Depuis son élection à la présidence de la République, en octobre 1982, Junius-Richard Jayewardene, dirigeant du très réactionnaire Parti de l'unité nationale (UNP) a développé une politique systématique de concentration des pouvoirs et d'atteinte aux droits démocratiques (cf. Inprecor numéro 142 du 31 janvier 1983). Cela engendra un processus de durcissement du régime, de réduction drastique des libertés démocratiques et de criminalisation progressive des secteurs sociaux en lutte contre le régime. C'est tout d'abord la population tamoule qui en fut la première victime, comme en ont témoigné les 1983 et la répression anti-tamoule qui s'en est suivie (cf. Inprecor numéro 156 du 12 septembre 1983). Le maintien en vigueur des dispositions répressives de l'état d'urgence se dissimulait alors derrière une argumentation antiterroriste prônant l'unité nationale face aux partisans tamouls de la lutte armée contre le régi-
Ce sont aujourd'hui tous les secteurs radicaux de la société qui sont visés, témoigne répression dont ont été l'objet les étudiants grévistes de l'université de Peradeniya et l'arrestation arbitraire de 18 syndicalistes à Balangoda, une ville située au sud-est de Colombo, capitale de l'ile.
Voilà un an environ qu'un poste de police avait été installé dans les locaux de l'université de Peradeniya. Le 19 juin dernier, lorsque 50 étudiants sont venus protester devant ce poste de police contre le tabassage de l'un des leurs, ils furent accueillis à coups de feu et un étudiant était tué. Dès le lendemain, des actions de protestation avaient lieu dans tous les campus universitaires de l'ile et dans certains lycées. Ces actions spontanées étaient pourtant qualifiées d'« actes d'éléments subversifs et terroristes » par les autorités. Et, le 21 juin, un nouvel étudiant était tué par la police, lors de la dispersion violente d'une manifestation à Colombo. Les policiers allèrent alors jusqu'à tabasser les étudiants blessés transportés en ambulance, achevant ainsi l'un d'entre eux. Toutes les nouvelles concernant ces événements ont été soumises à la censure, l'opposition a été empêchée d'en débattre au Parlement, une enquête parlementaire a été refusée, tous les campus ont été fermés ainsi que certains lycées, et l'état d'urgence a été prorogé le 21 juin, bouclant ainsi une année continue de cette législation répressive. Le ministre de la Défense devait reconnaître, le 22 juin, que 100 étudiants et professeurs avaient été arrêtés à l'issue de cette agitation universitaire et scolaire, mais des sources indépendantes avancent le chiffre de 500
Pendant toute cette période, les capacités d'action des organisations de gauche en solidarité avec la lutte des étudiants ont été limitées par les méthodes répressives en vigueur sous l'état d'urgence. Ces organisations ont donc été le plus souvent contraintes à des modalités d'action clandestines (distribution de tracts, campagne d'affichage, etc.). Au mois de juillet, la plupart des personnes arrêtées étaient relâchées, mais nombre d'entre elles faisaient toujours l'objet de poursuites judiciaires dans le cadre des dispositions de l'état d'urgence.
Cette répression a montré une nette évolution de la politique gouvernementadont la propagande mettait surtout l'accent auparavant sur la lutte contre le « terrorisme » dans le nord du pays. Aujourd'hui, le pouvoir n'hésite pas à qualifier de « terroriste » plus généralement tous ceux qui se mobilisent contre sa politique réactionnaire. C'est dans ce contexte que se situent donc aussi les arrestations et les emprisonnements intervenus le 15 juin dernier à la Maison de l'amitié cinghalo-tamoule de Balangoda, qui est une association culturelle et récréative. Le dirigeant socialiste ceylanais et avocat du mouvement ouvrier, Upali Cooray, et 17 autres syndicalistes et ouvriers, ont été détenus en vertu des lois d'exception et accusés, selon la presse, « d'activités subversives » et de « détention de littérature subversive ». C'est en tant qu'avocat du mouvement syndical qu'Upali Cooray a contribué à aider les travailleurs des plantations de thé de Balangoda à défendre leurs droits et à s'organiser pour le faire. Ceux-ci sont en majorité d'origine tamoule et doivent faire face ainsi à la fois à la répression policière anti-tamoule et aux conditions de travail misérables des plantations de thé.
L'affaire remonte en fait à avril 1984, lorsque des travailleurs de la plantation de Balangoda affiliés à un syndicat pro-gouvernemental décidèrent de se joindre à la grève organisée par un autre syndicat, le Congrès des travailleurs de Ceylan (Ceylon Workers Congress). C'est à la suite de nombreuses tracasseries de la part de la direction de leur entreprise, qui avait licencié les grévistes, et de la police locale, qui avait exercé contre eux pour les dissuader de quitter le syndicat gouvernemental, qu'Upali Cooray fut amené à se rendre dans cette loca-
pour conseiller ces travailleurs des plantations de thé en tant qu'avocat des syndicats. Cette rencontre eut lieu au domicile du responsable de la Maison de l'amitié cinghalo-tamoule de Balangoda.
La police y fit irruption le 15 juin, l'arme au poing, et procéda à l'arrestation de 18 personnes, en vertu de l'état d'urgence, accusant Upali Cooray d'y tenir une réunion non autorisée. Parmi la littérature et les documents ment subversits que la police trouva dans le logement, il y avait quelques lettres d'ouvriers aux autorités et leurs réponses, ayant trait à des demandes concernant le respect de la législation du travail, un avec l'association britannique pour la défense des droits humains des ouvriers des plantations de thé, une invitation du Parti marxiste révolutionnaire (RMP, section ceylanaise de la IVe Internationale) au responsable de la Maison de l'amitié cinghalo-tamoule à assister à une des brochures l'oppression des femmes et quelques organes de presse diffusés publiquement par des groupes politiques de gauche au Sri Lanka. Rien qui puisse donc étayer l'argumentation de « possession de littérature subversive » qui semble être l'accusation principale derrière laquelle se dissimule cette atteinte aux droits démocratiques les plus élémentaires et cette action d'intimidation des ouvriers des plantations de thé menée de concert entre la po-
Get les responsables de l'entreprise pour laquelle ces ouvriers travaillaient.
Après avoir été tenus au secret en prison pendant plusieurs jours, les 18 de Balangoda furent traduits, le 27 juin devant un tribunal qui refusa leur libération sous caution et renvoya l'affaire au 5 juillet. Les magistrats décidèrent alors que les personnes inculpées pourraient etre libérées sous caution d'une somme de 50 000 roupies (environ 16 000 francs) chacune et à condition que la personne porte garante soit cinghalaise. C'étaient là deux conditions qu'il était difficile de satisfaire pour ces ouvriers tamouls, amenant ainsi certains d'entre eux à faire de fausses déclarations à l'administration de la plantation et à la police.
Finalement libérés sous caution, les 18 de Balangoda doivent passer procès le 4 octobre prochain. Au Sri Lanka, un Comité de défense des 18 de Balangoda a été constitué, qui a lancé une campagne de sensibilisation et de solidari-
RECTIFICATIF C'est à la suite d'une erreur intervenue dans l'article d'Ernest Mandel intitulé « Une reprise couplée à une crise financière aggravée », paru dans
Inprecor numéro 178 du 23 juillet
1984, qu'un signe négatif a été affecté à l'évolution de la production industrielle de la Corée du Sud, dans le tableau numéro 1 de la page 3. Il fallait en fait lire un signe positif (+7,5 %).
En page 5, lère colonne, avant dernière ligne, il faut aussi lire 8,5 milliards de francs au lieu de 85 milliards.
té avec les accusés. Cette structure appelle à la solidarité pour la défense des syndicalistes et ouvriers inculpés et réclame l'envoi de prises de positions au président de la République socialiste démocratique du Sri Lanka, President's House, Sri Lanka, en protestation contre cet abus de pouvoir au nom de l'état d'urgence, contre la multiplication des atteintes aux droits démocratiques, et pour l'arrêt des poursuites judiciaires contre les 18 de Balangoda. Par ailleurs, cette campagne étant très coûteuse, ce comité en appelle aussi au soutien financier du mouvement ouvrier international pour assumer les dépenses juridiques et les frais divers de la campagne de défense des 18 de Balangoda. Les doubles de tous les messages de protestation et les comptes rendus des actions de protestation doivent être envoyés suivante: 53, Rajamalwatte Road, Colombo 15, Sri Lanka.