Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MILITARISATION

Le bilan de la rencontre de Pérouse

· Inprecor n° 180, 24 septembre 1984 · p. 24-26, 26-27 · 3 783 mots

Jacqueline Allio était le pseudonyme de Jacqueline Heinen, membre de la direction internationale dans les années 1980, responsable du travail femmes et du travail sur la Pologne.

Paix et armements Italie Allemagne URSS et Russie

LEne de l'Ouest (RFA) et en Italie, à l'automne 1993, avait pu laisser penser que E déploiement des premiers missiles de l'OTAN en Grande-Bretagne, en Allema-

• cela sonnerait le glas du mouvement pour la paix dans ces pays. Il n'en est rien.

Certes, les mobilisations annoncées pour cet automne seront sans aucun doute en retrait par rapport à celles de l'an passé. Ne serait-ce que parce que les mouvements pour la paix des pays où les euromissiles n'ont pas encore été installés, comme la Belgique et la Hollande, ont décidé de concentrer leurs efforts de mobilisation durant les mois précédant la date de leur déploiement, en 1985. Il est vrai que le mouvement a aussi connu des moments difficiles l'hiver dernier, en particulier en RFA et en Italie, péens ne tenaient aucun compte de l'opposition explicite de millions de personnes à

Mais les mobilisations massives de ce printemps en Hollande, en Espagne et en

RFA sont là pour attester du maintien de la détermination à lutter pour la paix (1). La

3e Convention du Mouvement pour le désarmement nucléaire en Europe (END), qui s'est tenue à Pérouse en Italie, fin juillet, a elle aussi montré que, loin d'être sur la voie du découragement, les forces vives du mouvement entendaient poursuivre le combat

1 200 personnes s'étaient rassemblées pour cette rencontre internationale, dont l'ur des traits les plus marquants fut la présence des comités officiels pour la paix de divers pays de l'Est - soviétiques en tête - et ... l'absence de militants des groupes pacitistes indépendants de ces mêmes pays, auxquels les autorités bureaucratiques avaient refusé leurs visas. Les principaux thèmes à l'ordre du jour concernaient les perspectives du mouvement après les premiers déploiements, la question du bassin de la Méditerranée et de la politique de l'OTAN dans cette région, et le « dialogue » avec les mouvements

MILITARISATION

Après la ille Convention

internationale sur le

désarmement nucléaire

Le bilan de la rencontre de Pérouse leur politique militariste. à l'Est et dans le reste du monde. Jacqueline ALLIO

Cette Convention n'a certainement pas satisfait ceux qui en attendaient la définition collective de perspectives tion. Rien n'était en effet prévu dans ce sens par les organisateurs, et le dialogue de sourds qui s'installa dès le premier jour avec les représentants des pays de l'Est ne fit rien pour arranger les choses. Mais cette rencontre a au moins permis de mettre clairement en minorité le courant le plus droitier du mouvement pour la paix. Les sirènes réformistes qui, depuis l'automne dernier, préconisaient l'adoption de stratégies plus « réalistes », en ont été pour leurs frais. Conscients de l'impopularité de leurs propositions de compromis, leurs représentants se sont d'ailleurs montrés plutôt discrets dans les débats. Lors de l'assemblée de clôture, Mient-Jan Faber, l'un de leurs principaux porte-parole et dirigeant du Conseil interconfessionnel pour la paix (IKV), de Hollande, a dû reprendre en compte les propositions d'action de caractère international mises en avant par les délégués des divers pays, s'agisse du soutien aux manifestations qui seront organisées en RFA fin septembre à l'occasion des manœuvres de l'OTAN, de la participation de délégués de tous les pays à la manifestation prévue à Rome au moment de la réunion des ministres de la Défense des sept pays de l'Union de l'Europe occidentale (UEO) les 26 et 27 octobre prochains (2), de la seront sais sein doute en solidarité active qui s'impose avec la campagne pour un référendum institutionnel contre les missiles en Italie, ou des actions de soutien à la lutte des peuples d'Amérique centrale qui, à l'appel des dirigeants sandinistes, seront prises cet automne par les mouvements pour la paix d'une série de pays européens.

Comme les précédentes conventions de l'END, à Bruxelles en 1982 et à Berlin

1983, celle de Pérouse ne qu'une vision très déformée de la réalité et des activités des mouvements européens. Convaincus du caractère bureaucratique de telles rencontres, de très nombreux groupes des courants les plus combatifs refusent en effet d'y envoyer des délégués, et les mécanismes de désignation des délégations assurent un poids majeur à l'aile réformiste du mouvement, le plus souvent sur-représentée dans les instances de direction ou de coordination des mouvements nationaux.

Il faut aussi souligner l'impact qu'a eu la présence à Pérouse de nombreuses personnalités politiques et syndicales de divers horizons, parmi lesquelles Ken Coates, président de la Fondation Bertrand Russell, Ron Todd, secrétaire du syndicat britannique des transports, Luis Echeverria, ancien Président mexicain, Luciana Castellina et Lucio Magri, députés du Parti d'unité prolétarienne (PDUP, Italie), Tony Benn, dirigeant de la gauche du Parti travailliste anglais, Bruno Trentin, dirigeant syndical italien de la CGIL, Convention.

l'écrivain Alberto Moravia, Jiri Pelikan, Ilan Halevi, représentant de l'OLP à Paris, Nidle Jotti, président de la Chambre des députés en Italie, Andreas Hegedus, ancien Premier ministre hongrois, etc., etc.

Cette hétérogénéité constitue aussi la richesse et la force du mouvement. Le fait qu'un Olafur Grimsson, représentant des « Parlementaires pour un ordre mondial » ait tenté de convaincre la Convention de l'importance des négociations entre gouvernements non-alignés et des aspirations hautement démocratiques d'une Indira Gandhi ou d'un Miguel de la Madrid (Président du Mexique) est en soi secondaire. Ce qui importe le plus, c'est que les représentants de la Commission anti-OTAN, de Madrid, et plus généralement la délégation espagnole, qui représentait l'aile la plus avancée de cette conférence, ait pu faire valoir son point de vue d'ensemble, suivant lequel la paix ne saurait exister « sans un monde libéré du colonialisme, du racisme, de l'oppression, de la pauvreté et du sexisme » (3). Autre élément positif, le fait que la position du Parti communiste italien (PCI) qui, dix jours avant le début de la Convention, proposait à la coordination nationale italienne de renoncer à toute mobilisation de masse cet automne, s'est vue mise en minorité par les propositions d'action faites par des militants de gauche italiens, appuyés par les délégués d'autres pays.

LA DÉRIVE

DES COURANTS DROITIERS « Il faut reconnaître qu'en cette pérode de l'apres-déploiement, le mouvement pour la paix est parvenu à un tour nant. Des groupes influents reconnaissent la nécessité de passer des seules protestations contre les armes nucléaires vers un programme visant à donner des résultats politiques. Ce qui signifie passer d'un mouvement fondé sur la protestation et la peur à un mouvement qui met l'accent sur des propositions de paix constructives, telle que la defense defensive, une politique étrangere non-agressive, (...) (4) » Ce genre d'affirmation, émanant de l'une des personnes les plus en vue de l'END de Grande-Bretagne, est typique des propos tenus par les dirigeants Après le déploiement des premiers missiles, ils se sont empressés de conclure à l'échec des mobilisations, cherchant des voies de traverse débouchant sur des compromis avec les gouvernements capitalis tes. C'est ainsi qu'on a vu M-J. Faber pro1984 et numéro 177 du 9 juillet 1984.

2. L'assemblée de l'UEO est la seule instance européenne habilitée à traiter des problè-

Elle regroupe les représentants de la Grande-Bretagne, de l'Italie, de la RFA, de la Belgique, des Pays-Bas et du

3. « Contre le militarisme. Pour une cultupaix ». Document de la Commission anti-OTAN, de Madrid, présenté lors d'un des

4. « Le mouvement a-t-il un caractère transitoire ? », de Meg Beresford, document de la

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poser ce printemps d'accepter le déploiement d'un nombre limité de missiles en Hollande « à certaines conditions ». Quant à Mary Kaldor, personnalité bien connue du mouvement britannique, dans son obsession à définir une « politique de défense alternative », une « défense défensive », elle est allée jusqu'à proposer un « effort de réorientation de la stratégie de l'OTAN vers une politique de défense conventionnelle » (5). Comme si le but de l'OTAN n'était pas de défendre les intérêts de l'impérialisme par tous les moyens, fût-ce au prix d'un soutien ouvert à des régimes sanguinaires comme celui des généraux turcs! Comme si Thatcher n'était pas d'accord avec Reagan ! Comme si l'OTAN pouvait se transformer en un club d'individus préoccupés par le sort des peuples

Dans leur tentative désespérée pour conciler l'inconciliable, les Faber et les Kaldor inventent une Europe neutre qui ne demanderait qu'à se désengager de l'emprise des USA. « L'Europe est un occupé » (sic !), déclarent-ils. Et pour mieux persuader les militants pacifistes de la nécessité de « changer de ils vont jusqu'à affirmer: « En échouant (à empêcher le déploiement des missiles, ndlr.), nous sommes peut-être devenus des agents involontaires dans la nouvelle guerre froide » (6) ... Il est signiticatif que de telles positions soient relayées par celles d'un homme comme Fernando Claudin qui, pour être un ancien militant communiste, n'en est pas moins l'un des adversaires déclaré des objectifs politiques du mouvement pour la paix de son pays, dont l'une des deux principales revendications est, avec celle de « Dehors les bases américaines ! », « Espagne hors de l'OTAN ! » Obsédé par la menace que, selon lui, l'URSS fait planer sur le monde occidental, Claudin regrette certes que l'OTAN se trouve sous la coupe des USA, mais y voit néanmoins un « organisme de défense dont l'Europe occidentale a besoin ». Il n'hésite pas à affirmer : « Travailler dans l'OTAN pour la paix, pour une Europe unie et autonome, ce n'est pas seulement la possibilité la plus réaliste pour notre démocratie, mais une position conséquente d'un point de vue

Le fait que des positions analogues soient exprimées au sein du mouvement dans d'autres pays indique l'ampleur des enjeux de la bataille politique qu'il faudra mener dans les mois à venir pour arriver à une définition correcte des perspectives stratégiques du mouvement. Cela en dit long également sur la profondeur du désarroi qui a saisi les courants les plus droitiers du mouvement, à la suite des premiers déploiements. Pour de nombreux militants réformistes, sincèrement engagés dans la lutte contre les missiles mais incapables d'inscrire leur combat dans une perspective antimilitariste et anti-impérialiste conséquente, il convient de reconnaître l'échec du mouvement et de chercher de nouvelles voies en partant du fait accompli que constitue le déploiement des euromissiles dans divers pays. D'où l'accent renouvelé mis sur les propositions de gel et de négociations, sur la politique

D'où l'insistance d'un Ken Coates sur la nécessité de « trouver une issue positive » à la 3e session de l'ONU sur le désarmement, qui se tiendra à Genève à l'automne 1985.

Ce repli vers des solutions négociées au sommet explique aussi le revirement de nombre des organisateurs de la Convention de Pérouse qui, d'attaques virulentes contre le gouvernement soviétique et ses alliés et de déclarations de soutien inconditionnel aux groupes pacifistes indépendants à l'Est à Berlin l'an passé, en sont venus à une attitude plus que modérée, cherchant à établir des relations privilégiées avec les bureaucrates des comités officiels. Dans leur opportunisme, sont allés jusqu'à condamner ceux des congressistes de Pérouse qui osaient s'en prendre à la politique répressive des soviétiques contre les pacifistes indépendants à LE DÉSARROI DES REPRÉSENTANTS

DES MOUVEMENTS OFFICIELS

Les comités officiels pour la paix, courroies de transmission des gouverne ments des pays de l'Est, avaient en effet envoyé des délégations de poids à Pérouse. On pouvait craindre une manœuvre or chestrée. On se trouva devant une opération de charme ... manquée. Pour ces bureaucrates joufflus et bien nourris, Pérouse a sans doute constitué une leçon de choses plus qu'éprouvante.

Dès l'ouverture de la Convention, ils étaient mis sur la sellette. A la mention des sièges laissés vides en hommage aux 59 militants pacifistes indépendants de l'Est et de la Turquie n'ayant pas reçu l'autorisation de sortir de leurs pays, une foule de militants, bâillonnés et portant des banderoles réclamant la liberté d'expression et d'organisation à l'Est comme à l'Ouest. ainsi que la libération de tous les pacifistes emprisonnés, envahissait la d'où le président de - Ken Coates en l'occurrence - essayait en vain de les refouler, proclamant la nonresponsabilité du comité organisateur face à de tels « désordres ». A cette initiative lancée par des militants des Verts allemants, par ceux de Democrazia Proletaria (DP) et de la IVe Internationale, et appuyée spontanément par de nombreux congressistes, les soviétiques ripostèrent par une déclaration à la presse menaçant de quitter la conférence. Le lendemain, dans les forums, ils étaient systématiquement interpellés sur la politique militariste de leur gouvernement ... mais ils res-

Le surlendemain, la conférence de presse qu'ils avaient décidé de donner était le théâtre d'une cascade d'interventions et de questions les sommant d'expliquer pourquoi tel militant pacifiste était en prison en Estonie, tel autre à Moscou - les militants de la IVe Internationale avaient distribué un tract à la presse portant sur des dizaines de cas —, ce que leurs troupes faisaient en Afghanistan, comment ils pouvaient justifier les dépenses militaires de leur gouvernement, s'ils avaient des informations sur le lieu exact de stationnement des missiles soviétiques en URSS et dans les autres pays de l'Est, etc. Les pancartes brandies et les quolibets fusant devant leurs réponses traitant les pacifistes indépendants de « hooligans » ne les découragèrent pas pour autant. Le lendemain, ils étaient toujours

Ils finirent par s'en aller de l'assemblée de clôture, lorsqu'une jeune Allemande de l'Est prit le micro pour expliquer comment elle venait d'être expulsée de RDA, après avoir subi une peine de plusieurs mois de prison pour ses activités pacifistes. Mais ils sont partis en catimini, incapables même d'avoir pu se mettre d'accord sur une déclaration commune avec les divers délégués des comités liés au Conseil mondial pour la paix (mouvement pacifiste contrôlé par Moscou), les Partis communistes d'Italie, d'Espagne France, en particulier, traînant les pieds Ils durent finalement se rendre à l'évidence : leur opération de charme avait lamentablement échoué face à l'exigence des militants pacifistes présents à Pérouse de conserver leur indépendance, à la fois ments et par rapport à la bureaucratie

DES SECTEURS COMBATIFS Cette exigence fut portée tout au long de la Convention par de nombreux délégués qui, plutôt que l'émergence d'un courant de gauche, traduisaient l'existence de secteurs combatifs dans les divers mouvements nationaux. Et tout particulièrement les femmes qui, dès le premier jour, avaient décidé de se regrouper pour protester contre le caractère « machiste » de l'organisation de la Convention et pour affirmer leur détermination à ce que cette rencontre reste celle de tous les participants et non celle d'une poignée d'experts et de leaders au verbe haut. Le discours rédigé collectivement, qui fut lu par l'une d'entre elles à la tribune le dernier jour - après avoir forcé la main des organisateurs qui entendaient ne donner la parole qu'à des « invités d'honneur » —, fut l'un des plus radicaux de cette Convention, tant du point de vue de l'analyse des objectifs politiques que des tâches du mouvement à l'échelle internationale.

Ces secteurs combatifs s'exprimèrent sur une série de points : en soutien aux militants pacifistes à l'Est et à la lutte des peuples d'Amérique centrale, par un rejet déterminé de la politique de l'OTAN, et par leur insistance sur la nécessité de poursuivre dans la voie des actions de

5. « Banishing the fear factor », article de Mary Kaldor, paru dans New Socialist, Londres,

6. « Le seul moyen de sauver la détente », document de la Convention, signé par M-J. Fa-

7. « L'OTAN : les raisons de ne pas en sortir », article de Fernando Claudin et Ludolfo Paramio paru dans El Pais, Madrid, 16 juin

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masse susceptibles de créer un rapport de forces favorable face à la politique militariste des gouvernements. L'appel reprenant ces divers points et synthétisant les positions les plus avancées qui s'étaient exprimées durant la Convention (voir encadré) reçut un écho très favorable. En, une journée, plus d'une centaine de délégués représentatifs dans leurs mouvements respectifs l'avaient signé, y compris des représentants de la plupart des pays ouest-européens (notamment ceux de l'Etat espagnol), des exilés des pays de! l'Est et le président du Comité de la paix du Nicaragua. Cette initiative, dont les militants de la IVe Internationale présents prenantes parait néanmoins elle seule permettre de dépasser l'éclatement des discussions sur les perspectives d'action. Quelques pas en avant dans ce sens ont pourtant été faits.

Une initiative prise par des militants allemands au lendemain de la Convention de Berlin pour établir des contacts avec des pacifistes indépendants de l'Est s'est concrétisée à Pérouse par la diffusion d'un texte de la gauche du mouvement, signé conjointement par des pacifistes de l'Est et de l'Ouest, et mettant l'accent sur la nécessité d'une collaboration étroite entre eux. La perspective de rencontres spécifiques à partir de là et la mise en place d'un secrétariat composé avant tout d'exilés des pays de l'Est devrait permettre de faire avancer les débats amorcés.

Bien que le thème de la Méditerranée ait été relégué à la portion congrue par les organisateurs peu soucieux d'aborder de front un problème qui ne pouvait que mettre en évidence les contradictions des courants réformistes sur la question de l'OTAN, les contacts établis entre les militants espagnols et une partie des délégations grecque et italienne laissent espérer que des actions communes pourront voir le jour dans les mois qui viennent. La participation des uns et des autres à la manifestation de Rome, fin octobre, en sera un premier test.

Entin, les contacts noués entre les diverses délégations et les représentants des comités de paix d'Amérique centrale devraient permettre aux secteurs les plus radicaux du mouvement pour la paix de prendre des initiatives dans leurs pays pour exprimer concrètement leur soutien actif aux peuples confrontés à l'agression impérialiste, qui vivent la guerre au quotidien. Les élections simultanées aux USA et au Nicaragua, en novembre prochain, et les adresses lancées par les dirigeants sandinistes aux mouvements pacifistes européens pour qu'ils appuient leur combat, sont autant d'occasions offertes à ceux qui inscrivent leur lutte dans une perspective clairement anti-impérialiste pour manifester leur solidarité internationaliste avec les peuples d'Amérique centrale. Les ovations qui, lors de l'Assemblée de clôture, précédèrent et suivirent l'intervention de Mariano Miranda, président du Comité de la paix du Nicaragua, témoignaient de l'état d'esprit des délégués face aux appels qui leur avaient été lancés dans ce sens.

Quant aux femmes, elles ont décidé d'appeler à une conférence spécifique durant les deux jours précédant la prochaine Convention, afin de mettre en commun leurs expériences et de s'assurer que leur point de vue soit entendu lors de la rencontre d'Amsterdam.

LES ASPECTS NÉGATIFS

DE LA CONVENTION En premier lieu, parmi les faiblesses de la Convention de Pérouse, il faut noter le peu de poids accordé au lien entre le mouvement pour la paix et le mouvement ouvrier. A Berlin, en 1983, une série de

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forums — parmi les plus intéressants de la Convention - avaient réuni de nombreux syndicalistes débattant des initiatives possibles dans les syndicats et les entreprises, et de la manière d'aborder la question de l'emploi et de la reconversion des industries d'armement. Aussi limitées soient-elles, on sait combien les grèves symboliques qui ont eu lieu depuis lors en RFA, au Danemark et en Hollande ont été importantes pour propager les objectifs du mouvement pour la paix en mi-

Or, malgré la très grande sensibilité manifestée par certains délégués à Pérouse - en particulier des délégations espagnole et italienne —, ces thèmes n'ont fait l'objet que de peu de débats. Les militants danois venus en Italie pour lancer l'idée d'une grève populaire à l'échelle européenne ont certes pu établir de nombreux contacts avec d'autres délégués intéressés, mais sans trouver le répondant qu'ils escomptaient. Le thème de l'austérité était présent en filigrane dans des interventions dénonçant l'importance des budgets militaires et les programmes de modernisation de l'armement conventionnel adoptés par les Parlements au détriment des budgets sociaux. Mais la préoccupation de lier ces questions entre elles et de trouver des formes d'action permettant de sensibiliser les travailleurs à la lutte pour la paix ne fut jamais présente centralement. Les exemples très positifs de la grève appelée par la centrale syndicale hollandaise FNV au mois de mai, sur le thème « Non à la bombe ! Non au "paquet de juillet" ! » (mesures qui remettaient en cause des allocations de chômage), pas plus que celui des marches conjointes organisées par les femmes de Greenham Common et les

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femmes de mineurs en Grande-Bretagne, n'ont suffi pour que cet aspect décisif du mouvement pour la paix soit mis au

Les militants marxistes-révolutionnaires auront un rôle décisif à jouer dans l'année qui vient, pour que les secteurs combatifs s'opposant aux perspectives défaitistes du courant droitier unissent leurs forces encore éclatées pour influencer le cours du mouvement à l'échelle internationale et peser de tout leur poids dans les débats de la prochaine Convention

1985, pour que, dans tous les pays, les mouvements maintiennent le cap sur des initiatives — manifestations de rue, grèves, référendums — permettant de rassembler les larges masses, que ce soit contre le déploiement ou pour le retrait des missiles déjà installés, contre les bases de l'OTAN ou contre la force de frappe nationale, comme en Grande-Bretange, par exemple, où les prochaines manifestations seront centrées sur les missi-

Partout, le souci doit être de faire progresser la conscience anticapitaliste du mouvement, en mettant en lumière la politique économique des gouvernements capitalistes, en opposant à toute menace de réduction des dépenses sociales l'exigence de la réduction des dépenses d'armement, et en proposant des formes d'action impliquant des couches toujours plus larges de la classe ouvrière.

Partout, il faut s'appuyer sur les ocanti-impérialiste des masses mobilisées contre la menace de guerre nu-

Men dénonçant systématiquement les agressions du gouvernement de Ronald Reagan en Amérique centrale et en opposant les objectifs poursuivis par la révolution nicaraguayenne aux visées destructrices de l'impérialisme.

Partout, il faut avoir le souci de faire progresser la conscience antibureaucratique, en développant la solidarité active les mouvements indépendants à l'Est, en soutenant activement les victimes de la répression, en dénonçant l'acceptation de l'escalade de la terreur par la bureaucratie, et en suscitant la sympathie des militants pacifistes indépendants de l'Est pour les objectifs de ment unilatéral du mouvement à l'Ouest, afin de combattre les illusions qui existent dans ces pays sur la nature et le véritable but de la politique de l'impérialisme.

Car une chose est sûre : la capacité du mouvement pour la paix à créer des rapports de forces favorables et à remporter des victoires, même partielles, face aux gouvernements capitalistes auxquels il s'affronte, dépendra à la fois de la poursuite des mobilisations de masse contre l'armement nucléaire et contre la politique de l'OTAN, et de l'affirmation d'un courant de gauche au sein du mouvement, conscient des enjeux politiques du combat pour la paix et de la nécessité de lier celui-ci au combat de la classe ouvrière toute entière.

Jacqueline ALLIO 12 septembre 1984

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