Ce ne sont pas les antagonismes na- ou russe n'est rien d'autre que la distance tionaux qui font peur aux membres de la nomenklatura du Kremlin et de Varsovie, contrairement à ce que l'on pourrait penser. Ils s'en servent au contraire pour opposer les ouvriers de différentes nationalipour empêcher toute action ouvrière commune à l'échelle internationale. En URSS, par exemple, la domination de la nomenklatura s'appuie sur des bases idéologiques chauvines grand-russes en plus de ses fondements administratifs et policiers. Réciproquement, la phobie joue un rôle d'exutoire « national » face à l'oppression et à l'exploitation que la bureaucratie autochtone fait subir aux masses polonaises. Les Russes sont sans cesse abreuvés de descriptions sur la haine que les Polonais éprouvent à leur égard et, malheureusement, la propagande du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) n'est pas obligée de mentir beaucoup à ce sujet ! Et, en vertu du principe de la réaction en chaîne, cela développe chez les Russes une aversion encore plus profonde vis-à-vis des Polonais. Et ainsi de suite. Pendant ce temps, Tchernenko et Jaruzelski se congratulent joyeusement. Ils préfèrent ne pas imaginer ce qui se passerait si les ouvriers des deux côtés du Bug (rivière frontalière entre la Pologne et l'URSS, ndlr.), commençaient un jour à s'entendre au lieu de se
Les membres de la nomenklatura n'ont pas peur du manque d'amitié, et encore moins de la haine entre les nations, surtout entre celles qui subissent la domination des « partis frères ». Car c'est la essentielle pour que fonctionner le principe de l'intervention réciproque dans le cadre des pays de ce « camp ». Ce dont ils ont peur, c'est que les gens prennent au sérieux cette amitié juridico-formelle, car de là, il n'y a qu'un pas vers l'internationalisme, c'est-à-dire la solidarité internationale des ouvriers et la lutte révolutionnaire contre la nomenklatura et le capital.
Si l'on ne veut pas assister à une situation où les mouvements et les soulèvements antibureaucratiques se retrouvent dans une impasse systématique, il faut parvenir à faire coïncider les buts sociaux et nationaux de leur action, en définissant clairement une stratégie internationale. Dans la situation géopolitique actuelle, nous devons traiter tout non-internationalisme comme, appelons les choses par l'expression concentrée de la bêtise politique. Et cela aussi bien du point de vue de la lutte pour la libération de la classe ouvrière que du point de vue de la lutte nationale pour le droit des peuples à l'autodétermination. La distance, de caractère national, qui sépare l'ouvrier polonais de l'ouvrier ukrainien, tchèque qui sépare ces ouvriers de la liberté et ces nations de l'indépendance.
Il existe un besoin objectif d'internationalisation des processus de la révolution d'août 1980 en Pologne, pays qui, comme le montre l'histoire, est le maillon le plus faible de la domination de la bureaucratie totalitaire. Sans quoi cela impliquera un isolement suicidaire. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe d'une philosophie de lutte limitée au ghetto national, alors que les bases de la géographie politique sont définies au niveau international. Malgré la contre-révolution bureaucratique commencée par le putsch de décembre 1981, qui dure encore aujourd'hui, le pouls des forces révolutionnaires mises en branle en août 1980 continue à battre. Mais ces dernières seront-elles l'étincelle qui allumera la prochaine flamme, ou sont-elles seulement des cendres du passé s'éteignant lentement ? La réponse à cette question dépendra de la solution au dilemme principal. Car, au-delà de l'allégorie poétique, nous voyons clairement le caractère dramatique du choix qui se pose à nous : ou bien ces forces se développeront et se consolideront dans le sens d'un internationalisme révolutionnaire, ou bien elles continueront à décroître et s'atomiseront dans la spirale infernale de l'isolationnisme.
Si nous ne voulons pas voir à l'avenir les chars soviétiques dirigés contre une révolution ouvrière en Pologne ou dans tout autre pays, il faut commencer par éliminer les forces répressives anti-ouvrières et s'en prendre à leur base sociale en Union soviétique même. 40 ans tout juste après l'exportation d'URSS en Pologne de la révolution bureaucratique anti-impérialiste, nous nous trouvons devant l'obligation de commencer à exporter la révolution ouvrière antibureaucratique de Pologne en URSS. Cela est non seulement possible mais nécessaire, surtout si on prend en compte les moyens dont disposent les milieux dirigeants de Solidarité. Mais c'est aussi nécessaire pour une réorientation stratégique fondée sur un tournant vers la classe ouvrière en tant que sujet principal
On peut et on doit définir la phase actuelle comme étant celle d'une révolution à la croisée des chemins. La perspective de la révolution nécessite en effet d'opérer un choix entre deux variantes : de l'auto-limitation. L'internationalisme - si souvent traîné dans la boue par le manque de réflexion de la droite - est tout une question socio-historique déterminante dans la manière dont le mouvement ouvrier s'engage dans la lutte pour libérer la classe ouvrière. Mais c'est aussi une question pragmatique, au sens premier du terme : comment faire pour
Grève des transports en commun, à Varsovie, en août 1981. (DR) ne pas tout perdre une nouvelle fois ? Il importe peu qu'il s'agisse d'une intervention étrangère, comme en grie et en Tchécoslovaquie, ou d'une contre-révolution autochtone, comme en Pologne, celle-ci ayant été facilitée par le sentiment largement répandu du danger extérieur que constituait la bureaucratie totalitaire soviétique, paralysant ainsi le développement de la révolution. Si nous ne voulons pas que notre lutte pour la liberté et l'indépendance ressemble au travail de Sisyphe, il faut rejeter le fond même du nationalisme qui conduit inévitablement à l'isolement de la lutte que nous menons et à l'échec. Les inimitiés historiques et ethniques ne peuvent remplacer la lutte de libération sociale et nationale, qui a une dimension internationale.
Bien sûr, nous ne voulons pas reprendre à notre compte les erreurs du luxembourgisme (le courant se revendiquant de Rosa Luxembourg, ndlr.), c'est-à-dire une conception mécanique de l'internationalisme, qui conduit à une mésestimation de la question de l'indépendance nationale. Mais il ne faut pas non plus tomber dans l'extrémisme inverse : la mésestimation de la solidarité ouvrière internationale, sans laquelle, on peut le voir à l'œil nu, nous n'avons aucune chance d'abattre le système de domination de la bureaucratie totalitaire. Nous n'exagérons pas !
En guise d'annexe, nous présentons quelques propositions concrètes pour l'exportation de la révolution :