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EPUIS son premier jour, en mars 1984, la grève des mineurs a constitué un enjeu sept premières semaines de cette grève, le gouvernement Thatcher a maintenu une façade de neutralité, prétendant qu'il ne s'agissait que d'un conflit entre, d'un côté, l'Office national du charbon (NCB) et son nouveau président américain MacGregor et, de l'autre, le Syndicat national des mineurs (NUM). En réalité, le gouvernement a mobilisé 20 000 policiers contre les piquets de grève des mineurs. Presque 4 000 mineurs ont été interpellés au cours de la grève. De plus, les familles des mineurs ont été privées d'allocations familiales, façon d'employer l'arme de la faim contre les
Au mois de juillet, Margaret Thatcher a été obligée d'abandonner cette attitude, en liant clairement l'avenir de son gouvernement à sa volonté affirmée de battre les mineurs. Elle a déclaré que, tandis que Galtieri (chef de la junte militaire en Argentine au moment de la guerre des Malouines) avait été « l'ennemi extérieur », dans la grève des mineurs, « nous nous battons contre l'ennemi intérieur ». Avec ces propos ineptes, elle a rendu clair à la fois le rôle qu'avait joué la guerre des Malouines pour son gouvernement et son attitude à l'égard des syndicats.
Ces propos ont, bien sûr, soulevé une tempête de protestations. Mais ils ont surtout marqué la fin de la prétendue neutralité du gouvernement. Maintenant, tout le monde attend la réponse du mouvement ouvrier à cette déclaration de guerre. La nécessité d'une telle réponse va être au centre des débats du congrès de la Centrale unique des syndicats (TUC), qui regroupe plus de 9,5 millions d'adhérents et qui se réunit au début septembre.
LA QUESTION DE LA SOLIDARITÉ
En fait, la question centrale depuis le début de la grève des mineurs a été celle des actions de solidarité de la classe ouvrière tout entière. Même la presse bourgeoise a mis en évidence les efforts considérables qui ont été déployés par le gouvernement pour empêcher des mouvements de grève d'autres secteurs clefs de la classe ouvrière tant que durera la grève des mineurs. Selon le numéro du 18 août de l'hebdomadaire The Economist (proche du Parti conservateur), qui prédit une victoire du gouvernement au printemps 1985, « deux facteurs pourraient intervenir pour enrayer l'effritement de la grève. Le premier serait l'apparition de nouveaux problèmes dans les docks. (...) Deuxièmement, les directions des deux principaux syndicats des cheminots veulent engager la lutte contre les réductions
GRANDE-BRETAGNE
La grève des mineurs et la
nouvelle situation politique
d'emplois dans leur secteur en organisant une journée d'action (...) compagnée d'une grève du zèle illimitée calculée pour entraver le service. »
Il y a déjà eu, au mois de juillet, une grève nationale des dockers, après que la direction de la sidérurgie nationalisée ait rompu les accords passés avec le syndicat en faisant charger par des non-dockers, dans le port d'Immingham, sur la côte est de l'Angleterre, du minerai de fer destiné aux aciéries. Le Syndicat des transports et des travailleurs non qualifiés (TGWU), presque totalité dockers, a appelé à une grève nationale pour protester contre cette brèche dans le système d'embauche dans les docks, acquis des travailleurs remporté de haute lutte, qui garantit un emploi à tout indépendamment des variations du marché du travail. Ce système avait déjà été la cible d'attaques de la part des patrons depuis un certain temps et, à cetavaient donné tort à la direction de la si-
Après une grève des dockers de deux semaines, au cours de laquelle le président de la CBI (organisation du patronat britannique) avait déclaré que si la grève durait encore deux semaines, 75 % de ses adhérents seraient obligés d'arrêter leurs activités, les patrons des docks ont cédé et arrêté la grève.
L'action des dockers a souligné la faistratégique du L'analyse de The Economist est bien fondée. Une lutte prolongée dans un des secteurs clefs du mouvement. ouvrier mettrait le gouvernement en crise. Au moment où nous écrivons cet article, une nouvelle grève des dockers commence. Un bateau chargé de charbon destiné à l'aciérie de Ravenscraig, en Ecosse, avait été déchargé aux docks de Hunterston par des employés de la société sidérurgique. « Du charbon jaune déchargé par des jaunes », a dit Arthur Scargill, président du NUM. Les dockers des douze ports les plus importants d'Ecosse ont tout de suite arrêté le travail en signe de protestation. Ensuite, une conférence nationale du TGWU, réunissant des représentants des 35 000 travailleurs des docks, a appelé à une grève nationale qui devait être ratifiée par des assemblées générales dans chaque port.
Il est clair que l'action des patrons de la sidérurgie constitue une provocation délibérée qui, vu ses conséquences possibles, a été approuvée par le gouvernement. En fait, les dockers du TGWU avaient déjà proposé d'autoriser des livraisons de charbon tout à fait suffisantes pour maintenir l'aciérie de Ravenscraig en activité. Mais le gouvernement et le patronat pensent que la provocation des patrons de la sidérurgie va « démontrer » que les dockers ont été appelés à faire grève pour soutenir les mineurs et non pour défendre leurs «propres intérêts ». Ils cherchent à affaiblir la solidarité que les autres travailleurs accordent à la grève des mineurs pour faire, juste avant le congrès du TUC, une éclatante démonstration des divisions qui existent au sein du mouvement syndical.
LE JEU DU GOUVERNEMENT ET DU PATRONAT Le jeu du gouvernement et du patrorisqué pour eux. Tout d'abord, l'action de solidarité avec les mineurs entreprise par les dockers est strictement illégale, d'après les lois antisyndicales en vigueur. Mais, à la grande déception de certains secteurs du patronat, le gouvernement ne se sent pas suffisamment fort pour utiliser ces lois contre des secteurs décisifs du mouvement syndical. En outre, malgré des réactions inégales de la part des dockers à l'appel à la grève (des assemblées générales à Douvres et à Felixstowe se sont prononcées contre), 70 % des docks britanniques sont déjà arrêtés ou sont en train de l'être. Une campagne de presse massive a été lancée pour accréditer l'idée d'une division importante dans les rangs des dockers, mais le Financial Times (quotidien économique de la grande bourgeoisie) du 25 août ne trompe pas ses lecteurs quant à la situation réelle. Sous le titre « La deuxième grève nationale a bien commencé », un article explique : « La stratégie du TGWU consistera probablement a étendre rapidement la grève. »
Cela est devenu clair tout de suite après, avec la déclaration des cheminots, expliquant qu'ils avaient donné pour instruction à leurs adhérents de ne pas franchir les lignes de piquet de grève des dockers. Il n'était pas encore décidé si la grève se limiterait au trafic des marchandises et on ne savait pas encore si les dockers mettraient des piquets de grève devant les ports d'attache des ferryoù la main-d'œuvre est organisée, pour l'essentiel, par le Syndicat des che-
1. Cf. Inprecor numéro 172 du 30 avril contre la politique de Margaret Thatcher », et numéro 174 du 28 mai 1984, article de Pat Hickey, « La gauche ouvrière défie le "nouveau
qui existe depuis six ans et ne cesse de des mineurs, proposant par exemple la
L'action des dockers cause d'ores et déjà des dégâts très importants à l'économie britannique et son caractère « étendu » commence seulement à se manifester. John Connelly, secrétaire national du TGWU, responsable du secteur des docks, a annoncé le 24 août qu'une demande serait faite au conseil exécutif d'un « soutien physique » de la part d'autres secteurs du syndicat. Vers la fin de la grève des dockers, en juillet, nationaux des camionneurs, y de l'essence, et des travailleurs des raffineries de pétrole adhérents du TGWU, avaient déjà promis un tel soutien, mais on n'avait pas fait appel à eux à ce moment-là.
Un sondage sur l'état d'esprit des chefs d'entreprise à la fin juillet montre une perte dramatique de confiance de leur part depuis le mois précédent. Seuls 28 % d'entre eux ont trouvé des raisons d'optimisme, contre 65 % en juin. La CBI conséquences désastreuses pour l'écono-
En effet, les importations en gros tout de suite, et les effets de la grève seraient rapidement ressentis en ce qui concerne l'alimentation, les composants pour l'industrie, et les biens de consommation. Il est donc clair que le gouvernement se trouve devant une crise majeure.
Si le gouvernement compte sur un effondrement rapide du mouvement syndical, il n'y en a pour l'instant aucun signe. Néanmoins, la situation d'être sans problèmes du côté des travailleurs. Mis à part les effets de la crise et de la récession, les réactions partagées face à la grève des mineurs montrent qu'il reste à gagner la bataille de la conviction.
LA NÉCESSITÉ D'UNE JOURNÉE
D'ACTION NATIONALE Le Syndicat des mineurs a naturellement le plus grand intérêt à s'assurer un soutien sans faille du TUC pour sa lutte. Il a formulé une résolution à soumettre au congrès, qui engagerait le TUC à prélever un million de livres (11,5 millions de francs) par semaine sur l'ensemble de ses adhérents, et qui interdirait à ses membres de franchir les lignes des piquets de des mineurs. D'ailleurs, beaucoup de camionneurs du TGWU et d'adhérents de la sidérurgie (ISTC) refusent déjà de les franchir. Le Syndicat l'ameublement proposé un amendement à cette résolution, appelant le TUC à organiser une journée d'action. Au départ, cet amendement (et d'autres venant des syndicats des cheminots et des marins sur la quesprélèvement) acceptable pour le NUM. Mais aujourcet amendement fait les frais des manœuvres en coulisse des dirigeants syndicaux. A l'heure où nous écrivons, le NUM ne soutient pas
Men faveur d'une journée d'action, apparemment dans le but de présenter un front uni avec la direction du TUC face au gouvernement.
N.UM
Un piquet de grève du NUM (DR)
La perspective de l'organisation d'une rien d'irréaliste. Malgré le chômage massif croître, malgré les défaites infligées à plusieurs secteurs de la classe ouvrière (par exemple, les sidérurgistes en 1980), on a vu des avancées importantes au niveau du type de lutte menée par les syndicats depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs en 1979. Par exemple, la grève des travailleurs de la Santé, en 1982, a vu des journées d'action de solidarité avec ces travailleurs, qui ont mobilisé des millions de travailleurs. Au début de la grève des mineurs, cette tradition s'est poursuivie avec des actions organisées par certains comités régionaux du TUC, en Ecosse, au Pays de Galles et dans plusieurs régions d'Angleterre. Ces journées d'action régionales ont mobilisé des millions de travailleurs derrière les mineurs, souvent mais pas toujours sous la forme de grèves générales de 24 heures. En même temps, il y a eu création d'un mouvement de masse des femmes de mineurs en soutien à la grève (2). Ce mouvement est le fer de lance dans la bataille pour la solidarité « sociale » (collectes d'argent, de vivres, etc.).
En plus, il joue un rôle politique de premier plan pour étendre les bases du soutien à la grève, ayant organisé notamment une manifestation de 20 000 personnes à Londres le 11 août.
PERSPECTIVES SYNDICALES
ET POLITIQUES Le congrès de la centrale syndicale va être dominé par les grèves des mineurs et des dockers. Il sera difficile d'éviter de demander à la direction du TUC si elle soutient ces grèves ou non. L'aile droite de cette direction pourrait peut-être trouver une porte de sortie sous la forme d'une résolution formulée d'une manière telle qu'elle pourrait y apporter son soutien. Elle pourrait ainsi éviter de présenter sa propre résolution, ce qui semblait probable jusqu'ici et qui mettrait au grand jour la division qui règne au sein de la direction du mouvement ouvrier. Cela serait néfaste, même si tout le monde sait que cette
PICKET
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division existe. L'aile droite avait, par exemple, cherché a présenter une résolution exprimant un soutien vague à la lutte création d'un fonds spécial pour soutenir les familles des mineurs plutôt que de financer la grève en tant que telle. Une telle résolution, selon le Financial Times du 18 août, « pourrait être présentée comme complémentaire à la résolution des mineurs, plutôt que comme alternative, et si elle était adoptée, elle permettrait au TUC d'avoir une position combative ou modérée, suivant les circonstances et pour éviter des ruptures en son sein ».
Mais, indépendamment des problèmes tactiques de la droite, le congrès se présente de plus en plus comme l'endroit où seront prises des décisions à tous les niveaux à l'égard de la grève. Il reste à voir si les orientations de la droite et de la gauche seront présentées devant le mouvement ouvrier de façon claire, dans un débat contradictoire, ou si, comme d'habitude, il faudra savoir lire entre les lignes.
La droite dispose d'appuis importants. Dans un discours au Parlement, Neil Kinnock, le nouveau dirigeant du Parti travailliste, a dénoncé pective d'extension de la lutte des mineurs vers une grève générale, perspective qui, selon la presse bourgeoise, serait préparée secrètement par des dirigeants des mineurs et d'autres dirigeants syndicaux. Jusqu'ici, Kinnock s'est contenté de dénoncer de façon « impartiale » la violence des piquets de grève et celle de la police. Il est pourtant évident, pour qui veut bien s'informer, que cette violence est entièrement le fait d'une police mobilisée pour écraser les piquets, dont deux militants ont déjà été tués depuis le début de la grève. Malgré l'accumulation de preuves de la responsabilité de la police et du semblables à celles qui sont utilisées en Irlande du Nord -, Kinnock continue à avoir davantage peur d'une mobilisation du mouvement ouvrier que des conséquences d'une victoire de Thatcher.
2. Cf. Inprecor numéro 176 du 25 juin 1984, article de Janine Inglefield, « Les femmes en défense de l'emploi des mineurs».
Malgré Kinnock, une aile gauche de masse s'est développée dans le mouvement ouvrier autour de la grève. Si la tête de ce courant se trouve dans le Parti travailliste, ses pieds sont les piquets de grève des mineurs. A travers la grève, il y a eu une croissance spectaculaire d'un mouvement, à la base du Parti travailliste et des syndicats, qui s'affirme de plus en plus clairement, et dont les dirigeants principaux sont Tony Benn (leader de la gauche travailliste) et Arthur Scargill. La direction de ce mouvement, pour des raisons qui lui sont propres, s'est engagée à fond pour obtenir une victoire des mineurs.
Depuis le début de la grève, 20 % des mineurs, concentrés essentiellement dans la région de Nottingham, ont refusé de la soutenir. Cette région a une longue tradition droitière, et les mines y sont économiquement plus viables qu'ailleurs. Mais, en dernière analyse, les divisions dans les rangs des mineurs sont le reflet de celles de tout le mouvement ouvrier. Aux dernières élections législatives, une majorité des adhérents des syndicats ont voté pour des partis autres que le Parti travailliste. Parce que le Syndicat des mineurs a une impressionnante tradition de lutte, les divisions en son sein sont moins importantes que dans d'autres secteurs du mouvement ouvrier, mais même ce syndicat est touché par la division dramatique des rangs, pourtant majoritaires, de l'opposition à Thatcher.
C'est dans ce contexte que s'ouvre un débat de fond dans le Parti travailliste sur la meilleure façon de rassembler cette majorité anti-Thatcher autour de ce parti. Dans ce débat, certains dirigeants de l'aile droite expliquent qu'il faut défaire politiquement le Parti social-démocrate (SDP, formation bourgeoise née d'une scission de droite du Parti travailliste), en lui volant son programme et, à défaut de cela, préparer le mouvement politique de coalition avec ce parti. Benn et Scargill s'opposent à cette stratégie et se battent pour le maintien d'un programme de gauche du parti et pour la construction autour de lui d'une nouvelle alliance de tous les opprimés. L'élargissement de la lutte contre le gouvernement Thatcher est central pour leur stratégie. Si une telle lutte n'était pas à l'ordre du jour, il n'y aurait aucune raison pour les forces anti-Thatcher de s'allier au mouvement ouvrier et au Parti travailliste.
LES MÉTHODES RADICALES
DE LA LUTTE DES MINEURS C'est dans cette perspective que Scargill et ses alliés ont dirigé la grève. Pour surmonter les divisions des mineurs, et aussi la division entre les mineurs et les sidérurgistes qui ne sont pas encore remis de leur défaite de 1980, Scargill a choisi la méthode du piquet de masse. Il explique inlassablement : « Les travailleurs de la sidérurgie avaient le soutien total des mineurs pendant leur lutte contre les dons le même soutien aujourd'hui. La meillleure façon de défendre des emplois dans la sidérurgie est d'aider à une victoire des mineurs. » Mais, en même temps, il mobilise des milliers de piquets pour empêcher les livraisons de charbon aux aciéries et contre les jaunes qui travaillent toujours dans les mines qui restent ouvertes.
Ces méthodes ont créé une ligne de partage profonde au sein de la direction du mouvement ouvrier. Des dirigeants de la gauche du Parti travailliste, comme Benn et Ken Livingstone (dirigeant très radical de la majorité travailliste au conseil municipal du Grand Londres) ont apporté un soutien total à la lutte des mineurs. Et, à la base, tout ce qu'il y a de progressiste au sein de la classe ouvrière britannique s'est mobilisé derrière les mineurs. Cela est vrai pour tous les secteurs du mouvement de masse. Par exemple, une des premières actions du mouvement des femmes de mineurs a été d'envoyer une délégation de solidarité au camp de la paix des femmes de Greenham Common, et, en retour, des femmes de Greenham sont souvent invitées à prendre la parole au cours des rassemblements de mineurs. Autour de la grève des mineurs, on voit apparaître un mouvement ouvrier d'un nouveau type, un mouvement qui lutte, qui inclut tous les opprimés, et qui utilise la méthode des actions de masse. Dans ce cadre, la grève des mineurs paraît être le pivot de toutes les luttes qui se mènent contre le gouvernement Thatcher, depuis la lutte contre les missiles jusqu'à la bataille pour défendre l'existence des conseils municipaux élus dans les grandes
OPPOSITION DROITE - GAUCHE
AU SEIN DU TUC La lutte en est arrivée à un point où elle doit affronter directement la direction droitière du mouvement syndical. Une issue victorieuse de la lutte des mineurs dépend d'un élargissement de son soutien de masse. Il est impossible de mobiiser un tel soutien sans organiser ceux qui sont prêts à agir maintenant et sans aux dirigeants droitiers qui, jusqu'ici, se sont limités à un soutien purement verbal à la grève, quand ils ne l'ont pas ouvertement trahie, comme l'a fait le dirigeant du Syndicat des électriciens, Frank Chapple.
Depuis le début de la grève, les batailles rangées entre les piquets et la police ont amené certains dirigeants de la droite syndicale à exiger l'abandon de la tactique des piquets de masse au nom du « maintien de l'ordre ». L'opération policière massive — qui coûte plus de deux millions de livres par jour (23 millions de francs) et qui inclut l'interdiction aux mineurs de se déplacer d'un comté à l'autre, ainsi que des écoutes téléphoniques à une échelle de masse (elles ont été dénoncées par des travailleurs des télécommunications) - a polarisé la direction du mouvement ouvrier. Contre ces méthodes d'«Etat policier », la gauche travailliste et syndicale appelle à soutien de tout le mouvement au Syndicat des mineurs. C'est cette orientation qui a conduit à la deuxième grève des dockers. Mais, pour vaincre Thatcher, c'est tout le mouvement ouvrier qu'il faut mobiliser derrière ces deux grèves. Une telle perspective implique la défaite de la direction droitière qui domine une bonne partie du mouvement ouvrier aujourd'hui. La lutte entre la gauche et la droite va dominer le congrès du TUC, même si elle se passe de façon voilée.
La gauche benniste a aussi largement contribué au recul important du gouvernement Thatcher sur la question de la réforme des municipalités. Le gouvernement a été mis en minorité au Parlement (à la Chambre des pairs !) sur sa tentative de dissoudre la municipalité du Grand Londres. Cette défaite a été vue comme une preuve de la perte de contact avec les réalités de la vie politique en Grande-Bretagne de la part du gouvernement. Les bennistes sont donc considérés de plus en plus comme représentant l'opposition la plus efficace à ce gouvernement, qui,
The Economist du 7 juillet, « est bien parti pour être le gouvernement britannique le plus inepte depuis la Deuxième Guerre mondiale ». La gauche benniste du mouvement ouvrier peut être créditée pour une bonne part de cette situation.
LES BENNISTES ET LA GREVE Les bennistes sont clairs sur leurs perspectives pour la grève. A la fin juin, Tony Benn a déclaré, au cours d'un meeting de solidarité avec les mineurs : « Il y a deux choses que le mouvement ouvrier doit faire aujourd'hui pour les mineurs Tout d'abord, des syndicalistes dans toute une série d'industries et de services doivent se préparer à faire grève dans leurs secteurs. Ce serait la façon la meilleure et la plus directe de les aider maintenant, et il n'y a pas besoin d'attendre l'autorisation de qui que ce soit pour commencer Nous avons appris cela du mouvement des
Deuxièmement, le comité exécutif national du Parti travailliste devrait organiser une manifestation nationale, en invitant Arthur Scargill et d'autres dirigeants syndicaux, ainsi que des représentantes des groupes de femmes de soutien, à prendre la parole aux côtés des dirigeants du parti. Ce serait un moyen de lancer une campagne politique nationale qui doit continuer jusqu'à la victoire des mineurs. Le soutien financier et moral apporté à la grève a été très apprécié, mais ce sont les mineurs et leurs familles qui ont à porter le poids le plus grand. Ils se battent pour nous tous et nous ne pouvons pas les laisser se battre seuls. »
Cela constitue le « programme d'action » des bennistes pour la grève. Il rencontre la pleine approbation de toutes les forces de la gauche. Mais reste à voir à quel point la lutte sera menée pour organiser l'aile gauche autour de ce programme, et jusqu'où les bennistes sont prêts à aller dans l'affrontement avec la droite de la direction du mouvement ouvrier, pour mieux construire l'unité à la base. vent, les bennistes surestiment l'impor-
tance des victoires remportées au niveau de la direction bureaucratique du mouvement. Mais, à l'heure actuelle, il faut affronter directement le problème posé par la division de cette direction et lancer un défi ouvert à la droite qui trahit la grève. En lançant ce défi autour des grèves des mineurs et des dockers, il sera possible de construire une nouvelle unité.
Mais la direction benniste elle-même constitue une fraction de la bureaucratie du mouvement ouvrier. Par conséquent, les luttes qu'elle mène ont comme objectif la réforme de cette bureaucratie ... sur des bases bennistes ! C'est pourquoi elle ne dépassera pas certaines limites dans son opposition à la droite au congrès du TUC qui s'ouvre en ce moment même, et à celui du Parti travailliste qui aura lieu d'ici quelques semaines.
DEUX CONGRES DÉTERMINANTS
Ces deux congrès vont déterminer, pour une grande partie, l'avenir de la grèdes mineurs, celui du courant benniste qui la soutient, et même celui du gouvernement Thatcher lui-même. Mais cela ne sera pas la fin de l'histoire. Au cours d'une conférence nationale NUM au mois de juillet, Scargill a préparé la base du syndicat à une grève qui pourrait durer encore de longs mois. Malgré la campagne du gouvernement et du patronat pour accréditer l'idée qu'il y a un mouvement à la base vers une reprise du travail, ce mouvement, selon The Economist du 18 août, « ne représente guère qu'un petit filet d'eau pour l'instant, avec une augmentation de nombre des mineurs travaillant, depuis le début de juillet ». Ce journal, qui soutient à fond le gouvernement, compare la publicité faite à ce qu'il appelle des « mineurs rebelles » (c'est-à-dire jaunes) par « des journaux de droite » à l'attention portée dans d'autres circonstances au nombre d'apparitions du monstre du Loch Ness ! En fait, les chiffres donnent un démenti à toute idée d'une reprise progressive du travail. 130 des 180 mines de Grande-Bretagne sont complètement paralysées, et la plupart des autres ont un niveau de production très réduit. Ces chiffres n'ont pas beaucoup varié depuis le début de la grève.
La capacité de résistance et de sacrifice des mineurs et de leurs familles ont secoué le mouvement ouvrier britannique de haut en bas. Les deux grèves des dockers n'en sont que la manifestation la plus visible. Quelles que soient les décisions prises par les congrès du TUC et du Parti travailliste, ce processus va continuer. Mais, partout dans le mouvement ouvrier britannique, on prend conscience que ces deux congrès auront le pouvoir, s'ils le veulent, de remporter une victoire rapide contre un gouvernement qui apparaît de plus en plus comme un « canard boiteux ».
Brian HERON, Londres, 27 août 1984.