protection de l'emploi (FPE) devaient voir leur contrat de travail « suspendu » et non pas annulé. Ensuite, l'autre proposition, forme de conseil au gouvernement, était de ne pas avancer de grands objectifs concrets de reconversion, mais de chercher plutôt des accords au niveau des entreprises, en évitant de faire converger problèmes de différents secteurs plusieurs entreprises du Comme le disait cyniquement un des dirigeants de l'UGT, « il ne faut pas marcher sur tous les cors aux pieds à la fois ». La conséquence immédiate de ces changements fut que l'UGT abandonna les critiques qu'elle portait à la politique du gouvernement sur ce terrain, ainsi que sa participation aux mobilisations de résistance, et adopta une ligne d'appui total aux plans gouvernementaux. Tout se résumait en une idée : diviser, briser la résistance unitaire. Bien sûr, il fallait aussi perspectives, qui favorisent les solutions que le contrat de travail « suspendu » serait à nouveau valable dans deux ou trois ans, à la « sortie du tunnel ». L'UGT, gouvernement d'utiliser à fond la carte des retraites anticipées, sachant que 15 % des ouvriers espagnols ont 55 ans ou plus
La première tentative du ment de changer de tactique se produisit dans le secteur des aciers spéciaux. Malgré la résistance vraiment héroïque des travailleurs d'Orbegozo, à Hernani, province du Guipuzcoa, le gouvernement de Felipe Gonzalez réussit, à la mi-février, à obtenir la première victoire gouvernementale dans un secteur en crise. Quelques jours après il réussissait également à éteindre une autre des luttes exemplaires de la période, celle des travailleurs des Potasses de Navarre. Les CCOO qui, jusque-là, paraissaient diriger le mouvement de résistance aux licenciements, se trouvèrent totalement désorientées. Leur obiectif de « négocier la reconversion » n'avait aucune crédibilité, car le gouvernement ne discutait des questions importantes qu'avec l'UGT. De plus, et surtout, la rup ture de l'unité syndicale de la part de l'UGT obligeait à organiser les luttes de rieusement la mobilisation sur la base clarification devant les leurs des raisons de poursuivre le combat ; à parvenir à un accord d'unité d'action avec les divers secteurs de la gauche syndicale décidés à maintenir la mobilisation et, enfin, à avoir le capacité d'initiapour effectuer le bond en avant exigé par la nouvelle tactique du gouvernement. La réponse devait être une préparation à la grève générale. Mais la direction des CCOO ne fit rien de tout cela.
premier temps, elle continua comme si de rien n'était, convoquant des « journées de lutte » sans préparation politique et organisationnelle, qui furent des échecs. Ensuite, elle utilisa un langage pratique le « moindre mal », l'accord le « moins mauvais » possible.
Dans ces conditions, à la fin février, le gouvernement lança la dernière offensive contre Sagunto, donnant pour la énième fois l'ordre « d'éteindre le haut fourneau numéro 2 ». Il y eut encore de nombreuses semaines de résistance mais, au début avril, un accord fut signé entre le gouvernement et le comité d'entreprise, qui fut approuvé par la majorité de l'assemblée des travailleurs quelques jours après. Les directions syndicales, en particulier les CCOO, ont présenté cet accord comme une victoire, s'appuyant sur la seule concession significative du gouvercréer 500 emplois à l'année. Mais ce n'est pas cher payé pour 14 mois de lutte, surtout si l'on prend en compte les 2 200 licenciés - parmi lesquels 900 correspondent à des retraites anticipées - et le fait que les emplois qui doivent être créés seront précaires et d'une stabilité douteuse (6). pas reflétée dans le vote des travailleurs de Sagunto. D'entrée, il faut considérer comme négative l'opposition qui s'est exprimée quant à la participation au vote des travailleurs temporaires et de celle des habitants de Sagunto, ainsi que certains camarades l'avaient à juste titre proposé. Tous ceux qui étaient touchés par la fermeture de l'entreprise de Sagunto, tous ceux et toutes celles qui avaient lutté pendant 400 prendre part en commun à la décision finale, de la même façon que durant toute la bataille ce furent les « assemblées qui prirent les décisions fondamentales. Comme l'expliqua Angel Olmos, secrétaire général des CCOO pour la région, la majorité des 2157 votes favorables au compromis était constituée par les travailleurs proches des 55 ans, qui avaient opté pour des « solutions individuelles », et par ceux qui étaient influencés par l'UGT et le secteur eurocommuniste des CCOO. La minorité des 1 033 votes qui s'y sont opposés comprenait l'avant-garde des travailleurs de l'entreprise, qui avait été à la tête de la lutte. Au-delà de Sagunto et pour les travailleurs combatifs de tout le mouvement ouvrier, sauf ceux qui ont été trompés par les discours manipulateurs tenus par la direction des CCOO, il est clair qu'une importante bataille a été perdue, même si, et de loin, la « guerre » des reconversions industrielles et des licenciements ne l'a pas
Cette défaite était-elle inévitable ? Absolument pas. En réalité, pendant plusieurs semaines, il a été question d'utiliser un moyen de lutte qui aurait pu entraîner le bond en avant nécessaire dans la mobilisation, pour vaincre : la réunion « autoconvoquée , comme le disent les travailleurs italiens, de représentants des comités d'entreprise, des syndicats tout le pays, pour lancer une initiative de lutte générale contre la politique de reconversion industrielle du gouvernement. Malheureusement, ce projet ne s'est pas réalisé. Pourquoi ce type d'initiative est-il d'une si grande importance ? Parce qu'il répond à un problème fondamental qui s'est posé dans les luttes de secteurs en crise, spécialement parce qu'ils se trouvent confrontés à un gouvernement « so-
Comme on l'a vu à Sagunto, la lutte connaît une première phase qui peut être très profonde, unitaire et dirigée par les structures syndicales normales. Cette situation crée des conditions favorables pour la résistance face à une agression dure et sans masques, et pour faire pression sur le gouvernement. Mais la lutte, au cours de son développement même, butte devant un fossé constitué par les manœuvres de l'adversaire et la division des rangs ouvriers qu'elles entraînent. Pour sauter par-dessus ce fossé, il faut pouvoir briser le contrôle des appareils syndicaux sur les travailleurs, en évitant, dans la mesure du possible, l'épreuve de force frontale avec eux, s'appuyant sur la majorité (et non plus sur la totalité) de l'assemblée ouvrière qui, si on lui offre des perspectives combatives et réalistes, peut vouloir continuer la lutte. Le moyen le plus efficace dans une telle situation, c'est que les secteurs les plus combatifs prennent l'initiative de provoquer la tenue d'une rencontre nationale « autoconvoquée ».
C'est là la principale conclusion à tirer de la lutte de Sagunto, et c'est la tactique qu'il faudra appliquer dans un proche avenir dans d'autres luttes. Toutefois, il sera difficile qu'apparaissent plusieurs autres « Sagunto », c'est-à-dire des luttes d'une telle vigueur et ayant un tel impact politique et social. Mais il ne fait pas de doute que nous retrouverons la marque de Sagunto dans les mobilisations qui vont se poursuivre, et que chaque victoire aura une dette envers les 400 jours de lutte des 4 000 travailleurs et du peuple de
15 mai 1984. 6. Les CCOO elles-mêmes dénoncêrent publiquement, le 6 octobre 1983, les deux projets les plus importants d'installations industrielles prévues pour Sagunto, grâce auxquels l'Institut national de l'industrie (INI) pensait remplir son contrat concernant les promesses d'emplois. Selon le rapport des CCOO, la fabrique d'engrais Enfersa menaçait un secteur qui a déjà 25 % d'excédents de production. Son installation provoquerait une reconversion de l'ensemble du secteur, avec la fermeture probable de l'usine Enfersa située à la Corogne. Quant au projet de la multinationale italienne du verre SIV, il créera des problèmes semblables ou plus graves encore dans un secteur qui compte un excédent de 25 % de capacités productives installées. Le patronat de ce secteur a déjà fait planer la menace de la reconversion, le 28 février 1984, en affirmant que l'usine SIV à Sagunto, avec ses 350 travailleurs, « pourrait fabriquer tout le verre pour l'automobile nécessaire au marché national ».