Inprecor 1974–2004

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BOLIVIE

La situation de la Centrale ouvrière bolivienne (COB) après son 6e congrès

· Inprecor n° 183, 5 novembre 1984 · p. 21-23 · 1 843 mots

Pérou et Bolivie Économie mondiale IVe Internationale

• bolivienne (COB) a finalement eu lieu à Cochabamba, du 3 au 14 septembre deravec droit de vote. Comme le rapport d'activité de la direction l'a rappelé, la COB devrait, selon les statuts, tenir un congrès tous les deux ans. Mais le mouvement ouvrier bolivien a été souvent contraint d'agir dans la clandestinité et sous le poids de répressions féroces. C'est la raison pour laquelle, depuis sa fondation en 1952, la COB n'a pu en

La situation de la

Centrale ouvrière bolivienne

après son Vle congrès

fait tenir que six congrès nationaux. notamment, l'échec de la liste présentée par le Parti communiste bolivien (PCB). Livio MAITAN

Le récent congrès de Cochabamba a été marqué, sans doute plus que tous les autres, par de profondes différenciations internes et a connu des séances houleuses : lors de son discours d'ouverture, le secrétaire général sortant, Osvaldo Sanjines, membre du PCB, a été accueilli par une tempête de sifflets. Pendant quatre jours, les travaux du congrès ont été pratiquement bloqués à cause des divergences sur les mandats de nombreuses délégations, et la séance finale, pour l'élection du nouveau Comité exécutif national (CEN), s'est prolongée sans interruption pendant 19 heures. Du début à la fin de ce congrès, deux blocs se sont affrontés. Le premier, majoritaire dans le CEN précédent, était sous l'hégémonie du PCB, qui participe au gouvernement de l'Union démocratique et populaire (UDP) de Siles Suazo. Le second bloc était composé par des militants syndicaux de difféorganisations et tendances réunis dans une Direction révolutionnaire unitaire (DRU), qui s'était constituée quelques mois auparavant.

Toutes les tentatives de faire émerger d'autres positions et regroupements intermédiaires entre ces deux pôles ont fait long feu. Cela fut notamment le cas de Filemon Escobar, ex-militant trotskyste, ayant abandonné la conception léniniste du parti et l'un des principaux membres du CEN sortant qui, dans la pratique, s'est finalement souvent trouvé sur la même orientation que le PCB. Cela a été également le cas de la prétendue « troisième alternative » - composée d'un secteur du Parti socialiste 1 (PS 1) et du Bloc syndical de base favorable à l'UDP -, qui était entre autres patronnée par le dirigeant de la COB de Santa Cruz, Felipe Caballero.

Les longs conflits organisationnels concernant l'attribution et la répartition des mandats ont été un reflet des importantes différenciations d'orientation qui s'étaient déjà manifestées, par ailleurs, au

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PRES avoir été reporté à plusieurs reprises, le 6e congrès de la Centrale ouvrière

Lniers, avec la participation d'un millier de délégués, dont environ 600 mandatés

Ce 6e congrès de la COB a été marqué par une modification de la direction, avec niveau des confédérations départementales et des fédérations professionnelles. Selon le règlement établi par le CEN, là où existaient des conflits, des congrès extraordinaires auraient dû être convoqués pour les résoudre et pour élire les délégués au congrès national de la COB. Mais cette norme n'a pas toujours été respectée. Le fait que la commission des mandats ait dû discuter longuement la composition des délégations des travailleurs des banques, des ouvriers de l'industrie, des travailleurs du pétrole, et d'autres secteurs indique l'ampleur des conflits internes.

fois surmontée la querelle des

Une mandats, du congrès ont travaux connu trois phases : la discussion sur le rapport d'activité, les séances des commissions et les rapports de celles-ci, l'élection du nouveau CEN.

UN AFFRONTEMENT POLITIQUE

Le rapport d'activité a synthétisé la trajectoire du mouvement syndical depuis le précédent congrès de 1979, et notamment sa lutte contre la dictature militaire du général Garcia Meza. En analysant, par la suite, le tournant représenté par l'installation du gouvernement de l'UDP en octobre 1982, ce rapport a souligné le fait que les masses populaires étaient alors disposées à faire des sacrifices, puisque le nouveau gouvernement apparaissait à leurs yeux comme différent de ceux qui l'avaient précédé. Mais le président Siles Suazo et son gouvernement ont rapidement adopté des mesures allant à l'encontre des intérêts et des aspirations des couches les plus pauvres de la population. La crise économique et sociale s'est alors encore aggravée. La COB a donc avancé un programme visant à stimuler des changements structurels au niveau économique, politique et social. Mais le gouvernement de l'UDP, influencé par les banques, les grands commerçants et le Fonds monétaire international (FMI), a fait très peu de

C'est dans le cadre des travaux de la commission politique que se sont manifestées le plus clairement les différenciations et les oppositions qui ont caractérisé ce 6e congrès de la COB. La discussion s'est centrée sur quatre documents différents. Le premier, présenté par Oscar Sadu PCB, prônait l'« approfondissement du processus démocratique » qui « représente le chemin d'accumulation nécessaire, par la démocratie de masse, vers la libération nationale et le socialisme ». En d'autres termes, le PCB confirmait sa thèse traditionnelle de révolution par étapes, dont la conséquence pratique est sa participation au gouvernement de l'UDP. Une seconde contribution, défendue par Filemon Escobar, expliquait d'un côté que la COB devait se battre pour l'application de son programme et apparaître comme l'alternative de pouvoir, y compris en jouant le rôle d'un parti révolutionnaire, tout en affirmant, de l'autre, que l'heure de remplacer le réformisme n'avait pas encore sonné. Il fallait donc rechercher une alliance avec les « militai-

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res patriotiques » pour la défense de la démocratie. Une troisième position a été proposée par Ascencio Cruz au nom du groupe Lora (groupe se réclamant du trotskysme), qui ne disposait pourtant pas de délégués au congrès. D'après ce point de vue, la dictature démocratique et la dictature fasciste ne sont que deux faces d'une même médaille et le mouvement ouvrier doit s'y opposer et lutter pour la dictature du prolétariat. Enfin, Carlos Borth, militant d'un secteur du PS 1, a défendu les positions de la DRU, dont nous publions ci-après quelques ex-

La position de la DRU a été majoritaire de justesse dans la commission politique. Deux rapports ont donc été finalement présentées en assemblée plénière du congres, l'un par un représentant de la DRU, l'autre par Filemon Escobar. L'assemblée décida ensuite de nommer une commission chargée de rédiger non pas des thèses, mais plus simplement une déclaration finale. C'est cette dernière qui a finalement été adoptée par le congrès. Elle représentait en fait un compromis entre les différentes positions en conflit (cf. encadré). Le représentant de la DRU a d'ailleurs exprimé des réserves sur le dernier point de cette déclaration contenant un appel aux « militaires patriotiques ».

Les débats de la commission économique ont recoupé, en partie, les thèmes de discussion de la commission politique. Le conflit principal s'est produit à propos de la question du minimum vital salarial et de l'échelle mobile des salaires. Les porte-parole du PCB ont défendu la thèse officielle du gouvernement, suivant laquelle, dans le contexte actuel, l'introduction du salaire minimum vital avec échelle mobile provoquerait une inflation encore plus grave, mettant ainsi en danger le processus démocratique. D'après la DRU, par contre, la lutte pour cet objectif est la seule voie pour combattre la faim, la misère des masses et la spéculation, et pour freiner la crise économique galopante dans laquelle s'enfonce le pays. Par ailleurs, cet objectif ne doit pas être considéré séparément des autres revendications contenues dans le plan d'action de la COB et concernant notamment l'étatisation des banques privées, l'établissement du monopole du commerce extérieur, etc. Le congrès a finalement adopté sur les questions économiques des résolutions réclamant, entre autres, l'application immédiate du plan de la COB, l'introduction sans délai du salaire minimum vital avec le mécanisme de l'échelle mobile des salaires pour tous les travailleurs du pays, une restructuration généralisée des salaires avec droit de regard de la COB, des mesures immédiates pour permettre à la Corporation minière bolivienne (COMIBOL) de surmonter sa situation financière très critique, l'annulation des contrats signés par la compagnie pétrolière nationale (YPFB)

avec les multinationales, la condamnation de la politique de dévaluation monétaire suivie par le gouvernement.

Le congrès a proposé également d'autres revendications, allant de l'extension de l'activité de la compagnie nationale de transport (ENTA) à l'application de la loi générale sur le travail aux catégories de travailleurs qui n'en bénéficient pas encore. Le congrès a aussi exigé du gouvernement de l'UDP qu'il soumette rapidement le projet de loi agraire rédigé par l'organisation des paysans, au vote de l'Assemblée législative.

Des dirigeantes des comités de ménagères surgis dans les quartiers populaires de la Paz sont intervenues dans ces discussions pour réclamer du congrès qu'il décide la constitution, au sein du nouveau CEN, d'un secrétariat pour les problèmes des femmes, et qu'une femme soit élue au CEN.

ELECTION

D'UNE NOUVELLE DIRECTION

L'affrontement qui a marqué tout le congrès s'est finalement concrétisé lors des élections du nouveau CEN de la COB par l'opposition de deux listes. La première, proposée par la DRU, incluait Juan Lechin, dirigeant historique de la COB, comme candidat au secrétariat exécutif et d'autres représentants d'organisations politiques ou de groupements

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syndicaux favorables à la DRU pour les différents postes à pourvoir, parmi lesquels Eulogio Sanchez, militant du Parti ouvrier révolutionnaire unifié (POR-U), section bolivienne de la IVe Internationale, quatre membres du PCB en désaccord avec l'orientation de leur parti, et le secrétaire de la Confédération paysanne, Genaro Flores. Juan Lechin a obtenu sur son concurrent une avance de 91 voix sur un total de 474 suffrages exprimés. Aussi, du fait de l'application d'une norme de fonctionnement traditionnelle dans le mouvement ouvrier bolivien, qui ne prévoit pas de représentation proportionnelle des différentes sensibilités à la direction de la COB, la liste majoritaire a enlevé tous les 34 sièges du CEN.

La DRU a salué le résultat du congrès comme un succès de la gauche la plus radicale. Le journal du POR-U, Bandera Socialista, rendait compte de ce résultat sous le titre « Victoire révolutionnaire ». La presse bourgeoise et le PCB n'ont pas leur mécontentement et préoccupations. Le dirigeant du PCB, Marcos Domic, a déclaré qu'un affrontement majeur avait eu lieu au congrès « entre les forces qui, dans le mouvement ouvrier, représentent (...) les véritables positions de la classe ouvrière, et des posipetites-bourgeoises ultra-gauchistes ». A son avis, Lechin aurait subi « une défaite historique », parce qu'il n'a pas été réélu à l'unanimité. Toutefois, le dirigeant du PCB ajouta qu'un accord était possible sur la base de la déclaration politique, et il a exprimé l'espoir que Lechin réfléchira avant de se laisser entraîner dans des « actions aventuristes ». Le périodique De Todos n'hésita pas à affirmer qu'au « sein de la DRU, les secteurs trotskystes (POR-Debout et POR-U) ont apporté le poids syndical le plus important, et l'on peut remarquer l'influence du POR-U dans la rédaction des thèses (de la

Incontestablement, ce congrès de la

Militants de la Centrale ouvrière bolivienne. (DR) COB a donc reflété une radicalisation de couches importantes du mouvement ouvrier bolivien et le PCB y a effectivement essuyé une défaite. Les révolutionnaires boliviens ont donc maintenant des possibilités d'intervention plus importantes que jamais. Mais cela leur donne en même temps de grandes responsabilités vis-à-vis du mouvement ouvrier et populaire.

Livio MAITAN, 22 octobre 1984.

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