Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CHINE

Qu'est devenu Cheng Chao-lin ?

· Inprecor n° 18, 8 décembre 1977 · p. 31-32 · 1 398 mots

Chine IVe Internationale

CHINE Nous reproduisons ci-dessous un article de Greg Benton paru le 9 novembre dans l'édition internationale du "Guardian" - (publiée en collaboration avec "Le Monde" et le "Washington Post") -. Dans cet article, Greg Benton revient sur le sort des trotskystes chinois incarcérés en 1952, et retrace l'histoire de l'un d'entre eux, Cheng Chao-lin. Le 21 décembre, cela fera en effet 25 ans que la police du nouveau régime arrêtait 2 à 300 militants trotskystes. Parmi eux, plusieurs vétérans connus du mouvement communiste, tels Ho Chi-shen, Ying K'uen, Chiang Tseng-tung, Lin Hwan-hua, Liu Lo-ming, Chou Jen-sheng, Lin Soong-chi et Cheng Chao-lin. Ils s'étaient engagés dans l'activité révolutionnaire dès le début des années 20, avaient joué un rôle souvent important lors des Luttes de 1925-27 et avaient été persécutés par les forces du Kuo-min-tang. Ils étaient devenus trotskystes en tirant les leçons de la sanglante défaite de la seconde révolution chinoise. Depuis leur arrestation de 1952, ordonnée : par la direction du Parti communiste chinois, les informations sur le sort de ces militants révolutionnaires se sont faites très rares, souvent inexistantes. Cheng est en effet l'un des seuls à propos desquels des nouvelles nous soient parvenues jusqu'en 1974. Il est probable que certains d'entre eux soient morts, aujourd'hui. Il nous est même impossible de le savoir. A Hong-Kong, plusieurs publications ont lancé un appel à la libération immédiate des trotskystes chinois encore incarcérés sous la forme d'une "Lettre ouverte au Comité central du Parti communiste chinois et à la prochaine 5e Assemblée natioCet appel est signé par la revue "'Octobre", le mensuel "Rive gauche" , le mensuel "Equateur" , l'hebdomadaire "Combat", la maison d'édition "Sincere Publishers" et le mensuel "Le Réveil" Les signataires de la lettre ouverte notent qu'ils ne sont pas tous "de conviction politique trotskyste" , "certains le sont, d'autres pas". Mais tous sont d'accord pour dénoncer le caractère à la fois antidémocratique et illégal, au regard de la légalité socialiste, des arrestations de 1952; arrestations qui furent opérées secrètement. Plus grave encore, certains militants furent maintenus 25 ans en prison sans avoir jamais eu droit à un "procès public et impartial".

Greg BENTON "Nous sommes aussi d'accord, ajoutent-ils, sur le fait que les trotskystes chinois, comme les trotskystes partout dans le monde, sont des communistes révolutionnaires". En Chine, "nombre d'entre eux furent condamnés à de lourdes peines de prison par le Kuo-min-tang pour leurs activités, et certains les payèrent même de leur vie... Leur arrestation, quelles que soient les divergences qu'ils affirmaient avec le PCC, étaient en conséquence injustifiée." La déclaration, datée d'octobre 1977, se termine par un appel à la libération des militants encore incarcérés et à la publication d'une information complète sur ce sujet : "La première et la moindre des choses que vous devriez faire est de laisser le monde savoir ce qu'il est advenu de Cheng Chaolin et de ses camarades." Il gagne ses galons dans le mouvement communiste en tant qu'écrivain, collaborateur du journal du Parti et en tant que traducteur. Sa traduction de l'ouvrage de Boukharine, "L'ABC du communisme", devient immédiatement un texte marxiste classique pour une génération de révolutionnaires chinois (il fut même dans la plupart des cas le seul classique marxiste connu de cette génération). Après la défaite de la révolution en 1927, il milite clandestinement à Shangaf. Il. est alors éditeur en chef du principal organe du parti, "Le Bolchevik". En 1929 il est exclu du parti pour trotskysme avec Chen Tu-hsiu (le fondateur du communisme chinois) et d'autres dirigeants importants. En 1931, il est élu au Comité central de l'Opposition de gauche du PCC, mais il est arrêté le 24 mai de cette année par la police politique du Kuo-min-tang et condamné à 15 ans de prison. Il est libéré 7 ans plus tard dans le cadre d'une amnistie générale décrétée après l' éclatement de la guerre avec le Japon. Il retourne alors à Shangaf où il rejoint la résistance clandestine contre le Japon. Il traduit en chinois nombre d'ouvrages marxistes et achève certains travaux qui lui sont propres (dont une biographie de Chen Tu-Hsiu et une histoire du mouvement réformiste chinois). Il écrit de même une nouvelle : le "Dialogue de trois voyageurs".

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CHINE

CHENG CHAO-LIN. Cette photo du dirigeant trotskyste emprisonné date probablement de 1941. En 1949, après une scission du mouvement trotskyste chinois, Cheng devient l'un des dirigeants du Parti international des travailleurs. Après l'établissement de la République populaire, il décide de rester en Chine afin de poursuivre ses activités politiques. Ses anciens amis, membres du gouvernement, le contactent via un dirigeant communiste influent, Li Wei-Han, qui a connu Cheng à Paris. Pressé de passer un compromis avec eux, il s'y refuse et est arrêté peu après. Il n'existe aucun document permettant de faire le point sur le sort réservé aux hommes et aux femmes arrêtés en 1952. Les seules informations dignes de foi qui nous sont parvenues concernent Cheng Chao-lin et sa femme Wu Ching-chen. Quand Wu fut libérée en 1957, ses jambes étaient paralysées. Cheng, en 1974, dernière date à laquelle nous avons eu de ses nouvelles, était toujours incarcéré à Shangal dans la prison qui était appelée, à l'époque des concessions internationales, la "Ward Road Gaol". Les dirigeants chinois de l'ère post-maoiste ont gagné un vaste soutien en Chine en dénonçant les atteintes à la légalité socialiste et aux droits démocratiques perpétués sous la "bande des quatre" et de leurs sympathisants. Ils ont promis un assouplissement des contrôles politiques.

On ne doit pas tuer de trop nombreux " contre-révolutionnaires" a déclaré un jour le Président Mao, seulement quelques-uns pour l'exemple. La majorité d'entre eux doivent être mis en prison pour "se réformer par le travail". Pour tous ceux des "contre-révolutionnaires" dont l'exécution a récemment été annoncées dans les rues de Pékin et de diverses villes chinoises, on peut supposer que beaucoup d'autres sont entrés en détention et sont venus gonfler la population carcérale déjà nombreuse. Il est possible que le doyen des "ennemis de l'Etat chinois" encore détenu soit Cheng Chao-lin, l'un des membres fondateurs du Parti communiste comme du mouvement trotskyste chinois. La nuit du 21 décembre 1952, les forces de sécurité chinoises, intervenant sur l'ensemble du territoire, arrêtèrent entre deux et trois cents trotskystes, dont Cheng, et leurs sympathisants. Un vieil ami de l'un des actuels dirigeants de la Chine fêtera bientôt le 25e anniversaire de son emprisonnement. L'action politique de Cheng remonte aux lendemains de la Première Guerre mondiale, alors qu'il se trouvait à Paris. Dans un petit hôtel proche de la Place d'Italie, il se réunissait régulièrement avec une poignée de compatriotes émigrés afin de mettre au point les activités de la nouvelle section française du PCC. Parmi ceux-ci on trouve Chou En-lai qui devait devenir le deuxième personnage du régime après Mao, à la veille de sa mort l'année dernière; Teng Hsiao-ping, membre deux fois réhabilité du triumvirat actuellement en place à Pékin (et qui reçut le titre de Docteur ès duplication pour sa maîtrise de la ronéo); Chen Yi, qui devait devenir ultérieurement ministre des Affaires étrangères; et d'autres communistes dont les noms sont familiers en République populaire de Chine. Cheng, né en 1901, se rend en France, comme étudiant-travailleur, à l'âge de 19 ans. En 1923, il est l'un des premiers Chinois à gagner Moscou pour participer à l'Université des travailleurs d'Orient. Il revient en Chine en 1924 et devient secrétaire du Département du Parti à la propagande et codirecteur de l'influent organe du Parti, le "Guide hebdomadaire" Durant les années 20 et 30, le travail de traduction était un élément majeur du panorama littéraire chinois : les jeunes intellectuels rivalisaient alors d'efforts pour assimiler la pensée occidentale afin de moderniser et transforer leur pays. Les qualités de Cheng en matière linguistique étaient renommées. En plus de sa langue maternelle, le chinois, il enseignait le français, l'allemand, l'anglais et le russe. En 1975, quand Teng était sur le devant de la scène, le gouvernement de Pékin décréta même une amnistie et rendit leurs droits civiques à plusieurs centaines de personnes qualifiées de "criminels de guerre du Kuo-min-tang". La clémence de Teng s'étendra-t-elle jusqu'à son ancien camarade Cheng Chao-lin ? Il est évidemment possible que Cheng, qui devrait être aujourd'hui âgé de plus de 70 ans, soit mort depuis 1974, dernière date où nous avons eu de ses nouvelles. Si tel était le cas, ses amis le sauront-ils jamais ?

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