Lne. Sur un total di bureaucratique - 450 fonctionnaires, 6 ame 47no, 2. Son Et. E syndicat de la métallurgie de Sao Paulo est le plus important d'Amérique latigantesque appareil bureaucratique - 450 fonctionnaires, 65 médecins, 24 dentistes, des dizaines d'infirmiers, un grand nombre de propriétés pour les vacances - est dominé par Joaquim dos Santos Andrade et son système, le « Joaquizao ». Placé à la tête de ce syndicat par les militaires à l'issue du coup d'Etat de 1964, et depuis lors réélu six fois à sa direction, Joaquim a de nouveau remporté les récentes élections syndicales de juillet 1984. Mais l'opposition a progressé dans presque toutes les usines, et la liste de Joaquim n'a obtenu le succès que grâce aux votes des retraités apeurés à l'idée de perdre les avantages de l'assistance médicale gratuite fournie par le syndicat.
Malgré le rôle limité que le Parti des travailleurs (PT) a joué dans cette mobilisation contre les « pelegos », l'opposition syndicale classiste a remporté des résultats significatifs, attirant sur ses listes la majeure partie des voix allant traditionnellement aux syndicats réformistes et remportant des succès dans toutes les usines dans lesquelles il y avait eu des grèves. Cette expérience est essentielle pour tout le mouvement syndical combatif. Sous bien des aspects, l'histoire de ce syndicat résume une bonne partie des aventures, des divisions et des déconvenues de la classe ouvrière au cours de ces vingt dernières années de modernisation capitaliste et de dictature politique.
Leçons d'une élection
Régis MORAES
L'équipe de Joaquim dos Santos Andrade, président du syndicat, constituait avant le coup d'Etat militaire la prétendue opposition démocratique au courant des militants communistes dans le mouvement syndical. Vaincue aux élections de 1963 par la liste dirigée par le PCB, cette équipe fut par la suite placée à la tête des structures syndicales instituées par l'intervention militaire. Les cadres de Joaquim servirent dès lors de main-d'œuvre aux interventions du ministère du Travail du gouvernement militaire, dans les syndicats des grandes banlieues industrielles de Sao Paulo, ABC, Osasco, Sorocaba, etc. En 1965, ils se sont présentés sur une liste unique à la direction de ce syndicat. Joaquim lui-même fera ultérieurement partie de la direction nationale de la formation populiste historique de Getulio Vargas, le Parti travailliste brésilien (PTB), mais sur une orientation constante d'appui au PDS, le parti de la dictature.
DE LA PRÉHISTOIRE
AUX GREVES DE 1978 L'opposition à Joaquim, constituée à l'époque par des militants catholiques comme Waldemar Rossi, et par des survivants de la gauche, s'efforçait de reprendre une activité. Ce n'est qu'en 1967 qu'elle est parvenue à présenter une liste alternative obtenant près de 40% des suffrages. Cette opposition ne participera à nouveau aux élections syndicales qu'en 1972. Ce fut là une année fatidique pour toutes les oppositions au régime militaire. C'était l'ère du miracle économique et de la torture, de la liquidation physique de la gauche et de la terreur politique généralide Sao Paulo
1 CATER PILAR La lutte pour le renversement de la direction syndicale « pelega ». (DR) sée, de la censure et de la peur. Cette même année, l'Alliance pour la rénovation nationale (Arena), ancêtre du PDS, l'emporta aux élections législatives contre le parti d'opposition toléré, le Mouvement démocratique brésilien (MDB). Tout paraissait indiquer que le régime parviendrait à perpétuer le boom économique, avec l'adhésion silencieuse de la population. Aux élections syndicales, la liste d'opposition de Rossi n'atteignait plus que 22 % des voix.
A la fin de 1973, le vent sembla tourner. Les premières grèves de la région du triangle de l'ABC commencent à percer dans des entrefilets de presse, des trains sont pillés dans les faubourgs de Sao Paulo et de Rio de Janeiro et, en 1974, le MDB fait une percée électorale spectaculaire au détriment du parti gouvernemental. Une pénurie temporaire de main-d'œuvre, au sommet de la courbe de croissance économique, permet aux métallurgistes de Sao Paulo d'exercer une pression pour obtenir des augmentations salariales supérieures à celles fixées par les décrets gouvernementaux. Mais, d'autre part, au début de 1974, plusieurs dizaines de militants oppositionnels, dont Waldemar Rossi, qui participaient au phénomène de renaissance ouvrière, sont arrêtés. La procédure juridique traînera plus d'un an, et Joaquim put à nouveau se présenter à la tête d'une liste unique lors des élections syndicales suivantes.
Trois ans plus tard, le même scénario semble se répéter, en pire cette fois. En 1977, le mouvement ouvrier se mobilisa dans l'ABC au cours de la campagne pour le rattrapage des salaires. En mai 1978, les premières grandes grèves de l'ABC montrent qu'il est possible de mettre en œuvre de nouvelles formes de protestation et d'organisation des travailleurs. Les grèves s'étendent et atteignent Sao Paulo, la capitale de l'Etat. Les patrons ne négocient plus seulement avec la direction du syndicat, mais aussi et principalement avec les commissions de délégués élues par les ouvriers sur les lieux de travail.
C'est dans ce contexte qu'ont lieu les élections les plus scandaleuses du syndicat de la métallurgie. La liste de Joaquim, embarrassée par les exigences nouvelles de l'« ouverture politique », doit recourir à tous les moyens pour empêcher des élections honnêtes. L'opposition est interdite d'accès aux listes électorales et n'a aucun moyen pour surveiller les votes et leur dépouillement. Les résultats sont tellement frauduleux que le scrutin est déclaré irrégulier par le ministère Travail du gouvernement de l'Etat de Sao Paulo. Pourtant, un télégramme envoyé de Brasilia par le ministre du Travail ordonne l'entrée en fonction immédiate de Joaquim.
L'avertissement sera entendu. La vieille garde de Joaquim, les patrons, l'appareil gouvernemental lui-même analyseront le phénomène des grèves et de l'usure du vieux dirigeant. A partir de là s'ou-
(*) Lors du 2e tour de scrutin de 1981, la liste numéro 3, dirigée par le député fédéral et métallurgiste Aurelio Peres du PMDB, appuyé par le petit journal Tribune de la lutte ouvrière.
minoritaire, s'est retirée pour appuyer partiellement la liste numéro 2 représentant l'opposition
Les résultats du premier tour de scru- né plus d'importance aux négociations vrit une opération délicate et coûteuse de réajustement des formes de domination et de contrôle imposées aux métallurgistes de Sao Paulo. C'est alors que commença la collaboration étroite du PCB avec Joaquim, dans l'effort entrepris pour « moderniser » le syndicat. Le PC do B rejoignit ensuite lui aussi ce mouvement.
L'IMPASSE DE LA
« MODERNISATION » SYNDICALE
Le syndicat de la métallurgie de Sao Paulo fut donc « modernisé ». dant, la campagne salariale de 1980 a fini dans un fiasco politique, non seulement en raison de l'incapacité de la direction à contrôler les assemblées de travailleurs, mais surtout en raison du désastre provopar la proposition d'un nouveau « pacte social » consistant à céder sur les indices salariaux en échange d'une promesse patronale de garantir la stabilité de l'emploi. Aux élections syndicales de 1981, l'opposition l'emporta dans les votes des entreprises et Joaquim n'obtint un succès que grâce au vote massif des retraités fortement encadrés par les services sociaux du syndicat.
trois nouvelles années de « modernisation » se sont écoulées, donnant lieu à l'extension de l'appareil syndical aux quartiers ouvriers éloignés, à la présence syndicale dans des conflits localisés par entreprise, à de nouvelles tentatives de construire un réseau militant, à un effort pour constituer certaines commissions d'usine, et à la tenue du premier congrès de la branche depuis 1964.
Les élections de 1984 constituent donc un nouveau test. Les entreprises qui ont fait des grèves ont voté en grande majorité pour l'opposition. Les candidats de la liste de Joaquim ont été pour la plupart défaits dans leurs propres usines ou localités. Une fois de plus, Joaquim n'a été sauvé que par les milliers de votes des retraités, des victoires dans les petits ateliers des secteurs les plus traditionnels et dans quelques entreprises anciennes qui consti-
Travailleurs brésiliens en grève. (DR)
tuent son bastion. La nouveauté par rapport à 1981, c'est que pour obtenir le même nombre de voix, Joaquim a du elargir ses alliances en incluant dans sa liste les partisans du député fédéral Aurelio Peres du PMDB (ex-MDB), qui présentait une liste propre en 1981. Comme prix de cette alliance, près de 70 % des voix recueillies par cette liste en 1981 sont " assées à l'opposition.
Les résultats comparés des élections syndicales de 1981 et 1984 tels qu'ils apparaissent dans le tableau ci-dessous confirment le fait que l'opposition obtient de plus en plus les suffrages de la majorité des métallurgistes en activité, passant de
51,6 % en 1981 à 54,4 % en 1984.
RESULTATS COMPARES DES ELECTIONS SYNDICALES
DE LA METALLURGIE DE SAO PAULO, EN 1981 ET EN 1984
1981 (*)
premier tour liste 1 liste 2 liste 3 liste 1
Votes en usine
Votes au siège
5 949 1 555
791 du syndicat
TOTAL
21 303 15 456 en 1984, montrent que les voix de tin, l'opposition (liste numéro 2) ont augmen-
TAO
MEXENDO
NAS
NOSSAS
BASES
* ESTRUTURA
SiNDICAL
GREVES
COMIGEÓES
ASSEMBLEiAS
1 FABRICA té entre les deux tours, alors qu'elle apparaissait déjà comme un « cheval perdant », ce qui indique le caractère déterminé et peu calculateur de ses électeurs.
Ces résultats permettent de souligner plusieurs points:
- On note le poids des voix des retraités, des urnes dites itinérantes, et des votes dans les locaux syndicaux sous contrôle de la direction sortante : le pourcentage des voix recueillies auprès des retraités est passé de 11,5 % en 1981 à 16,5 % en 1984, les votes enregistrés dans les urnes itinérantes est passé de 3,1 % à 3,3 %, et les voix recuellies dans les locaux syndicaux sont passées de 6,5 % à 7,4 %.
- Il faut souligner le poids encore décisif de la zone est de la vieille ville qui, malgré son déclin, constitue encore la principale concentration d'adhérents. Elle inclut un grande nombre de petites et moyennes entreprises favorables à la direction sortante, à l'exception des deux grandes entreprises modernes (Ford et Arno), où l'opposition l'emporte de façon
- D'autre part, la région sud de la ville ne représente que 12,7 % des votants contre 16,6 % à la zone est, bien qu'elle soit la concentration industrielle la plus importante de la ville et le pôle dynamique de la branche. Là, l'opposition se dé. veloppe et l'emporte sur toute la ligne.
La direction du syndicat sort de ces élections avec une autorité contestée par la composante la plus nombreuse, la plus dynamique et la plus combative branche. On peut se demander dans quelle mesure elle sera considérée par le pa• tronat comme un interlocuteur valable. Déjà à Sao Bernardo, les patrons ont don1981 1984 1984 deuxième tour premier tour deuxième tour liste 2 liste 1 liste 2 liste 1 liste 2 15 354 13 901 6 303 16 698 18 525 15 106 16 737 14 546 17 320 5 999 1768 7 410 2178 7916 2168 7094 22 697 20 293 22 516 18 915 22 462 19 348 avec les commissions d'usine et avec les directions syndicales suspendues qu'à la signature d'un accord avec un « dirigeant syndical nommé par le gouvernement ».
Pour le mouvement ouvrier peut s'ouvrir un espace pour le développement d'un nouveau syndicalisme, pouvant dé boucher soit sur l'intégration capitaliste et la division de la classe ouvrière, soit sur la renaissance d'un syndicat de classe.
Régis MORAES, Sao Paulo, juillet 1984