'épreuve de force est maintenant engagée autour de la revendication de la réduc-
• fructueuses, le syndicat des métallurgistes, l'IG Metall, et celui des travailleurs de l'imprimerie, IG Druck und Papier, ont organisé, début mai, des consultations de leurs adhérents. La juridiction allemande contraint en effet à obtenir l'accord de 75 % des travailleurs concernés avant de pouvoir déclencher une grève légale. Les métallurgistes des régions du Bade-Wurtemberg (Stuttgart) et de la Hesse (Francfort), tout comme les 20 000 travailleurs de l'imprimerie de 198 entreprises différentes, se sont tous prononcés à plus de 80% en faveur du déclenchement de l'action gréviste.
L'IG Druck und Papier a poursuivi sa tactique de harcèlement du patronat par de courtes grèves successives interdisant la sortie des journaux, tandis que l'IG Metall ap.
pelait, le 12 mai, à la grève illimitée dans la région du Bade-Wurtemberg. Ce sont ainsi
24 000 travailleurs de l'automobile qui sont entrés en grève, organisant des piquets de grève dans leurs entreprises. Le 21 mai, le mot d'ordre de grève a été lancé dans la région de Hesse par l'IG Metall. 32 000 travailleurs ont été appelés à cesser le travail
C'est maintenant le plus important conflit social depuis la grève des métallos de
1978 qui s'engage. Toutefois, les possibilités de négociation d'un compromis ne sont pas entièrement exclues, d'après ce qu'a précisé, le 21 mai, un porte-parole de l'orga-
Les réactions patronales et gouvernementales ont cependant été très fermes face au déclenchement de l'action gréviste. Côté gouvernement, l'Office fédéral annoncait, le 18 mai, qu'il ne verserait aucune indemnité aux travailleurs mis à pied par leur direction dans les régions affectées indirectement par la grève. Le pouvoir essaye ainsi de monter contre les grévistes une partie des travailleurs d'entreprises sous-traitantes des usines en grève. Pour sa part, le patronat prévoit le lock-out de toutes les entreprises
La coalition gouvernement-patronat contre les grévistes donne à l'action de ces derniers un contenu clairement politique. L'IG Metall a appelé à une manifestation pour le 28 mai à Bonn, et le Parti social-démocrate, SPD, réuni en congrès à Essen, a dénoncé la transformation de « l'Etat social » en « Etat patronal ». Dans le combat mands auront donc besoin de la solidarité de tout le mouvement ouvrier européen.
Nous publions ci-dessous un article qui récapitule la genèse et les enjeux de ce
RFA dans la région de Francfort. nisation patronale Gesamtmetall. de plus de 2 000 salariés dans le Bade-Wurtemberg pour le 22 mai. qu'ils viennent d'engager, les conflit. Peter BARTELHEIMER
La lutte pour la semaine de 35 heures, pour laquelle une partie importante du mouvement syndical allemand se pré pare depuis un an, se trouve à un point crucial. Diverses actions de grève en faveur de cette revendication ont déjà lieu dans tout le pays. Les organisations patronales et le gouvernement de droite (regroupant les chrétiens-démocrates et les chrétiens sociaux (CDU-CSU), et les libéraux du FDP) au pouvoir depuis un an et demi, misent leur va-tout sur le développement d'une véritable atmosphère de haine contre la mobilisation autour de cette revendication. Leur point de vue
La bataille
pour les 35 heures
est engagée
métallurgistes et les travailleurs de l'imprimerie alle-
Best que toute minute de réduction du temps de travail en-deçà des 40 heures provoquerait la ruine de l'économie ouest-allemande. Dans les entreprises se ressentent la peur et l'incertitude des travailleurs face à la menace du chômage. Le mouvement syndical est divisé sur l'attitude à adopter, certains syndicats préférant négocier avec le gouvernement et le patronat des augmentations de salaire et la retraite anticipée à partir de 58 ans. Quant au plus important et plus puissant des syndicats qui se retrouvent dans le mouvement pour les 35 heures, celui des travailleurs de la métallurgie, l'IG Metall, avec ses 2,6 millions de membres, il hesite fortement à prendre la décision de lancer
Arbeitsplätze
sichern!
Ino une action massive de grève pour les 35 heures, malgré près de 4 mois de discussions. La direction du syndicat tente toutes sortes de manœuvres pour essayer d'échapper à cette lutte.
LE DÉBUT DE LA GREVE DANS LA METALLURGIE ET ...
DANS L'IMPRIMERIE
C'est en février dernier qu'a pris fin, pour les travailleurs de la métallurgie allemande, leur engagement au respect de la paix sociale. D'après le code ouest-alle mand du travail, les syndicats sont en effet tenus de préserver, après l'expiration des accords salariaux signés antérieurement, la « paix sociale » durant un certain temps. Depuis la fin mars, l'IG Druck und Papier (Syndicat du livre et du papier), de moindre importance, se trouve lui aussi libre de déclencher des grèves dans son secteur.
Dans la métallurgie, un mouvement de grève d'avertissement a été déclenché par l'IG Metall depuis le 13 mars 1984, parallèlement aux négociations avec le patronat. Dans certaines entreprises, la grève n'a été que d'une à deux heures, dans d'autres cas, ces débrayages ont donné lieu à des meetings ou à des manifestations rassemblant le personnel de plusieurs entreprises d'une même ville. Le temps fort de cette grève d'avertissement a eu lieu les 5 et 6 avril derniers. Le 5, 132 000 métallos ont pris part à la grève dans tout le pays, mais surtout en Allemagne du Nord. A Hambourg, 14 000 métallos de 48 entreprises différentes ont « essayé » la mise en application de la journée de 7 heures, en quittant leur travail une heure plus tôt. 7 000 d'entre eux ont manifesté avec les travailleurs de l'imprimerie en grève. Le 6 avril, premier jour des négociations nationales entre l'IG Metall et le patronat, le syndicat avait mobilisé 90 000 travailleurs pour le seul Land (région) du Bade-Wurtemberg, et 135 000 travailleurs dans tout le pays, par des débrayages autour du mot d'ordre « Aujourd'hui, sept heures ça nous suffit ! » C'est surtout dans les usines automobiles Daimler-Benz et Porsche que la revendication de la journée de 7 heures a été inscrite dans les faits, et ce par 90 % du personnel.
Des actions spontanées avaient également commencé dans le secteur du Livre, actions auxquelles le syndicat ne pouvait pas appeler officiellement, mais qui,
dans le cadre de sa « tactique souple de grève », se sont multipliées en permanence depuis lors. L'IG Druck und Papier est un petit syndicat (145 000 membres environ) qui, malgré le rude coup porté par l'introduction des nouvelles technologies dans ce secteur et la baisse du niveau de l'emploi, a réussi à accroître encore un de syndicalisation traditionnellement élevé, pour le porter aujourd'hui à plus de 53 % des travailleurs de la profession. Depuis la grande grève des travailleurs de l'imprimerie, de 1977 et 1978, ce trop affaibli pour se permettre de mener des grèves importantes. De par leurs statuts, les syndicats allemands sont en effet tenus au versement d'indemnités de grève aux travailleurs grévistes lors des actions ayant fait l'objet d'une convocation officielle. Grâce à sa tactique de grèves tournantes, il se trouve pourtant, à l'heure actuelle, à la pointe du combat pour la semaine de 35 heures.
Avant le 6 avril, quelque 18 000 travailleuses et travailleurs du Livre avaient pris part à des grèves d'avertissement qui ont touché 136 entreprises à travers tout le pays. Nombre de journaux n'ont pas été publiés ou l'ont été avec du retard et avec des tirages limités. Lors de la journée d'action de l'IG Metall en Allemagne du Nord, le 5 avril, les journaux du grand groupe réactionnaire Springer, et notamment le journal à sensation Bild, avaient disparu des kiosques de toute la région : dans toutes les grandes imprimeries de Hambourg, les équipes avaient cessé le travail les unes après les autres. Le 7 avril, la direction de l'IG Druck und Papier dé cidait la mise aux voix d'un mot d'ordre grèves tournantes sur 2 à 3 jours entreprises phares. prélude à cette action, des grèves d'avertissement d'un jour ont eu lieu, les 12 et 13 avril, dans 50 imprimeries de journaux, de
XIA sorte que nombre de quotidiens ne sont pas sortis le week-end suivant. UNE ÉPREUVE DE FORCE POLITIQUE
En Allemagne fédérale, les syndicats n'ont pas le vent en poupe. Les effets de la crise économique mondiale de 1979-1982 et du changement de gouvernement qui a marqué la fin de la longue coalition entre les sociaux-démocrates et les libéraux, ainsi que le retour de la CDU-CSU au pouvoir en 1982, ont fait comprendre à une partie de la bureaucratie syndicale social-démocrate que le « tournant » réactionnaire à Bonn exigeait un tournant combatif des syndicats, si ces derniers ne voulaient pas perdre toute influence. Selon Franz Steinkühler, élu vice-président de l'IG Metall en 1983 et qui incarne, dans une certaine mesure, cette prise de conscience, dans la lutte pour la semaine de 35 heures il y va de « l'existence ou de la non-existence » des syndicats. Comme il le déclarait dans une interview, « pour le patronat, l'idéal serait d'avoir des syndicats désarmés et doux comme des agneaux, qui soient tout juste bons à fêter le ler mai en salle. C'est dans ce but qu'ils veulent utiliser le chômage ».
Dans l'ensemble des pays de la CEE, le nombre officiel des chômeurs est passé de 4,6 millions en 1975 à 12,6 millions en 1983. Mais en RFA, ce triplement du chômage ne s'est produit qu'en l'espace de trois ans (2 350 000 chômeurs en 1983 contre 889 000 en 1980). La crise économique est en effet intervenue parallèlement à l'irruption massive de la micro-électronique dans les usines et les bureaux, ces mutations devant entraîner à elles seules la perte de 3 à d'emplois avant 1990. Or, depuis l'échec de la grève des sidérurgistes en 1978-1979 pour la semaine de 35 heures, les syndicats ont assisté presqu'impuissants à ce Un métallo allemand vote en faveur de la grève. (DR)
processus. Parallèlement, les salaires réels ont enregistré un recul, d'année en année, pour revenir, dès la fin 1982, en dessous ce leur niveau de 1978. Même si la désyndicalisation reste encore limitée (la puissante centrale DGB a perdu 100 000 adhé rents en 1983 sur un total de 7,85 millions de membres), la confiance dans les capacités de lutte des syndicats s'est considérablement affaiblie. En 1983, un délégué au congrès de l'IG Metall parlait — et c'est maintenant une formule consacrée -- de la « difficile réorientation d'une période de négociations dans une conjoncture favorable vers une période de luttes dans un contexte de crise ».
A cet égard, le changement de gouvernement intervenu en 1982 vient renforcer la nécessité de cette réorientation aux yeux mêmes d'une partie de la bureaucratie syndicale. Les dirigeants syndicaux habitués depuis plus de dix ans à coopérer avec « leur » gouvernement sont choqués non seulement par la politique de confrontation menée par le gouvernement de coalition bourgeoise CDU-CSU/ FDP (1) sur le terrain social, mais surtout gouvernementale d'aller vers une confrontation politique avec les
Le gouvernement d'Helmut Kohl s'est rangé de façon ostentatoire aux côtés du patronat dans la lutte sur les 35 heures. Le chancelier Kohl a qualifié cette revendication syndicale d'idiote et d'absurde. Quant au ministre de l'Economie, le comte Lambsdorff, dirigeant du FDP, il s'en est pris en plein Bundestag (Parlement ouest-allemand) à l'IG Druck und Papier, qu'il a qualifié de « groupuscule marxiste ». Enfin, le ministre-prési dent de Bavière, Franz-Josef Strauss, a déclaré que la semaine de 35 heures n'était qu'un prétexte des syndicats pour renverser le gouvernement actuel.
Tous les représentants du capital parlent aujourd'hui de reprise économique. Le fait que la reprise soit, d'après eux, enfin là, devrait apaiser les esprits. Leur langage est le suivant : « La crise est finie, il ne s'est rien produit de bien grave, le chômage va diminuer. » Cette propagande est évidemment directement orientée contre la revendication de la semaine de 35 heures. Les syndicats, affirment-ils, ont entre leurs mains la clé de la situation. Qu'ils renoncent à leurs revendications « déraisonnables » et tous les problèmes seront maîtrisés par « l'économie de marché ». Mais, menacent les représentants bourgeois, si les syndicats se lancent dans la pour des revendications « radicales », comme la réduction du temps de travail, la reprise économique sera éphémère et l'emploi s'en trouvera d'autant plus menacé. Accuser la mobilisation pour les 35 heures de mettre en danger la reprise économique à venir, telle est, en résumé, l'argumentation d'une propagande
1. Déjà initiée par le gouvernement du chancelier Helmut Schmidt, qui dirigeait la coalition gouvernementale entre le SPD et les libéLaux. la politique d'austérité a représenté, depuis 1982, une charge totale pour les travailleurs de l'ordre de 176 milliards de marks (environ 528 milliards de francs).
d'Helmut Schmidt à de nouvelles orienta- dans le soutien à l'action des syndicats patronale qui n'est pas sans effets dans les entreprises.
Le gouvernement ne s'est cependant pas contenté de prédire dans sa propagande le déclin de l'économie ouest-allemande et de la « libre entreprise » en cas d'entrée en application de la revendication ouvrière. Il a déjà pris concrètement position aux côtés du capital, par des initiatives juridiques. Le 29 mars, il a ainsi adopté une loi sur les préretraites entrant en vigueur à partir du ler mai, suivant laquelle les travailleuses et travailleurs de 58 ans ou plus pourront prendre, dans les cinq prochaines années, une retraite anticipée équivalente à 65 % du dernier salaire brut, sauf dans les PME (petites et moyennes entreprises) de moins de 20 employés. A cette fin, les entreprises recevront une aide équivalant à 35% du montant de la préretraite. Le secteur public est néanmoins exclu du champ d'application de la loi. L'objectif de cette disposition, qui joue un rôle clé dans la tactique de négociation du patronat, est donc clairement de diviser les syndicats. En effet, les patrons proposent, comme solution de rechange à la réduction du temps de travail, une amélioration volontaire des préretraites à un montant qui ne permet pratiquement à personne de vivre décemment. Un autre projet de loi s'inscrit dans la stratégie du capital en matière de temps de travail. Il s'agit d'une disposition « sur la promotion de l'emploi », qui vient appuyer les efforts du patronat en faveur d'un accroissement du nombre d'emplois précaires et sous-payés, en autorisant légalement le développement du travail à temps partiel, des contrats à durée limitée, du travail intérimaire, et abolissant les mesures de protection des jeunes et des malades au travail.
C'est donc bien le gouvernement, et non les syndicats, qui a politisé le conflit sur les 35 heures. Aujourd'hui, la société ouest-allemande est profondément divisée par cette revendication. D'un côté, l'IG Metall et les dans cette lutte, reçoivent de plus en plus le soutien de toutes les forces opposées à la politique gouvernementale (le SPD, les Verts, le mouvement pacifiste, le mouvement des femmes, le Comité droits des immigrés). De l'autre côté, on trouve toutes les forces « de la coalition du capital et du gouvernement » (selon l'expression de Franz Steinkühler). La lutte pour les 35 heures s'est donc transformée en une épreuve de force centrale avec le gouvernement.
LE SPD ET LES VERTS: DES ALLIÉS PEU SURS Sous la pression des mobilisations syndicales, les deux partis d'opposition au Parlement, le SPD et les Verts, ont abandonné leur scepticisme premier sur la revendication des 35 heures et déclarés solidaires de l'IG Metall et des autres syndicats sur cet objectif.
Il aura fallu du temps au SPD, dans son nouveau rôle de parti d'opposition depuis 1982, pour passer du programme de gouvernement ouvertement bourgeois tions politiques. Sous la pression du mouvement pacifiste, il a d'abord rompu avec des décennies de loyauté à l'égard de l'Alliance atlantique (OTAN) et s'est finalement prononcé contre le stationnement de nouveaux missiles US en RFA. Mais le retour du SPD comme parti d'opposition suppose également une réorientation de sur le plan social, et un avec les positions des syndicats. En 1982, le SPD, alors principal parti au gouvernement, avait reporté de 35 heures à un avenir radieux et lointain - Helmut Schmidt affirmant même « espérer viure assez longtemps pour voir ça » -, pour mieux préconiser le recours à la retraite anticipée comme solution au problème du chômage. En outre, il avait précisé que des réductions du temps de travail devraient « bien entendu » être « payées » par une diminution des revenus.
pour les 35 heures, faisant en sorte que dans chaque ville et village soient présentes les affiches rouges avec le signe de la campagne pour les 35 heures (le chiffre 35 sur un soleil levant), et organisant des réunions publiques avec des responsables syndicaux. Mais dans sa propre propagande de parti qu'il mène pour parvenir à une réduction du temps de travail, sur le mot d'ordre « Plus d'emplois, travailler moins! », le SPD met sur le même plan la revendication de la semaine de 35 heures et la proposition de retraite anticipée, même s'il propose de meilleures conditions pour cette retraite que celles existant dans la loi gouvernementale. Et l'attitude des sociaux-démocrates sur l'exigence du maintien intégral du salaire est plus qu'ambiguë. Le 28 mars dernier, au congrès national du SPD de Hambourg, il n'y avait encore pas de majorité pour cette revendication des syndicats.
En décembre 1982, le gouvernement Schmidt avait déposé un projet de loi sur le temps de travail qui partait des 40 heures comme temps de travail légal, et autorisait même, en règle générale, deux heures hebdomadaires de travail supplémen20 heures de travail supplémentaire par semaine. De plus, il s'agissait d'introduire le « temps de travail flexible », c'est-à-dire une répartition des heures de travail annuelles en fonction des besoins variables de la production. Au printemps 1983, le de mettre en place la semaine de 36 heures assortie d'une perte de salaire de 5% et d'une subvention de l'Etat aux entreprises pour couvrir les coûts salariaux de cette décision. Ce n'est qu'après le congrès de l'IG Metall, fin 1983, que le président du parti social-dé mocrate, Willy Brandt, annonçait qu'il se tiendrait « au coude à coude" avec l'IG Metall. Depuis, le SPD s'est engagé
La répugnance à l'égard de la revendication des 35 heures hebdomadaires de travail était plus grande encore à l'origine dans les rangs des Verts. La position de nombreux Verts portait, d'une part, l'empreinte d'une hostilité déclarée envers le mouvement ouvrier traditionnel, identifié au SPD-parti gouvernemental et, d'autre part, l'idée d'une « sortie radicale du système industriel » (2). Les tenants les plus conséquents de ces conceptions, qui commencent aujourd'hui à s'organiser en courant, la minorité dite « écologiste-libertaire », ne voient pas l'ennemi dans le capital mais dans l'« industrialisme », dont patrons et syndicats sont également responsables. Ils rejettent la revendication du maintien intégral du salaire comme
2. Pour une meilleure compréhension de ce débat, se référer à Inprecor numéro 152 du 6 juin 1983.
expression de l'« idéologie de consommation » et n'excluent pas qu'on doive, dans une économie « écologique », travailler 45 heures ou plus. Mais cette position n'est plus, depuis longtemps, majoritaire chez les Verts.
L'expérience faite en commun avec le SPD et les syndicats, d'opposition au cours réactionnaire Kohl, après la chute de la coalition gouvernementale dirigée par le SPD, tout comme le pragmatisme « real-politique » de la fraction majoritaire des Verts, ont
Ice changement d'orientation. Ainsi, l'introduction immédiate de la semaine de 35 heures « sans réduction de salaire pour les bas et moyens revenus » était en bonne place dans le programme électoral des Verts en 1983, comme mesure contre le chômage massif. Et, mars 1984, le groupe parlementaire des Verts invitait des syndicalistes à une réunion pour discuter d'une de leurs résolutions sur le temps de travail. Les Verts y affirmaient leur soutien aux syndicats de branche, « qui doivent mener une rude bataille pour imposer la semaine de 35 heures». Ils exigeaient en outre l'instauration de quotas favorisant l'embauche des femmes (« pour, à long terme, supprimer la division sexiste du travail et assurer aux femmes une vie sans discrimination »), l'exercice du droit de cogestion sur les nouvelles technologies, des accords sur le nombre d'embauches, et la poursuite de la réduction du temps de travail, mais aussi « l'encouragement aux petites et moyennes entreprises et aux coopératives, moins mécanisées et à fort taux de main-d'œuvre, et aux initiatives auto-
Tout comme le SPD, les n'osent cependant pas s'en prendre à ce qui constitue un véritable tabou de la politique en RFA, suivant lequel les lois ne peuvent, dans le meilleur des cas, qu'endes accords négociés « partenaires sociaux » (syndicats et patrons). Le projet de loi des Verts pour la réactualisation du décret-loi sur le temps de travail de 1938 encore en vigueur aujourd'hui, qui pourtant vise à se démarquer fortement du SPD, prend, de même que le projet du parti social-démocrate, comme base du temps légal de travail la semaine de 40 heures. Et dans le Land de Hesse, où les Verts et le SPD ont passé un accord de soutien au gouvernement régional minoritaire social-démocrate, il pas venu à l'idée d'un Vert ou d'un socialdémocrate de mettre à profit leur majorité commune au parlement régional pour passer une loi pour l'introduction des 35 heures hebdomadaires au niveau du Land. L'unité partis reste donc encore à démontrer dans la pratique, dans la rue comme au Parle-
LES SYNDICATS DIVISÉS SUR LES 35 HEURES Avant même le début de la bataille pour la semaine des 35 heures, l'unité formelle des 17 syndicats de branche chapeautés par la confédération DGB, s'est évanouie en fumée. La profonde division du mouvement syndical est la plus lourde hypothèque qui pèse sur cette mobilisation pour les 35 heures. Certains syndicats se sont coordonnés à cette occasion. A côté de l'IG Metall et de l'IG Druck und Papier (imprimerie), on trouve le syndicat des commerce et (HBV), le syndicat des postiers, le syndicat du bois et matières synthétiques, celui de l'agriculture, horticulture, sylviculture, le syndicat des enseignants (GEW). Le syndicat des services publics et des transports (OTV), second syndicat en importance avec 1,7 millions d'adhérents, s'est prononcé, le 11 avril dernier, lors d'une conférence nationale sur le temps de travail et après un long débat, pour la semaine de 35 heures comme objectif prioritaire, et en solidarité avec l'IG Metall.
De l'autre côté, cinq syndicats de branche se refusent toujours à cette solidarité : l'IG du bâtiment (BSE), le syndicat des mines, celui de la chimie, le syndicat du textile et habillement et celui de l'alimentation et de la restauration. Ces syndicats ont opté très tôt pour des négociations avec le patronat et le gouvernement sur la préretraite, dans lesquelles ils concentrent leurs revendications sur l'obtention des meilleures conditions pour les fonds de préretraite offerts. En RFA, le patronat n'accepte de négocier qu'avec les seuls syndicats de branche. Ces derniers peuvent donc prendre leurs décisions de façon autonome par rapport à la confédé ration et aux autres branches. Cette division reflète la tentative d'une partie des dirigeants syndicaux de poursuivre, même aujourd'hui, dans des conditions de chômage massif et sous un gouvernement réactionnaire, la politique de coopération entre « partenaires sociaux » de négociations « à l'amiable », du type de celles menées durant les années 1960 et 1970. L'IG Chemie a passé, dès 1983, un accord dans lequel la semaine de 40 heures est maintenue jusqu'en 1987. Le 2 avril
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1984, le syndicat du bâtiment suivait cet exemple et reconduisait la semaine de 40 heures jusqu'en 1988 en contrepartie d'une augmentation salariale de 3,3 % et d'un accord sur la préretraite. C'est sur ce genre de politique syndicale « raisonnable » que s'appuient patronat et gouvernement pour se déchaîner contre la mobilisation pour les 35 heures.
Mais une autre division menace le potentiel de combat des syndicats dans les rangs mêmes de l'IG Metall. La loi réactionnaire de 1952, qui régit l'organisation des entreprises, scinde la représentation du personnel en deux catégories. D'un côté, on trouve le conseil d'entreprise élu par tous les salariés (syndiqués ou non), qui détient le « droit de cogestion » mais doit observer la « paix sociale » dans l'entreprise. D'autre part, on a les délégués élus par les syndiqués. En fait, les membres de la DGB (principale confédération syndicale de RFA) représentent entre 80 et 90 % de chaque conseil d'entreprise. Mais, dans les grandes entreprises, s'est instaurée une forme particulière de collaboration « entre partenaires », entre ces « princes des conseils » et les patrons, qui entrave sérieusement l'IG Metall dans la voie de la mobilisation des grandes entreprises. De nombreux conseillers liés à l'IG Metall dans les grandes entreprises, non seulement se sont opposés aux 35 heures hebdomadaires lors des élections syndicales en mars et avril derniers, mais se sont aussi interdits toute propagande syndicale sur cette question, empêchant toute initiative des délégués syndicaux et veillant eux-mêmes à faire disparaître les tracts syndicaux concernant cette question. La mobilisation pour les 35 heures paie aujourd'hui le fait que non seulement ces conseillers contrôlent les délégués syndicaux, mais qu'ils sont aussi pratiquement indépendants de l'appareil syndical.
Ce qui est donc en jeu dans cette bataille, c'est la capacité du mouvement syndical à apporter une réponse commu-
Grève dans l'édition en RFA. (DR) STREIK STREIK
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ne à la politique de la bourgeoisie, ou son éclatement définitif en multiples groupes d'intérêt et de pression, dans le cadre d'une société « néo-conservatrice », où chacun lutte pour soi contre tout le monde.
DÉBUT D'UNE NOUVELLE
ORIENTATION On ne saurait trop insister sur la valeur que prend, dans ce contexte difficile, la revendication des 35 heures comme point de départ d'une réorientation indispensable de la politique syndicale. Pour la première fois, une importante partie du mouvement syndical se bat pour une revendication qui rompt avec la logique du système capitaliste. L'introduction immédiate des 35 heures est exigée dans le but de créer, pour l'ensemble de l'économie, jusqu'à 1,5 million d'emplois nouveaux. En revanche, l'abaissement de l'âge de la préretraite à 58 ans ne « libère » que 27 000 emplois. L'intensité du travail s'est en effet tellement accrue que, dans la métallurgie, très peu travaillent encore une fois passé cet âge. Depuis 1982, l'incapacité physique a fait baisser l'âge des travailleurs qui partent en retraite chaque année à une moyenne de 58 ans.
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Dans le matériel de propagande de l'IG Metall en particulier, apparaissent pour la première fois des idées anticapitalistes. En ce qui concerne par exemple la révolution technologique, on y explique qu'il n'y aura pas de nouveau « miracle économique », que la « relance » promise par le gouvernement et les patrons ne saurait faire régresser le chômage, et que la croissance économique dans les conditions actuelles signifierait une aggravation de la catastrophe écologique. D'autres revendications de l'IG Metall et de l'IG Druck und Papier notamment, ont aussi une dimension anticapitaliste. Les travailleurs de l'imprimerie réclament le droit de veto sur les nouvelles technologies. L'IG Metall s'élève contre le fait qu'en 1982, 2,2 milliards d'heures supplémentaires aient été effectuées dans l'ensemble de l'économie, ce qui équivaut à 1,2 million d'emplois. C'est pourquoi ce syndicat exige des conventions collectives qui n'autorisent qu'à titre exceptionnel les heures supplémentaires et imposent leur compensation en repos supplémentaires.
Pour la première fois aussi, plusieurs syndicats de branche se battent pour un même objectif, au lieu de se cramponner jalousement à leur autonomie. Certes, les efforts pour parvenir à une coordination de lutte dans différentes branches sont encore modestes au plan régional et local. Mais localement, des militants syndicaux s'efforcent à une collaboration efficace, y compris en dehors des structures syndicales officielles. Et, pour la première fois
aussi de toute son histoire, l'IG Metall ne se glisse pas simplement dans une lutte, mais s'y est au contraire systématiquement préparé depuis un an. La direction de ce syndicat a déclaré, à ce propos, que la revendication des 35 heures pourrait mener à « la lutte ouvrière la plus dure de l'après-guerre ». Mais la mobilisation n'est plus garantie, comme autrefois, par la traditionnelle discipline d'organisation. Dans les couches de travailleurs désorientés, dans les entreprises, la propagande des patrons et du gouvernement rencontre un certain écho, car la confiance dans les organisations syndicales a disparu. C'est dans ce contexte difficile que les dirigeants syndicaux ont été contraints de proposer des initiatives de mobilisation qui, pour certaines, étaient déjà réclamées depuis des années, mais en vain, par les militants syndicaux les plus actifs.
Dans de nombreuses entreprises, des groupes de travail ouverts à tous les syndiqués se sont mis en place, par l'intermédiaire des délégués syndicaux. Ces groupes de travail ont rassemblé des données sur la situation économique de l'entreprise, sur les emplois déjà supprimés et sur les menaces de licenciements à venir, et les ont soumises à la discussion. Ils ont calculé le nombre d'emplois à créer pour permettre l'application de la semaine de 35 heures et recensé les modifications nécessaires à apporter sur les machines et dans l'organisation du travail. Ils préparent des actions pour empêcher, par la suite, après la réduction du temps de travail, que les patrons n'accroissent purement et simplement les cadences (3). Ils ont mené des actions originales pour diffuser les résultats de leurs travaux, en disposant, par exemple, lors des réunions d'entreprises, des chaises vides correspondant au nombre de licenciés de ces dernières années. En soutien à ce travail de mobilisation, la direction de l'IG Metall a diffusé un questionnaire national sur les entreprises, auquel ont répondu plus de 600 000 métallos. Pour la première fois encore, des réunions de syndiqués ont lieu sur les entreprises ou les quartiers.
Avec le soutien de l'IG Metall, et assez souvent contre la résistance des conseillers d'entreprise membres de l'IG Metall, partisans de l'entente entre « partenaires sociaux », les heures supplémentaires sont interdites et de nouvelles embauches sont ainsi imposées. Pour la première fois, les syndicats empruntent des formes d'action aux mouvements sociaux (écologistes, mouvement pacifiste). Naturellement, beaucoup d'initiatives ont été entravées routine bureaucratique, dans toutes les villes, les syndicats sont descendus dans la rue et ont mené des actions spectaculaires. Les marches organisées à Pâques cette année par les pacifisse sont faites, entre autres, sous le signe de la solidarité avec la lutte pour les
De même, pour la première fois, la direction de l'IG Metall a appelé officiellement au développement d'un large mouvement de solidarité dans la société. Dans de nombreuses villes, des comités d'initiative de ville ou de quartier se sont créés indépendamment des syndicats, pour la semaine de 35 heures. Ces structures re mobilisation, bien que manifestement animées par des militants de la gauche socialiste ou de l'extrême gauche, ont néanmoins été reconnues par les instances syndicales locales et travaillent en coordination avec elles. De même, un haut responsable de l'IG Metall a, dans une interview accordée au mensuel de l'aile « écologistesocialiste » du parti Vert, Moderne Zeiten, appelé expressément à la solidarité des Verts et des mouvements alternatifs envers la mobilisation pour les 35 heures.
Et finalement, pour la première fois aussi, on évoque, dans la direction de l'IG Metall, la perspective d'une grève non pas à l'échelle d'une seule région, mais dans les entreprises clés du pays.
DES « PARTENAIRES SOCIAUX »
Mais le passé de collaboration entre « partenaires sociaux », qui est celui du mouvement syndical ouest-allemand, projette déjà son ombre sur la bataille pour les 35 heures. A la direction de l'IG Metall en particulier, on commence à entrevoir, depuis le début mars, un recul par rapport aux positions antérieures. Dans nombre d'entreprises, des responsables de la direction syndicale ont signifié au camp du patronat et du gouvernement leur volonté de compromis. Après l'échec des négociations habituelles, par régions, avec les patrons de la métallurgie, la direction de l'IG Metall, au lieu d'engager immédiatement une consultation préalable sur la grève et de donner ainsi un débouché à l'action d'avertissement déjà entamée, a choisi de temporiser en organisant encore organisations patronales.
Ce faisant, la direction syndicale misait sur l'éventualité qu'une aile du grand patronat serait prête à quelques concessions en échange d'un accord sur le «temps de travail flexible ». L'industrie automobile en particulier, qui a connu un
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petit boom ces dernières années, ne veut pas de grève. Partout où de nouvelles installations automatiques coûteuses ont été introduites, le capital a intérêt à l'extension du travail en équipe et à son adaptation à la nouvelle technologie, pour allonger la durée d'utilisation des machines. Ainsi, les responsables de la marque Nobel de BMW se sont clairement prononcés en faveur d'une semaine de 36 heures, qui pourrait être effectuée par 4 équipes de 9 heures. Dans l'espoir de se mettre à la remorque de ces intérêts et d'éviter ainsi une grève de masse, la direction de L'IG Metall est prête à abandonner aussi bien l'exigence de la réduction immédiate et massive du temps de travail passage de la semaine de travail en dessous des 40 heures est d'ailleurs maintenant analysé par elle comme une victoire) que celle des 7 heures par jour comme durée légale du travail. Le refus initial à fait fondé du temps de travail « comme élément de l'offensive de rationalisation du capitalisme », a fait place à une grande volonté de compromis sur ce point. Et il est maintenant de moins en moins question, pour la direction de l'IG Metall, d'imposer les embauches
Si pourtant on en venait quand même à une grève d'ampleur dans la métallurgie. on pourrait à juste titre l'imputer d'abord à l'intransigeance patronale. Pour des raisons politiques, les patrons ont dans leur majorité choisi la confrontation avec le mouvement ouvrier, parce qu'ils tablent sur une grave défaite des syndicats. Mais venait à un compromis sans bataille syndicale préalable pour changer le rapport des forces, c'est tout le mouveouvrier qui LA GAUCHE SE COORDONNE, LA SOLIDARITÉ DOIT SE DÉVELOPPER Durant des années, depuis la fin décourageante de la grève des sidérurgistes en 1978-1979, la revendication heures n'était soutenue que par une petite minorité du mouvement syndical, pendant que les directions cherchaient à la faire oublier et se consacraient entièrement à discuter des formes de préretraites. Le fait que la direction de l'IG Metall ait, fin 1982, repris cette revendication à son compte - même si cela n'était pas sans rapport avec le changement gouvernemental de l'époque -, met les militants syndicaux les plus actifs et les militants socialistes et, parmi eux, ceux du Gruppe Internationale Marxisten (GIM), section ouest-allemande de la IVe Internationale, face à une situation politique inattendue qui pose de nouveaux problèmes tactiques.
Ce n'est d'aucune façon la base syn3. La proposition défendue par une minorité de syndiqués pour que soit consigné dans les conventions collectives le droit syndical de surveillance sur les conditions de travail n'a néanmoins pas encore remporté une majorité de suffrages lors du dernier congrès de l'IG Metall en 1983.