Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

Succès du débat avec les mineurs organisé par Socialist Action

Inprecor n° 184, 19 novembre 1984 · p. 25-26 · 1 175 mots

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NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE GRANDE-BRETAGNE

Succés du débat avec les mineurs organisé par

"Socialist Action"

Le 20 octobre dernier s'est tenu à Bold, dans le Lancashire, région minière du nord-ouest de l'Angleterre, un rassemblement international de solidarité avec la grève des mineurs britanniques, organisé par l'hebdomadaire marxiste révolutionnaire Socialist Action. Parmi les 300 participants, il faut signaler la présence de 90 mineurs venus de tous les principaux bassins houillers du pays, de 30 militantes des groupes de femmes de mineurs, et des délégations venues du Danemark, des Pays-Bas, de Belgique, d'Irlande, de France et des Etats-Unis. Ce rassemblement a eu lieu dans les locaux de la section locale du Syndicat national des mineurs (NUM). En expliquant pourquoi la section syndicale avait mis ses locaux à la disposition des camarades de Socialist Action, Colin Lenton, un de ses responsables, a déclaré : « Nous pensons que c'est le moins que nous puissions faire. Sans Socialist Action et ses organisations sœurs en France, en Belgique, aux Pays-Bas et dans d'autres pays, nous n'aurions pas pu surmonter les épreuves de la grève comme nous l'avons fait. »

La réunion a commencé par un débat sur le mouvement des femmes des mineurs, introduit au nom du comité de ré daction de Socialist Action par Valérie Coultas, qui en a souligné l'importance en le liant à la lutte des femmes de la paix de Greenham Common. Ce sont là en effet les deux éléments moteurs d'un nouveau mouvement des femmes. Ensuite, une série de militantes des comités des femmes sont intervenues pour expliquer le rôle politique joué actuellement par ces comités, à la différence des grèves de 1972 et 1974, où ils s'étaient limités à des tâches de collecte de vivres, et elles ont insisté sur la dimension nationale prise par leur mouvement. L'intervention d'une repré sentante des femmes de Greenham Common fut très applaudie.

La deuxième séance fut consacrée à une discussion sur les perspectives de la grève et les conditions de sa victoire. Le rapport d'introduction de Pat Hickey, rédacteur de Socialist Action, était centré sur l'offensive que préparait le gouvernement Thatcher contre la grève, s'appuyant notamment sur les tribunaux pour bloquer les fonds du syndicat. Intervenant dans le débat, Philip Sutcliffe, membre de l'exécutif régional du NUM du comté de Kent, a souligné qui si aujourd'hui ces attaques judiciaires étaient dirigées contre les mineurs, c'était le mouvement ouvrier tout entier qui était menacé. Roy Butlin, de la section du Syndicat national des cheminots, de Coalville dans le Leicestershire, a expliqué de son côté que dans cette ville qui se trouve dans une région minière « jaune », seulement 30 mineurs

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sur 2 500 faisaient grève. Les « jaunes » produisent 135 000 tonnes de charbon par semaine, que les cheminots de son syndicat refusent depuis sept mois de transporter vers les centrales électriques. Pour avoir ainsi manifesté de façon concrète leur solidarité avec les grévistes, trois membres de son syndicat ont été licenciés. Il a conclu son intervention en appelant les mineurs présents à soutenir la bataille pour la réintégration de ces d'applaudissements ont accueilli les interventions de trois mineurs du Leicestershire, du South-Staffortshire et du Nottinghamshire, régions où la grève est très minoritaire et où les grévistes subissent des harcèlements et des agressions quotidiennes dont la presse bourgeoise ne parle jamais. C'est avec une certaine amertume que le responsable de la grève dans le South-Staffordshire a analysé la conduite de la direction du mouvement syndical (le TUC), qui n'a rien fait pour traduire en action les promesses de solidarité faites à son congrès de septembre 1984. D'autres mineurs sont intervenus pour exiger que Neil Kinnock, dirigeant du parti travailliste, arrête de ménager la chèvre et le chou et commence à soutenir les mineurs de la même façon que Thatcher soutient les patrons.

John Ross, rédacteur en chef de Socialist Action, a présenté une analyse de l'évolution politique des mineurs au cours de la grève, en soulignant le fait positif que le NUM avait apporté son soutien à d'autres secteurs qui subissaient les attaques du gouvernement, notamment les femmes, les immigrés et les homosexuels. Il a salué aussi l'internationalisme dont ont fait preuve les mineurs de Solidarité clandestin en Pologne, en envoyant des messages de soutien aux mineurs britanniques et en condamnant le rôle de briseur de grève joué par le régime de Jaruzelski, qui continue à envoyer du charbon en

Le thème de l'internationalisme se retrouvait dans la dernière séance du rassemblement, consacrée à la question de la solidarité internationale. Dennis Pennington, mineur de Bold, expliquait comment ses idées avaient évolué au cours de cette grève, et surtout après les tournées qu'il avait effectuées en Allemagne fédérale et en Belgique à l'invitation des sections de

Internationale dans ces pays: « Avant la grève, déclara-t-il, je me considérais comme un mineur, même pas britannique, mais comme un mineur du Lancashire. Mais aujourd'hui, je me considère tout simplement comme un ouvrier faisant partie de la classe ouvriere internatio-

Cette dernière séance donna lieu à des comptes-rendus d'exemples concrets de solidarité internationale avec les mineurs britanniques. Finn Jensen, du mouvement danois de solidarité avec les mineurs, expliqua comment le mouvement de solidarité au Danemark avait recueilli 100 000 livres (1,1 millions de francs), et comment, grâce à l'action des dockers danois, des livraisons de charbon polonais avaient été bloquées dans le port d'Aarhus. Des représentants des mouvements de solidarité avec les mineurs, en provenance de Belgique et des Pays-Bas, ont expliqué comment ils essayaient d'organiser le même type de solidarité dans les ports de Rotterdam et d'Anvers. L'intervention d'un représentant de People's Democracy (section irlandaise de la IVe Internationale) a donné lieu à un débat sur les méthodes de répression auparavant aux populations catholiques d'Irlande du Nord et aujourd'hui utilisées par l'Etat britannique contre les mineurs.

Le rassemblement s'est terminé sur une déclaration d'Alain Krivine, expliquant l'importance centrale de cette grève pour les travailleurs de toute l'Europe, car elle constitue la pointe avancée de la nouvelle vague de luttes contre les politiques d'austérité et de militarisme des gouvernements européens. La victoire des mineurs britanniques serait aussi la victoire travailleurs ouest-allemands, qui ont mené la lutte pour les 35 heures, et du mouvement des conseils ouvriers en Italie, qui ont lutté pour la défense de l'échelle mobile des salaires. En France aussi, une victoire de la grève des mineurs britanniques serait un encouragement important pour les travailleurs qui s'efforcent de se mobiliser contre les trahisons des partis réformistes au gouvernement depuis 1981. En conclusion, Alain Krivine a insisté sur le besoin de renforcer le mouvement international de solidarité avec les mineurs britanniques, en rappelant les initiatives de la section française de la IVe Internationale, qui a organisé elle-même des tournées des mineurs britanniques en France et a soutenu la campagne lancée par la CGT. Au moment où, après 8 mois de grève, les mineurs continuent à se battre seuls contre un gouvernement intransigeant et où la direction du mouvement ouvrier britannique ne leur apporte pas le soutien nécessaire, la solidarité internationale est de plus en plus urgente.

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