Après l'immense mobilisation pour les élections présidentielles directes
E élections présidentielles directes et immédiates. Depuis lors, et surtout dans les N novembre 1983, le Parti des travailleurs (PT) lançait une campagne pour des semaines qui précédèrent le vote du 25 avril dernier sur cette question à la Chambre des députés, la mobilisation a pris des proportions gigantesques, faisant descendre au total dans la rue plus de 10 millions de Brésiliens à travers tout le pays. Cela représente la mobilisation de masse la plus importante de toute l'histoire du Brésil et l'une
Le mot d'ordre d'élections directes immédiates représente la revendication démocratique élémentaire du droit du peuple à élire directement, au suffrage universel, le président de la République dès cette année, en opposition avec le projet de la dictature d'organiser, en janvier 1985, son élection indirecte par un collège électoral dont la composition a été tellement manipulée qu'elle garantit d'avance le choix d'un candidat
BRESIL des plus importantes qu'on ait connu dans le monde entier. ayant l'aval des militaires. Jakob STUDER
Le 25 avril 1984, jour du vote à la Chambre des députés sur la proposition de l'opposition de modifier la Constitution, par un amendement devant permettre l'organisation d'élections présidentielles directes, il fallait une majorité des deux-tiers pour l'emporter. Il manqua 22 voix à la proposition de modification de la Constitution pour atteindre ce but. Toutefois, même si elle avait été adoptée par cette Chambre, elle se serait heurtée à l'opposition résolue du Sénat, où le gouvernement dispose d'une majorité substantielle. L'échec du vote à la Chambre des députés pour les élections directes n'a dont été qu'un échec partiel. Et même après cette victoire à la Pyrrhus, la dictature semble toujours être à bout de souf-
L'ARRIERE-PLAN DE LA BATAILLE
POUR LES « DIRECTES » La raison de cette immense explosion populaire en faveur des « directes » est évidente. Pendant les vingt années de la dictature, qui a pris le pouvoir après le coup d'Etat de 1964, la rage s'est accumulée dans la population contre l'oppression, la misère désespérée, la situation économique désastreuse, dont souffrent millions de personnes. Pour nombre d'entre elles, la lutte pour le pain quotidien est une bataille permanente pour survivre.
La revendication limitée d'élections directes immédiates est devenu le canal par lequel s'exprime la volonté trop long temps contenue d'en finir avec la dictature. Certes, celle-ci bat en retraite depuis 1978, date à laquelle a été révoqué le décret constitutionnel numéro 5 sur la loi martiale et la censure, et depuis la grève des métallurgistes de Sao Paulo en 1979, qui s'étendit à d'autres secteurs et d'autres régions du pays. En 1982 se sont tenues, pour la première fois depuis 1965, des élections directes pour désigner les gouverneurs des Etats et les députés (1), mais la dictature se refuse toujours à céder la place, comme en témoigne le débat sur les élections présidentielles.
Presque tous les secteurs de la population ont participé au mouvement de masse pour les élections directes. Sur la crête d'une vague de rassemblements de masse innombrables, de fêtes et de meetings de rue, le mouvement avança pour atteindre ses points forts lors des manifestations centrales de Sao Paulo, Rio de Janeiro et d'autres grandes villes. Ces manifestations, qui durerent de longues heures, avec beaucoup de musique, de prises de parole, de danses et de feux d'artifices, représentaient en outre de véritables fêtes saluant les libertés déjà acquises mais qui sont encore loin d'être assurées.
Brasilia, capitale formelle du pays, où se trouve le Parlement, fut le point de convergence de manifestants qui durent faire de longs voyages pour parvenir jusqu'à cette ville nouvelle éloignée des autres principales villes du pays. Le 18 avril, 40 000 femmes y manifestèrent. Le 25 avril eurent lieu, dans les grandes villes, y compris dans la capitale soumise à la loi martiale, des concerts de casseroles à la chilienne. Des rassemblements ininterrompus mobilisant des dizaines de milliers de personnes, accompagnèrent le débat au Parlement. Ils se sont poursuivis jusqu'à 2 heures du matin, les principaux partis politiques étant tombés d'accord pour voter le plus tard possible, afin de limiter au maximum les réactions éventuelles des masses. Beaucoup de manifestants s'effondrèrent en sanglots lorsque le résultat du vote fut connu. De partout fusa alors le cri « Vergonha ! » (« Quelle honte! »).
L'élément décisif pour expliquer cette audace populaire est que, du jour au lendemain ont été obtenus dans les faits des droits démocratiques qui semblaient il y a peu encore totalement hors de portée. C'est le genre de situation qui ne peut se produire que lorsqu'il existe un puissant mouvement de masse. Ainsi, la presse a réalisé sur cette campagne pour les élections directes des reportages ouverts et favorables. Le journal libéral Folha do Sao Paulo participa activement à cette campagne en publiant, par exemple, les numéros de téléphone de tous les députés avec la recommandation que les lecteurs leur fassent sentir la pression de l'opinion publique. Dans les médias populaires à caractère commercial, les reportages sur cette question furent nombreux. Il y eut aussi beaucoup d'émissions de radio consacrées à des débats et des interviews sur ce thème. Dans une certaine mesure, les médias prirent donc position en faveur de la revendication pour des élections directes immédiates. Dans un pays où 30% de la population est analphabète et où le nombre de lecteurs de journaux est plus bas, proportionnellement, qu'en Arabie saoudite, la radio et la télévision jouent un rôle essentiel.
Des partis de gauche qui sont toujours hors la loi, tels que le Parti communiste brésilien (PCB), le Parti communiste du Brésil (PC do B, pro-albanais) et d'autres encore, commencèrent à agir ouvertement, à une grande échelle, fournissant même des orateurs pour les rassemblements de masse. La police militaire se tint la plupart du temps en retrait et n'intervint pas contre eux. C'est en voyant l'émotion de camarades ayant milité dans la clandestinité au cours des années 1960 que l'on comprend pleinement le tournant qu'ont représenté ces derniers mois de manifestations, et ce, même si la dictature militaire brésilienne n'est pas comparable, par son emprise et sa férocité, à celles d'Argentine et du Chili.
Alors que le mécontentement populaire semble être uniquement centré sur des revendications à caractère démocratique, il ne faut pas oublier que cette mobilisation se développe au-dessus d'une véritable poudrière sociale. La question clé, en effet, reste celle du taux d'inflation qui s'envole vers les 300 % par an, ce qui renforce la revendication d'augmentations salariales liées au coût de la vie, alors que le problème de la dette extérieure (800 milliards de francs) entraîne des pressions de plus en plus fortes de la part du Fonds monétaire international (FMI) pour la mise en place d'une politique d'austérité en-
1. Cf. Inprecor numéro 139 du 20 décembre 1982.
portante de la population laborieuse, au- Chaves, bien que n'ayant pas pris part à core plus sévère. Même si le taux d'inflation a légèrement baissé au mois d'avril, le coût de la vie augmente toujours de 2 % en moyenne chaque semaine. Et comme les augmentations de salaire traînent loin derrière, même les couches moyennes sont durement frappées dans leur niveau de vie, pour ne pas parler des couches les plus pauvres de la population. Ces dernières années ont vu des pertes de salaire réel allant jusqu'à 50 %. En ce moment, le salaire minimum garanti par l'Etat est de 60 000 cruzeiros par mois, et il va être augmenté à 97 000 cruzeiros, ce qui représente environ 450 francs.
Il n'existe pas de statistiques fiables sur le chômage, mais sur une population active totale de 48 millions de personnes, environ 2 millions d'entre elles sont officiellement comptabilisées comme chô-
A ce chiffre s'ajoutent aussi 4,5 de personnes qui « travaillent sans revenus », pour l'essentiel des membres des familles paysannes. Seulement 17 millions de travailleurs possèdent des cartes de travail officielles. Une partie imtour de 20 millions de personnes, travaille dans ce que l'on appelle l'« économie parallèle » ou « economia invisivel » (économie invisible), dans de petits commerces artisanaux tels que les vendeurs ambulants, dans des travaux nondéclarés qui ne se conforment pas au Code du travail et, dans des proportions non négligeables, dans des activités de type purement et simplement criminel. Evidemment, les hausses du coût de la vie ne rendent nullement compte des conséquences dramatiques qu'elles entraînent pour ce sous-prolétariat. Les conditions de vie sont effroyables (pollution, mauvaise qualité des transports) à la campagne, surtout dans le Nord-Est, et dans les quartiers populaires des grands centres urbains où sont concentrées des millions de personnes.
Il n'est donc pas surprenant que, dans ce contexte social explosif, la mobilisation pour des élections directes immé diates ait été accompagnée un peu partout par une montée de mouvements pour des revendications concrètes et par pour l'obtention d'augmentations salariales correspondant réellement à celles du coût de la vie. Cela a aussi été favorisé par une légère reprise économique. La grève la plus importante a été celle des enseignants des écoles de la ville de Sao Paulo, qui dura 14 jours et qui s'est provisoirement terminée par un
LE RÉGIME ISOLÉ Le régime apparaît donc plus que jamais comme sérieusement isolé. Des secteurs importants de la bourgeoisie industrielle et financière, qui recherchent la stabilité sociale dans l'intérêt du développement de leur activité économique, se sont prononcés pour des élections directes immédiates tant que le mouvement de masse leur semble encore pouvoir être canalisé. Le représentant de ces secteurs, le vice-président de la république Aureliano cette campagne, s'est pourtant ouvertement déclaré partisan des élections direcTribune d'un meeting de l'opposition, pour les « directes ». (DR) tes. Il est d'ailleurs généralement considéré comme le vainqueur probable d'un tel scrutin, s'il avait lieu. Les deux candidats de la dictature, le ministre de l'Intérieur Andreazza, et Paulo Maluff, l'ancien gouverneur de l'Etat de Sao Paulo, qui tire toutes les ficelles de la corruption sous le régime actuel, se sont accrochés aux élections indirectes comme si leur vie en dépendait, ce qui est probablement vrai, du moins en ce qui concerne leur carrière politique. En conséquence, ils sont devenus les cibles privilégiées de la haine populaire.
démocratique et social (PDS) gouvernemental s'est divisé au Parlement, 54 de ses députés votant pour des élections directes. Sous la pression de la mobilisation populaire, plus d'un cinquième de ses députés n'ont pas osé prendre position, étant absents lors du vote. Seuls 64 élus du parti gouvernemental ont voté contre des élections directes, constituant ainsi une minorité de blocage suffisante par rapport à la règle des deux-tiers.
Le président-dictateur Figueiredo s'est montré incapable, en cette occasion, de rassembler les colombes et les faucons du PDS. Le jour de la grande manifestation de Sao Paulo, le 16 avril, il lança à la télévision ses propres contre-propositions de modification de la Constitution, comprenaient la réduction de la durée du mandat présidentiel à 4 ans et la tenue d'élections présidentielles directes 1988. Les manifestants lui répondirent par un gigantesque concert de sifflets. Personne n'a encore mordu à cet appât. Quelques jours plus tard, à la veille du vote au Parlement, Figueiredo décréta l'état d'urgence pour soixante jours, dans la capitale Brasilia et dans dix villes de la région. Cette loi martiale doit rester en vigueur jusqu'à la mi-juin et pourra être encore prorogée de deux mois. Dans le cadre de cette mesure répressive et durant le vote, les routes d'accès à la capitale étaient contrôlées par l'armée, tout reportage en provenance de Brasilia était interdit, des journalistes furent arrêtés, les journaux de gauche furent fermés, les rassemblements interdits, des manifestations d'étudiants dispersées et quelques-uns de leurs dirigeants arrêtés. Toutes ces mesures étaient censées protéger des pressions populaires les élus dans l'exercice de leur fonction. Pendant un certain temps, le climat fut même très tendu, et la tension monta encore lorsqu'au moment du vote une coupure de courant plongea dans le noir dix villes, dont Sao Paulo. La population put se rendre compte que le pouvoir était toujours aux mains des militaires.
Néanmoins, même l'armée est divisée sur la question de l'élection présidentielle. Au Clube Militar, une organisation d'officiers ayant des traditions libérales qui datent de l'époque de l'émancipation des esclaves au siècle dernier, une liste d'opposition favorable aux élections directes devait même être présentée pour l'élection du conseil d'administration, le 16 mai.
L'état d'urgence imposé à Brasilia sera sans doute levé avant la date prévue. Dans un proche avenir, un nouveau coup d'Etat militaire comme forme de résistance des secteurs militaires les plus durs face à l'ouverture démocratique semble être la variante la moins probable. On ne sait toujours pas à quel moment les propositions du président Figueiredo de modification de la Constitution seront présentées au Parlement. De toute façon, elles n'ont aucune possibilité de rassembler une majorité des deux-tiers. Dans son discours du ler mai, le Président déclara néanmoins qu'il n'était pas prêt à faire d'autres con-
A PROPOS DE L'UNITÉ DE L'OPPOSITION Dans les semaines qui ont précédé le 25 avril, l'opposition était unie dans la campagne pour les élections directes. Le front commun allait du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), alliance de forces bourgeoises-libérales, pe-
tites-bourgeoises et même ouvrières soutenue par le PCB et le PC do B, jusqu'au Parti des travailleurs (PT), parti ouvrier qui a son origine dans la grève des métallurgistes de Sao Paulo de 1979, en passant le Parti démocratique (PDT), héritier du vieux parti populiste de l'ex-président Joao Goulart renversé coup d'Etat militaire aujourd'hui présidé par Leonel Brizola, ancien collaborateur de Goulart, et maintenant gouverneur de l'Etat de Rio de Janeiro et soutenu par des secteurs de l'Internationale socialiste. Un peu partout, ces partis formèrent des comités unitaires pour les élections directes et immédiates, mais c'est seulement après que la campagne ait pris un caractère de masse que le PDT, et surtout le PMDB, se rendant risquaient de s'isoler s'ils ne participaient plus largement au mouvement, s'y engagèrent plus profondément et en prirent la direction.
Le PMDB se réorienta le premier. Par contre, jusqu'à la fin mars, Brizola s'opposa à l'organisation de nouvelles manifestations à Sao Paulo. Ce fut seulement après que le PT ait tout seul fait descendre 200 000 personnes dans la rue, le 21 mars, qu'il céda. Mais à ce moment-là, le soutien qu'il apporta, a à préparer les conditions pour la mobilisation de plus d'un million de personnes, le 10 avril, mobilisation qui déclencha une nouvelle poussée du mouvement. Cette large unité ne fut cependant possible que sur la base de la revendication limitée d'élections directes immédiates. Dans les manifestations, les orateurs abordaient peu la question de la situation sociale, des exigences du FMI ou de la nécessité d'un programme alternatif concret de gouvernement. Et ce qui était dit à ce sujet restait en général très vague. Les déclarations les plus claiétaient faites par Luis Inacio Silva « Lula », dirigeant du PT, qui prenait la parole partout et fut de loin le plus applaudi. Bien que les médias aient soigneusement minimisé son impact, sera devenu un personnage d'envergure
La mobilisation pour les « directes » fut toutefois marquée par une espèce de sentiment d'unité nationale très ambigu, bien exprimé par exemple dans le fait que l'hymne national, dont la dics'est tant servie, était chanté durant les manifestations. Certes, dans un pays du tiers-monde dominé par l'impérialisme, un tel sentiment national reflète bien sûr des aspirations à l'émancipation nationale, mais celles-ci ne sont pas suffisantes en elles-mêmes pour apporter une solution au problème de l'oppression subie par les masses populaires, pas plus que l'élection directe du président de la République.
Pour apprécier l'évolution de la situation, il faut se rapporter à deux faits fondamentaux. Tout d'abord, le mouvement de masse n'a pas été brisé par la défaite du vote sur les élections directes, au Parlement, le 25 avril dernier. Sa dymaintient toujours, qu'on assiste à une démobilisation, qui semble toutefois provisoire. La perspecnouvelles mobilisations reste acquis démocratiques remportés qui ne pourront pas être effacés du jour au lendemain. La classe ouvrière s'est politisée au cours d'une lutte contre les institutions du pouvoir. Ainsi s'ouvre une période dans laquelle les ouvriers et les paysans pourront remporter de nouveaux succès.
En deuxième lieu, on ne se trouve pas au Brésil dans une situation révolutionnaire. Il n'existe pas de force révolutionnaire puissante, car le PT est loin d'en être une. La majorité de ce parti n'a soit pas encore pris position sur des décisives, soit s'est situé là-dessus de façon ambiguë.
L'AVENIR DU MOUVEMENT
DE MASSE L'enjeu actuel, et il est de taille, est donc de savoir si le mouvement de protestation va se poursuivre vers une orientation résolue de rupture définitive avec la dictature, ou si elle va plutôt s'orienter vers des négociations avec le régime sur la fameuse formule d'un gouvernement civil de transition. Maintenant que le régime a montré son intransigeance sur cette question, une rupture avec la dictature constitue le préalable essentiel pour la poursuite, l'élargissement et la radicalisation des mobilisations pour des élections directes et immédiates. Si une telle rupture se produisait, elle pourrait déclencher une dynamique de mobilisation d'ensemble dans laquelle se combirevendications démocratiques et sociales. Cela pourrait alors préparer le terrain pour la mise en avant du mot d'ordre de gouvernement des ouvriers, des paysans et des masses prolétarisées des villes. La possibilité d'une telle dynamique n'est pas seulement théorique, elle existe déjà en filigrane. Quand Franco Montoro, gouverneur de l'Etat de Sao Paulo et membre du PMDB, se présente d'un côté dans le cadre de la campagne pour les élections directes comme un « ami du peuple », et de l'autre s'oppose grève de « ses » enseignants, cela constitue une contradiction qui donne aux masses populaires la possibilité tirer certaines conclusions allant dans le sens du renforcement d'un pôle politila bourgeoisie détient toujours pas mal de cartes, même si dans sa grande majorité elle n'est pas du tout prête à accorder des élections directes qui pourraient l'amener à perdre le contrôle du mouvement de masse. On parle beaucoup en moment de négociations. Les marchandages politiques sont traditionnels dans ce pays de type fédéraliste, où existent un réseau d'intérêts locaux et une multitude de petits potentats qui entretiennent le clientélisme en dispensant des miettes de leurs richesses. Pour maintenir la coexistence entre tous ces intérêts, de tels marchandages ont toujours été nécessaires.
Une des alternatives proposées est celle d'une présidence de transition avant la tenue d'élections présidentielles directes, qui durerait un ou deux ans. Bien entendu, cette solution ne serait associée qu'à des réformes sociales et politiques modestes. Il est tout à fait possible que ces deux variantes — la présidence de transition ou les directes - pourraient être « réconciliées » à la manière de la transition post-franquiste en Espagne, sous la forme d'un accord du type du Pacte de la Moncloa, par lequel les partis social-démocrate et communiste espagnols se rallièrent à l'unité nationale. On en-
tend déjà des appels à ce type de solution, même dans les rangs du PDS gouvernemental. Dans ce cas de figure, il y aurait certes des élections directes à court terme, mais en faisant l'économie de réformes sociales radicales.
Le PT s'est prononcé contre des négociations avec la dictature et pour la poursuite de la mobilisation, mais il n'a pas encore proposé une campagne centralisée, menée autour d'un programme revendications fondamentales, l'appel pour une Assemblée te, qui impliquerait une rupture avec le régime. Dans un tel programme, l'on pourrait inclure des revendications concernant le châtiment des militaires responsables de la répression et de la torture, l'indépendance des syndicats, le droit de vote pour les soldats et les analphabètes, la légalisation de tous les partis politiques, la demande d'un moratoire sans conditions sur le remboursement de la dette extérieure. D'autres revendications possibles seraient celles d'une réforme agraire radicale, d'une échelle des salaires intégrale, d'un programme pour l'emploi. C'est aujourd'hui la tâche des marxistes-révolutionnaires brésiliens que d'essayer d'enraciner la perspective d'un tel programme au sein du parti ouvrier de masse qu'est le PT. En ce moment, ces s'efforcent de populariser l'idée de l'organisation d'un référendum pour imposer les élections directes immédiates.
VERS LA GREVE GÉNÉRALE ? reste cependant peu claire. L'unité de l'opposition ne s'est pas brisée depuis le 25 avril, mais un éventail de divergences s'est maautour des questions concernant les conditions de la poursuite des mobilisations et des négociations avec le ré-
Au PMDB, une aile dirigée par Tancredo Neves est favorable à un candidat de transition à la présidence de la République, avant des « directes ». Une autre aile du parti, dirigée par le président du PMDB Ulisses Guimaraes, qui représente les secteurs les plus radicaux, plus sensibles aux pressions du mouvement de masse, et qui pour l'instant semble la plus forte, s'oppose toujours à cette
Leonel Brizola, du PDT, qui n'aurait pas, quant à lui, grande chance de remporter un scrutin présidentiel aujourd'hui, est aussi partisan d'une candidature de transition. En ce moment, on assiste donc à ce sujet à une série impressionnante de déclarations des politiciens les plus connus. Au Parlement, la fracqui est favorable aux élections présidentielles directes, est en train de préparer aux propositions du général-président Figueiredo, dans le but de relancer son initiative.
Le Comité national pour les élections directes envisage d'organiser une journée d'action nationale le 13 mai, dans toutes les villes du pays, bien qu'il n'ait pas encore pris une décision ferme là-dessus. Les syndicats sont aussi train de prendre des initiatives politiques. A la suite du 25 avril, la Centrale unique des travailleurs (CUT), le Congrès de la classe travailleuse (CONCLAT) et les syndicats lancé un appel commun pour une grève nationale de 24 heures le jour du débat au Parlement sur les propositions de Figueiredo (2). Cet appel commun constitue un pas en avant important, puisque lorsque la CUT avait proposé action avant le 25 avril, elle s'était heurtée à un refus catégorique de la part du CONCLAT. Le 18 mai se tiendront dans tout le pays des assemblées générales des travailleurs, pour trancher sur la proposition de la grève générale et en discuter les modalités. Les manifestations du ler mai se sont déroulées partout dans le même esprit unitaire, ce qui est aussi
Dessin extrait d'Em Tempo. (DR)
O PT e a Esquerda
Dessin extrait d'Em Tempo. (DR) nouveau. Elles étaient centrées autour de la revendication des élections directes et immédiates, et tous les partis d'opposition y ont participé, aussi bien d'ailleurs que les personnalités des ministères du Travail dans les Etats dirigés par l'opposition.
Néanmoins, la participation à ces manifestations fut décevante, vraisemblablement parce que la population était épuisée après une longue série presqu'ininterrompue de mobilisations masse. A Sao Bernardo, dans la ceinture industrielle de Sao Paulo, il y avait moins de 2000 manifestants. A Sao Paulo même, il y en avait 10 000, et 50 000 à Rio de Janeiro. Pour la première fois depuis vingt ans, toutes les organisations de gauche ont néanmoins pu participer librement à la traditionnelle fête du ler mai. La plupart des orateurs ont clairement affirmé, dans leurs discours, que s'ouvrait aujourd'hui une nouvelle étape qui sera décisive pour l'avenir de la mobilisation démocratique et anti-dictatoriale. sont-ils prononcés sans équivoque contre des négociations avec le régime et la réconciliation avec la dictature et pour la poursuite des mobilisations et la grève générale. Les conciliateurs, tels que Tancredo Neves du PMDB et Leonel Brizola du PDT, furent conspués. Les semaines qui viennent seront donc cruciales pour préparer la prochaine vague de mobilisations.
Jakob STUDER, Sao Paulo, 2 mai 1984. 2. La Centrale unique des travailleurs (CUT) a été créée en 1982 par des syndicalistes qui s'efforcent de construire un mouvement syndical indépendant. Encore minoritaire dans le mouvement ouvrier, elle possède le gros de ses forces dans la région de Sao Paulo. Le Congrès de la classe travailleuse (CONCLAT) regroupe des syndicats qui se situent toujours dans le cadre de la législation du travail du régime et sont dirigés par des leaders « Jaunes » (pelegos). Le CONCLAT soutenu par les staliniens du PCB.