une victoire de "Solidarnosc"
Dour contaire printer irie dictature du séral aid et es au te misants
URANT tout le printemps, la dictature du général Jaruzelski a fait son possible du KOR (Comité d'autodéfense sociale) de prendre le chemin de l'exil. Elle a employé, pour cela, non seulement les bons soins de la hiérarchie catholique, mais même le secrétaire général de l'ONU. La réponse des onze militants fut de dire « non ».
Ils voulaient être jugés ou libérés immédiatement et ne pas devoir quitter la Pologne.
Et ils ont finalement gagné. Les procès n'ont pas été menés à terme et les inculpés n'ont pas été mis dans un avion en partance pour l'Occident. Ils ont été libérés après deux ans et demi de détention sans jugement. Les militants de Solidarité considèrent généralement que cette grande victoire est le fruit du succès du boycott des élections municipales du 17 juin, qui a montré au pouvoir bureaucratique qu'il continuait à
L'amnistie concédée
par Jaruzelski,
avoir dix millions d'adversaires, tout en millions de sympathisants. Cyril SMUGA
Proclamée finalement le 22 dernier, l'amnistie, qui aura permis la libération de la grande majorité des prisonniers politiques -et en particulier des plus connus d'entre eux à l'exception de Bogdan Lis — a été précédée par de nombreux tiraillements au sein de la bureaucratie polonaise. nistie dans les allées du pouvoir n'ont pas désarmé jusqu'au dernier moment. Quatre députés sont même allés jusqu'à voter contre cette décision, à la Diète, alors que huit autres s'abstenaient. L'ouverture, une semaine auparavant, du procès du KOR, et celui intenté le 14 juillet au dirigeant de Solidarité Andrzej Slowik, peu avant la fin de sa peine, pour « insultes au commandant de la prison », témoignent du fait que ceux qui au sein de la dictature sont partisans d'accentuer cours répressif, s'étaient battus jusqu'au bout.
LES LIMITES DE L'AMNISTIE La loi d'amnistie elle-même montre bien les méthodes juridiques de la bureaucratie. Le « pardon » qu'elle concède n'est total que pour les bureaucrates de l'équipe d'Edward Gierek, qui devaient être jugés devant le tribunal d'Etat pour les malversations auxquelles ils s'étaient livrés durant la décennie précédente. Quant aux militants de Solidarité, l'amnistie est conditionnelle. Son bénéfice peut être retiré à tous ceux qui, d'ici fin 1986, reprendraient leurs activités militantes. Autant dire que les amnistiés sont tous en liberté provisoire. Comme si cela ne suffisait pas, un certain nombre de délits politiques ne sont pas couverts par l'amnistie. Il s'agit des délits qualifiés de « haute trahison » (cela permet de garder au frais Bogdan Lis, qui était responsable des relations avec les syndicats occidentaux au sein de la direction clandestine de
POLOGNE montrant à Solidarité qu'elle comptait dix Solidarité, ainsi que son adjoint Piotr Mierzejewski) ; de « terrorisme » (sept mineurs de Lubin restent emprisonnés sous le motif d'avoir préparé des actions de représailles après les meurtres commis par la milice dans cette ville, le 31 août 1982) ; d'« utilisation de cérémonies religieuses en vue de porter atteinte aux intérêts de l'Etat », si la peine envisagée dépasse deux ans de prison (les deux prêtres poursuivis sous ce chef d'inculpation ont cependant été relaxés, le tribunal ayant admis qu'ils méritaient moins de deux ans). Autre chef d'accusation exclu de l'amnistie, celui de l'« utilisation des moyens de l'entreprise en vue d'obtenir un bénéfice matériel », en clair, tirage de tracts sur un matériel d'imprimerie appartenant à l'entreprise. Six ouvriers fondeurs du complexe sidérurgique de Huta Katowice restent emprisonnés en vertu de ce chef d'accusation. Ainsi, au moins une trentaine de militants sont toujours sous
En ce qui concerne les militants clandestins ou émigrés, ils ne pourront bénéficier de l'amnistie qu'à condition de se mettre à table et de « restituer les corps du délit » (machines, fonds syndicaux, etc.) Et encore, la loi stipule que même dans ce cas, ils pourraient être poursuivis plus tard, si de nouveaux éléments (non avoués) concernant leur activité apparaissaient. Autant dire que l'amnistie ne les concerne pas. En Pologne, tout le monde se souvient encore des procès intentés à ceux des membres de la résistance qui, sur la foi d'une amnistie semblable, s'étaient rendus après la Seconde Guerre mondiale.
« L'amnistie est en fait une suspension conditionnelle et collective des peines et des poursuites », écrit un hebdomadaire clandestin de Solidarité de Varsovie (1). « La proclamation de l'amnistie est un acte purement tactique de la part des autorités, mais il montre que notre activité a imposé au pouvoir une tactique qui affaiblit sa position envers ses alliés », juge pour sa part un bulletin de Silésie (2). La direction de Solidarité de Basse-Silésie proclame : « L'attitude décidée et persévérante de la société a forcé les dirigeants à proclamer l'amnistie. (3) » « L'amnistie n'est qu'une étape de notre lutte », annonce le journal de l'Organisation solidarité combattante (4). Cette appréciation est partagée par la très grande majorité de la presse clandestine. Celle-ci souligne généralement qu'après la gifle reçue lors des élections du 17 juin dernier - boycottées par environ 40 % du corps électoral, le général Jaruzelski n'avait d'autre choix que de lâcher du lest.
L'exigence de la libération des prisonniers politiques est en effet devenue la revendication principale non seulement du mouvement syndical clandestin, mais de très larges couches de la population. Ce thème, populaire y compris parmi ceux qui ne se sont pas engagés dans la lutte active, donnait une audience très large aux structures clandestines de l'opposition. En procédant à la libération de la grande majorité des prisonniers politiques, la dictature a voulu priver ses opposants de cette audience. Jaruzelski admet ainsi, au moins implicitement, l'échec de sa politique de fuite en avant répressive En effet, malgré une intensification très sensible des arrestations, malgré des peines de plus en plus lourdes prononcées contre les opposants arrêtés, les structures clandestines de Solidarité ne se sont pas affaiblies durant les six premiers mois de l'année. Au contraire, elles se sont montrées capables, notamment à l'occasion de la campagne pour la libération des prisonniers et pour le boycott de la farce électorale du 17 juin, de mobiliser en masse les militants et bien au-delà. Selon les infor mations parues dans la presse clandestine, rien qu'à Varsovie près de 10 000 personnes ont pris part, le 17 juin, aux opérations de surveillance des urnes, qui ont permis à la direction clandestine d'annoncer très rapidement une estimation du taux de participation. Et des opérations semblables ont été effectuées dans toutes les grandes villes et dans nombre d'autres circonscriptions.
LA TACTIQUE
DU POUVOIR BUREAUCRATIQUE
Nul doute qu'en cédant partiellement sur une revendication importante du mouvement, le gouvernement du général Jaruzelski espère calmer les esprits et obtenir la passivité de ceux qui étaient sensibles avant tout à cette question. Cet acte « humanitaire » - c'est ainsi que la propagande officielle veut le présenter - permettra sans doute également de relancer les tentatives de collaboration avec la hié-
1. Wola, numéro 24, 6 août 1984 2. Wolny Robotnik, numéro 20, juillet 3. Z Dnia na Dzien, numéro 28/330, 12 4. Solidarnosc Wlaczaca, numéro 17/84, 12 août 1984.
ques des trois dernières années sont dé- d'hui à mi-voix dans la presse officielle, me de fermeture massive des mines pour des raisons économiques. Les mineurs sont menacés de chômage. Le gouvernement a rejeté des solutions de compromis et a eu recours à des méthodes policières sévères contre les grévistes. Des milliers d'entions hypocrites des activités de la police britannique dans les colonnes de la presse du régime et par ses pseudo-syndicalistes, tire profit de ses exportations de charbon vers la Grande-Bretagne. Il vend pour trois fois rien du charbon qui a été extrait en négligeant scandaleusement les conditions de travail des mineurs, qui sont exploités de façon irresponsable, comme l'est également le bassin houiller. Le travail de ments à l'égard des autorités de la République populaire polonaise en boycottant la récente farce électorale. Dans les conditions de terreur actuelles, le mouvement ouvrier polonais n'est pas en état d'entreprendre des actions de solidarité. Mais vous pouvez être certains que, de même que vous avez soutenu notre lutte et la soutenez toujours, nous sommes solidaires de vous. Nous nous opposons vigoureusement à tout emploi de la force contre des travailleurs qui luttent pour leurs droits suivons avec anxiété votre lutte pour le droit au travail. Nous savons que, dans sa phase actuelle, votre lutte prend une importance nouvelle, qu'il s'agit en fait d'une lutte pour la survie du mouvement syndical britannique. Nous avons déjà condamné, et nous réitérons avec vigueur notre condamnation de l'exportation de charbon vers la Grande-Bretagne par le régime Jaruzelski. Etant donné que Thatcher s'entend si bien avec Jaruzelski, nous pensons qu'il est temps d'en tirer les leçons.
Nous espérons donc qu'au nom de la solidarité ouvrière, vous allez modifier votre attitude négative à l'égard de notre mouvemnt. Nous vous prions de faire connaître aux mineurs britanniques et à tous les syndicalistes de Grande-Bretagne notre rarchie catholique et d'exiger de cette dernière qu'elle mette au pas plus efficacement ceux des prêtres qui s'engagent trop ouvertement en faveur de Solidarité.
Jaruzelski a sans doute à l'esprit le précédent de l'amnistie proclamée en 1977 par
Gierek
- qui a conduit à la libération des travailleurs condamnés lors des grèves de
1976 et des militants du KOR -, amnistie qui, pour un an au moins, avait affaibli l'écho social de l'opposition de l'époque.
« Le pouvoir escompte que, bien que l'opposition active en sortira renforcée, l'amnistie permettra peut-être d'endormir une partie de la société. Cela, alors que toutes nos revendications en dehors de l'amnistie restent à réaliser », écrit un clandestin de Varsovie (5). La bulletin junte aurait d'autant plus besoin d'un tel répit qu'elle s'engage dans une nouvelle attaque contre le niveau de vie des travailleurs.
En effet, et les médias officiels ne le cachent même plus, les résultats économi-
LES TRAVAILLEURS POLONAIS SOUTIENNENT
LES MINEURS BRITANNIQUES les mineurs britanniques en grève, émanant de syndicalistes polonais.
tre eux ont été interpellés, des centaines hospitalisés, et l'un d'eux a été tué.
forçat du mineur polonais sert à briser la résistance du mineur britannique.
et pour défendre leurs intérêts.
Vive la solidarité syndicale !
Cher Monsieur Scargill, solidarité et notre soutien.
sastreux. Malgré une baisse sensible de la consommation, malgré les hausses successives des prix, le marché reste déséquilibré et la production n'a toujours pas, loin de là, retrouvé son niveau de 1980 (année marquée par la grève quasi-générale qui donna naissance à Solidarité). Qui plus est, malgré d'innombrables directives et résolutions de toutes ses instances, la bureaucratie s'est avéré incapable de freiner les investissements ni d'en changer structure. Le financement des investissements nécessite chaque année plus de
3 000 milliards de zlotys (prix fixes
1982), alors qu'il était planifié de n'en consacrer que 1 000 milliards par an durant la période 1982-1985. De plus, des investissements est consacré
« 90 % au développement des moyens de production » (6), alors que le plan prévoyait la priorité au secteur de la consommation.
Devant l'incapacité, admise aujour-
Nous publions ci-dessous deux nouvelles prises de position en solidarité avec
Depuis quatre mois, les mineurs britanniques sont en grève contre un program-
Le gouvernement de la République popula're polonaise, malgré les condamna-
Mineurs britanniques ! Les syndicalistes polonais ont montré leurs vrais senti-
CDN-Glos Wolnego Robotnika, bulletin clandestin du Comité ouvrier inter-entreprises de Solidarité (MRKS),
Varsovie, 26 juin 1984.
Depuis des mois, nous-mêmes et des milliers de nos camarades syndicalistes
Groupe politique « Robotnik »,
Rédaction de Robotnik, journal des militants du Comité ouvrier inter-entreprises de Solidarité,
Groupe Emmanuel Goldstein.
« Lettre ouverte » publiée dans Robotnik numéro 68, du 23 juillet 1984.
dans laquelle se trouve le gouvernement d'imposer aux différents lobbys industriels la baisse de la part des investissements dans le partage du produit national et la modification de leur structure, la bureaucratie s'oriente aujourd'hui vers une nouvelle ponction de la consommation. Elle voudrait pour cela obtenir l'appui à ses plans d'austérité de la part du FMI (auquel la Pologne voudrait adhérer) et de la hiérarchie catholique. L'amnistie doit également servir de gage de stabilité du régime à ces institutions. Leur éventuel appui aiderait la junte à présenter cette politique d'austérité comme étant la seule SOLIDARITÉ TOUJOURS A L'ACTION
Cependant, quels que soient ses projets, les marges de manœuvre de la dictature restent ténues. L'amnistie est perçue par tous en Pologne comme une victoire de Solidarité. Le retour des prisonniers a partout été salué par des rassemblements massifs, et les messes organisées à cette occasion se sont transformées en véritables meetings dans de nombreuses villes. Wladyslaw Frasyniuk, qui a été durant dix mois, après l'instauration de l'état de guerre, à la tête de l'organisation clandestine de Solidarité de Basse-Silésie, a semé les policiers juste après sa libération et a rencontré le dirigeant clandestin Zbigniew Bujak, avec qui il a signé une déclaration appelant à poursuivre le combat. Lors de son retour à Wroclaw, il a été fêté comme un héros national par des milliers de personnes rassemblées au cours d'une messe. La police a brutalement dispersé ce ras semblement. A Varsovie, ce furent 7 000 personnes qui, réunies dans l'église St-Stanislas, ont fêté les militants du KOR et de Solidarité libérés. Ces derniers ont pris la parole au cours de la messe.
Là, où comme à Wroclaw, des manifestations ont été organisées par les directions clandestines pour le 31 août (quatrième anniversaire des grèves de Gdansk), elles ont été massives et combatives. Il est à noter que dans cette dernière ville les autorités ont tenté de mettre un frein à la mobilisation, en arrêtant et en condamnant à deux mois de prison Wladyslaw Frasyniuk et Jozef Pinior, autre dirigeant syndical récemment amnistié, à la suite de la manifestation du 31 août.
De plus, et la presse clandestine est sur ce point unanime, Solidarité ne veut pas, sous prétexte de concession de la part du pouvoir, se voir imposer nulle trève ou cessez-le-feu. « L'activité du syndicat doit être développée sous toutes ses formes, à découvert et dans la clandestinité, (...) pour exercer une pression sur le pouvoir et pour la mobilisation des forces de la société, en particulier des forces ou-
5. Robotnik, numéro 68, 23 juillet 1984. 6. Zycie Gospodarcze, numéro 48, 27 novembre 1984. Voir également notre dossier dans Inprecor numéro 170 du 2 avril 1984.
vrières », écrit l'organe du Comité ouvrier inter-entreprises de Solidarité, de Varsovie (7). « Grâce à l'amnistie, nous pourrons plus aisément lutter pour le pluralisme syndical de manière plus ouverte et plus massive », lit-on dans un autre bulletin de la capitale (8). C'est dans ce cadre que plusieurs dirigeants amnistiés ont propose publiquement une réunion des membres de la direction nationale de Solidarité élus avant l'instauration de l'état de guerre.
Dans sa déclaration du 23 juillet, la direction clandestine de Solidarité (TKK) écrivait : « Nous ne pourrons arracher nos droits que par la méthode des faits
Dans les entreprises, avons besoin d'un mouvement syndical de plus en plus fort, agissant autant que possible à découvert, mais, comme jusque-là fondé par nécessité sur des structures clandestines. La TKK considère que les commissions syndicales clandestines des entreprises doivent élargir leur activité et rechercher de nouvelles formes d'activité publique en défense des droits des travail-
Une telle activité, appuyée par la diffusion de la presse et des éditions, les groupes de discussion et de formation, élargie par les ententes inter-entreprises, peut permettre la reconstruction complète de notre syndicat. (9) » Les premiers pas sur cette voie ont déjà été faits. A Wroclaw, l'ancien dirigeant clandestin de
Jozef Pinior, et le dirigeant de la commission syndicale de l'entreprise. Wladyslaw Mekarski, ont effectué peu après leur libération une longue visite dans l'usine Mostostal. Ils ont tenu des assemblées générales dans tous les ateliers, prenant visiblement au dépourvu aussi bien la police que la direction de l'entre-
Face à cette orientation de Solidarité, le régime du général Jaruzelski éprouve quelques difficultés. Il ne peut, sous peine de se priver des bénéfices escomptés de l'amnistie, procéder à une répression massive des militants libérés. Il ne peut pas non plus les laisser agir. Il semble avoir opté - comme en témoigne l'arrestation et la condamnation (sans que pour autant le bénéfice de l'amnistie leur soit retiré) de Frasyniuk et Pinior — pour une guérilla répressive à l'encontre des militants qui agissent à visage découvert : arrestations, perquisitions, condamnations à des peines légères. Cela laisse cependant un large champ à l'action du syndicat. Si l'amnistie ouvre une nouvelle situation en Pologne, elle n'est pas, comme on le voit, un signe de stabilisation. C'est en grande partie de la capacité de Solidarité d'organiser la lutte contre les nouvelles mesures d'austérité que dépendra l'évolution des rapports de forces dans l'année qui vient.
Cyril SMUGA, 7 septembre 1984. 7. CDN-Glos Wolnego Robotnika, numéro 80, 20 août 1984.
8. Wola numéro 24, 6 août 1984. 9. Tygodnik Mazowsze, numéro 95, 26 juillet 1984.
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mutations politiques et tensions communalistes