Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER URUGUAY

Les positions du Parti socialiste des travailleurs (PST)

Inprecor n° 184, 19 novembre 1984 · p. 12-13 · 2 108 mots

IVe Internationale

ONSTITUE sous le nom de Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT) en 1968, le Parti socialiste des travailleurs naissait au sein de la IVe Internationale dans la Fraction léniniste trotskyste (FLT), de 1972 à 1976, puis après cette date dans la Fraction bolchevique animée par Nahuel Moreno. En

1980, le PST a rompu avec ce courant qui avait scissionné de la

IVe Internationale un an plus tôt.

Depuis lors, une discussion s'est développée en son sein, relative à ses références internationales. Elle fut conclue, lors du congrès de janvier 1984, par un vote largement majoritaire en faveur d'une demande de reconnaissance comme section

DÉFENDRE LES ACQUIS OUVRIERS ET POPULAIRES

FACE A LA CONCERTATION

(...) Les négociations ouvertes qui ont commencé à se dérouler entre les diverses forces sociales et politiques du pays n'ont pas pour objectif de tracer le profil du front d'opposition dans la lutte démocratique et antidictatoriale, ni l'attitude actuelle de chaque force dans la période présente, mais tout au contraire de définir et de décider le comportement politique à adopter pendant la prochaine période

En termes généraux, le mouvement ouvrier et populaire n'a jamais été et n'est pas opposé à la négociation, dans la mesure, c'est évident, où elle ne signifie pas pour lui se lier les mains, abaisser ou abandonner des revendications, et ne représente pas l'abandon, autour d'une table de négociations, de ce que le peuple a obtenu dans la rue, par ses luttes. Le problème central reste celui des conditions et des formes dans lesquelles de telles négociations et accords sont réalisés. Pour les travailleurs et le peuple, les négociations peuvent constituer un pas en avant dans l'expression et la satisfaction de revendications spécifiques, tant sur le plan des droits démocratiques qu'au niveau économique. Mais il faut tenir compte de ce qu'elles peuvent être utilisées par le patronat et ses partis, dans le but de barrer la route aux grandes majorités opprimées et exploitées dans leur lutte pour parvenir à la réalisation de ces objectifs. Cela dépendra, en dernière instance, du rapport de forces sociales et politiques qui pèsent dans un sens ou dans l'autre.

Avant tout, il faut se rappeler que quel que soit l'accord auquel on parvienne, le mouvement ouvrier et doit maintenir sa totale indépendance d'objectifs et de mobilisation. Il ne faut donc pas confondre un accord avec une trêve destiné à freiner et à retarder l'exdes exigences populaires. D'un autre côté, tout accord doit être discuté au préalable démocratiquement par les organisations ouvrières et populaires. Et la seule instance au sein de laquelle les trades travailleurs (PST)

de l'Amérique latine. PST reprises de Unidad Socialista. POUR UN PACTE SOCIAL vailleurs peuvent démocratiquement ap prouver ou rejeter cet accord est un congrès souverain de tout le mouvement ouvrier organisé, après une discussion ap profondie à la base. A côté de cela, il faut s'opposer dès maintenant à tout type de négociations secrètes ou particulières. Cela ne pourrait être accepté sous aucune forme. La classe ouvrière et les autres secteurs populaires, aujourd'hui plus que jamais, après 11 années de désinformation systématique et de négation totale de la participation populaire aux décisions nationales, ont le droit absolu de savoir quelle est la position des divers secteurs - partis et organisations sociales — en ce qui concerne les questions qui les touchent directement. Surtout si l'on tient compte du fait que nous nous trouvons au milieu d'un processus électoral où la population devra décider, le 25 novembre prochain, par quel gouvernement elle désire être représentée. Nous devons aussi nous souvenir que les négociations actuelles ont lieu dans un cadre politique où persistent toutes sortes de pratiques arbitraires et de restriction des libertés démocratiques. Cette situation affecte quasi uniquement les secteurs ouvriers et popu-

Enfin, il faut dire clairement quels sont les problèmes dont le mouvement ouvrier et populaire considère la résolution comme devant être immédiate et qui ne sont de ce fait pas négociables. C'est-à-dire quel est le niveau en-dessous duquel tout accord serait inacceptable. Le programme démocratique et populaire, forgé dans les luttes, souligne trois conditions dont les travailleurs et le peuple exigent, autour de la table de négociations, l'instauration immédiate.

En premier lieu, ils exigent que toutes les forces participantes s'engagent en faveur d'une amnistie générale, sans restrictions et immédiate, ce qui implique la libération de tous les prisonniers politiques, sans aucune exception, le retour uruguayenne de la IVe Internationale à son prochain congrès mondial. A cette occasion, le PST adopta aussi le principe de son intégration à tous les niveaux au Frente Amplio, coalition à laquelle il participait déjà avant le coup d'Etat de 1973.

Depuis 1978, le PST publie régulièrement son organe de presse Unidad Socialista, et depuis le mois de mai dernier, nos camarades du PST éditent en collaboration avec les camarades brésiliens une sélection mensuelle d'Inprecor pour le cône Sud

Nous publions ci-dessous une série de prises de position du de tous les exilés, la fin de la proscription des hommes et des partis, et la réapparition en vie des détenus-disparus. En même temps sont exigés l'ouverture d'une enchâtiment des responsables des crimes, des disparitions et des tortures, le démantèlement de l'appareil de répression et l'abolition de tous les décrets institutionnels, y compris le 19.

En deuxième lieu, il faut un plein exercice des droits syndicaux, ce qui implique la fin de la loi syndicale et de la réglementation du droit de grève, la garantie de la liberté de syndicalisation et la reconnaissance des organisations dont les travailleurs considèrent qu'elles les représentent. Cela doit nécessairement s'accompagner de la pleine restitution des libertés publiques.

Troisièmement, la reconstruction économique du pays ne doit pas se faire sur la base de nouveaux sacrifices pour les travailleurs et le peuple. Cette reconstruction doit se réaliser par une réelle augmentation des salaires et des pensions, en commençant par la réalisation de l'exigence posée par le PIT d'une augmentation immédiate des salaires de 3 000 pesos et de la fixation du salaire national minimum à 7 500 pesos et, à partir de là, s'acheminer dans la direction d'une redistribution du revenu national, cette fois au profit de la grande majorité des exploités des opprimés. Il ne faut pas penser qu'une augmentation réelle des salaires puisse être obtenue par une simple aug mentation nominale, laquelle serait ensuite annulée, comme nous le savons déjà, par l'inflation et la hausse du coût de la vie. Il faut l'obtenir à travers une forme effective de garantie des salaires, comme l'ajustement trimestriel automatique des des retraites à la hausse du coût de la vie. C'est seulement comme cela qu'il sera possible de mettre fin à la baisse vertigineuse du salaire réel et de progresser vers sa revalorisation. Et, il faut être clair là-dessus, l'augmentation du pouvoir d'achat des larges masses est une condition indispensable pour avancer dans la reconstruction démocratique du pays.

Unidad Socialista, numéro 48,

Montevideo, 20 septembre 1984.

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Le mercredi 12 septembre 1984, le sonniers politiques. Comme nous l'avons

LIBERATION IMMÉDIATE DE TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES Tribunal militaire suprême a fait connaître les sentences définitives infligées à 6 camarades arrêtés en 1982, au mois de mars, et accusés d'appartenir au Parti socialiste des travailleurs (PST). Alicia Locatelli, Cecilia Duffau, Jorge Frutos, Roberto Rodriguez, Diego et Ulises Negro ont tous été condamnés à trois ans trois mois de prison.

Ces condamnations du Tribunal militaire suprême sont triplement entachées de nullité. D'abord parce que nous considérons comme inacceptable le jugement de civils par la justice militaire. Ensuite, parce que tout le procès - comme tous les procès organisés par la justice militaire - est sans valeur, dans la mesure où toutes les « déclarations » des préyenus leur furent arrachées sous la torture, et cela est connu tant des juges que des magistrats ou des avocats commis d'office. A la suite de ces mauvais traitements et des conditions de détention, Jorge Frutos a dû être hospitalisé à l'hôpital militaire avec de graves problèmes cardio-vasculaires et Alicia Locatelli a subi des lésions permanentes au cœur, à l'estomac et aux os. En troisième lieu enfin, parce que dans le cas des camarades dont nous parlons, il n'existe pas de charges concernant ce que les « juristes » appellent les « délits connexes , si bien que la condamnation à trois ans et trois mois d'emprisonnement qu'on vient de leur infliger correspond purement à ce que l'on appelle un « délit d'opinion », chose également inacceptable du point de vue des droits démocratiques élémentaires.

« Les prisonniers sont aux mains de Silva Ledesma (tortionnaire le plus connu d'Uruguay) », déclarait un membre de la famille d'un des prisonniers au cours d'une conférence de presse qui s'est tenue après l'entrevue des délégués de la Multipartidaire (regroupement politique comprenant le Parti national, le PS et le PC) avec les commandants en chef des forces armées, la semaine dernière.

L'acceptation dans les accords du Club naval du fait que les décisions de libération des prisonniers politiques resteraient aux mains du Tribunal militaire suprême, a transformé tous les prisonniers politiques — plus de 500 actuellement -en otages virtuels de la dictature. Et aujourd'hui, à deux mois seulement des élections, on continue à condamner pour « délit d'opinion », avec des sentences de plus de trois ans, ce qui est un manquement absolu au droit et à la justice. De plus, le lundi 17 septembre, des porte-parole du Tribunal suprême ont annoncé qu'aucune nouvelle révision des procès n'était prévue d'ici décembre, ce qui indique la signification que les militaires donnent aux « compromis » des accords du Club naval.

Nous exigeons donc la liberté immédiate des 6 camarades et de tous les priaffirmé en d'autres occasions, les élections de novembre prochain ne doivent nullement retarder la satisfaction de l'exipour approfondir la lutte pour la libération de tous les prisonniers politiques.

LETTRE OUVERTE AUX MILITANTS DU FRENTE AMPLIO Pendant trois mois, de mars à juin de cette année, le PST s'est adressé et entretenu avec des membres du bureau exécutif du Frente Amplio pour obtenir l'intégration de notre délégué à son assemblée, sans parvenir à obtenir de réponse à ce sujet. Cette demande était antérieure à la première réunion de l'assemblée du FA à l'intérieur du pays même, qui s'est tenue au mois d'avril 1984. Pendant ce temps, de nouvelles organisations, qui n'avaient pas figuré parmi les fondateurs du FA, s'y sont incorporée - fait réellement positif -, tandis que notre intégration a toujours été évitée. Pendant trois mois encore, de juin à août, le PST s'est adressé à l'assemblée du FA, en réclamant une décision favorable à son intégration dans cet organisme, sans recevoir de réponse. C'est pour cela qu'après six mois sans avoir obtenu la moindre réponse de la part des organismes de direction du FA, nous nous adressés aux comités de base, dans lesquels la majorité de nos camarades sont intégrés, pour les mettre au courant de nos rapports actuels avec le FA.

Sous le nom de Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), nous avons participé à la création du FA (en 1971,

Le Frente Amplio a appelé à une marche pour l'amnistie générale et sans restrictions le 26 septembre prochain. (...) La seule façon d'arracher des mains de Silva Ledesma le destin de nos prisonniers, c'est de réimpulser la campagne pour leur libération à tous, sans accorder de trêve à leurs geôliers, jusqu'à ce qu'il ne reste plus aucun camarade dans ces usines de douleur et de mort que sont les prisons Libertad, Punta de Rieles et les autres lieux de détention.

Unidad Socialista, numéro 48, Montevideo, 20 septembre 1984. Le drapeau du PST. (DR) avons fait partie jusqu'au moment où il a cessé de fonctionner à l'intérieur du pays, à la suite du coup d'Etat de 1973. Coude à coude avec tous les combattants antidictatoriaux, nous avons lutté dans la résistance durant 11 ans, fournissant notre quota d'emprisonnés, d'exilés, de torturés et de disparus. La plupart du temps durant cette période, nous avons fonctionné sous le nom de PST, que nous avons adopté en 1973. Et quand le FA a commencé à renaître, nous avons apporté notre soutien militant à toutes ses décisions. Nous avons fait campagne pour le « non » en 1980 (contre le référendum constitutionnel des militaires, ndlr) et nous avons appelé à voter blanc en 1982 (lors des élections pour désigner les responsables ques reconnus, ndlr), au moment où d'autres organisations du FA ont hésité ou ont adopté des positions ambiguës par rapport aux partis traditionnels. Nous n'avons réalisé aucune alliance en dehors du FA, et encore moins avons-nous priorisé ou fait passer avant celui-ci d'autres convergences en dehors de lui.

C'est pour cela que nous trouvons inexplicable les obstacles mis à notre par-

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