Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

La pression impérialiste se renforce après le triomphe électoral du FSLN

· Inprecor n° 184, 19 novembre 1984 · p. 3 · 1 152 mots

Nicaragua

ternationale comme les premières dereis le renversise ent 1 ENÉRALEMENT présentées par la presse bourgeoise in-

- de la dictature somoziste, les élections démocratiques et pluralistes du 4 novembre dernier étaient en fait tout bonnement les premières du genre de toute l'histoire du Nicaragua. L'absence des candidats de la Coordination démocratique nicaraguayenne (CDN), une coalition réactionnaire regroupant des partis bourgeois et l'organisation patronale du COSEP derrière Arturo Cruz (cf. Inprecor numéro 182 du 22 octobre 1984), avait été présentée par la propagande impérialiste comme l'argument essentiel pour tenter d'entacher leur légitimité. Avec une participation de près de 80 % et 67 % des suffrages en faveur des candidats du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), sur la base du dépouillement de 90% des suffrages, les résultats démontrent au contraire que la CDN est un épiphénomène dont la représentativité a été montée en épingle pour les besoins de la stratégie contre-révolutionnaire de Washington. Certains dirigeants de l'Internationale socialiste (IS), parmi ceux qui avaient avalisé sans sourciller l'élection de Napoléon Duarte au Salvador, prennent pourtant prétexte de cette absence pour regretter, comme l'a fait le chef du gouvernement espagnol Felipe Gonzalez, que « les Nicaraguayens n'aient pas eu la possibilité d'un véritable choix ».

Alors que les élections organisées au printemps dernier par l'ambassade américaine et la dictature salvadorienne avaient été présentées le plus souvent comme l'expression de la volonté de démocratisation du régime du Salvador, la leçon de démocratie donnée par un électorat populaire accordant très majoritairement ses suffrages à l'organisation révolutionnaire qui dirige le processus en cours au Nicaragua et y détient le pouvoir d'Etat, n'a pas eu droit au même traitement dans la presse internationale. Sans s'étonner de voir ainsi la grande presse s'opposer avec virulence à la marche d'un peuple vers l'indépendance nationale et le socialisme, il faut encore comprendre que cette campagne de contre-information prépare l'opinion publique internationale à l'augmentation des pressions militaires sur le Nicaragua et à l'éventualité d'une intervention américaine contre la révolution sandiniste.

Plusieurs enseignements peuvent cependant être tirés des scores électoraux. Première constatation, aucun des partis se réclamant du socialisme, le PCN, le PSN ou le MAP-ML — ni même les trois ensemble, puisqu'ils ne totalisent pas 4 % des suffrages - n'est en mesure de contester l'hégémonie politique du FSLN sur les masses laborieuses. Leur score électoral montre bien leur relative marginalité dans le processus révolutionnaire. Ensuite, les abstentions, qui ont été de l'ordre de 20 % en moyenne, mais avec des pointes de 30 % dans certaines régions habitées par les Miskitos, représentent la combinaison des difficultés à organiser un vote dans un pays en guerre et sans traditions démocratiques et d'une opposition de couches très minoritaires dans la société. Enfin, les trois partis bourgeois en lice, le PCD (13,9 %), le PPSC (5,7 %) et le PLI (9,7 %) ont totalisé environ 30 % des suffrages exprimés, ce qui montre le caractère démocratique d'une procédure électorale qui a permis à une frange non négligeable de certains secteurs sociaux d'exprimer ainsi leur mécontentement en rapport avec les difficultés économiques engendrées par le boycott impérialiste et l'agression menée par les « contras ».

Mais la leçon essentielle de ces élections est ailleurs. Elle réside dans le fait que la grande majorité des couches laborieuses du Nicaragua, et principalement dans la jeunesse, qui représente plus de 50 % de la population, a clairement apporté son soutien au processus d'émancipation nationale et sociale en cours et au FSLN qui en assure la direction. Aussi, lorsque

NICARAGUA Daniel Ortega, président de la République nouvellement élu déclarait le soir-même du vote, « nous devons être prêts à nous battre dans les rues de Managua,contre les Américains, avec des fusils, des pierres ou des machettes », il ne faisait qu'exprimer ainsi un profond sentiment populaire.

Cette consultation électorale aura aussi mis en évidence l'immensité des pressions de toutes sortes auxquelles la révolution sandiniste doit faire face. Ainsi, par exemple, des représentants de l'Internationale socialiste se sont lancés dans une vaste opération diplomatique pour tenter d'obtenir la participation à la consultation du 4 novembre des forces réactionnaires de la CDN. C'est sous leur autorité que plusieurs rencontres ont été organisées en vain entre les dirigeants sandinistes et Arturo Cruz. Il faut donc dénoncer le jeu plus subtilement contre-révolutionnaire de certaines composantes de l'IS, qui désirent profiter de la polarisation entre le Nicaragua et l'impérialisme US et de la situation d'étranglement de la révolution sandiniste pour avancer leurs propres propositions de compromis régional et pour exercer leurs propres pressions temporisatrices, dans le but d'éviter la radicalisation du processus révolutionnaire au Nicaragua et l'embrasement régional, sous l'effet de la stratégie belliciste des Etats-Unis. La direction sandiniste est donc contrainte aujourd'hui de naviguer entre les écueils que constituent ces deux pôles de la stratégie impérialiste, pour maintenir la marche en avant et assurer la défense de la révolution nicaraguayenne.

Néanmoins, c'est de l'escalade militaire de l'impérialisme US que provient le danger le plus immédiat contre la révolution. Il n'aura d'ailleurs pas fallu longtemps après la réélection du président Ronald Reagan pour que celui-ci se lance dans une nouvelle provocation destinée à faire monter la pression contre la révolution sandiniste, en menaçant de bombarder les ports du Nicaragua si ce pays recevait une livraison de Mig soviétiques. Le triomphe électoral sandiniste, la faible crédibilité de la CDN révélée au grand jour alors qu'elle représente, avec les forces somozistes de la « contra » la carte politique principale de l'impérialisme US au Nicaragua, sont autant d'éléments qui vont conduire l'impérialisme américain à accentuer sa pression militaire. C'est dans ce contexte que les récentes déclarations de l'administration US contre l'aide soviétique au Nicaragua ont deux objectifs précis. Il s'agit d'abord de rechercher un prétexte pour multiplier dans l'immédiat les actions de surveillance, voire de sabotages sur le territoire nicaraguayen. Ainsi, des avions américains ont effectué des vols de reconnaissance, traversant pour la première fois le Nicaragua de part en part, tandis qu'un général US se rendait ostensiblement sur la frontière sud du Nicaragua où sont concentrés de nombreux « contras ». Par ailleurs, l'offensive diplomatique des USA est aussi destinée à rassembler les conditions politiques d'une intervention militaire impérialiste directe et à accentuer, dans le court terme, une relance des activités militaires de la « contra » et des sabotages de la CIA. La direction sandiniste a pris très au sérieux l'accroissement des actes et des déclarations bellicistes du gouvernement américain. 20 000 jeunes et syndicalistes qui devaient participer à la récolte du café ont été maintenus dans la capitale, tandis que l'état d'alerte militaire a été décrété et qu'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU a été réclamée par le Nicaragua.

L'alerte doit donc aussi être donnée à l'ensemble du mouvement international de solidarité avec la révolution sandiniste pour s'opposer à toute nouvelle escalade impérialiste d'étranglement du Nicaragua.

Vincent KERMEL, 12 novembre 1984.

Une erreur sur cette page ?