Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DEBAT

La crise du marxisme

· Inprecor n° 18, 8 décembre 1977 · p. 9-10 · 961 mots

URSS et Russie

«La crise du marxisme» "...lls (nos amis et camarades d'exil) ont eu le courage de défendre leurs idées, de se dire marxistes et progressistes, de ne pas céder au chantage de l'idéologie bourgeoise. Et je voudrais aussi mettre à leurs côtés tous ceux qui ont pu et voulu rester à leur poste, pour ne pas se séparer de leur peuple. Ces hommes ne sont pas connus, mais nous savons qu'ils existent et qu'ils sont nombreux. Et derrière eux, il y a la masse des travailleurs qui résiste elle aussi à sa façon. Je suis d'accord avec Trentin : cela peut se faire de façon déconcertante, mais nous devons le comprendre. Nous devons aider les travailleurs de l'Est avec tous les moyens dont nous disposons et avant tout nous devons les aider à rompre leur isolement. Je m'excuse de m'exprimer brutalement et schématiquement. Depuis un certain temps on parle entre nous de "la crise du marxisme" - Rossana Rossanda a utilisé cette notion. Il ne faut pas craindre ce terme. Si le marxisme est en crise et si cette crise est une crise ouverte, que tous peuvent voir, nos ennemis le savent et font tout ce qu'ils peuvent pour l'exploiter. Mais nous la voyons de même et nous la connaissons. Que signifie "crise du marxisme" ? Avant tout, c'est ce qu'on dit les camarades de la Mirafiori (usine Fiat) : quelque chose s'est rompu dans l'histoire du mouvement ouvrier, quel que chose est intervenu et en a rompu la continuité. C'est un fait. Il est difficile de mettre ensemble Octobre 1917, l'énorme rôle de la révolution soviétique, Stalingrad, avec les horreurs de Staline, avec le régime répressif de Brejnev. Si on ne sait plus comment maintenir ensemble le passé avec le présent, cela signifie que dans la conscience des masses il n'est plus un idéal réalisé. Un idéal vivant. Nous ne pouvons passer par -dessus, en affirmant seulement qu'il y a diverses voies vers le socialisme. Puisque apparaît subitement une question inquiétante : à la limite, qu'est-ce qui garantit que le socialisme des autres voies ne conduise au même résultat, au socialisme. existant actuellement ? Mais la crise du marxisme a une deuxième signification. Non seulement quelque chose s'est rompu dans l'histoire du mouvement ouvrier, non seulement l'URSS est passée de Lénine à Staline et Brejnev, chose déjà assez grave, mais, ce qui n'est pas moins grave, les organisations de lutte de classes marxistes

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Les héritiers désenchantés n'ont pas donné une explication marxiste de l'histoire qui fut faite au nom du marxisme. S'il est vrai qu'il est assez difficile de fournir une explication marxiste de cette histoire, cela veut dire que la crise actuelle révèle une faiblesse et peutêtre plus qu'une faiblesse, une crise de la théorie. (...) Si cela est vrai, il me semble qu'au-delà de l'exploitation que peuvent en faire nos ennemis, il y a trois façons de réagir. La première, qui est propre à certains partis communistes, consiste à sauver ce qui peut être sauvegardé, à ne pas parler de crise et à continuer comme si de rien n'était. Ce n'est pas une position responsable. La seconde manière, consiste à recevoir le choc de la crise, à le subir, à en souffrir, tout en continuant à chercher quelques raisons d'espérer. Ceci s'accompagne d'un désarroi. Mais, une fois passé le premier moment, on ne peut pas vivre sans un minimum de réflexion sur les perspectives, au risque de flotter sur l'histoire comme des chiens crevés au fil de l'eau. La troisième façon de réagir face à la crise consiste à prendre une certaine distance historique, théorique et politique qui permette de découvrir, même si cela n'est pas aisé, sa nature, son sens. et sa portée. Je crois que l'on peut réussir. Et si nous réussissons, nous pourrons changer de langage : au lieu de dire le "marxisme est en crise", on sera tenter d'affirmer : "Finalement, la crise du marxisme explose !" Finalement, elle apparaît au grand jour, finalement elle est visible pour tout le monde, finalement quelque chose de vital peut être libéré

Ernest MANDEL de cette crise et à travers cette crise. Ce n'est pas un paradoxe. Je pense en fait que la crise du marxisme n'est pas un nouveau né. Elle ne date ni des dernières années ni de la rupture du mouvement communiste international. Si elle a surgi au grand jour après la crise du mouvement communiste international, elle était bien plus vieille qu'elle, puisque, en fait, elle en fut une des causes. Si la crise a éclaté et est devenue visible seulement ces dernières années, si elle ne pouvait pas éclater avant, c'est dans la mesure où elle était bloquée par tout un appareil politique er idéologique. Pour nous, à part quelques exceptions, pour quelques brèves phase du mouvement ouvrier, on peut dire que la crise du marxisme surgit dans les années trente. (...) On se trouve aujourd'hui face à la nécessité vitale de remettre en cause une certaine idée de nos auteurs et maîtres, sur laquelle nous nous sommes reposés trop longtemps et sur laquelle il se peut que l'on s'appuyera encore... Il n'y a dans cela rien de surprenant. Il serait insensé de croire que ceux-ci auraient pu donner une théorie complète et totale, si cette dernière est une théorie de lutte. En tant que telle, elle est marquée par la nature de l'idéologie dominante dans la période durant laquelle elle est née et avec laquelle elle a dû rompre dans une bataille sans fin. Il ne faut pas s'étonner si elle comporte, donc, des contradictions et des lacunes. Je pense, au contraire, qu'il est important d'assumer ses contradictions et ses lacunes - en saisissant la possibilité historique offerte par la crise - afin de lui rendre toute sa nature libératrice."

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