Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SUISSE

Victoire de la campagne contre le travail de nuit pour les femmes

Inprecor n° 182, 22 octobre 1984 · p. 28 · 1 026 mots

Femmes

A la fin du mois d'août dernier, le conseiller fédéral (ministre) Fürgler, suivi par la direction de l'Office fédéral de l'industrie, des arts et métiers et du travail (OFIAMT), refusait de lever l'interdiction du travail de nuit pour les ouvrières de la firme horlogère Ebauches SA, comme le réclamait la direction de cette entreprise. On pourrait penser que cette décision allait de soi, puisqu'elle était conforme au Code suisse du travail et à la convention 89 de l'Organisation internationale du travail (OIT) à laquelle la Suisse adhère. Mais la réalité est tout autre. Pour arracher cette décision favorable aux travailleuses, il a fallu une campagne tenace de huit mois, dans laquelle nos camarades du Parti socialiste ouvrier (PSO, section suisse de la IVe Internationale) ont joué un

En 1983, la direction d'Ebauches SA avait bénéficié d'une autorisation spéciale et secrète pour introduire le travail de femmes, durant une « phase test », à son usine de Granges. En septembre-octobre de cette même année, la Commission fédérale les lieux pour voir dans quelles conditions les ouvrières devraient travailler de nuit. Jusqu'à ce point, ni les autorités publiques ni les dirigeants syndicaux n'avaient cru bon de rendre publiques ces démarches. Encouragée par tant de compréhen-

SA faisait, en janvier 1984, une demande formelle à l'OFIAMT pour pouvoir faire travailler de nuit les femmes. Dans une lettre datée du 10 janvier 1984, la direction expliquait sa démarche, en développant une argumentation sexiste, qui affirmait que les femmes étaient intelligentes mais pas qualifiées, et donc plus à même de supporter la monotonie du travail que les hommes ; qu'elles étaient aussi plus patientes, plus consciencieuses et moins attirées par les possibilités de promotion. La Fédération des travailleurs de la métallurgie et de l'horlogerie (FTMH) ne s'était toujours pas clairement prononcée contre le travail de nuit.

C'est à partir de ce moment-là que le PSO engagea la lutte contre l'introduction du travail de nuit des femmes, en diffusant largement un entretien ouvrières, intitulé « Notre santé, c'est notre seul capital ! » Le 4 février, le Comité unitaire pour la défense de l'emploi dans l'arc horloger (qui regroupe notamment le PSO, le Parti socialiste, les Partis communistes espagnol et italien en Suisse) prenait position contre le travail de nuit. Avec des médecins du PSO, il lança un appel qui sera signé par 200 médecins, contre le travail de nuit et qui soulignait les conséquences nuisibles du travail de nuit pour la santé (cf. Inprecor numéro 174 du 28 mai 1984). La direction de la FTMH maintenait une attitude ambiguë, mais après une campagne d'information du PSO sur les deux entreprises d'Ebauches SA, à Granges et à Marin, le groupe syndical de la FTMH d'Ebauches SA finissait par s'opposer à la mesure patronale.

L'argument essentiel des patrons et de ceux qui les ont soutenus - notamment le conseiller d'Etat socialiste de Neuchâtel - a consisté à souligner la nécessité du travail de nuit dans le cadre de la crise de l'horlogerie, de la concurrence étrangère, etc., tout en en minimisant les effets nocifs pour la santé des travailleuses. Un argument supplémentaire consistait à aborder le problème sous l'angle démagogique de l'« égalité des droits ». Le quotidien bourgeois Neue Zürcher Zeitung, du 21 juin 1984, osa meme parler de « l'aspect libérateur du travail de nuit pour les femmes ». Ce genre d'argumentation, qui cachait une attaque contre les conditions de travail des femmes à Ebauches SA derrière un rideau de fumée égalitaire, fut repris par un certain nombre d'organisations de femmes bourgeoises, pour justifier leur acceptation de cette proposition de travail de nuit. Mais la principale organisation féministe suisse, l'Organisation pour la cause des femmes (OFRA), participa activement à la campagne contre le travail de nuit.

La résistance à l'introduction du travail de nuit se développa au fil des mois. En mars 1984, le PSO lançait une pétition adressée à l'OFIAMT, qui fut signée par 1 200 femmes. Le 11 mai, des manifestations furent organisées devant les usines de Granges et de Marin, encore à l'initiative du PSO. Ensuite fut lancé l'appel intitulé « Robots jour et nuit, non merci ! », qui sera soutenu, en plus du PSO, par le PS, le Parti du travail (PC suisse), les POCH (organisation centriste), le syndicat des Services publics (SSP-VPOD) de Berne, et l'OFRA. Le même mois, la 7e conférence nationale des femmes de la FTMH rejeta la formule de compromis proposée par sa direction et se prononça catégoriquement contre le travail de nuit.

Avec la montée de l'opposition au travail de nuit des femmes, l'OFIAMT repoussa à l'automne l'échéance de sa sur demande d'Ebauches SA. C'était déjà une première victoire. La

Use renforça encore dans Sur les 60 femmes qui avaient été initialement d'accord pour accepter le travail de nuit, il n'en restait plus que 15 au mois de juin. La campagne s'accélérait encore, avec l'organisation de manifestations et d'assemblées publiques à Bâle, Zürich, Berne, Neuchâtel, et ailleurs encore. Le 16 août, l'OFIAMT consultait la Commission fédérale du travail, ouverte pour l'occasion aux représentantes de quelques organisations féministes. L'OFRA y était représentée par sa secrétaire, Catherine Bander, et par Marie-Thérèse Sautebin, militante connue du PSO. Le 27 août, le conseiller fédéral Fürgler rejetait définitivement la demande d'Ebauches SA concernant le travail de nuit des femmes.

Cette victoire réelle n'est pourtant que provisoire. Le patronat n'a pas désarmé et ne cache pas son intention de trouver les moyens de détourner ou de modifier le Code du travail. La lutte pour la défense et l'amélioration des conditions du travail est multiforme et quotidienne. Comme le souligne le numéro du 8 septembre 1984 de la Brèche, le journal du PSO, la seule véritable garantie réside dans l'extension du contrôle des travailleurs sur leurs conditions de travail.

La Brèche est le seul journal à avoir suivi de bout en bout cette lutte et fourni un matériel explicatif important. Ses artisont aujourd'hui réunis dans une brochure, Robots jour et nuit, non merci!, que l'on peut obtenir au prix de 3,50 FS (environ 13 francs) plus frais de port à l'adresse suivante: PSO Bienne, Case postale 13, 2504 Bienne, Suisse.

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