E 19 juillet 1979, beaucoup de Nicaraguayens pensaient
L que la guere dait termine, te coit humain de vingt an.
nées de lutte, 50 000 morts, n'était-ce pas déjà suffisamment tragique? Mais l'administration américaine de Ronald
Reagan en avait décidé autrement. Elevant encore le prix de la liberté pour le peuple du Nicaragua, elle a organisé les forces
Luisa MAIZAL
D'un point de vue militaire, si la guerre menée par les « contras » a lourdement pesé sur le plan humain et économique, elle n'a pas pour autant atteint ses principaux objectifs. La majeure partie de la population a réagi à cette agression extérieure en renforçant son organisation et sa participation à la défense. Néanmoins, transformer la peur, la confusion ou la passivité de certains secteurs de la population en appui conscient au processus révolutionnaire demeure un défi politique pour le Front sandiniste.
ET REAGAN CREA LA « CONTRA » ...
Même si la meilleure preuve de l'existence d'une révolution c'est l'apparition de la contre-révolution, on peut affirmer que les forces anti-sandinistes actuelles n'auraient jamais pu s'organiser et se consolider sans l'appui financier et la « capacité de cohésion » impulsée par l'Agence un impératif national centrale de renseignements américaine (CIA). Ce parrainage définit bien le caractère mercenaire de la nouvelle armée contre-révolutionnaire.
A la fin de 1981, les Etats-Unis ap prouvent le déblocage d'une première somme de 19 millions de dollars (environ 170 millions de francs) pour l'organisation d'actions contre le Nicaragua. Depuis lors, ce financement ne s'est jamais interrompu. L'armée américaine fournit à la « contra » des renseignements, un entraînement, des armes légères et de l'artillerie, du ravitaillement et des munitions. De plus, à partir de 1983, elle lui fournit de surcroît des équipements modernes destinés au sabotage, y compris des vedettes de type Piranha et des avions de transport et de combat. L'appui logistique offert par quelques secteurs de la population nicaraguayenne aux forces « contras » est secondaire et peu significatif. Aucun groupe de « contras » ne peut survivre plus de deux mois dans la montagne sans être ravitaillé de l'extérieur. Eden Pastora
DOSSIER NICARAGUA contre-révolutionnaires, la « contra ». Le gouvernement sandiniste a dû, dès lors, réorienter toute la vie et l'activité nationales, dans la perspective d'une lutte de résistance contre cette agression. Nous publions ci-après un article paru dans la revue nicaraguayenne Pensamiento Propio, qui analyse la situation actuelle de ce combat pour la défense militaire de la révolution.
Soldats du Service militaire patriotique (SMP) au Nicaragua. (DR)
lui-même (ancien membre du FSLN, qui dirige les groupes « contras » intervenant depuis le Costa Rica, ndlr.) s'est retiré de la lutte à plusieurs reprises pour ces raisons. Ce manque d'appui est le facteur dé terminant pour caractériser la« contra » comme une force de mercenaires.
Pendant ces cinq années, et grâce à cet appui extérieur, les « contras » sont passés de quelques centaines de combattants dispersés à une véritable armée, forte d'une dizaine de milliers d'hommes, sé rieusement entraînés et équipés. Durant l'année 1981, la CIA s'est employée à re grouper les quinze ou vingt groupes somozistes existant et à constituer le Front dé
• mocratique nicaraguayen (FDN). A la fin de 1981, après avoir exercé de fortes pressions, elle parvint à créer un commande ment opérationnel commun pour coor donner les actions du FDN à la frontière nord, avec celles de l'Alliance révolutionnaire démocratique (ARDE), récemment créée, à la frontière sud. Maintenant, on annonce le projet de fusion de ces deux
se généralisent et culminent, en juin 1984, teurs populaires, les paysans des coopéraforces, qui prendraient le nom de « Convergence nationale Pedro Joaquin Chamorro Cardenal ».
La contre-révolution n'a pas été créée pour « prendre » le pouvoir. Ses objectifs ont également été définis par les EtatsUnis : déstabiliser politiquement et économiquement le régime sandiniste et, en dernier ressort, être le fer de lance d'une agression de grande envergure. Le rythme de cette escalade, ses formes tactiques et ses objectifs conjoncturels sont définis par un super-directiore composé d'officiers nord-américains et honduriens supervisés par John Dimitri Negroponte, ambassadeur américain à Tegucigalpa au Honduras. Tous ceux qui ont été tentés de remettre en question cette hiérarchie ont été évincés. C'est le cas notamment de « El Suicidio », chef de la « contra » qui avait essayé d'attaquer la ville de Jalapa, au Nicaragua, sans s'en tenir aux plans de la super-direction ; ou bien du général hondurien Gustavo Alvarez, qui entendait précipiter l'affrontement entre le Honduras et le Nicaragua en se passant de l'aval américain. C'est probablement aussi le cas pour Eden Pastora, aujourd'hui expulsé de l'ARDE, car il s'opposait à l'unité avec le FDN, cela malgré les pressions de la CIA. Les trois ont aujourd'hui disparu, au moins temporairement, du scénario politi-
L'ÉCHEC MILITAIRE DE LA « CONTRA » C'est à partir de janvier 1982 que la « contra » développe son principal effort militaire. Jusqu'alors, son activité se limitait à des escarmouches et à des attaques le long de la frontière nord contre des postes et des patrouilles militaires, des villages isolés. En 1982, le FDN est déjà constitué et agit de façon coordonnée dans les zones du Pacifique et de l'Atlantique, au nord du Nicaragua, avec pour but d'occuper une partie du territoire afin de pouvoir proclamer un gouvernement provisoire et de demander ainsi l'aide des armées « amies ». En bref, il cherche à régionaliser le conflit. Malgré des moments de fortes tensions, en mars et décembre 1982, le FDN ne parvient pas à réaliser son objectif militaire fondamental. A partir de février 1983, la guerre entre dans une étape supérieure. Les forces antisandinistes ont les moyens d'attaquer de façon cordonnée sur quatre fronts : le gros du FDN contre la région du Pacifique nord et le centre du Nicaragua, sa fraction indigène MISURA, constituée de Miskitos, tre la région de l'Atlantique nord et, à partir du mois d'avril, l'ARDE intervient à partir de la frontière sud. Tous ces groupes sont structurés en « forces d'intervention » de 250 hommes qui agissent suivant les tactiques de la guerre irrégulière, semblables à celles employées par les Américains pendant la guerre du Vietnam. Ce changement coïncide avec la passation de la direction opérationnelle des mains des militaires honduriens et argentins à celles de la CIA.
Toutefois, si en 1983 le FDN se présente comme le bras armé le plus fort de la « contra », c'est également cette année-là qu'il subit ses plus cuisants échecs. En janvier-février 1983, le FDN lance le plan « C », avec pour objectif, de prendre la ville de Jalapa, dans le département du nord Nueva Segovia. En mars-avril, il se lance dans le plan « Siembra », dont l'objectif est identique et, en août-septembre, dans le plan « Marathon », qui a pour but la prise de Somoto, sur le Pacifique nord, et d'Ocotal, dans la zone centrale, afin de pouvoir ultérieurement impliquer l'armée hondurienne ; puis, en décembre, le plan « Sierra », qui prétend de nouveau prendre Jalapa et ouvrir une brèche entre le Pacifique et la zone centrale du pays. Tous ces plans ont échoué par rapport à leurs objectifs fondamentaux. De janvier 1983 à mars 1984, 1 900 « contras » ont trouvé la mort dans ces combats. Le plan « Marathon » sera désarticulé avant même de commencer. Ces résultats confirment de manière définitive l'incapacité militaire de la « contra » face à l'armée sandiniste. La prétendue « offensive générale » déclenchée en avril 1983 abandonnera l'objectif d'occuper une partie du territoire. Maintenant, les résultats militaires de la « contra » dépendront sans doute d'une augmentation de l'appui extérieur.
COUT ÉCONOMIQUE
ET DÉSTABILISATION Parallèlement à cet échec, et durant ces dix-huit derniers mois, les forces anti-sandinistes ont démontré leur capacité croissante à mener des opérations contre l'infrastructure et les activités productives du pays et contre des objectifs civils. Des points importants de l'infrastructure du pays sont l'objet d'attaques aériennes ou terrestres : l'aéroport de la capitale, plusieurs des principaux ports, des ponts importants, des dépôts et des navires contenant du combustible, des systèmes d'électrification et plusieurs postes militaires frontaliers. Toutes ces actions visent des objectifs névralgiques, à détruire en fonction de la perspective d'une intervention
La production est directement et indirectement affectée par la guerre. Les destructions matérielles provoquées par ces actions durant la dernière année sont estimées à 130 millions de dollars (environ 1 milliard de francs) et représentent 30 % des exportations du pays. Les destructions indirectes sont estimées, elles, à environ 1 milliard de dollars (soit 9 milliards de francs). Le bilan des attaques contre des objectifs civils est dramatique : 1 979 personnes assassinées. A partir de les attaques contre les villages au nord de Jinotega, de Nueva Segovia et de Matagalpa se multiplient. L'« offensive générale » de 1984 avait pour objectif central d'« attaquer des villages et des centres productifs », dans le but de paralyser et d'ôter toute légitimité au processus électoral en cours. La déstabilisation économique devient l'objectif central de la guerre, qui entre dans une étape d'usure. Les destructions sont dévastatrices : les assauts contre les villages avec l'attaque, qui dure plusieurs heures, du chef-lieu départemental d'Ocotal.
Les attaques contre les coopératives et les fermes d'Etat prennent la même ampleur. Nous donnerons comme exemple celui de la municipalité de Wiwili, à 30 kilomètres de la frontière nord : sur un total de 70 coopératives agricoles et de 12 collectifs d'auto-défense, 25 coopératives et 8 collectifs ont été détruits, 230 paysans ont été assassinés, 500 autres ont été enlevés, et les dégâts matériels sont estimés à 2 millions de dollars (18 millions situation est alors qualifiée d'« extrêmement grave » par les autorités militaires sandinistes. Mais la « contra » a été durement touchée lors de ces opérations. Sur les quatre groupes régionaux comprenant quelque 8 000 hommes qui pénétrèrent au Nicaragua, deux sont démantelés et les autres repoussés jusqu'à la frontière. Les « contras » laissent derrière eux quelque 1 500 morts.
L'action des groupes MISURA et ARDE a eu des résultats effectifs dans la mesure où elle a contraint l'armée sandiniste à disperser ses forces. Mais aucun de ces groupes n'a lancé d'attaques contre des objectifs stratégiques, à l'exception d'actions de sabotage. Afin de suppléer à cette faiblesse militaire, le FDN a annoncé son intention d'ouvrir un autre front au sud. MISURA a été catalogué par les autorités sandinistes comme groupe le plus faible de la « contra ».
UNE GUERRE CIVILE ? L'incapacité de la « contra » à contrôler un territoire et à créer un gouvernement provisoire, après maintenant cinq années de lutte, fait qu'on ne peut parler d'une guerre civile au Nicaragua. Mais le fait que ces affrontements se déroulent sur le territoire nicaraguayen, et l'augmentation quantitative des forces anti-sandinistes, ont renforcé la version de l'existence d'une large base sociale d'appui à la
Les objectifs politiques de la « contra » apparaissent comme les mêmes que ceux de toute guérilla : créer un mécontentement, enlever le soutien au gouvernement, intégrer dans ses rangs un nombre croissant de paysans, et parvenir à consolider un « front politique interne » qui appuie ses actions militaires. Les obstacles, à la fois insurmontables et fondamentalement liés au caractère mercenaire de la « contra », commencent à apparaître au moment de la mise en pratique de ces décisions dans la lutte.
La guerre menée contre l'économie a obtenu des résultats, en affectant l'infrastructure économique, notamment dans la aliments de base et en créant des problèmes de distribution qui suscitent nécessairement un malaise. Dans ses contacts directs avec la population, la « contra » dirige une répression sélective contre les secteurs directement impliqués dans le processus révolutionnaire, parvenant, dans certaines occasions, à freiner le rythme de leur mobilisation. Les institu-
tives, les cadres du Front sandiniste et des organisations de masse, les techniciens de la réforme agraire, ou les délégués reliau processus révolutionnaire sont les victimes de prédilection de la « contra ». En revanche, elle a l'instruction de ne pas utiliser ces méthodes avec de la population. Néanmoins, l'origine somoziste ou délinquante de la majeure partie des troupes « contras », principalement celles du FDN, les mènent à généraliser cette attitude. Le recours à l'intimidation explique en grande partie le nombre d'incorporations dans ses rangs et l'appui qu'elles reçoivent de la part des
Parallèlement, les groupes « contras » développent deux lignes d'intervention idéologique :
- La manipulation autour d'accusations sur le caractère « communiste » et « athée » des sandinistes, qui « vont venir prendre aux gens leur propriete, leur temme, leurs enfants, et leur interdire la religion ». Cette campagne a obtenu certains résultats au début de son activité, notamment dans des zones pas ou peu touchées par la révolution, mais elle a rapidement été démentie par la réalité.
- La capitalisation des erreurs ou des faiblesses du processus révolutionnaire. Le cas le plus clair est représenté par la politique suivie par les sandinistes vis-à-vis des minorités ethniques de la côte Atlantique, politique erronée au départ, plus par inexpérience que par mauvaise volonté. Aujourd'hui, on estime à 6 000 le nombre de Miskitos qui sont partis au Honduras, et à 2 000 celui de ceux qui ont intégré la « contra » MISURA
L'attention politique et organisationnelle n'a pas été, dansbeaucoup d'endroits, à la hauteur exigée par les nécessités de ces zones de guerre. Dans divers endroits, et durant pas mal de temps, la seule présence sandiniste était celle de l'armée. La troupe a parfois eu un comportement plus coercitif que politique avec des secteurs « vacillants » de la paysannerie. Cette faiblesse a eu de graves conséquences, principalement pendant les derniers dix-
TRO - NAGC OTE
FRENTE
huit mois, car l'agression s'est approfondie en créant la peur et la confusion.
Mais, plus graves encore ont été les répercussions de comportements corrompus et même délictueux de la part de certains cadres intermédiaires du Front sandiniste dans les zones de guerre. Ces cas, malgré le fait qu'ils soient isolés, ont fourni d'excellents arguments à la propagande anti-sanidiniste et créé les conditions de dramatiques attaques contre des villages.
Les partis de droite, le journal d'opposition La Prensa, la hiérarchie catholique ont apporté un appui synchronisé à ces deux orientations de la « contra ». Parallèlement, certaines sectes religieuses d'origine nord-américaine ont maintenu un travail politique de base, dont les conséquences ont été démesurément valorisées. Malgré tout cela, l'appui social à la « contra » reste toujours strictement minoritaire et ne parvient pas à se consolider. Les mensonges et la terreur se sont révélés en général contreproductifs. cours des six derniers mois, 1 200 paysans clamée par les sandinistes. Néanmoins, MISURA ou l'ARDE bénéficient d'un appui un peu plus ferme, car ils tentent d'établir des relations plus politiques avec la population.
PAS D'ALTERNATIVE POLITIQUE
Le problème de fond c'est qu'aucune des forces composant la « contra » alternative politique. FDN, l'organisation la plus forte, a rendu public un programme politique dans lequel il condamne l'alphabétisation comme « endoctrinement », et la réforme agraire, qu'il promet de renverser. Ce sont là les deux projets les plus populaires réalisés par la révolution. De plus, il promet le pardon aux ex-gardes somozistes, et le peuple du Nicaragua, indépendamment des positions politiques, rejette massivement le somozisme.
Le problème des deux autres groupes est plus complexe. MISURA a, en dernière instance, une difficulté centrale qui réCarlos Nunez lors d'un récent meeting : « Guerre à mort aux spéculateurs ! » (DR) FSLN, side dans son ignorance totale du problème ethnique national. Néanmoins, il propose une « autonomie » (pour les Miskitos) et obtient, sur cette base, un certain appui. L'ARDE n'a pas explicité son programme. Elle s'est contentée de réaffirmer son appui au « projet sandiniste original », sans préciser sa conception de ce projet et sans expliquer comment cela s'articulerait avec celui du FDN. MISURA et l'ARDE portent donc une contradiction insurmontable. Face à la population, ils se déclarent anti-impérialistes et anti-somozistes, mais ils sont financés par la CIA et ont uni leur sort à celui des somozistes qui sont, de plus, leur princique la réaction majoritaire de la population est d'appuyer le processus sandiniste. La consolidation plus ou moins importante que la base sociale de la « contra » aujourd'hui minoritaire pourrait connaître dans le futur paraît dépendre plus de la faiblesse ou des erreurs que pourraient commettre les sandinistes que des capaci tés propres de la « contra ». Jusqu'à présent, le prétendu Front politique inté rieur n'est pas parvenu à constituer une base solide, ni dans les zones rurales ni dans les villes, où des tentatives successives de création de commandos clandestins ont été éventées et désorganisées.
DISSUADER ET RÉSISTER
Jusqu'à la fin de 1982, la défense du Nicaragua était fondamentalement prise en charge par les troupes, qui gardaient les frontières et par les bataillons de miliciens volontaires dirigés par l'Armée populaire sandiniste (EPS). Dans les moments de tension plus importants - juin ou décembre 1982 - la direction sandiniste déclara l'état d'alerte, lança des campagnes d'agitation et de mobilisation, et la vigilance était accrue dans tout le pays. Néanmoins, même à partir de mars 1982, date à laquelle est déclaré l'état d'urgence, la guerre ne parviendra pas à désorganiser la vie nationale. C'est seulement à partir de février 1983, quand l'agression s'est approfondie, que la défense devint la priorité nationale. Durant la dernière année, la défense se développa à une échelle massive et se restructura avec un double objectif : dissuader une possible intervention contre le Nicaragua et, dans ce dernier cas, se donner les moyens d'une résistance populaire prolongée. Ce caractère massif se retrouve dans le mot d'ordre lancé lors « Toutes les armes au peuple ! » Six mois plus tard, l'incorporation de la population a la défense du pays est institutionnalisée par la création du Service militaire patriotique (SMP).
La population s'est massivement intégrée à deux types de structures, offensives et défensives. Les premières comprennent les Bataillons de lutte irrégulière (BLI), créés en mars 1983, et les secondes sont constituées par les Unités d'élite, du ministère de l'Intérieur. Elles remplissent des missions d'assaut et de destruction de la « contra » dans n'importe quel coin du
Les Bataillons d'infanterie de réserve (BIR), composés de volontaires, les appuient dans cette tâche. Un rôle intermédiaire offensif-défensif est assuré par les Milices territoriales, premier dans la chaîne de protection de chaque zone, ou noyau de population, responsable de la sécurité d'une série stratégiques locaux préalablement inventoriés.
Toutes ces unités sont entraînées à la guerre irrégulière, avec le double objectif de combattre efficacement la « contra » et de se préparer à une éventuelle guerre de résistance prolongée. Ces unités ont, de plus, bénéficié d'une capacité technique croissante et comprennent entre autres des spécialistes en artillerie terrestre,
Men explosifs, télémétrie électronique. Le Nicaragua essaie également de renforcer ses forces navales et aériennes quasi inexistantes.
structures défensives, où l'on retrouve la majeure partie de la population, sont inclues la défense des villes et l'autodéfense des coopératives et des unités de production des zones rurales. La population est entraînée à des tactiques de résistance de type vietnamien, en même temps que sont mis sur pied des plans d'urgence, que sont construits des refuges, des dépôts de vivre, des antennes de premier secours et que s'organise la vigilance. L'efficacité de ce système dépend essentiellement de l'appui politique de la population à la direction sandiniste.
Pour compléter ce dispositif, le gouvernement commence à répondre à la désorganisation créée par la guerre dans la vie nationale à l'aide de deux types de mesures : l'organisation d'une économie de guerre, dont l'objectif principal est de répondre aux besoins des fronts de combat, et d'autres mesures d'ordre politique et économique, afin de développer et de autant que possible le front intérieur anti-interventionniste.
LES PROBLEMES INTERNES
Dans les zones touchées par la guerre, l'incorporation à la défense a été massive, malgré le fait que les différentes structures sont encore en processus de régionalisation. Dans le reste du pays — ce qu'on appelle l'arrière-garde —, les moments de mobilisation fébrile (novembre 1983) ont alterné avec de longues périodes d'apparente normalité. Ces derniers mois, la direction sandiniste a remis en question la « paix subventionnée » vécue par la population de la zone du Pacifique et a appelé à une réactivation de la vigilance et de la solidarité avec les fronts de guerre.
La mobilisation massive et urgente de ces derniers dix-huit mois a également créé certains problèmes et un certain malaise. A partir de janvier 1984, beaucoup de jeunes ont protesté contre les méthodes et les formes de recrutement (pour le service militaire, ndlr), parfois semi-forcé, d'autres fois sans tenir compte des exceptions prévues par la loi, ou encore pour un temps plus long que prévu, sans compensation économique. Certains ont perdu leur travail, d'autres des années d'études. Beaucoup de mères résistent ouvertement à la mobilisation et se plaignent du manque de communication avec leurs enfants. Des secteurs religieux liés au processus révolutionnaire proposent comme alternative un service civil de
Le Front sandiniste est obligé de faire un immense effort idéologique pour expliquer la gravité de la situation. Il s'est auto-critiqué pour n'avoir pas donné de réponse aux problèmes que nous venons de mentionner et a annoncé, en juin dernier, la création d'une Commission natiojeunes de Managua ont commencé à être appelés sous les drapeaux, mais on donne priorité à la mobilisation volontaire. Néanmoins, les exceptions prévues par la Loi du service militaire en périodes de paix sont suspendues à partir de ce moment. Tout le pays est en guerre.
CONVAINCRE OU RÉPRIMER ? Tous ces problèmes - mobilisation massive, détérioration des conditions de vie du peuple - ont été mis à profit par la contre-révolution et ses alliés intérieurs pour attaquer la direction sandiniste: Le Front a choisi de répondre à cette offensive, qui s'est accrue au cours des derniers mois, en mettant l'accent sur le travail politico-organisationnel aux dépens des formes de contrôle de type répressif ou coercitif.
zones centrale et nord du pays, le Front sandiniste a développé le réseau constitué par ses membres et les structures d'organisation de masse. La côte Atlantique et la zone sud du pays, avec leur situation délicate, ont été déclarées « zones spéciales » en 1982. Le travail idéologique et organisationnel dans toutes présente d'importantes difficultés. Les causes de cette faiblesse sont à chercher dans le manque de cadres et de ressources, dans le bureaucratisme, mais aussi dans l'absence d'une claire conscience de la gravité et de la nature des problèmes rencontrés. Aujourd'hui, le Front sandiniste a établi les bases qui permettront de résoudre ces faiblesses. Toutes les régions touchées par la guerre - en est exclue la zone du Pacifique — commencent à dépendre directement d'un des membres de la direction nationale du FSLN, depuis juin dernier. Les ressources matérielles et humaines sont affectées en priorité aux fronts de guerre. Les erreurs commises par la direction sandiniste paraissent avoir été assumées avant tout de manière autocritique.
Après avoir reconnu les erreurs commises sur la côte Atlantique (au sujet des Miskitos, ndlr.), par exemple, plusieurs institutions d'Etat se sont mises à analy ser en profondeur les problèmes de cette région, afin de définir une politique fondée sur le problème ethnique national. Le travail politique et organisationnel chemine lentement. Mais un regroupement propre des minorités ethniques autour d'objectifs spécifiques ne fonctionne pas encore, même si l'on travaille dans ce sens. De même, on a impulsé une intense offensive au sein des forces armées, à travers les académies du SMP, pour expliquer l'importance de la lutte politique qui doit caractériser la tâche de la nouvelle armée et le rejet de toute coercition et de tout abus d'autorité.
Les cadres du Front sandiniste coupables de comportement corrompu ou délictueux ont été punis de manière exemplaire. Le cas de Pantasma est clair. Ce petit village avait été violemment attaqué par la « contra » au mois d'août dernier avec, comme conséquence, un grand nombre d'habitants enlevés et 17 morts. L'enquête révéla qu'une partie de la population n'avait pas repoussé l'attaque, et même qu'elle était favorable aux agresseurs. On constata alors la responsabilité que portaient dans cette réaction populaire certains représentants du Front sandiniste, et on découvrit des cas de corruption, d'abus de pouvoir, et même d'homicide. Tous les responsables de ces actes ont été condamnés à des peines de prison campagne de l'opposition intérieure est aussi contrecarrée par des méthodes politiques, par les médias, où l'on a multiplié les déclarations, les analyses et discours des dirigeants sandinistes, et par le biais des différentes organisations de masse, qui sont appelées à apporter une réponse à ces problèmes au niveau de la
Le difficile équilibre maintenu jusqu'à présent par le Front sandiniste, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays pour développer le processus révolutionnaire sans remettre en cause ses principes fondamentaux, pourrait être brisé en cas de généralisation de la guerre d'agression actuelle contre le Nicaragua.
Le Nicaragua se prépare à toutes les possibilités d'agression que pourraient impulser les Etats-Unis : une guerre d'usure pour l'obliger à une éventuelle négociaescalade de l'agression qui culminerait dans une intervention militaire possibilités seront tranchées à court terme, la direction sandiniste paraît penser que la bataille finale sera plus politique que
Luisa MAIZAL, Pensamiento Propio, Managua, 15 juillet 1984.