En juillet 1983, une vague de violence raciste inouïe à l'encontre des travailleurs tamouls a causé de nombreuses vicd'importants dégâts matériels (habitations et entreprises), en particulier dans la région de Colombo (cf. Inprecor numéro 156 du 12 septembre 1983 et 164 du 9 janvier 1984). C'est de cette manière que les travailleurs de l'usine de textiles Cyntex ont perdu leur emploi, ne recevant d'autre indemnisation de la part du gouvernement qu'une maigre ration alimentaire et aucun salaire de la part des employeurs. Aujourd'hui, cette firme essaie, sous un autre nom, de réembaucher des travailleurs de façon individuelle. Son but est de se débarrasser du syndicat qui existait dans cette entreprise, le CMU (Ceylon Mercantile Union), qui y organisait 662 femmes, formant une section entièrement féminine du syndicat. Le CMU avait récemment obtenu des augmentations de salaire de 100 %. Aujourd'hui, ces travailleuses organisent des piquets de protestation devant la nouvelle usine. Elles ne sont pas les seules à avoir souffert des conséquences des pogroms de juillet 1983. Le CMU, à lui seul, compte 1 824 membres qui ont ainsi perdu leur emploi, et trois d'entre eux ont été tués.
En décembre 1983, le CMU invita le président de la République, J. R. Jayewardene, ainsi que le dirigeant de l'opposition au Parlement et divers représentants du gouvernement, à rencontrer les personnes sans travail et à leur expliquer ce que le gouvernement comptait faire pour elles. La rencontre était convoquée à Galle Face Green, un grand terrain vague de Colombo, pour le 15 décembre. Mais les travailleurs devaient d'abord se réunir au local central du syndicat. Les organisateurs d'entre eux, sans salaire depuis six mois, auraient eu de trop gros frais de transport
depuis leurs villages jusqu'à Colombo, pour pouvoir y assister.
Finalement, ce furent 1 135 travailleurs qui vinrent, dont 850 femmes, personne ne demanda d'aide financière pour payer son voyage. La police armée, y compris des éléments féminins de la police anti-émeutes, utilisés pour la première fois, tentèrent de les empêcher de rejoindre le local du syndicat. Lorsqu'ils furent finalement autorisés à y entrer, la police en bloqua les issues. Les travailleurs rassemblés avaient alors le choix entre trois possibilités. Soit quitter le local et s'éloigner du quartier et du lieu de la manifestation, soit rester dans le hall et y déjeuner avec les provisions données par d'autres membres du syndicat, soit, enfin, affronter la police et tenter de rejoindre Galle Face Green, lieu de la rencontre avec les autorités. Tous les présents optèrent à l'unanimité en faveur de la troisième solution et sortirent du hall, les marchant en tête. La police bloqua alors les rues, d'avancer. Les femmes s'adressèrent aux policiers pour les ébranler moralement, les forcer à admettre qu'ils étaient du côté des travailleurs et ne faisaient qu'obéir aux ordres. La détermination de ces travailleuses et de ces travailleurs permit à cette confrontation, longue de plus de jusqu'a ce que la police autorise
A la suite de cette journée, le CMU porta plainte auprès de la Cour suprême pour protester contre cette atteinte aux droits syndicaux fondamentaux, à la liberté de manifestation. La confiance en elles-mêmes des femmes qui avaient participé à cette lutte s'est illustrée par leur décision de faire du 8 mars 1984 une vraie journée internationale des femmes. Les femmes du CMU appelèrent à une demi-journée de grève et à une manifestation non-mixte, suivie d'un rassemblement mixte, pour le 8 mars. Une fois encore la police tenta d'empêcher cette manifestation. Mais, dans l'après-midi du 8 mars avait lieu un rassemblement de travailleurs au chômage, à la suite des violences de juillet 1983. C'est à la fin de ce meeting que les femmes purent s'organiser en manifestation, la première qui se déroule sous l'état d'urgence. Les arrêts de travail ont par ailleurs été bien observés, sous des formes diverses selon la taille des entreprises. C'est la première fois que des femmes travailleuses se sont trouvées au premier plan des actions de masse et ont organisé des initiatives non-mixtes.
Mais la lutte des travailleuses et des travailleurs de Cyntex n'est pas la seule qui se déroule aujourd'hui dans le secteur du textile. 1 300 ferimes de l'entreprise Polytex, la plus grosse usine de textiles dans le périmètre de la zone franche de Colombo, sont en grève. Cette grève est dirigée par l'ITGWU (Syndicat des travailleurs des transports et des ouvriers non qualifiés). Polytex est contrôlée par de grosses firmes du Sri Lanka et de HongKong. Depuis 1978, des techniciens chinois ont appris aux femmes qui y travaillent à produire des textiles de qualité pour l'exportation en Europe et aux USA. En décembre 1982, les travailleurs, dont 95 % sont des femmes, avaient fait grève pour une augmentation de salaire de 22 par jour, assortie d'une prime lorsque l'objectif de production était atteint. En janvier 1983, la grève était vic-
La solidarité qu'elle rencontra fut un facteur important de ce succès.
Un nouveau conflit éclata en fin 1983, quand la direction refusa de reconque les objectifs de production avaient été atteints et donc de payer la prime de 100 roupies par mois, et qu'elle demanda au syndicat de ne pas s'opposer aux sanctions prises à l'encontre des travailleurs qui n'atteindraient pas l'objectif de production. Le 15 février 1984, 7 militantes du syndicat furent licenciées. Deux jours plus tard, les femmes de l'entreprise se mettaient en grève. Elles demandaient surtout le paiement de la prime mensuelle, encore jamais payée jusqu'à un salaire journalier de 30 roupies, et la réintégration des travailleuses licenciées.
Ce conflit a été provoqué par la direction, qui cherche à écraser le syndicat. Elle répond ainsi aux désirs du gouvernement, dont le premier souci est de protéger les investissements étrangers contre le mouvement ouvrier organisé, puisque les grèves sont interdites dans la zone franche.
L'ITGWU comme le CMU font appel au soutien international des luttes des travailleurs du Sri Lanka. Pour obtenir des informations complémentaires et soutenir les luttes, écrire à : Industrial Transport and General Workers Union, 53 Rajamalwatte Road, Colombo 15, Sri Lanka et à Ceylon Mercantile Union, No 3, 22nd Lane, Kollupitaya, Colombo, Sri Lanka.
Des lettres de protestation concernant la répression de la grève peuvent être adressées à : Mr Sohli Captain, Managing Director, Polytex Garments Ltd, Hemas Building, 3rd Floor, Colombo 1, Sri Lanka et à Minister of Labour, Labour Secretariat, Colombo 5, Sri Lanka.
1983
LIBERTE !