La lutte du PST pour sa légalisation A la suite de son récent congrès (cf. Inprecor numéro 171 du 16 avril 1984), le Parti socialiste des travailleurs d'Uruguay (PST) a décidé de mener une intervention ouverte dans la lutte syndicale et les mobilisations démocratiques et populaires, et de chercher à reconquérir sa légalisation. A la fin du mois de juillet, le régime militaire accepta de légaliser le Front élargi (Frente Amplio), en levant l'interdiction de deux de ses composantes, la Démocratie chrétienne et le Parti socialiste, ainsi que celle d'autres forces plus petites. Mais le Parti communiste, le PST et d'autres partis continuent cependant à être maintenus dans l'illégalité.
Les restrictions aux droits démocratiques, à quelques mois seulement de la consultation électorale prévue pour le 25 novembre prochain, sont encore très importantes. Le général Liber Seregni, par exemple, candidat à l'élection présidentielle pour le Frente Amplio en 1971, ne pas se présenter aux prochaines élections. En outre, la justice militaire lui réclame, comme d'ailleurs à tous les prisonniers politiques, en raison des « dépenses effectuées par l'Etat » lors de son emprisonnement, dollars (près de 11 000 francs).
A partir d'une analyse de la situation nationale qui valorise l'initiative propre du mouvement ouvrier contre les restrictions aux libertés démocratiques toujours en vigueur, le PST a décidé de commencer à disputer aux autres forces politiques légalisées les nouvelles possibilités d'intervention publique. Lors des grandes manifestations pour l'amnistie qui se sont déroulées ces derniers mois, le PST organisa ainsi ses propres cortèges avec ses banderoles. Mais la principale initiative dans ce domaine fut la participation d'un dirigeant de cette organisation, ancien pri-
sonnier politique libéré il y a peu après une peine de trois ans d'emprisonnement, à une grève de la faim en solidarité avec Adolfo Wosen. Ce dernier, en prison depuis maintenant 12 ans, est l'un des neuf dirigeants des Tupamaros emprisonnés sans jugement comme otage du régime militaire. Atteint d'un cancer et ayant peu de mois à vivre, Wosen a décidé de se mettre en grève de la faim le 30 juillet pour revendiquer l'amnistie totale. C'est en signe de solidarité avec son action que des représentants du Parti national, du Frente Amplio, du PST et d'autres organismes de défense des droits humains ont entrepris à leur tour une grève de la faim de dix jours. Cette action fut quotidiennement commentée par la presse, et la participation d'un parti encore clandestin à une telle initiative publique eut beaucoup d'écho.
Le bilan de cette action fut très positif, indiquant par la même la possibilité et la nécessité de forcer les frontières du régime légal qui est en discussion entre les militaires et les dirigeants bourgeois.