Inprecor 1974–2004

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DOSSIER ECONOMIQUE

Une reprise couplée à une crise financière aggravée

· Inprecor n° 178, 23 juillet 1984 · p. 3-8 · 6 184 mots

Japon et Corée Économie mondiale Allemagne France

Ernest MANDEL L reprise de léconomie capitalte int 'ANNEE 1983 a été marquée par une ternationale. Partant des Etats-Unis, celle-ci s'est progressivement étendue, en 1983 et pendant le premier semestre de 1984, au Canada, au Japon, à l'Allemagne occidentale, à la Grande-Bretagne, à quelques puissances impérialistes mineures d'Europe, aux pays semi-industrialisés de l'Asie du sud-est, ainsi qu'au Brésil. Elle commence à se manifester également en Italie et en France. Une série de pays dits du tiers-monde en demeurent toutefois encore exclus.

Cette reprise s'explique fondamentalement par un gonflement de la demannord-américain, secteur le plus important mondial, a attiré une masse croissante de marchandises étrangères, stimulant ainsi la relance de l'activité éconodans les pays cités plus haut (cf. tableau I). Celle-ci y est donc essentiellement provoquée par l'expansion des exportations de ces divers pays vers les Etats-Unis et non par l'expansion de leurs marchés intérieurs. La particularité de la reprise économique internationale se traduit donc par un déficit croissant de la balance commerciale américaine.Un tel déficit provoquerait une chute libre du cours de change du dollar s'il n'y avait un afflux constant de capitaux-argent frais vers les Etats-Unis. Or, il n'y a qu'un moyen d'obtenir ce résultat : le d'un niveau élevé des taux d'intérêts américains, qui incluent en réalité une forte prime d'assurance contre une dévalorisation du dollar.

Pareille hausse des taux d'intérêts américains a des effets immédiats différents sur les diverses économies capitalistes nationales, selon que celles-ci se trouvent fortement endettées ou non (avec une dette essentiellement libellée en dollars, à moitié à un taux d'intérêt variable, ce qui signifie que chaque augmentation de 1% du taux d'intérêt impose au tiersmonde une charge supplémentaire de 3,5 milliards de dollars, soit près de 30 milliards de francs français, au taux de change de 1 dollar pour 8,5 francs), selon leurs exportations vers les USA puissent s'étendre rapidement ou non (ce qui dépend de leur compétitivité relative, de l'élasticité de la demande américaine pour les produits spécifiques qu'ils exportent, des capacités de production excédentaires dont ils disposent au début

Une reprise couplé

à une crise financière ag

de la reprise, etc.) C'est pourquoi non seulement l'Argentine, le Mexique, les pays semi-coloniaux les plus pauvres sont saignés, mais qu'encore le président français Mitterrand, le roi d'Espagne et le Premier ministre grec Papandreou gémissent et se plaignent aussi. Par contre, non seulement le Japon, l'Allemagne occidentale et la Suède exultent, mais encore la Corée du Sud, Taïwan, Singapour, voire l'Inde, profitent de cette conjonction entre reprise et crise financière internationale. TABLEAU I : Evolution de la production industrielle en 1984 (sauf Argentine)

par rapport au mois correspondant de l'année précédente (en %) Pays Mois % Argentine dernier trimestre

1983 + Australie mars 1984 + 6,2 % Belgique février 1984 + 3,3 % Brésil (1) février 1984 2,0 % Canada mars 1984 + 10,3 % Corée du Sud avril 1984 7,5 % France mars 1984 + 4,7 % RFA mars 1984 + 3,1 % Mexique (2) janvier 1984 13,0 % Pays-Bas mars 1984 6,3 % Italie janvier 1984 4,2 % Suède mars 1984 9,0 % Grande-Bretagne mars 1984 2,3 % Taïwan avril 1984 7,5 % Japon avril 1984 + 12,0 % Etats-Unis avril 1984 + 14,4 %

1. La Neue Zürcher Zeitung cite un taux d'augmentation de 3,9 % pour le premier trimestre 1984.

2. Par rapport à janvier 1982. Source : The Economist, 16 juin 1984. sauf pour les trois pays de l'Asie du sud-est, Far Eastern Economic Review, 7 juin 1984.

LE MÉCANISME

DE LA REPRISE AMÉRICAINE ... A première vue, la reprise économique aux Etats-Unis, entraînant presqu'immédiatement celle du Canada, a pris une forme quasi « technique » et automatique. Depuis plusieurs décennies, les deux secteurs moteurs de l'économie des pays impérialistes sont l'automobile et le bâtiment, ainsi que leurs sous-traitants. Aux Etats-Unis, dans ces deux secteurs, les fluctuations de la production sont beaucoup plus fortes - disons en gros cinq fois plus fortes en pourcentage - que dans l'industrie dans son ensemble. Des chutes de production de l'ordre de 30 à

DOSSIER ECONOMIQUE gravée

50 % dans ces branches conduisent à des chutes de la production industrielle dans son ensemble de l'ordre de 5 à 10 %.

Au cours de la récession de 1982, la production de l'industrie autoétait tombée veau de 7 millions de voitures par an au début de 1981 à 4,5 millions, rythme annuel de la production de mars 1982. Il y avait donc place pour une forte reprise dans ce secteur, le destockage ayant été complet et les ventes courantes dépassant la production courante. Effectivement, la 550 000 voitures en juin 1982 a 700 000 production d'automobiles en mai 1984, soit une augmentation de plus de 25 %. La reprise fut encore plus forte dans le bâtiment. Le nombre de bâtiments mis en chantier passa de 900 000 en juin 1982 à 1,8 million en juin 1983, et à 2 millions en mai 1984, soit une hausse de plus de 100 % en deux ans.

La production industrielle dans son ensemble s'est accrue de son côté en un an de 13% en 1983. Elle s'accroît au pre mier semestre 1984 au rythme annuel de 15 %. A y regarder de plus près cependant, on s'aperçoit que cet aspect « technique » de la reprise ne suffit guère pour

Tout d'abord, le « restockage » a tardé sur la reprise. Il n'a commencé qu'au troisième semestre 1983. En outre, la reprise a anticipé sur la réduction du chômage, alors que les salaires réels stagnent ou reculent. Manifestement, il y a donc eu gonflement de la demande globale, qui n'a pas pris son origine dans des ventes (et la production) accrues de biens de consommation et de produits intermé diaires. Les investissements productifs ont également été hésitants. L'origine de la reprise est donc claire : le gonflement des dépenses publiques, et essentiellement des dépenses militaires. C'est le déficit budgétaire de 200 milliards de dollars par an qui est à la base de la reprise américaine. Tout le reste découle de là.

D'après la théorie économique marxiste - comme d'ailleurs d'après la théorie économique néo-libérale —, une vigoureuse reprise économique stimulée par des dépenses militaires devrait accentuer l'inflation. C'est ce qui est effectivement arrivé. Le taux d'inflation annuel aux USA s'établit actuellement à 5,5 %, contre 3,5 % en Allemagne occidentale et 4 % au Japon et en Suisse. Quand on se rappelle que la moyenne du taux d'inflation aux USA pendant les années 1950 et 1960 fut de moins de 2%, on s'aperçoit que Rea-

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Aciérie à Pittsburg (USA). Elle tourne aujourd'hui à 100 % de ses capacités productives. (DR)

gan n'a point vaincu l'inflation. Mais cette poussée inflationniste a été jusqu'ici tempérée par deux facteurs: l'existence, d'une part, de fortes capacités de production excédentaires aux Etats-Unis au début de la reprise (plus d'un tiers de la capacité installée était ainsi non utilisée vers le milieu de l'année 1982) et, d'autre part, l'afflux massif de capitaux-argent étranger. Ces derniers permettent d'éponger le déficit de la balance commerciale, et évitent de ce fait un déficit de la balance des paiements des USA qui aurait rendu rapidement cumulatif le processus d'inflation.

La hausse des taux d'intérêts américains est liée à la fois au déficit budgétaire et à la politique délibérée de la Banque centrale (Federal Reserve) de maintenir un taux de change élevé du dollar. Le déficit budgétaire se prolongeant en pleine reprise signifie que la demande de capitaux-argent frais provient à la fois des firmes capitalistes et des pouvoirs publics. Elle tend donc à dépasser l'offre. De ce fait, les taux d'intérêt s'accroissent. Vu la reprise de l'inflation et le déficit de la balance commerciale américaine, les capitalistes étrangers ne placeront leurs capitaux-argent aux Etats-Unis que si le taux d'intérêt permet de les garantir contre une chute anticipée du taux de change du dollar (1). Avec un taux d'intérêt nominal actuel de 13 % et un taux d'inflation de 5,5%, le taux d'intérêt réel est de 7,5 %, ce qui est énorme et usuraire. L'affaire s'éclaire si l'on considère que les capitalistes escomptent une chute du taux dollar d'au moins 10%, même si personne ne sait évidemment à quel moment précis et à partir de quel niveau cela interviendra.

Mais de tels taux d'intérêts - qui pourraient encore grimper - risquent évidemment d'étrangler la reprise. Ils réclament des taux de profit de l'ordre de 20% ou plus pour continuer à stimuler les investissements financés à crédit. Il est vrai qu'il y a eu une véritable explosion des profits aux USA et que celle-ci se poursuit. Elle est surtout fonction de la baisse des salaires réels, qui continue malgré la reprise : ainsi, au premier trimestre 1984, les salaires horaires nominaux ont augmenté de 3,5 % alors que les prix de détail augmentaient quant à eux de 5 %.

Néanmoins, l'incidence du rééquipement de l'industrie en cours sur le taux de profit dépend de ses effets sur la composition organique du capital et du rythme de l'accroissement de celle-ci comparée au rythme d'accroissement du taux d'exploitation de la main-d'œuvre. Aucun capitaliste individuel n'est capable de faire des prédictions un tant soit peu précises à ce sujet. Les capitalistes dans leur ensemble, ainsi que leurs conseillers experts, ne le sont pas davantage. Dans ces conditions, ce sont l'incertitude et l'inquiétude qui règnent et qui ont commencé par arrêter la hausse du cours des actions à Wall Street. Les chances que la reprise de l'économie américaine se poursuive au-delà de l'année 1985 sont dès lors minces, la hausse des taux d'intérêts devant étrangler la reprise dans l'automobile et le bâtiment.

... ET CELUI DE LA REPRISE INTERNATIONALE En optant délibérément pour une surévaluation du dollar, afin de modérer Tinflation induite par le déficit du budget américain, l'administration Reagan a programmé inévitablement un colossal déficit de la balance commerciale des Etats-Unis. Celui-ci est passé de 25 milliards de dollars en 1980 et de 36 milliards de dollars en 1982 à 60 milliards de dollars en 1983. Il risque de dépasser 100 milliards de dollars en 1984. Au mois de mai 1984, il a atteint le rythme annuel de 150 milliards de dollars.

Un dollar plus cher creuse ce déficit de la balance sur les deux aspects d'une vigoureuse expansion des importations aux USA et d'une chute absolue des exportations américaines. Celles-ci ont en effet baissé de 30 milliards de dollars en 1983 et continuent à baisser. La baisse des exportations de biens manufacturés - c'est-à-dire après l'élimination produits agricoles et produits miniers de l'analyse - est encore plus prononcée. En fait, les USA sont en train d'être dépassés par le Japon et par la RFA comme première nation exportatrice de biens manufacturés sur le marché mondial.

La reprise américaine et la surévaluation du dollar ont donc été les locomotives qui tirent le reste de l'économie capitaliste internationale hors de la récession, fût-ce à des rythmes, dans des proportions et avec des intervalles fort différents de pays en pays (voir tableau II). Mais elles n'ont cet effet que dans la mesure où elles ne sont pas neutralisées par une hausse des coûts des principaux concurrents de l'industrie américaine. D'où un double paradoxe. C'est Reagan, et non François Mitterrand, Felipe Gonzalez, Bettino Craxi, Margaret Thatcher, Nakasone ou Helmut Kohl, qui applique aujourd'hui une politique de relance néo-keynésienne dans le monde capitaliste. Cette politique ne profite au Japon, au Canada, à l'Allemagne occidentale et au reste de l'Europe capitaliste que justement dans la mesure où il est le seul à l'appliquer.

TALT

TABLEAU II

Différence des

Prix de machines prix à l'exportaélectriques à l'exportation en tion entre 1979 et 1982 sur une

US dollars au base en US dollars dernier trimestre 1982

(100=1979)

USA

+ 31,3 %

126

Japon

+

0,8 %

90

RFA

- 12,9 %

83

Source : Lloyds Bank Review, avril 1984.

Il ne faut évidemment pas exagérer l'effet de la surévaluation du dollar. La détérioration de la position américaine sur le marché mondial des produits manufacturés est, en dernière analyse, le résultat d'une évolution structurelle à long terme, d'une érosion, voire d'une disparition des avances de productivité de l'industrie américaine, y compris des secteurs pointe.

Cela ressort clairement du tableau suivant.

TABLEAU III : Part des USA dans les exportations mondiales

1970 1980

71 %

Avions

Ordinateurs

42%

Machines pour bâtiments et travaux publics (BTP) et mines 39 %

Matériel scientifique, médical et de contrôle

32 %

Machines agricoles et tracteurs

32%

Pompes et compresseurs

29 %

21 %

Matériel de télécommunication

19 %

13 %

Produits médicaux et pharmaceutiques

18 %

16 %

Machines-outils

17%

13 %

Source : Foreign Policy, numéro 53, hiver

1983/1984.

Néanmoins, l'expansion des importations aux USA est en partie fonction de la surévaluation du taux de change du dol-

1. Sur « l'influence des anticipations de change du dollar sur le niveau des taux d'intérêt aux Etats-Unis », voir un article rédigé par le vice- président de la Manufacturers Hanover Investment Corp. de New-York paru sous ce titre dans la revue Euromoney de février 1984.

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1. En 1966, les parts étaient respectivement de 43 % pour l'Europe, 23,4 % pour le Canada,

Source : OCDE et département du Commerce des Etats-Unis ; données résumées par le Monde lar. Elle a de ce fait profité en partie aussi à l'industrie des pays dépendants semi-industrialisés, comme la Corée du Sud, le Brésil et Taïwan, qui ont pu maintenir stable - ou ont été amenés à baisser — le taux de change de leurs devises par rapport au dollar, tout en exportant des produits fortement demandés aux EtatsUnis. Le Japon a été obligé d'accepter une légère réévaluation du yen par rapport au dollar. L'invasion du marché intérieur américain par des produits en provenance des pays semi-industrialisés (2) est spectaculaire. portations américaines de produits manufacturés dépasse actuellement celle de l'Europe capitaliste et celle du Japon, comme en témoigne le tableau ci-après.

1973 Au total, en milliards de dollars 42,5 En % (1) : provenant d'Europe 36,0 provenant du Japon 21,5 provenant du Canada 24,7 provenant des pays du tiers-monde 12,5 20,8 % pour le Japon et 10,6 % pour les pays du tiers-monde. du 5 juin 1984.

Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence. Ils incluent en effet un volume croissant d'échanges entrepris au sein d'une même multinationale, organisant une division de travail mondiale interne. Quelquefois, il s'agit d'importations de produits dont la production a été délibérément déplacée vers le tiers-monde par des firmes américaines. Mais ces cas restent cependant mineurs par rapport au mouvement général. Celui-ci concerne de plus en plus de produits de l'industrie lourde et non seulement des produits de consommation courante (les deux-tiers des exportations de la Corée du Sud se trouvent par exemple déjà dans cette première catégorie). Il s'agit donc bien d'un affaiblissement de l'industrie américaine sur le marché mondial, par suite de l'ensemble des transformations qui se sont produites au cours des quinze dernières années.

Comment expliquer, dans ces conditions, le recul du chômage et la création d'emplois supplémentaires dans l'économie américaine, « réussite » dont la presse bourgeoise fait grand cas en Europe ? Il s'agit d'emplois créés à 89 % dans le secteur des services, pour l'essentiel dans de toutes petites entreprises. Contrairement à un mythe largement répandu, ce sont des emplois qui n'ont rien à voir avec les secteurs de technologie de pointe, ou même de technologie avancée. L'ensemble de la « haute technologie » n'emploie que 2 millions de personnes aux EtatsUnis et ne s'accroît annuellement que de 0,1 % du total de la main-d'œuvre américaine. Les investissements profitant de la détaxation du « capital-risque » par Reagan ne s'élèvent qu'à un milliard de dollars (85 milliards de francs) par an, moins de 0,1 % de l'ensemble des investissements de capitaux aux USA ...

L'ENDETTEMENT CROISSANT, D'UN CYCLE A L'AUTRE Pour comprendre la différence entre le cycle 1974-1979 et le cycle qui débute avec la récession de 1980 en ce qui concerne l'ensemble de l'économie capitaliste internationale, il faut d'abord saisir ce que ces cycles ont de commun : tous les deux ont vu leurs reprises, celle de 1976-1979 et celle de 1983-1984, portées par une nouvelle expansion considérable de l'endettement, celui des gouvernements, des entreprises et des consommateurs. Mais la destination des crédits s'est profondément modifiée. Dans la période TABLEAU IV : Importations de produits manufacturés par les USA 1977 1980 1981 1982 1983

74,7 124,2 142,1 145,2 163,0

28,5 29,7 27,0 25,0 24,3

24,5 24,6 25,4 27,4 25,6

24,5 20,0 18,8 18,2 19,0

18,8 22,5 23,5 25,0 28,0 1974-1979, l'expansion principale du crédit a concerné les gouvernements et les grandes entreprises des pays du tiers-monde (y compris ceux de l'OPEP) et les pays des Etats ouvriers bureaucratisés. Dans la période 1980-1984 — et sans doute de même encore en 1985 -, l'expansion du crédit concerne essentiellement les Etats impérialistes et les grandes « multinationales » et les trusts « nationaux » de ces

Le mouvement part bien entendu des banques des pays impérialistes. Ceux-ci restent les seuls qui disposent de grandes réserves de capitaux-argent, ou, ce qui revient au même, les seuls dont le crédit est disponible pour des opérations de crédit de grande envergure (3). Ce n'est donc pas parce que les pays dits du tiers-monde avaient besoin de beaucoup de capitaux dans la période 1974-1979, que des dizaines de milliards de dollars leur ont été offerts durant cette période. Leurs besoins en capitaux supplémentaires sont en permanence insatiables, comme l'est d'ailleurs celui de crédits supplémentaires en devises impérialistes de la part des Etats ouvriers bureaucratisés. C'est parce que la demande de capitaux-argent frais supplémentaires s'est tarie brutalement en 1974-1979 dans les pays impérialistes, par suite

2. Nous avons traité le problème de l'émerdes pays dépendants semi-industrialisés dans un article paru dans la revue Quatrième Internationale, numéro 13, avril 1984.

3. A ces banques, on doit ajouter quelques banques de l'Arabie saóudite, du Koweit et de détenant et plaçant directement une de leurs réserves de pétro-dollars, ainsi que la Banco do Brasil.

4. Rappelons que dans le Koweit, pays de l'OPEP le plus riche vu la faible densité de sa « bourse parallèle », dite du Souk al-Manakh, de la chute des investissements, que les grandes banques impérialistes ont offert leurs excédents de capitaux, gonflés en outre par les pétro-dollars, aux pays du tiers-monde et aux pays de l'Est. Ces offres ont évidemment rencontré le modèle d'accumulation choisi par les bourgeoisies « nationales » des pays semi-industrialisés, tournés vers l'exportation. Mais, justement par suite de la crise, les exportations de ces derniers pays n'ont pas pu suivre le rythme de l'endettement. De ce fait, comme de celui de la hausse du taux d'intérêt aux USA, le poids de l'endettement s'est constamment aggrave, surtout pour le Brésil, le Mexique, l'Argentine, le Nigeria, l'Indonésie, la Pologne, la Yougoslavie, la Roumanie, qui sont parmi les « gros » emprunteurs. De ce fait, le spectre de l'insolvabilité de ces pays a commencé à apparaître. Les banques impérialistes ont commencé à se faire tirer les oreilles pour des opérations régulières de rééchelonnement de ces crédits, acculant l'un après l'autre à la cessation de paiement les débiteurs les plus faibles. Cela a incontestablement prolongé la récession de 1980-1982, par un rétrécissement des « marchés de substitution » créés pendant le cycle précédent.

Mais, petit à petit, deux marchés de substitution sont apparus au sein des pays impérialistes eux-mêmes : d'une part, celui des dépenses militaires accrues et de la dette publique en forte expansion en Occident et, de l'autre, celui de l'endettement croissant d'un certain nombre de grandes firmes impérialistes, soit pour couvrir des pertes colossales, soit pour fides opérations spéculatives grande envergure (4), notamment des fusions presqu'entièrement financées par le

L'accroissement de ces dettes a été tout aussi spectaculaire, sinon plus encore que celui de l'endettement de la Pologne ou des pays semi-industrialisés latino-américains. Ainsi, la dette de la France est passée, en l'espace de quelques années, de 20 à 70 milliards de dollars. Si son gonflement se poursuit au rythme actuel, elle dépassera bientôt celles du Mexique et du Brésil. La dette publique des Etats-Unis atteint le chiffre astronomique de 1 500 milliards de dollars et risque de passer à 3 000 milliards de dollars d'ici la fin de la décennie, soit dix fois plus qu'en 1960! La dette des grandes entreprises impérialistes a pris des proportions non moins gigantesques. L'opinion publique a pu s'en rendre compte en apprenant qu'il a fallu avancer plus de 6 milliards de dollars à la Continental Illinois Bank de Chicago pour la sauver d'une faillite qui aurait pu avait provoqué un krach de chèques sans couverture de 93 milliards de dollars (790,5 milliards de francs) (le Monde, 17 août 1983).

5. Selon la Neue Zürcher Zeitung du 21 mars 1984, les opérations de fusion dans l'industrie pétrolière américaine, dont ont profité la Standard Oil of California, la Texaco l'Atlantic Richfield, ont été financées par 35 milliards de dollars (297,5 milliards de francs) de prêts bancaires, ce qui est supérieur à la dette bancaire internationale additionnée des Philippines, de l'Indonésie, du Nigeria, de l'Egypte, de l'Inde et de la Turquie !

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La crise a fortement touché le secteur des chantiers navals. (DR) provoquer l'effondrement de tout le système de crédit américain. On a frôlé pour la première fois la panique bancaire à ce moment-là aux Etats-Unis, bien plus qu'au moment du risque de moratoire de la dette mexicaine à l'automne 1982.

Il est d'ailleurs intéressant d'examiner l'origine de la quasi-banqueroute de la Continental Illinois Bank. contrairement à une légende largement répandue, les « mauvaises quelques pays latino-américains à l'égard de cette banque n'ont joué qu'un rôle mineur dans l'apparition du découvert. Celui-ci a été causé par des crédits accordés à la légère :

- à des spéculateurs dans le secteur de l'énergie, telle que la Nucorp Energy, qui a fait faillite en laissant une ardoise de 200 millions de dollars à la Continental Illinois, ou lors de la participation à des crédits tout aussi spéculatifs pour le secteur de l'énergie de la Penn Bank d'Oklahoma City, dont l'ardoise a atteint 1 milliard de dollars ;

— à de gros trusts travaillant à perte (200 millions de dollars à la Dome Petroleum du Canada; 200 millions à l'International Harvester ; 100 millions au groupe Alfa de Mexico ; 40 millions à Massey-Ferguson ; 24 millions à Branif Airlines) (6).

Il ne faut pas en tirer la conclusion que la crise financière qui frappe les pays du tiers-monde ne constitue pas une menace pour l'économie capitaliste internationale dans son ensemble. Elle l'est à un double titre. D'abord, parce que la situation d'insolvabilité dans laquelle se trouvent les uns après les autres ces pays - l'Argentine est pratiquement en cessation de payement des intérêts dus depuis octobre 1983, le Mexique connaît à présent une nouvelle crise de disponibilités de devises - les amène, notamment sous la pression du FMI, à réduire de manière draconienne leurs importations, contribuant ainsi à la stagnation du marché mondial et à la durée de la longue dépresintérêts des bleau V).

De nouveau, dettes » de

Manufacturers Hanover Bank (USA)

Lloyds Bank (G-B)

Midland Bank (G-B)

Chase Manhattan Bank (USA)

Citicorp (USA)

Chemical Bank (USA)

Bankers Trust (USA)

1978

Square

Brésil

24%

Mexique

20 %

11%

Argentine

Source : OCDE.

compris d'ailleurs pour l'accumulation de le tableau VI ci-après, dont la liste n'inla France, de la Suède, de la Belgique, du

Danemark, qui sont fort élevées.

avec laquelle les à la Continental dollars crédits à des pays dépendants - confirme feront pratiquement n'importe quoi pour éviter un tel krach.

américain ne peut pas laisser tomber la

Mexique

Brésil

Argentine

Espagne

Venezuela

Corée du Sud

URSS

Afrique du Sud

Pologne

Australie

Norvège

Yougoslavie

Chili

Portugal

Grèce

RDA

Finlande

Philippines sion économique. Ensuite, parce qu'une bonne partie de ces créances, qui sont détenues par des banques privées, dépassent les capitaux propres et les réserves de ces banques, et que la cessation de paiement courants (7)

menacerait d'effondrement ces banques (voir ta-

TABLEAU V : Prêts aux quatre principaux débiteurs latino-américains

(Brésil, Mexique, Argentine, Venezuela) en % du capital propre de la banque

240 %

JP Morgan (USA)

228 %

First Chicago (USA)

213 %

175 %

170 %

165 %

Barclays Bank (G-B)

150 %

Montant total des paiements bruts d'intérêts en % des exportations totales de biens et services

1979

1980

1981

31 %

32 %

39 %

21 %

20 %

26%

14 %

22 %

34 %

Il faut simplement se rendre compte que le problème de l'endettement dépasse rialiste.

celui des seuls pays du tiers-monde, y créances bancaires, comme en témoigne clut pas les dettes bancaires étrangères de

Faut-il en conclure qu'un krach bancaire est inévitable ? Non. La rapidité autorités monétaires américaines ont avancé les 6 milliards de

Illinois contraste avec les tracasseries qui accompagnent tout rééchelonnement mineur de bien que les gouvernements impérialistes

Le gouvernement

TABLEAU VI : Principaux pays débiteurs des banques privées impérialistes fin décembre 1982 (en milliards de dollars) Source : OCDE et Banque des règlements internationaux, note commune d'avril 1984. Chase Manhattan ou la Citicorp, parce que le gouvernement américain est la Chase Manhattan et la Citicorp. Il y aura donc probablement nationalisation et internationalisation des pertes. Toute la question est de savoir qui sera contraint d'en faire les frais, et quelles seront les conséquences incalculables du prix de ce Bank of America (USA) 145 %

125 % 115 % Continental Illinois (USA) 110 % National Westminster (G-B) 100 %

Source : Sunday Times, 3 juin 1984. 1982 1983 1984 (prévisions) 50 % 39 % 40 % 31 % 31 35 % 52% 42% 44% renflouement du système bancaire impé-

Il n'y a pas eu une véritable restructuration du marché mondial. La cause fondamentale de la menace de crise financière réside dans le fait que le gonflement constant du crédit bancaire est indispensable pour empêcher que les deux contradictions fondamentales de l'économie capitaliste internationale ne deviennent explosives. Il s'agit, d'une part, de la chute du taux de profit, c'est-à-dire de l'insuffisance de l'ensemble de la plus-value couramment produite pour assurer à l'ensemble des capitaux, avant tout aux capitaux

6. The Economist, 19 mai 1984. 7. On ne parle d'ailleurs plus du remboursement du capital lui-même, car où les pays du tiers-monde trouveraient-ils les 700 milliards de dollars (5 950 milliards de francs) pour rembourser tout ce capital qui leur a été concédé ?

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nouvellement accumulés, le taux de profit escompté. Il s'agit, de l'autre, de l'apparition de capacités de production excédentaires dans de plus en plus de branches d'industrie, c'est-à-dire de l'insuffisance de la demande des « derniers consommateurs » pour absorber tous les biens de consommation que le système peut produire. Mais plus ce gonflement du crédit « dérape » par rapport aux revenus et à la production réels, plus la crise de rentabilité et la crise de surproduction risquent de déboucher sur une crise financière, celle-

C'est en gardant constamment devant les yeux les causes réelles — et non seulement apparentes — de la longue dépression économique qui a commencé à la fin des années 1960 et au début des années 1970, qu'on peut le mieux comprendre pourquoi tous les espoirs d'une « restructuration » plus ou moins automatique de l'économie capitaliste internationale se sont avérés vains jusqu'ici et resteront vains pendant de longues années.

première vue, l'expansion de la production industrielle des pays dépendants semi-industrialisés, en premier lieu du Sud-Est asiatique et du Brésil, mais également, dans une moindre mesure, du Mexique et de l'Inde, paraît spectaculaire. Les restrictions de crédit en dollars aux pays d'Amérique latine et d'Afrique ont abouti à une chute libre des exportations américaines vers ces pays, à laquelle fait face une expansion constante des exportations de ces pays vers les Etats-Unis. En 1983, pour la première fois dans l'histoire, les importations américaines de produits manufacturés en provenance du tiersmonde ont dépassé les exportations américaines de produits manufacturés vers ces mêmes pays (cf. tableau ci-dessous).

TABLEAU VII : Exportations américaines de produits manufacturés vers le tiers-monde (en milliards de dollars) 1981 1982 1983 Vers l'Amérique latine 31,5 23,2 16,9 Vers l'Asie 14,8 16,3 16,2 Vers le Moyen-Orient 10,7 11,2 9,5 Vers l'Afrique 4,5 3,9 2,7 Total 61,5 54,6 45,3 Importations américaines de produits manufacturés en provenance du tiers-monde 35,0 36,8 45,7

Source : le Monde, 5 juin 1984.

On voit, d'après ce tableau, que les exportations vers l'Amérique latine reculent, tandis que celles vers l'Asie du sud et de l'est augmentent. Ce ne sont donc pas seulement les pays d'Amérique latine qui sont victimes de la politique du FMI, ce sont aussi les industries exportatrices des Etats-Unis. Parallèlement, on comprend dans quelle mesure la crise d'Amérique latine se double actuellement d'un nouveau « boom induit par l'exportation » dans le sud-est asiatique. Des pays comme la Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hong-Kong, et même la Malaisie et la

Thailande, connaissent des taux de croissance annuels de l'ordre de 6 à 7%, grâce à des taux d'accroissement de leurs exportations de plus de 25 % pour la Corée du Sud, Taïwan et Hong-Kong, et de 7% pour Singapour (8).

Mais si l'on se pose la question de savoir pourquoi ce boom se produit, la réponse est claire : outre la surévaluation du dollar, ce sont surtout les salaires relativement bas de l'Asie du sud-est qui l'expliquent. En Corée du Sud, malgré une hausse modeste et régulière, ces salaires se

Run niveau équivalent à des salaires japonais et à 35 % des salaires américains et européens. Cela veut dire qu'il n'y a pas de véritables gains de productivité qui sont à la base du déplacement de capacités de production, seulement des différences courantes de coûts et donc de revenus, d'ailleurs en partie neutralisées par une productivité plus basse. Du même coup, ce déplacement de production n'entraîne pas un accroissement mais une réduction de la demande globale à l'échelle internationale. Cela se traduit clairement par un recul du volume du commerce mondial, suivi par une stagnation, puis par une expansion de ce volume inférieure à l'expansion de la production dans les pays les plus entraînés dans la reprise (tableau VIII).

TABLEAU VIII :

Exportations mondiales (en milliards de dollars) 1810

Source : Rapport du GATT cité par la Neue Zürcher Zeitung du 25 mai 1984.

Un exemple illustrera cette évolution. La Corée du Sud s'efforce pour la deuxième fois de lancer une production automobile en grande série. Elle vise 1,2 million

CHANGES COURE

ATC INIS DER de voitures en 1991, dont la moitié de mondial de l'automobile continue à stag ner relativement, ces 600 000 voitures exportées par la Corée du Sud remplaceront 600 000 voitures vendues antérieurement par les firmes japonaises, américaines ou européennes. Or, la production de 600 000 voitures sud-coréennes génère moitié moins des revenus que celle des 600 000 voitures qu'elles remplaceront. Il y a donc recul et non pas augmentation de la demande globale internationale, même si l'accroissement de la production et l'expansion relative du marché intérieur sud-coréen qui l'accompagne se réalise effectivement, ce qui est d'ailleurs fort problématique.

Un autre bon exemple l'industrie pétrochimique. Cette industrie, qui souffre d'une énorme capacité excé dentaire à l'échelle mondiale, a été amenée à des suppressions draconiennes d'installations en Europe et au Japon. Il en a résulté une reprise de la production de l'ordre de 15 % en Europe en 1982-1983 et du même ordre au Japon. Mais l'an prochain, de grandes installations pétrochimiques nouvellement construites commenceront à opérer en Arabie saoudite, profitant de matières premières locales à très bas coût. Dès lors, aussi bien les trusts de l'Europe capitaliste que ceux du Japon prévoient une nouvelle crise et de nouvelles réductions des capacités pro-

Comme on le voit, c'est en fin de compte la dépression à long terme qui commande les limites de la « restructuration » capitaliste, et non cette dernière qui persurmonter la dépression. Pas de prévisible en fonction d'une réorganisation fondamentale des processus de travail.

Ceux qui croient en la possibilité du système capitaliste d'arriver à une « ré

8. Far Eastern Economic Review, 14 juin 1984.

9. The Economist, 16 juin 1984. Au jour le jour, l'ascension du dollar. (DR)

ACHAT

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Après 1974, les Pays-Bas ont accru leur production de gaz naturel. Installations d'extraction et gulation » des conditions d'accumulation du capital ou, plus exactement, de relance sur une grande échelle de l'accumulation du capital, car c'est bien de cela qu'il s'agit pour sortir de la longue dépression en cours depuis 10 à 15 années, mettent souvent, à juste titre, pour parvenir à ce résultat, l'accent sur une réorganisation fondamentale des processus de travail, de l'organisation du travail à l'échelle des entreprises. L'histoire confirme en effet que c'est là le seul moyen d'aboutir à un accroissement considérable simultané de la masse et du taux de plus-value.

Jusqu'ici, le résultat obtenu à ce propos au niveau international par le Capital est plus que modeste, et ce, malgré l'accroissement constant du nombre des chômeurs qui, pour les pays impérialistes, est passé de 10 millions au début des années 1970 à plus de 35 millions actuellement, pour atteindre sans doute bientôt les 40 millions.

Certes, les salaires réels stagnent ou reculent dans presque tous les pays impérialistes. Ils s'effondrent dans une série de pays semi-industrialisés, à l'exception de l'Asie du sud-est et des pays les plus riches de l'OPEP (10). En conséquence, il y a une véritable explosion de profits capitalistes. Selon Business Week du 18 juin 1984, les profits bruts, c'est-à-dire avant imposition, se sont accrus en 1983 de 44 % au Canada, de 24,4 % en GrandeBretagne, de 13,2 % en Allemagne occidentale, de 10% aux Pays-Bas, de 8,7 % en France. Ils s'accroîtront, en 1984, de 31,7 % en Italie, de près de 20 % en Grande-Bretagne, de 14% en France, de près de 10% en Allemagne occidentale. Pour les Etats-Unis et le Japon, les chiffres sont aussi du même ordre.

Mais il s'agit là d'un mouvement purement conjoncturel, qui ne correspond justement pas à des changements structurels dans les processus de travail. Lorsque ces changements se produisent - notamment en fonction de la robotisation -leurs effets sur la production de la plus-value ne sont effectifs pour les firmes concernées que dans la mesure où ils restent marginaux et qu'ils aboutissent à une simple redistribution de la plus-value. S'ils devaient se généraliser, ce qui n'est de toute manière pas prévisible avant de nombreuses décennies, il en résulterait une chute de la masse de la plus-value qui neutraliserait toute augmentation du taux de plus-value, car seule la main-d'œuvre salariée vivante produit de la plus-value, les robots n'en produisant guère.

Les limites pour accroître l'extorsion de plus-value sur une main-d'œuvre industrielle dont le volume recule, stagne ou ne s'étend que lentement, sont donc fort étroites. Elles le sont d'autant plus que la résistance ouvrière s'accroît en fonction même de la durée de la crise économique et de son extension vers les gros bataillons de la classe ouvrière. Les conquêtes ouvrières en matière de sécurité sociale, qui avaient jusqu'ici limité les effets de la crise sur les dépenses des ménages ouvriers, commencent à leur tour à être soumises à érosion. Mais cela stimule en d'épuration. (DR) retour la résistance ouvrière contre les effets de la politique d'austérité.

La plus grande réserve pour l'accroissement de la production de plus-value, sous le signe de la 3e révolution technologique et de la micro-électronique, c'est l'industrialisation des services, la transformation de la prestation des services en vente de marchandises dont la production s'accompagne de production de plus-value accrue. On est loin de la société « post-industrielle » ! C'est ce qui se passera notamment dans le domaine de la santé, de l'enseignement, de la distribution, des services bancaires, etc. Mais cela s'accompagne d'un triple effet générateur de protestations ouvrières :

de l'emploi, réduction des prestations de service et baisse de la qualité de ces prestations. Il y aura donc, en ce domaine aussi, résistance ouvrière ac-

Nous maintenons donc le diagnostic émis antérieurement. Pour que le Capital puisse sortir de la longue dépression en cours, il lui faudrait parvenir à briser la résistance des masses laborieuses à une baisse importante de leur niveau de vie et d'organisation, et celle des peuples des pays du tiers-monde à leur surexploitation accrue, et réussir à réintégrer les Etats ouvriers dans le marché mondial capitaliste à un degré qualitativement supérieur. Or, il est loin d'avoir atteint aujourd'hui ses objectifs dans un seul de ces trois domaines. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cela lui demanderait de toute manière beaucoup de temps. Et c'est l'issue des luttes sociales et politiques entre des forces de classe bien vivantes qui décidera du sort des objectifs du Capital, et non pas un quelconque automatisme régulateur interne au système ca-

Ernest MANDEL, 16 juin 1984.

10. Signalons cependant que la chute des revenus pétroliers a fait baisser le revenu par tête d'habitant de 25 % en Libye, que les salaires y sont bloqués depuis trois ans, que même le plein emploi semble menacé. Cela n'est pas sans rapport avec la crise politique que traverse actuellement le régime du colonel Khadafi.

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