La mobilisation des femmes
UELQUE chose d'important se passe aujourd'hui chez les femmes des mineurs britanniques en grève. On assiste à une mobilisation sans précédent de la classe ouvrière britannique, des femmes, des filles, des mères, des amies des mineurs,
Le 12 mai dernier, à Barnsley dans le Yorkshire, où se trouve le siège central du
Syndicat national des mineurs (NUM), qui organise la grève, 10 000 personnes ont défilé à l'appel du groupe « Femmes contre les fermetures de mines ». Les deux-tiers des manifestants étaient des femmes venues de toutes les régions minières de Grande-Bre-
GRANDE-BRETAGNE dans les mines en défense de l'emploi. tagne. Janine INGLEFIELD
Au début de la grève, il y a eu la colère de Kay Sutcliffe et de ses amies, d'Aylesham dans le Kent, quand elles ont vu dans le quotidien de droite ! The Sun, la photo d'une femme de mineur qui tenait à la main un pistolet d'enfant, expliquant qu'elle aimerait bien avoir un vrai pistolet pour pouvoir tirer sur Arthur Scargill, le président du NUM et leader de la grève. Cet article, véritable provocation, était censé démontrer que les femmes de mineurs sont opposées à la grève. Pendant que la colère montait chez ces femmes du Kent, d'autres femmes de mineurs, dans le Yorkshire, dont Maureen Douglass et ses amies, ont eu la même réaction et exprimé leurs sentiments de désapprobation à la télévision.
Kay Sutcliffe a vu cette émission de télévision et a ensuite organisé, avec ses amies, une réunion extraordinaire de la section des femmes de la mutuelle locale des mineurs pour discuter comment soutenir la grève. Kay a proposé de prendre la banderole de la section du NUM de la mine où travaillaient leurs maris et d'aller manifester à NottinLes femmes de mineurs lors d'un rassemblement. (DR)
R5 COAI NOTDOI COAL -NOT I DOLE en défense de l'emploi gham, centre de la seule région où la plupart des mines sont toujours en activité.
La manifestation a finalement eu lieu dans le Leicestershire à la fin mars. Elle a rassemblé plusieurs centaines de femmes. Le projet initial avait été de l'organiser de façon non-mixte, sur le modèle des manifestations des « Femmes pour la paix ». Mais comme plusieurs organsations mixtes étaient venues apporter leur soutien, il fut décidé de laisser les hommes y participer.
L'exemple de cette première manifestation a fait tâche d'huile, et d'autres groupes se sont organisés et ont impulsé des manifestations. Les femmes des communautés minières s'étaient déjà organisées au cours des précédentes grèves nationales de 1972 et de 1974. Comme l'a souligné Kay Sutcliffe, « en 1974, nous nous sommes occupées des collectes de viures, que nous avions reçus de tout le pays, et de leur distribution selon les besoins des gens. Nous serons sans doute obligées de faire la même chose cette fois-ci, car la grève est dure et les gens en auront vite besoin. » (Socialist Action du 6 avril1984.)
Elle avait raison. Avec le durcissement de la grève, les communautés miniè-
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res ont dû s'organiser. Jusqu'à la réunion nationale des délégués des sections du NUM à Sheffield, le 12 avril, l'incertitude a plané sur la continuation de la grève, mais il est rapidement devenu clair que la grève serait longue et dure. Il fallait récolter de l'argent et des vivres et gérer des cantines. Des groupes de femmes de soutien à la grève se sont créés partout et se sont organisés pour assurer les besoins vitaux des familles. Bien que ces groupes se soient mis en place pour des raisons d'ordre pratique, beaucoup d'entre ont commencé à jouer un rôle de mobilisation et de politisation des femmes.
Beaucoup de femmes de mineurs sont elles-mêmes des travailleuses, certaines à des postes qui dépendent des mines, mais ailleurs pour la plupart. Comme beaucoup de femmes en Grande-Bretagne aujourd'hui, elles ont accepté des réductions de salaire ou le temps partiel plutôt que de risquer de se retrouver au chômage, car leurs salaires sont une part essentiel du budget familial. Certaines femmes du Kent vont à leur travail en auto-stop, car elles ne peuvent plus payer les trarısports et doivent continuer à gagner de l'argent tant que durera la grève. Cette nécessité leur donne une nouvelle confiance en elles-mêmes comme soutien de leurs familles, confiance qui s'étend à leur activité politique.
Les comités de femmes se sont organisés pour aller prendre la parole dans les meetings de solidarité à travers le pays, faire des tournées dans les entreprises, convoquer des manifestations de femmes et se joindre aux piquets de grève aux côtés des hommes. Dans la plupart des régions, ces comités de femmes sont représentés officiellement dans les comités de grève et se sont dotés d'une structure démocratique. Bien que celui d'Aylesham ait élu des responsables pour traiter des affaires courantes, toutes les décisions importantes sont prises en assemblée générale.
Le rôle dynamique joué par les femmes au cours de cette grève se fonde sur deux éléments : leur place au sein de leurs communautés et la participation croissante des femmes à la vie politique en Grande-Bretagne, surtout dans le mouvement ouvrier. Ces femmes se sont inspirées de l'exemple des femmes du mouvement pour la paix. Et dans les communautés minières, qui sont en réalité loin de connaître la « fraternité masculine » de l'imagerie populaire, les femmes ont toujours joué un rôle dans les luttes. Aujourd'hui elles sont en train de redéfinir ce rôle dans un sens plus actif. Voilà pourquoi cette manifestation importante a eu lieu à Barnsley, le 12 mai. Les femmes ne s'organisent plus seulement à côté des hommes pour soutenir la grève, mais en tant que femmes même. A Leicester, où un comité de femmes a récemment été créé, les hommes ont été invités à la première réunion, i à condition de s'y occuper des enfants.
Il existe bien sûr une grande inégalité des niveaux de conscience et d'expérience des groupes et des individus qui s'investissent dans la lutte.Quand Mausuite page 27
reen Douglass a pris la parole au rassemblement de Barnsley, elle a directement affronté le problème du sexisme en critiquant des mineurs qui, au cours d'une manifestation, avaient interpellé des femmes en leur disant de « sortir leurs seins pour les gars ». Soulignant la nécessité, pour les grévistes, de gagner le soutien des femmes en dehors de leurs propres communautés, elle a ajouté : « N'insultez pas les femmes que vous voyez ici, et qui vous soutiennent de tout leur cœur, en lançant des injures grossières contre d'autres femmes dans la rue ».
Le dirigeant des mineurs, Scargill, a été applaudi à tout rompre au même rassemblement, quand il a rendu hommage à la détermination des femmes en reconnaissant leur contribution à la lutte. « C'est une manifestation historique, a-t-il dit, les médias ne peuvent plus aller dans un village de mineurs pour chercher une femme prête à dénoncer la grève. (...) Nos femmes ne se limitent plus à aider leurs hommes dans la cuisine, elles sont avec eux dans les piquets de grève. »
Les femmes des mineurs étaient satisfaites. Elles avaient reçu l'approbation officielle du syndicat pour leurs activités avec les piquets de grève, et l'arrestation d'Anne Scargill, femme du président du NUM, qui participait à un piquet de grève, en était en quelque sorte la confirmation. On commence à dire que les femmes font de meilleurs piquets que les hommes, et ceci pour trois raisons. Tout d'abord, beaucoup de mineurs ont déjà été arrêtés pour leur action dans les piquets de grève et relâchés, sous caution, à condition de ne plus y participer. En deuxième lieu, les policiers ont plus de difficultés à identifier des femmes quand ils patrouillent dans les cafés des autoroutes à la recherche de « piquets potentiels », et il leur est égament moins facile de garder leur image de « gardiens de la paix » quand il s'agit d'interpeller des femmes qui essaient de convaincre les « jaunes » de cesser le
Enfin, ces derniers sont plus gênés d'aller travailler en passant devant des femmes dont ils savent pertinemment qu'elles luttent pour donner à manger à leurs familles.
Il n'est pas exagéré de parler de la faim et des souffrances des familles des mineurs. Pat, femme de mineur qui a participé au rassemblement de Sheffield des « Femmes contre les fermetures de mines », a expliqué que sa famille avait reçu 3,5 livres par semaine (40 francs) de l'Assistance publique. Bien que les familles des grévistes aient droit aux allocations, celles-ci sont calculées en tenant compte des 15 livres par semaine (170 francs) que les mineurs sont censés recevoir du syndicat, ce qui n'est pas le cas. Les postes de télévision et les magnétoscopes loués ont été rendus, les vacances d'été annulées. Les municipalités travaillistes des zones minières ont fourni des repas gratuits à l'école aux enfants des grévistes, les commerçants et cafetiers ont promis de ne pas augmenter leurs prix pendant la grève, et le Parti travailliste a demandé à tous ses adhérents de verser un minimum de 50 pence par semaine (5,80 francs) pour soutenir les mineurs. Certaines sections locales de ce parti se sont « jumelées » avec des mines, afin de mieux assurer ce type de soutien. Mais la responsabilité de l'organisation de la distribution de l'aide aux familles reste celle
Malgré les privations subies par les et leurs familles, ils ne pas prêts à céder. L'auto-organisation des femmes dans cette grève est devenu le symbole de la résistance à la politique du Parti conservateur, qui veut utiliser contre les mineurs l'arme de la faim. Le sentidominant dans les communautés minières a été clairement résumé par une femme de Nottingham, au rassemblement de Barnsley : « Nous mangerons de l'herbe plutôt que de céder devant Margaret
L'énergie et la détermination de ces femmes sont irrésistibles et chaque jour elles se renforcent. Des liens ont été tissés avec les femmes du mouvement pour la paix et avec l'organisation des femmes du Parti travailliste. Une délégation de femmes de mineurs du Kent a rendu visite au camp de la paix des femmes de Greenham. La section de Sheffield « Femmes contre les fermetures de mines » a discuté avec le groupe « Femmes pour le désarmement » de la même ville des tactiques à employer pour les piquets de
Aujourd'hui en Grande-Bretagne, les femmes sont au premier rang dans toutes les luttes. Comme l'a dit Arthur Scargill, « ce mouvement est devenu tellement puissant qu'ils sont obligés d'en tenir compte. Les femmes de notre communauté sont en marche ».
Janine INGLEFIELD,