Nouveaux progrès vers l'unification syndicale Après avoir donné l'impression de piétiner, le processus d'unité des syndicats indépendants sud-africains vient d'accomplir un nouveau pas concret vers sa réalisation. La réunion qui s'est tenue les 3 et 4 mars derniers à Johannesburg constitue en effet un progrès décisif sur la voie d'une fédération syndicale unitaire à la création de laquelle se sont engagés les syndicats représentés lors de cette contre, à savoir : la Fédération des syndicats d'Afrique du Sud (FOSATU) et le Conseil des syndicats d'Afrique du Sud (CUSA), deux fédérations fortes chacune de plus de 100 000 adhérents, les syndicats du commerce (CCAWUSA), de l'alimentation (FCWU), des travailleurs municipaux du Cap (CTMWA), et le Syndicat général (GWU) implanté chez les dockers et dans la métallurgie, soit au total 24 syndicats différents représentant plus de 300 000 travailleurs.
Le processus unitaire remonte au sommet syndical de Langa en août 1981, qui permit de préciser une série d'options communes entre les syndicats, même si subsistaient encore des divergences d'appréciation quant à l'attitude à adopter vis-à-vis des conditions posées par le régime pour l'enregistrement légal des syndicats (cf. Inprecor numéro 125 du 3 mai 1982). Les rencontres suivantes ne permirent pas de dépasser tous les antagonismes puisque notamment le CUSA n'assistait pas à celle qui s'est tenue en avril 1982. Lors du troisième sommet syndical de Port-Elizabeth, en juillet 1982, la polarisation s'accentuait entre, d'un côté la FOSATU, le GWU et le FCWU, et de l'autre le SAAWU, un syndicat général issu du Mouvement de la conscience noire et qui a abandonné ses attaches d'origine pour se référer aujourd'hui à la Charte de
LA COLLECTION D'INPRECOR DE 1983 POUR 100 FF (+ 20 francs de port) Inprecor vient de réaliser collection des numéros parus 1983. Celle-ci sera mise en vente au rassemblement de la LCR au Bourget, les 26 et 27 mai et sera disponible à la librairie La Brèche, 9 rue de Tunis, 75011 Paris. Pour toute commande, s'adresser à Inprecor, 2, rue Richard-Lenoir, 93 108 Montreuil, et prévoir un supplément de 20 FF de port pat exemplaire par voie de surface. Dépêchez-vous, car le nombre des collections est réduit.
la liberté, programme politique promu par le Congrès national africain (ANC) dans les années 1950 et au SACTU, syndicat lié à l'ANC dans les années 1960 et qui n'est plus qu'un sigle utilisé par la direction du mouvement nationaliste.
En avril 1983, le quatrième sommet réuni à Athlone connut un plus grand succès, puisque le principe de la formation d'une fédération syndicale unitaire y était adopté. Depuis lors, un comité de liaison a été mis en place, composé paritairement de représentants des différents regroupements syndicaux engagés dans le processus unitaire (cf. Inprecor numéro 150 du 23 mai 1983). Il aura donc fallu quasiment une année pour que ces syndicats se déclarent prêts à rédiger le document constitutif de la future fédération syndicale unitaire. C'est que le débat avait achoppé sur un point relatif à l'organisation interne de cette future fédération. Alors que certains syndicats généraux n'organisant pas les travailleurs par branche d'activité industrielle voulaient différer toute structuration interne de la fédération unitaire sur cette base, la majorité des autres organisations syndicales pensaient qu'il fallait au contraire qu'elle soit composée de syndicats de branches d'industrie constitués par la fusion des différents syndicats de branche existants
C'est cette dernière conception qui a finalement été approuvée par les sept fédérations et syndicats lors de la rencontre du début mars dernier à Johannesburg. Proposition a été faite aux syndicats organisant les travailleurs sous forme de syndicat « général » qu'ils disposent d'un statut d'observateur dans ce comité de liaison puisque dorénavant celui-ci n'avait plus pour seul but de permettre un échange d'idées mais d'organiser la constitution de la fédération unitaire. Les syndicats généraux présents à cette rencontre de Johannesburg, dont le SAAWU, ont refusé cette proposition et quitté la réunion.
Mais un point important de cette rencontre est la présence du CUSA dans le courant syndical unitaire, car cette fédération semblait jusque-là plutôt en marge des débats sur l'unité. Mais la pression unitaire s'est aussi imposée à ce syndicat.
était tout particulièrement bien exprimé récemment par Ciril
Quatrième
Internationale
In° 13 EDITORIAL : Les voies de la riposte à l'offensive capitaliste . Ernest Mandel - Pays semi-coloniaux et pays dominés semi-industrialisés... Winfried Wolf - Le problème de l'unité allemande aujourd'hui... M. Navid - La crise politique de l'Etat indien .. Michel Lequenne - Sur la nature des Etats bureaucratiques
Ramaphosa, secrétaire général du Syndicat national des mineurs, le plus gros des affiliés du CUSA avec ses 55 000 membres, qui reflétait une opinion fort répandue dans le mouvement syndical en déclarant que « le mouvement syndical noir a éduqué et éduque les travailleurs noirs et les transforme en combattants non seulement pour leur beefsteack mais aussi pour les libérer de l'oppression. Le travailleur noir a accompli le premier pas vers l'unité en se joignant à d'autres travailleurs pour former son syndicat. Il a accompli le deuxième pas en faisant partie du mouvement ouvrier. Il prépare son troisième pas en demandant qu'il y ait un syndicat par industrie, et réussira bientôt son quatrième pas en formant une fédération syndicale pour l'Azania. Son cinquième et ultime pas vers l'unité sera l'unité de tous les opprimés ». (Apartheid non, numéro 55, Paris, avril-mai-juin 1984).
Force est donc de constater qu'aujourd'hui c'est l'essentiel du mouvement syndical qui s'est, de manière décisive, orienté vers la création de la fédération unitaire, qui pourrait être proclamée dès la fin de cette année. Mais, autre caractéristique importante de ce regroupement syndical, c'est qu'il n'est pas subordonné au Front démocratique (UDF), récemment constitué par les courants nationalistes avec des secteurs de l'Eglise (cf. Inprecor numéro 163 du 19 décembre 1983). En effet, si le CUSA a choisi de participer à la fois à l'UDF et au regroupement rival du Forum national, dont le programme est plus radical, les cinq autres structures syndicales ont refusé toute affiliation de la sorte, pour ne pas cartelliser et diviser leurs adhérents à cette étape de construction du mouvement syndical. Le syndicat des médias MWASA, dont deux des cinq branches avaient rejoint l'UDF, l'a d'ailleurs ensuite payé d'une scission. Plus que jamais, le mouvement syndical indépendant affirmant sa détermination à l'unité et à l'indépendance comme un pôle essentiel de l'organisation du mouvement de masse contre l'apartheid et l'oppression capitaliste. A cet égard, le premier acte unitaire est encourageant, puisqu'il a consisté en la commémoration du ler mai 1984 dans des meetings qui ont réuni des milliers de travailleurs.•
1 avril 1984
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