NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE
EL SALVADOR La lettre de Marcial avant son suicide Avant de mettre fin à ses jours (cf. Inprecor numéro 150 du 23 avril 1983), le commandant Marcial, responsable en chef des Forces populaires de libération (FPL) Farabundo Marti, organisation membre du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), a rédigé une lettre adressée « au peuple héroïque du Salvador, à (ma) classe ouvrière bien aimée et aux glorieuses FPL-Farabundo Marti ». Cette lettre, datée du 12 auril 1983, dont personne ne remet en cause l'authenticité, ne nous est parvenue que tardivement. Elle n'a, à notre connaissance, jamais été publiée en français, et c'est à ce titre que nous la reproduisons ci-après dans une version traduite par nos soins.
Dans tous les moments difficiles de ma vie, dans la lutte contre les classes réactionnaires et exploiteuses intérieures et contre l'impérialisme yankee, mon peuple et ma classe ouvrière ont été et sont les éléments suprêmes de mon inspiration, et mon objectif fondamental a été la lutte pour leurs intérêts. En ce moment plus que jamais.
J'ai été attaqué, persécuté, calomnié, vexé, réprimé mille fois par ces ennemis bestiaux du peuple et j'ai tout supporté et surmonté avec enthousiasme pour la cause des ouvriers, des paysans et du peuple. Toutes mes démarches se sont placées et se placent dans ce cadre, dans le cadre de ces intérêts fondamentaux, surtout au cours de ces dernières années de lutte, d'intensification de la lutte populaire de libération, dans cette phase d'intensification des offensives militaires et insurrectionnelles vers la prise du pouvoir par le peuple et pour le peuple, sur la base de l'alliance ouvrière et paysanne et de ses intérêts.
Au fur et à mesure que la guerre populaire s'intensifie, l'action de l'impérialisme s'intensifie elle aussi sur tous les terrains, s'intensifient ses conspirations, ses plans et ses complots. Je suis disposé à lutter jusqu'à la victoire totale contre tous ces plans néfastes.
Toutefois, une chose est de lutter contre l'impérialisme et ses intrigues, et une autre de subir l'injustice, la calomnie et l'infamie de la part de ses propres frères. Une noire conspiration pour tacher ma vie révolutionnaire et faire beaucoup de mal aux FPL est en train de se développer et d'atteindre son point culminant.
Je ne sais pas d'où viennent ces plans diffamatoires, cette conjuration contre ma vie révolutionnaire. La seule chose que je puisse dire est que, lorsque la prise du pouvoir approche, la bourgeoisie nationale et internationale utilise toutes ses ressources pour affaiblir l'hégémonie prolétarienne et paysanne dans la révolution et éliminer ainsi politiquement ou physiquement les organisations qui représentent une véritable garantie pour les intérêts prolétariens.
Mais ce qui fait mal, ce que l'on ne peut pas supporter, est que des frères révolutionnaires soient trompés et acceptent comme si elles étaient vraies, la calomnie, les inventions perfides, l'infamie contre un révolutionnaire mis à l'épreuve mille fois dans le combat populaire. En les acceptant, non seulement on contribue à détruire mon image de révolutionnaire éprouvé, mais on attaque aussi les rangs de ma chère organisation en considérant tous ses membres et contacts comme des infiltrés potentiels de l'ennemi.
Je ne peux pas supporter impuissant qu'on traite de cette façon ma chère organisation, base de la lutte révolutionnaire du peuple et d'une unité conséquente, ni qu'on veuille soumettre ses organismes, ses contacts, ses membres et ses collaboteurs à une enquête mal conduite et jugée d'avance. Je ne peux pas supporter qu'on couvre de boue ma personne, pas plus que l'infamie qui consiste à vouloir impliquer mon nom, bien que de manière indirecte, ni la sinistre insinuation dans ce sens, à cas douloureux de la perte terrible de notre camarade Ana Maria.
Je rejette cette calomnie injuste, même si des frères s'en font l'écho. Mais l'injustice est plus douloureuse lorsqu'elle provient de frères que lorsqu'elle provient d'ennemis. Un jour, la vérité ressortira inévitablement. Pour l'instant, toute la responsabilité de la décision personnelle que je prends en ce moment retombe sur ceux qui, tout en étant des frères, ont agi de la sorte, en cherchant à entacher injustement ma conduite révolutionnaire.
Je sais que mon peuple vaincra bientôt, que la classe ouvrière saura défendre son droit à l'hégémonie dans le processus révolutionnaire de mon pays, que, tout en subissant ces coups violents, les FPL seront en état de ressurgir comme expression authentique du prolétariat et du peuple. Que cela saura avoir une incidence positive sur l'unité correcte du peuple et jouera, ensemble avec notre chère FAPL (Force armée populaire de libération, force militaire des FPL, ndlr.), un rôle décisif dans la victoire finale et dans les phases qui amèneront à créer les conditions pour passer au socialisme.
Je suis encouragé par l'idée que ma modeste contribution à ces succès - ayant comme boussole jusqu'au dernier instant dans chaque acte de ma vie les intérêts du prolétariat et du peuple — aide et aidera, dans une certaine mesure, les intérêts authentiques du peuple dans son futur heu-
La Révolution ou la mort ! Le peuple armé vainera !
Marcial, premier responsable des FPL-Farabundo Marti et commandant des FAPL, membre du commandement général