Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

La gauche ouvrière défie le « nouveau réalisme »

· Inprecor n° 174, 28 mai 1984 · p. 8-11 · 4 532 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme

GRANDE-BRETAGNE l'heure où la grève menée par le Syndicat national des

A mineurs (NUM) entre dans sa neuvieme semaine, tout in.

-dique qu'il s'agit de l'un des conflits industriels les plus durs et les plus longs de Grande-Bretagne depuis la Deuxième

Guerre mondiale (1). Les tentatives désespérées du gouvernement conservateur pour défaire les mineurs de charbon ont pris un relief particulier après le piètre résultat remporté par ses candidats lors des élections législatives et des municipales partielles du 3 mai dernier. Margaret Thatcher, au pouvoir depuis 5 ans, a subi un recul politique face aux partis de l'opposition lors de ces consultations. Ces élections ont montré que le parti travailliste se renforçait dans les grandes villes et les zones industrielles, en dehors des régions relativement prospères du sud du pays.

Lors d'une élection partielle qui s'est déroulée dans une vallée minière du Pays de Galles, le parti travailliste a accru son score par rapport aux élections générales antérieures, les conservateurs arrivant en quatrième position derrière les nationalistes gallois. Les travaillistes ont également obtenu la majorité au conseil municipal de Birmingham, la deuxième ville de Grande-

Bretagne, ajoutant aussi Edimbourg et Southampton au nombre des villes dont ils contrôlent la municipalité. A Liverpool, le parti a accru sa majorité au conseil communal, résultat qui exprime clairement le rejet par les électeurs des tentatives des conservateurs d'affaiblir les autorités de la ville et de réduire le budget municipal. Le conseil municipal s'affronte aujourd'hui au gouvernement, car il refuse de se conformer aux limitations budgétaires imposées, qui entraîneraient une réduction massive des dépenses sociales.

Cependant, ces résultats électoraux ne signifient en aucun cas que le parti travailliste sortirait vainqueur d'élections générales. Une extrapolation à partir des derniers résultats partiels montre que si les conservateurs pourraient perdre leur majorité absolue au Parlement lors d'une future élection, l'Alliance

- coalition entre le parti social-démocrate (SDP, organisation formée après une scission de droite du parti travailliste) et le vieux parti libéral, bourgeois - tiendrait alors le fléau de la balance entre conservateurs et travaillistes. L'Alliance arrive en effet en seconde position dans les trois élections partielles dont nous venons de parler.

Pat HICKEY du gouvernement Thatcher seront alors comptés. La question décisive qui se pose

La grève des mineurs est devenue la donc au mouvement ouvrier britannique plus importante épreuve de force entre le est de savoir jusqu'à quel degré la force gouvernement et les syndicats depuis la de la classe ouvrière tout entière pourra grève nationale de la sidérurgie, en 1980, être mobilisée derrière les mineurs.

sous la première administration du parti conservateur (Tory). Les enjeux sont exde cette grève est le rapport des forces entrêmement élevés pour la classe ouvrière.

tre la gauche et la droite dans le mouve-

Si les mineurs perdent leur combat, le ment travailliste. L'aile droite cherche à gouvernement de Margaret Thatcher fera isoler les mineurs et à les laisser combatrapidement adopter toute une série de tre seuls. Cette orientation est apparue mesures antisyndicales contre le monopoclairement dès le début de la grève. Denis le syndical de l'embauche (closed shop),

Healey, numéro deux du groupe parlepour des scrutins à bulletin secret obligamentaire travailliste, soutient les appels toire avant toute grève, et pour la ruptudes conservateurs et des médias pour un re des liens entre les syndicats et le parti vote national sur la grève - tactique destitravailliste.

née à démobiliser les grévistes - et pour

Mais si la lutte des mineurs est victoque les mineurs travaillant dans des puits rieuse, c'est tout le projet anti-ouvrier des non menacés de fermeture puissent aussi conservateurs qui déraillera, et les jours voter sur le licenciement des autres. Bill

Mais le cours des événements politiques sera plus largement affecté encore par les résultats de la lutte des mineurs. Bien qu'elle ait lieu au printemps, moment traditionnel de faible consommation de charbon, cette grève commence à affecter l'industrie. Aux mines de Nottingham, où une majorité des mineurs est opposée à l'action, des piquets de grève massifs de 10 000 mineurs venant d'autres mines se sont rassemblés à l'entrée des puits « jaunes ». De tels piquets sont également apparus devant l'usine sidérurgique de Ravenscraig, où la direction et les bureaucrates du syndicat de l'acier, membre de l'aile droite de la Confédération des syndicats (TUC), collaborent pour faire approvisionner l'usine en charbon « jaune » extrait par les non grévistes. Ces piquets se sont trouvés confrontés à une formidable présence policière, et il y a eu jusqu'à présent 1 500 interpellations.

Les mineurs reçoivent toutefois un soutien important de la gauche du mouvement travailliste. Le TUC écossais, appartenant à cette aile gauche, a appelé à une journée d'action de solidarité. En outre, des mesures ont été prises par les syndicats des chemins de fer et des transports pour rendre plus efficace leur boycott des mouvements de transport de charbon.

D'autres secteurs du mouvement ouvrier commencent également à entrer en action, en particulier les cheminots et les enseignants. L'une des premières victimes de cette montée de la combativité ouvrière a été le maître d'œuvre de la politique de collaboration de classe dénommée « nouveau réalisme », Len Murray, secrétaire général du TUC, qui a annoncé sa retraite anticipée. L'aile droite du parti travailliste a subi un camouflet après sa prédiction que le parti travailliste se trouverait électoralement affaibli par la grève des mineurs.

L'aile gauche du parti, dirigée par Tony Benn, met tout son poids pour amener Neil Kinnock, le nouveau « leader » du parti travailliste, à accorder un soutien total aux mineurs en lutte. La gauche veut qu'il abandonne cette stratégie « néo-réaliste » qui l'a mené, ainsi que d'autres dirigeants travaillistes éminents, à se joindre aux appels des médias pour que les mineurs arrêtent de suivre la tactique combative préconisée par le président de leur syndicat, Arthur Scargill.

Sirs, dirigeant du Syndicat des sidérurgistes (ISTC) a déclaré « qu'il ne permettrait pas que la sidérurgie soit sacrifiée sur l'autel de qui que ce soit ». Terry Duffy, principal syndical des métallos, l'AUEW, en réponse à une demande d'aiCela signifie que l'un des enjeux clés de des mineurs, a expliqué « qu'il regrette que les mineurs n'aient pu assurer l'unité nécessaire pour vaincre les employeurs ». Quant à la confédération syndicale TUC, elle est restée silencieuse jusqu'à présent. Les dirigeants de la gauche du parti travailliste et des syndicats se sont, par contre, rassemblés derrière les mineurs en grève. Tony Benn, dirigeant national de l'aile gauche travailliste, leur a apporté un soutien total. Les dirigeants des plus gros 1. Cf. Inprecor numéro 172 du 30 avril 1984.

Page 9

OF MINE WORK

NATONAL UNIL

CARDONA

SCOTTISH AREA

SM

SM GP° OSPERITY Banderole du Syndicat des mineurs. (DR) syndicats des transports ont accepté d'arrêter tout mouvement de transport charbon. A la base, les militants ont orgatoute une série d'initiatives : meetings, tournées des entreprises, comités de soutien, et ils ont recueilli des sommes d'argent importantes en soutien aux grévistes. La lutte des mineurs n'est plus seulement un affrontement avec le gouvernement Thatcher, c'est aussi une bataille entre la droite et la gauche dans le mouvement travailliste. Les divisions qu'elle a fait apparaître traversent le mouvement travailliste de haut en bas et reflètent une situation qui a lentement mûri en son sein depuis l'époque du gouvernement travailliste de 1974 à 1979. L'état de préparation de la gauche en vue de cette bataille sera un facteur décisif pour l'issue

LE GLISSEMENT A DROITE

DU MOUVEMENT TRAVAILLISTE

Depuis le retour des conservateurs au gouvernement, en 1979, les syndicats britanniques ont souffert quelques coups très durs. Les travailleurs de l'entreprise automobile British Leyland, les sidérurgistes, les cheminots et les travailleurs de la Santé ont été vaincus par les conservateurs et ont connu la défaite. Seuls les travailleurs du Service des eaux ont obtenu une réelle victoire contre le gouvernement (2). Le chômage touche aujourd'hui 4 millions de personnes. Cela a particuliè rement affecté les secteurs traditionnels l'industrie : automobile, sidérurgie, métallurgie et construction navale. Il en est résulté une baisse considérable des luttes grévistes entre 1979, où l'on comptait 29,5 millions de journées de travail perdues pour fait de grève et 1983, où l'on n'en comptait plus que 3,6 millions. Les effectifs syndicaux sont tombés de 52 à 49 % de la force de travail. Le nombre de délégués d'ateliers (shop stewards) a aussi diminué, passant de plus de 320 000 à près de 200 000. Cette baisse du nombre des shop stewards a été particulièrement marquante dans les secteurs industriels, où leurs effectifs sont passés de 130 000 à 80 000. Ce phénomène a été partiellement masqué par l'accroissement des effectifs des syndicats d'employés et fonctionnaires. Le résultat politique de cette situation, combiné au refus de la direction travailliste de mener réellement la lutte, fut le score désastreux du parti travailliste lors élections générales de juin 1983 : moins de 30% du total des voix, et seulement 39 % des suffrages des syndicalistes. Ce qui signifiait qu'une majorité des membres des syndicats ont voté soit pour l'Alliance, soit pour les conservateurs. L'un des éléments majeurs dans le résultat de ces élections fut l'apparition de l'Alliance comme troisième force dans la vie politique britannique. L'Alliance prit une grosse part des votes traditionnel lement travaillistes, et permit aux conservateurs de gagner largement ces élections, avec seulement 42 % du total des suffrages.

La première conséquence de ces ré sultats fut un important tournant à droite dans le mouvement syndical, lors du congrès du TUC de 1983. Le TUC adopta alors, en particulier, une politique de dialogue avec les conservateurs, pour essayer d'adoucir la portée de leur législation antisyndicale. C'était là un renversement de la position adoptée antérieurement de refus du dialogue avec le gouvernement, tant que la législation antisyndicale serait toujours à l'ordre du jour. Len Murray déclarait d'ailleurs peu après son intention de discuter avec « tout parti suscep-

2. Cf. Inprecor numéro 143 du 14 février 3. L'Association nationale des arts graphiques (NGA), l'un des plus importants syndicats de l'imprimerie, a mené une longue bataille contre le propriétaire d'un journal du nord de l'Angleterre qui essayait de briser l'organisation syndicale. Malgré les piquets massifs, qui ont mené à de violentes confrontations avec la police, cette lutte a été perdue à cause de l'accord négocié par le TUC (cf. Inprecor numéro 168

Le conflit du centre gouvernemental secret des télécommunications (GCHQ) a éclaté à cause de la décision du gouvernement d'interdire syndicale aux employés du cendes « raisons de sécurité ». Le TUC avait été forcé d'appeler à une journée de grève tible de former un gouvernement ». Cette position visait à tenir compte de la montée de l'Alliance, et soulignait le manque de confiance de l'aile droite du TUC dans la possibilité des travaillistes de remporter les élections générales. Cette politique fut très bien accueillie dans la presse bourgeoise et accrédita l'idée d'un « nouveau réalisme » de l'opposition travailliste. Les premiers fruits de ce « nouveau réalisme » ont été les trahisons des luttes des travailleurs de l'imprimerie et de celle des travailleurs du centre secret de télécommunications de Cheltenham (3).

Ce changement d'attitude politique s'est vérifié aussi au dernier congrès du parti travailliste. La « combinaison idéale » (4) trouvée pour la composition de la direction du parti fut un compromis entre le centre (Neil Kinnock) et la droite (Denis Healey). Ce compromis reflétait simultanément les avancées de la droite au sein du parti travailliste et le maintien de l'influence de l'aile gauche des bennistes dans les sections locales du parti et à la base des syndicats. Son objectif principal était, cependant, de diviser et de briser l'aile gauche du parti, c'est-à-dire la base de

Malgré la ligne de compromission des néo-réalistes, le gouvernement conservateur n'a en rien infléchi ses attaques contre les syndicats. Le résultat en a plutôt été une accentuation de la polarisation qui existe depuis de nombreuses années entre les syndicats. Les dirigeants syndicaux de l'aile gauche ont publiquement attaqué la ligne capitularde de l'aile droite pendant la grève des imprimeurs. Dans l'actuelle grève des mineurs, le syndicat de gauche des travailleurs des transports a organisé, de sa propre initiative, l'arrêt des transports de charbon.

Ces divisions ne se sont pas cantonnées au seul niveau des bureaucraties syndicales. Elles traversent le mouvement travailliste, aussi bien dans les syndicats que dans le parti. De plus, elles se situent dans un contexte où, malgré les défaites, la force organisationnelle de base de la classe ouvrière est toujours intacte : 49 % de la force de travail est organisée dans les syndicats, l'on dénombre plus de 200 000 délégués d'atelier, et une forte minorité de militants du syndicat et du parti travailliste sont prêts à combattre les conservateurs et à s'opposer à la ligne de collaboration avec la bourgeoisie prônée par la droite syndicale. La gauche des syndicats des employés du GCHQ devant l'ampleur de la protestation suscitée par la proposition gouvernementale d'acheter le droit de syndicalisation des travailleurs moyennant la somme de 1 000 livres (environ 11 000 francs). Mais cette proposition ne s'est pas réalisée et l'action a été arrêtée.

4. Le droit de vote pour tous les membres du parti travailliste lors des élections de la direction et du chef du groupe parlementaire a été l'une des plus importantes conquêtes de la gauche dans la lutte pour la démocratie. La « combinaison idéale » (comme le disent les médias) pour mener la campagne électorale de 1983, se composait de Neil Kinnock et de Roy Hattersley (représentant de la droite), et devait exprimer la « nouvelle unité » du parti.

Page 10

et celle du parti travailliste ont aujourd'hui un objectif politique plus clair que jamais depuis plusieurs années. C'est aussi une gauche bien différente de celle d'il y a dix ans. A cette époque, la force politique dominante à la base des syndicats était le parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB).

L'EVOLUTION DE LA GAUCHE TRAVAILLISTE AU COURS DES DIX DERNIERES ANNÉES Le parti communiste britannique s'appuyait alors sur un réseau de délégués d'atelier dans l'automobile, la métallurgie, la construction navale, les dockers. Lorsqu'il fallait répondre aux tentatives gouvernementales d'introduction d'une législation antisyndicale, il pouvait mobiliser le Comité de liaison pour la défense des syndicats (LCDTU), lequel pouvait à son tour appeler à une grève nationale impliquant plus de 600 000 travailleurs, comme cela s'était passé en décembre 1970. Le parti communiste britannique organisait dans les syndicats, en alliance avec d'autres forces de gauche, les structures de la Gauche large, un courant qui se concentrait sur l'élection de représentants syndicaux officiels de l'aile gauche dans les diverses instances. Cette action réussit à transformer la direction de deux des principaux syndicats, le Syndicat des transports et des travailleurs non qualifiés (TGWU), qui comprend plus de deux millions de membres, et le Syndicat des métallos (AUEW), d'organisations syndicales dirigées par l'aile droite du mouvement ouvrier en aile marchante du courant de

Cette combinaison des forces, entre une structuration solide à la base, dirigée par le parti communiste, et des bureaucrates de gauche dont la popularité était liée à ces structures de base, a donné naissance à l'énorme vague de résistance ouvrière aux attaques patronales à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Ces luttes brisèrent la législation antisyndicale, infligeant une défaite à la politique de contrôle des revenus et, en fin de compte, réussit à renverser le gouvernement conservateur d'Edward Heath, en 1974. Cela conduisit aussi à une syndicalisation massive des employés et des fonctionnaires. Il y eut un grand afflux de femmes dans la composition de la force de travail et également dans les syndicats. En 1976, le principal syndicat enseignant comportait 75% limites de cette activité revendicative et syndicale apparurent bientôt. Le parti travailliste, qui succéda au gouvernement d'Edward Heath, fut incapable de s'assurer ensuite une majorité électorale absolue. Et lors des élections législatives de février 1974, il obtint son score le plus bas depuis 1931.

En bref, la combativité des travailleurs dans les luttes ne se transforma pas en un soutien à l'unique parti ouvrier. Mais un retournement encore plus important se produisit lors de la récession de 1975. Le gouvernement travailliste, aidé par les bureaucrates syndicaux, imposa

SCOTTISH AREA TER FUTUR ON THE ROAD TO 1

POLMAISE

WILL NOT

SURRENDER

Manifestation des grévistes britanniques. (DR) une politique d'austérité qui réduisit de 10 % le niveau de vie des masses laborieuses en moins de 3 ans. Le parti communiste refusa de rompre son alliance avec bureaucrates syndicaux qui soutenaient cette orientation, laissant les délégués de base à leur sort et à leur désarroi. Le barrage céda en 1978-1979, le gouvernement travailliste tomba, emporté par une vague de luttes. Et c'est Margaret Thatcher qui le remplaça. L'expérience du gouvernement travailliste, Wilson puis de James Callaghan, et l'incapacité du parti communiste à conduire la lutte syndicale, entraîna très profond dans la gauche des syndicats et du parti travailliste. Le centre des activités ouvrières cessa d'être exclusivement la lutte revendicative directe menée par les organisations de délégués d'atelier de l'entreprise. Un nouveau combat prit forme dans les syndicats et le parti travailliste, pour parvenir à changer la direction et l'amener à rendre des comptes à la base. Ce fut la première vague de ce qu'on a appelé le « bennisme », qui provoqua la plus large discussion politique que les syndicats aient connue depuis la guerre.

De 1978 à 1982, cette aile gauche benniste réussit à obtenir une série de réformes démocratiques dans le fonctionnement du parti travailliste, ainsi que d'importants changements de l'orientation politique du parti en faveur d'une position de désarmement unilatéral ou contre la politique de contrôle des revenus. Le parti étant la principale carte de toute alternative politique, ces développements étaient très alarmants pour la classe dominante britannique. Celle-ci se trouvait confron-

NUM

POLMAISE

VUM

SUPPORI COLL ILISN tée à la perspective de voir Thatcher remplacée au pire par un parti travailliste dirigé par son aile gauche et, au mieux, un parti travailliste devenu un instrument politique instable et peu fiable. Le score électoral des conservateurs a constamment décliné depuis un demi-siècle. Ils ont perdu leur base dans les villes, en Ecosse, en Irlande du Nord chez les protestants (unionistes) (5), et leur majorité chez les électrices. Une partie de la droite travailliste scissionna pour former le SDP qui se lia avec le parti libéral pour former l'Alliance. Aux élections législatives générales de juin 1983, cette Alliance obtint seulement quelques pourcents de moins que les travaillistes, tout en jouant un rôle de division des votes anti-conservateurs. Compte tenu du système électif, le résultat en fut l'obtention, par Margaret Thatcher, de la plus large majorité parlementaire du siècle en nombre de députés, avec seulement 42 % des suffrages.

LES DIFFÉRENTS COURANTS

DU MOUVEMENT TRAVAILLISTE

L'aile droite de la bureaucratie a fait porter sur les partisans de Tony Benn la responsabilité du mauvais résultat électo-

5. Jusqu'en 1974, le parti conservateur avait des liens directs avec les Unionistes qui, en Irlande du Nord, soutenaient l'union avec la Grande-Bretagne. Ces liens directs ont été rompus en 1974, et il y a désormais trois partis « unionistes » qui ont des divergences importantes avec la politique irlandaise des conservateurs, si bien que des candidats individuels du parti conservateur en Irlande du Nord se décrivent eux-mêmes comme « conservateurs et

Page 11

ral du parti travailliste aux élections générales de juin 1983 et elle lança sa contre-attaque, visant à défaire les bennistes et à les isoler. L'objectif de la droite est de faire du parti travailliste un parti acceptable pour la classe dominante, et si cela ne réussit pas, de préparer une possible coalition avec l'Alliance. Certains porte-parole de la droite travailliste ont même déjà fait connaître leur préférence pour le SDP par rapport à un parti travailliste qui serait dirigé par Benn. Ces forces rejoignent ceux qui, au sein du parti travailliste, se prononcent en faveur d'une organisation de type social-démocrate européen, dont les liens avec les syndicats seraient moins directs.

Pour résumer, les directions des syndicats et du parti travailliste sont aujourd'hui divisées en trois courants :

- Une aile droite qui cherche à affaiblir les liens entre les syndicats et le parti et incline vers la constitution d'un parti social-démocrate, où l'adhésion se ferait individuellement, et vers un syndicalisme « apolitique », corporatiste. La dynamique de ce courant le porte vers l'alliance avec le SDP pour écarter les conservateurs.

- Un deuxième courant, médian, qui espère à la fois rendre le parti travailliste, sous sa forme actuelle, acceptable par la bourgeoisie et regagner son audience électorale. Le projet de ce courant est sans avenir dans l'état actuel de la crise. La classe dominante continuera ses attaques contre les syndicats pour arriver à en briser la force organisationnelle. Elle continuera aussi ses efforts pour détruire le parti travailliste comme principale alternative aux conservateurs. Ce courant poussé dans les bras de la droite.

- Le troisième courant est celui qui s'est constitué autour de Tony Benn dans le parti travailliste, et autour du dirigeant mineur Arthur Scargill dans les syndicats. Il s'agit de la force de gauche la plus significative sur l'échiquier politique britannique aujourd'hui. Ce courant soutient les réformes démocratiques dans le fonctionnement du parti, s'oppose à la trajectoire collaborationniste de la droite du parti et appuie les luttes contre les conservateurs. Son objectif est de refaire du parti travailliste un parti ouvrier fondé sur les syndicats et les mouvements de masse, en particulier sur le mouvement antinucléaire de la Campagne pour le désarmement nucléaire (CND) et sur les luttes des groupes les plus opprimés de la société (les femmes, les Noirs et les jeunes).

L'issue de cette bataille est vitale pour le mouvement ouvrier en GrandeBretagne. Les conservateurs ont déclaré leur intention de mettre hors-la-loi le monopole d'embauche syndicale, de s'attaquer aux réserves financières des syndicats et aux bastions travaillistes dans les grandes villes. Ils veulent également s'en prendre aux plus forts secteurs de la classe ouvrière et leur infliger des défaites décisives. L'orientation de la droite travailliste est de s'adapter à ces attaques et d'éviter des confrontations graves. Un tel cours signifierait un affaiblissement dramatique du parti travailliste et des syndicats et une coalition avec les partis bour-

Le parti travailliste est devenu un enjeu central de cette bataille entre l'aile droite et l'aile gauche. Le parti communiste s'est trouvé marginalisé dans cette confrontation. Son courant eurocommuniste en appelle ouvertement à une politique de collaboration avec la bourgeoisie, tandis que son aile stalinienne a vu son organisation de base chez les shop stewards complètement déstructurée. Il n'y a pas de force significative à la gauche du bennisme dans le champ politique britannique aujourd'hui. Les secteurs d'opposition de gauche dans les syndicats sont aujourd'hui animés par des éléments de la base du parti travailliste. Cela s'est vu tout à fait confirmé par l'audience qu'a connue la conférence organisée en mars dernier par la tendance Militant, centriste de droite, qui se réclame du trotskysme dans le parti travailliste. Cette conférence, organisée à l'intention de la gauche syndicale, a attiré plus de 2 000 délégués. A la base des syndicats, la gauche s'organise et son axe principal de bataille est la lutte pour la direction du parti. La Gauche large, dirigée par le parti communiste, quise fonde sur une politique de prise de responsabilité de ses représentants à des postes syndicaux sur la base de problèmes sectoriels, a été balayée comme force significative à la base des syndicats. La nouvelle gauche est aujourd'hui liée à des forces qui se trouvent au sein du parti travailliste, et elle s'organise autour d'un éventail de propositions politiques concernant l'orientation syndicale, l'unilatéralisme en matière de des mesures compensatoires en faveur des femmes et des Noirs, et l'appui aux luttes des travailleurs. Ces éléments de gauche sont plus nombreux chez les employés et dans les syndicats du secteur public. Dans les principaux syndicats de travailleurs manuels, comme les métallos, les transports, les chantiers navals, l'ancienne gauche n'a pas encore été remplacée par des formations organisées de façon significati-

Solidarité avec la grève des mineurs Avec la poursuite de la grève des mineurs, il devient évident que les piquets volants et la solidarité active de l'ensemble du mouvement ouvrier britannique sont les seuls moyens d'arracher une victoire face au refus intransigeant des patrons du charbon gouvernement. La solidarité internationale est elle aussi nécessaire. Prises de position et messages de solidarité, ainsi que dons de soutien à peuvent être adressés à : Syndicat national des mineurs (NUM), St.James House, Vicar Lane, field, South Yorkshire. Tél. : Sheffield 700 388.

Les coups infligés aux shop stewards et l'affaiblissement de la base syndicale du parti communiste ont entravé le développement de la gauche oppositionnelle dans le secteur industriel. On y trouve cependant un fort soutien pour les dirigeants de la gauche et leur politique, et les militants s'organisent de plus en plus autour des structures syndicales pour faire pression sur les directions syndicales.

Le pôle politique dominant de gauche, pour les militants de base, c'est le courant représenté par Tony Benn et Argeants de gauche n'ont pas choisi d'orgaà l'échelle nationale, ce qui risque de leur coûter fort cher. Par exemple, dans le Syndicat national des mineurs, la récente élection pour le poste de secrétaire général a vu le dirigeant de la gauche, Peter Heathfield, ne battre que d'une courte longueur le candidat l'aile droite. Dans le Syndicat des transports et des travailleurs non qualifiés (TGWU), qui compte 1,5 million hérents, la campagne pour l'élection du secrétaire général se déroule en ce moment. Il semble vraisemblable que le can-

George Wright, se classera très près derrière celui de l'aile gauche, Ron Todd, et il sera même peutêtre élu. Un tel résultat représenterait un coup très dur pour la gauche. Le TGWU est le plus gros syndicat du pays et, actuellement, son orientation est en accord avec la gauche contre les néo-réalistes. Dans une série de luttes d'importance (conducteurs de trains, travailleurs de la Santé, imprimeurs), la droite syndicale a pu trahir les luttes parce que la gauche ne s'était pas organisée pour s'opposer à ces trahisons. Ce problème va ressurgir indubitablement avec la grève des mi-

Tous ces conflits ont démontré qu'il y a une forte minorité, dans les syndicats et le parti travailliste, qui est prête à comà la fois les conservateurs et le sabotage organisé par la droite syndicale. L'organisation de cette force dans les syndicats et le parti travailliste est un pas en avant crucial à franchir dans l'intérêt des luttes à venir. Ne pas l'avoir déjà fait représente la plus grande faiblesse de la bureaucratie de gauche.

Pour les socialistes révolutionnaires, le développement de tout ce qui peut conduire vers une telle organisation nationale est une tâche prioritaire. En GrandeBretagne, la crise économique est en train de provoquer une réorganisation fondamentale de la politique bourgeoise, avec le rôle de troisième force que joue l'Alliance. Cette crise secoue également le mouvement ouvrier d'une façon très profonde. Le choix fondamental qui se pose à la classe ouvrière dans la période qui s'ouvre est soit d'accepter la ligne syndicale corporatiste et d'entente avec la bourgeoisie de la droite, soit de lutter pour des syndicats liés à un parti ouvrier qui défende toutes les luttes des opprimés.

Pat HICKEY, Londres, 4 mai 1984.

Une erreur sur cette page ?