Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Montée des luttes et débat stratégique dans le mouvement des masses

· Inprecor n° 185, 3 décembre 1984 · p. 3-7 · 6 332 mots

Afrique australe Syndicalisme

temps marque un point d'inflexion dans l'évolution d'une situation politique et

/ sociale déjà caractérisée depuis plusieurs années par une relance de l'activité contestatrice des opprimés. Le déroulement de ces récentes mobilisations, leur détermination face à la répression, le contenu de leurs revendications tout comme le rôle qu'y ont tenu les regroupements antiapartheid et les organisations syndicales indépendantes, témoignent des progrès du niveau d'organisation des opprimés. Cette situation a alimenté dans les rangs de l'opposition à l'apartheid un débat de portée stratégique sur les perspectives de la lutte du mouvement des masses opprimées et exploitées.

Montée des luttes et

débat stratégique dans

le mouvement des masses

Peter BLUMER, Tony ROUX.

Les derniers mois ont vu l'entrée en action simultanée contre la politique du gouvernement et du patronat, de différents secteurs sociaux des opprimés : jeunesse scolarisée, travailleurs « métis » et « indiens », population des townships (ghettos noirs) et travailleurs des mines et de l'industrie. Ces mobilisations se sont en partie concentrées dans la province industrielle du Transvaal. Partant de revendications spécifiques, elles ont convergé sous l'effet de la répression et du poids de la question nationale, pour culminer par une grève générale régionale de 48 heures qui révéla une rapide dynamique d'affrontement à l'Etat. La force de l'union des masses opprimées s'est exprimée, entre autres, par la violence avec laquelle les manifestants s'en sont pris à tout ce qui symbolisait la domination raciale de la minorité blanche ou la collaboration avec cette oppression. Ainsi, les membres des conseils municipaux des townships ont été sommés de démissionner (2). Certains ont même été attaqués et lapidés par la population révoltée.

LA RÉCENTE

POUSSEE REVENDICATIVE Ces protestations sont intervenues dans un climat de politisation des masses noires consécutif à la mobilisation contre la réforme constitutionnelle décidée par le gouvernement de Pieter Botha. Cette dernière visait à briser le front d'unité des masses noires, qui ne cesse de s'affirmer depuis les émeutes de Soweto de 1976, l'émergence des organisations syndicales indépendantes, le développement des associations communautaires, et les grèves ouvrières et étudiantes de ces trois dernières années. Il s'agissait aussi d'associer quelques représentants de la petite bourgeoisie indienne et métisse aux mécanismes de domination raciale, en les faisant participer à deux chambres parlementaires sans pouvoir réel et élues séparément par les deux communautés, en

AFRIQUE DU SUD août 1984. Cette orientation fut un fiasco total et contribua au contraire à exacerber la révolte nationale des opprimés et à aiguiser l'affrontement avec le pouvoir. C'est au cours de cette lutte pour le boycott des élections que se sont constituées deux nouvelles structures à caractère politique regroupant chacune diverses organid'opposition Front démocratique uni (UDF) et le Fo-

La campagne pour le boycott a donné lieu à de nombreux meetings, à d'intenses discussions sur la stratégie à suivre, et à une importante activité des organisations syndicales indépendantes sur le terrain politique. Cette mobilisation aboutira à un boycott massif des élections par les « métis » et les « indiens » (3). Mais ce fut aussi l'occasion de nombreuses luttes

C'est dès le printemps 1984 que démarra l'agitation dans la jeunesse scolarisée des townships. Elle s'étendra ensuite sur la base de trois revendications principales : la reconnaissance des conseils représentatifs des élèves, l'abolition des châtiments corporels, et la suspension des limites d'âge dans la scolarité. Comme lors des précédentes révoltes de la jeunesse scolarisée en 1976 et en 1980, c'est l'ensemble du système raciste d'enseignement qui était contesté. Mais cette dernière mobilisation a connu une dynamique politique plus importante dans la mesure où elle a convergé avec la campagne pour le boycott des élections racistes. Une trentaine d'écoles secondaires et huit universités étaient en grève pendant la période électorale. Le 22 août, environ 630 000 élèves « métis » ont suivi cette action dans plusieurs provinces du pays.

C'est dans ce contexte que le régime a adopté, durant l'été, une série de mesures d'austérité destinées à faire payer aux masses le prix de la récession qui frappait l'économie sud-africaine et comprenant la réduction de certains budgets sociaux, l'encadrement du crédit par une hausse des taux d'intérêt, l'augmentation des loyers et des taxes sur une série de produits de base. Ces mesures sont intervenues alors que les conflits sociaux se multipliaient depuis le début de l'année - l'on dénombre 176 grèves impliquant 50 000 travailleurs pour les six premiers mois de 1984 — et que le coût de la vie augmentait au rythme annuel d'environ 12%.

Les protestations des populations des ghettos noirs ont pris la forme, début sep tembre, d'une violente révolte contre les hausses de l'électricité et des loyers des logements appartenant à l'Etat. Ce mouvement s'est étendu aux townships autour de Johannesburg, ainsi qu'à d'autres régions du pays, et a duré plusieurs semaines. Ces hausses ayant été dictées par le gouvernement et décidées par les conseils municipaux des townships, les mobilisations réclamèrent donc rapidement la démission de leurs membres. Une répression féroce causa près de 100 morts, plus de 1 000 arrestations, et donna lieu à de vastes opérations de ratissage dans les ghettos. Le 22 octobre, 7 000 militaires envahirent Sebokeng, une agglomération de 120 000 habitants située au sud de Johannesburg. Finalement, la mobilisation a obtenu certaines concessions, puisque le gouvernement a fini par promettre l'établissement, en 1985, de conseils représentatifs d'élèves et l'abolition de l'âge limite de scolarité, tandis que les augmentations des loyers dans les townships ont été momentanément reportées.

La classe ouvrière n'a pas été absente de cette période de luttes. Le syndicat des mineurs (NUM), qui revendique 70 000 adhérents sur 480 000 mineurs, a organisé le 17 septembre la première grève générale d'ampleur dans ce secteur depuis 1946, et la première grève légale de toute l'histoire des travailleurs des mines d'or. Le NUM n'a été reconnu dans certaines mines qu'en 1982, après une série de grèves durement réprimées. Les pourparlers pour les augmentations salariales se sont ouverts début 1984 entre la Chambre des mines, qui proposait initialement 8% de hausse, et le NUM, qui en réclamait 60 %. Le syndicat des mineurs réduira ensuite sa revendication à 25 % d'augmentation, mais le patronat refusa d'aller au-delà d'une hausse de 9,5 % à 10,9 % Après plusieurs mois de négociations infructueuses, la Chambre des mines décida, à la mi-juin, une hausse unilatérale des salaires de l'ordre de 13,3 % à 14,4 %.

Toutes les procédures légales de concertation ayant été épuisées, le NUM s'orienta vers la préparation de la grève. Celle-ci, déclenchée le 17 septembre, toucha environ 40 000 grévistes de 7 mines d'or appartenant à l'Anglo-American Corporation, dans lesquelles l'action était

1. Le régime sud-africain divise la population en quatre catégories raciales officielles: « Blancs », « Africains », « Métis » et « In• diens ». Le terme « Noir », revendiqué par les opposants à l'apartheid, regroupe tous les non Blancs.

2. Les conseils municipaux des townships sont des structures locales mises en place par le régime pour assurer quelques fonctions d'administration dans les ghettos noirs. Elles ont généralement été élues avec des participations électorales ne dépassant pas les 10 %.

3. Cf. Inprecor numéro 163 du 19 décembre 1983.

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légale, sur un total d'une trentaine de mines. Des débrayages d'environ 4 000 mineurs eurent lieu le même jour dans d'autres mines, associant notamment la reconnaissance du droit syndical à la revendication d'augmentation salariale. La répression fut terrible. L'on dénombra 10 morts et plusieurs centaines de blessés pour une grève qui ne dura qu'une seule journée. Finalement, le NUM accepta un compromis qui semblait honorable et représentait même une certaine victoire, puisqu'il prévoyait, en plus des augmentations de salaires décidées unilatéralement en juin, une prime de congé égale à un demi mois de salaire pour les ouvriers non qualifiés qui n'en recevaient pas encore, et égale à 75 % du salaire pour les autres.

Le récent déblocage du droit à la syndicalisation indépendante Noirs dans les mines représentait, de la part d'une fraction du patronat minier, une volonté de laisser s'exercer certaines pressions sur le monopole des syndicats de travailleurs blancs qui défendent des dispositions très strictes d'emplois réservés et maintiennent les salaires des mineurs blancs à un niveau quatre fois supérieur à celui des Noirs. Il s'agissait aussi de couper court à la radicalisation des luttes des mineurs pour les droits syndicaux, qui se développaient depuis quelques années, dans la mesure où le reste de la classe ouvrière noire a déjà, par son combat, imposé ce droit. Toutefois, la répression à laquelle fut soumise la première grève légale des mines montre bien les limites de la tolérance du patronat minier et du pouvoir face à l'exercice des droits syndicaux en période de récession économique et dans un secteur où les profits patronaux se fondent justement sur l'utilisation massive d'une main-d'œuvre non qualifiée, peu rémunérée et d'un appareil de

En l'espace de quelques mois, les différents secteurs sociaux des opprimés entrés en lutte ont été confrontés au même problème de la répression et des dispositions spécifiques du système d'apartheid régissant leur vie et leur travail dans leurs domaines respectifs. L'effet cumulatif de toutes ces restrictions aux droits démodes opprimés, combiné aux revendications immédiates des ouvriers et des masses déshéritées des townships fixent le cadre de l'imbrication entre révolte nationale et sociale lors de ces récentes explosions de colère popu-

GREVE GENERALE DANS LE TRANSVAAL C'est à l'appel du Congrès des éturéunion unitaire rassemblant plus d'une trentaine d'organisations et d'associations antiapartheid et de syndicats décida de mettre en place un Comité de grève pour la région du Transvaal (TRSC). structure unitaire regroupait le COSAS, l'UDF, le Comité pour la libération de Nelson Mandela, la Fédération des femsud-africaines, les associations civiques de Soweto et du Vaal, et les principales forces syndicales parmi lesquelles la Fédération des syndicats d'Afrique du Sud (FOSATU), qui regroupe 150 000 syndiqués, et le Conseil des syndicats d'Afrique du Sud (CUSA). La grève générale régionale des 5 et 6 novembre fut autour des revendications suivantes : démission des conseils municipaux, retrait de la police et de l'armée des ghettos noirs, suspension des hausses des loyers et des tarifs de bus, libération des détenus et prisonniers politiques, réintégration des travailleurs licenciés, et annulation des taxes considérées comme injustes. Le TRSC a diffusé 400 000 tracts et collé 5 000 affiches, et dans les entreprises touchées par sa propagande, la grève fut suivie par au moins 75 % des travailleurs, et le plus souvent par 90 % d'entre eux. Ce sont environ 1 000 000 de personnes qui participèrent à cette action, dont 500 000 travailleurs et quelques 400 000 lycéens et étudiants.

Pour la première fois lors d'une acampleur, le mouvement ouvrier indépendant est apparu à travers ses principales organisations syndicales comme la charpente du mouvement de c'était l'UDF, front auquel participent peu de syndicats, qui était apparu comme la principale force dans le mouvement de protestation contre les élections bidon aux parlements « métis » et « indiens ». Lors de la grève générale du Transvaal, les organisations indépendantes réussirent à se hisser à la tête du mouvement des opprimés aux côtés de l'UDF. Dès lors, nous assistons en quelque sorte à l'apparition d'une direction bicéphale du mouvement des masses opprimées. Cette convergence dans l'action n'empêche pas l'existence d'importantes divergences stratégiques entre ces deux cou-

Au pays de l'apartheid, c'est le creuset commun de l'oppression nationale de tous les Noirs qui fonde la base objective de l'unité de leur mobilisation. Cette dynamique a favorisé l'apparition de cadres unitaires antiapartheid, comme l'UDF et le NF. Mais le degré d'organisation et d'implantation du mouvement syndical indépendant a permis de renforcer l'expresse sud-africaine n'a d'ailleurs pas hésité à affirmer que cette grève générale avait été la plus importante depuis 35 ans. A la différence des années 1976-1977, durant lesquelles le mouvement syndical indépendant n'avait pas joué un rôle moteur du fait de sa faiblesse, la grève du Transvaal a révélé tout le potentiel de combativité et d'efficacité en termes de capacité de paralysie de l'appareil que recelait déjà le mouvement ouvrier sud-africain à travers ses organisasyndicales indépendantes lorsque celles-ci parvenaient à se porter à la tête de la mobilisation d'ensemble des opprimés. Et cette grève fut bien un mouvement d'ensemble des opprimés associant jeunesse scolarisée, travailleurs des diffé rentes communautés, populations des townships, mais aussi commercants et petits propriétaires de taxis. L'ampleur de la protestation a d'ailleurs immédiatement contraint un certain nombre de membres des conseils municipaux des townships à démissionner.

Le pouvoir a durement réprimé cette grève et tout particulièrement le mouvement syndical. De nombreux membres du

Sont été arrêtés, parmi lesquels Chris Dhlamini, président de la FOSATU, Thami Mali, dirigeant du TRSC et respon sable du comité de Soweto de l'UDF, Moses Mayekiso, responsable pour le syndicat de la métallurgie de la FOSATU), P. Camay, dirigeant du CUSA, Themba Nonhlantane, du syndicat des travailleurs municipaux et généraux (MGWUSA), Peter Makgopa, dirigeant régional du COSAS ... Ces militants, comme les centaines de personnes arrêtées, peuvent être gardés à vue de nombreuses semaines du fait de la législation répressive sud-africaine. Une trentaine de personnes ont été tuées par les forces répressives pendant ces deux jours de grève et des dizaines d'autres blessées (cf. encadré solidarité, page 26). Dans l'entreprise SASOL de transformation du charbon en pétrole, d'importance stratégique, qui est sous étroit contrôle gouvernemental, environ 90 % des 6 500 travailleurs noirs ont été licenciés pour leur participation à la grève. Cette réacdes administrateurs de SASOL illustre la volonté de fermeté du pouvoir face à l'action des syndicats indépendants, le syndicat dominant dans l'entreprise étant la branche chimie de la FOSATU. Mais cet exemple montre aussi clairement l'importante combativité du prolétariat noir. La répression va poser de nouveaux problèmes au mouvement de masse, aux syndicats indépendants, mais elle n'entache pas le succès de cette grève générale du Transvaal. Comme l'a d'ailleurs déclaré Joe Foster, secrétaire général de la FOSATU, la répression ne fera qu'« enflammer un peu plus la situation et la polariser davantage ». Il semble néanmoins que, de la part de certains membres du TRSC, une appréciation par trop unilatérale des rapports de forces soit faite. Ainsi, le président du TRSC et dirigeant local de l'UDF à Soweto, Thami Mali, alla jusqu'à déclarer : « Notre tâche est d'intensifier la résistance, de créer une situation ingouvernable et de forcer réellement l'Etat à déclarer certaines régions, zones

QUESTION NATIONALE ET LUTTES SOCIALES Ces mobilisations démontrent clairement le caractère complexe de l'imbrication de la question nationale et de la lutte sociale en Afrique du Sud. Ce pays renferme une combinaison très exceptionnelle de tâches nationales, démocratiques et sociales à résoudre pour le mouvement des masses opprimées. La dimension nationale est présente dans toutes les luttes, y compris sur le terrain des luttes sociales dans

4. Rand Daily Mail, Johannesburg, 7 novembre 1984.

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la mesure où même les grèves ouvrières expriment la volonté des travailleurs noirs de s'organiser en tant que tels pour conquérir leur émancipation et faire aboutir leurs revendications. Toutes les mobilisations ouvrières combinent donc des revendications immédiates et économiques (salaires, conditions de travail, etc.) avec des revendications nationales et démocratiques qui débordent le cadre de l'entreprise et s'inscrivent dans le combat pour la libération nationale (égalité des droits, liberté d'organisation et d'expression).

Cela s'explique par la nature particulière de la société sud-africaine, société capitaliste semi industrialisée, dépendante des investissements et aides impérialistes, et soumise à l'évolution de ses exportations d'or, en dépit d'un développement industriel important. L'importance des capitaux impérialistes dans l'activité minière et industrielle du pays, la dépendance par rapport au marché impérialiste en matière d'accès à la technologie, au crédit ou dans le domaine de la fixation des prix de l'or, constituent l'un des aspects de la réalité de l'économie sud-africaine. Un autre est représenté par le fort degré de concentration du capital sud-africain et l'existence d'une bourgeoisie financière qui ne peut néanmoins s'émanciper de deux contraintes: d'un côté, la dépendance par rapport au savoir-faire technologique et aux investissements des puissances impérialistes et, de l'autre, la dépendance par rapport aux mécanismes d'oppression l'apartheid et sur lesquels elle fonde ses profits. Cette situation est source de difficultés liées à l'étroitesse du marché intérieur au même titre que dans les autres pays dépendants semi industrialisés. Mais aucune fraction de la bourgeosie sud-africaine ou impérialiste intervenant en Afrique du Sud ne peut vraiment chercher à les résoudre en renonçant aux surprofits issus de l'oppression nationale des masses noires.

Le développement industriel de la dernière décennie a modifié la composition du prolétariat en accroissant le nombre des travailleurs industriels. C'est dans ces secteurs que se sont développées les premières expériences d'organisations syndicales indépendantes dans la dernière période. L'existence de ces syndicats indépendants modifie les données politiques de la lutte des masses opprimées et exploitées (5). Le prolétariat industriel et minier constitue désormais la force motrice du processus d'unification des opprimés et des exploités dans le cadre de la lutte nationale pour la conquête du droit à constituer une seule et unique nation, ce que la politique d'apartheid et des Bantoustans interdit aujourd'hui. Pour y parvenir, il faudra donc balayer l'apartheid et la domination capitaliste.

Dans ce contexte particulier, la lutte de libération des masses noires ne peut pas prendre la forme classique de la destruction d'un pouvoir colonial résultant d'une domination étrangère. Elle ne peut pas se limiter à une lutte pour des revendications d'ordre essentiellement démocratique et national. Elle doit immédiatement intégrer des revendications sociales dont la dynamique est anticapitaliste. Dans une telle situation, il est donc impossible de concevoir l'organisation d'un mouvement de libération nationale de type classique, comparable à ceux qui sont nés des luttes anticoloniales dans des sociétés beaucoup moins industrialisées et qui ont été généralement fondés sur les masses paysannes et plébéiennes. La place et la force de la classe ouvrière dans la société sud-africaine explique d'ailleurs l'impossibilité objective de voir se constituer un mouvement national du type de celui du Front de libération national (FLN) algérien ou du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA). Cela ne signifie pas que le mouvement des opprimés ne revêtira pas un caractère d'alliances entre différentes catégories sociales de la population opprimée et exploitée. Mais c'est la différence de la formation sociale sud-africaine par rapport aux exemples angolais et algérien, qui justifie d'emblée l'attribution à la classe ouvrière noire d'un rôle déterminant et dirigeant dans la pratique immédiate de la lutte et non pas seulement sous la forme d'une dynamique historique de la mobilisation.

LA NOUVELLE CONJONCTURE dépendants depuis 1973 a correspondu à une période de croissance industrielle, de développement numérique de la ouvrière, et d'une forte demande patronale en main-d'œuvre. Les effets de la crise économique internationale n'agiront que partiellement et de manière désynchronisée durant toute la période 1973-1982. L'économie sud-africaine dispose en effet de certains amortisseurs, parmi lesquels la multiplicité et le caractère stratégique de ses exportations minières, sa position de quasi monopole pour certains d'entre eux, et la relative autonomie de l'évolution des prix de l'or par rapport à la crise économique internationale. Mais c'est là aussi que réside son point faible. L'économie sud-africaine est très dépendante de l'évolution des cours de l'or, production qui représente 45% des exportations et 20 % des recettes budgétaires de ce pays.

Dès 1981, les exportations commencent à chuter, en 1982 l'activité économique s'est ralentie, et en 1983, les investissements ont reculé d'environ 3 %. Le pays est alors frappé par une récession dont l'ampleur et la profondeur conjugue le caractère dépendant de l'économie sud-africaine vis-à-vis des grands pays industrialisés et les effets cumulatifs, depuis 1973, de la crise dans ces mêmes pays. La baisse du prix de l'or entraîne un manque à gagner pour le régime, malgré la hausse du dollar durant la même période. Parallèlement, cette hausse du dollar, valeur-refuge pour l'épargne, accentue la tendance à la baisse du prix de l'or. Enfin, conséquence de cette situation, la monnaie sud-africaine, le rand, ne cesse de se déprécier par rapport à la devise américaine. D'une valeur de 1,30 dollar en 1981, le rand sud-africain est descendu à 0,90 dollar au début 1984 et à 0,60 dollar en novembre 1984.

L'investissement étranger qui, au début des années 1970, pouvait trouver dans ce pays un intérêt qui n'existait plus dans les pays impérialistes à cause de la baisse des taux de profit, s'est lui aussi mis à régresser, du fait de la réduction générale des débouchés, de l'étroitesse du marché et des risques politiques en-

En 1983, plus de 25 000 entreprises ont fermé, soit 28 % de plus que l'année précédente. En 1984, c'est une moyenne de 12 fermetures par jour qui

Dans ces conditions, le syndicalisme à sa première de responsabilité : être capable de répondre à une politique d'austérité qui vise à faire payer la crise à la classe ouvrière noire. Le chômage, qui est un trait permanent du marché du travail des non Blancs au pays de l'apartheid, s'accroît brutalement au rythme des multiples faillites, reconversions industrielles et des licenciements massifs grande industrie sud-africaine et impérianoirs de l'industrie métallurgique ont perdu leur emploi. Les capitalistes profitent de cette situation pour accroître les rendements et la productivité du travail. Celle-ci a d'ailleurs augmenté dans le secteur de l'automobile cette année, dépassant les niveaux de 1980, alors même que les licenciements se multiplient.

Les principaux syndicats indépendants des travailleurs noirs avaient su se construire en utilisant les gains de batailles menées et remportées au niveau des entreprises. Le courage des premiers noyaux de syndicalistes avait été, entre 1979 et 1980, transmis à des dizaines de milliers de travailleurs qui apprenaient à faire grève, à s'opposer aux patrons et à rejoindre le mouvement syndical indépendant sur la base de cette expérience et de leurs victoires revendicatives. Entre 1980 et 1983, le nombre des syndiqués « africains » a augmenté de 200 %, passant de 220 000 à 670 000 membres. Aujour-

5. Cf. Inprecor numéro 125 du 3 mai 1982. 6. South African Labour Bulletin, Braamfontein, août-septembre 1984.

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réseaux associatifs, parfois même liés aux side donc pour ce courant dans la relad'hui, les seuls travailleurs « africains » représentent 43,3 % des effectifs syndi-

L'insistance mise par certains syndicats, comme la FOSATU, sur l'organisation à la base et le développement du système des délégués locaux d'entreprises (les shop-steward) correspondait à la première étape du développement du mouvement syndical indépendant. Il s'agissait alors de stabiliser les syndicats au niveau des entreprises et de donner au prolétariat noir une forme d'organisation qui corresponde à ce premier niveau de la lutte des

Aujourd'hui, c'est toute cette expérience qui est mise à l'épreuve par les licenciements comme par les nouvelles nécessités de l'affrontement avec le régime. Depuis le début de l'année, le mouvement syndical est confronté à une politique de licenciements qui met en propres acquis organisationnels. depuis août 1984, le MAWU, syndicat de la FOSATU dans la métallurgie, a enregistré la perte de 2 000 membres, soit environ 5 % de son effectif, pour cause de licenciements. Il est à prévoir qu'un millier supplémentaire de ses syndiqués sera licencié d'ici à la fin 1984, début 1985 (8).

La presse a souligné, à l'occasion de la grève du Transvaal, que les syndicats s'impliquaient désormais sur le terrain pos'affrontant directement l'Etat. En réalité, c'est depuis leur création que tous les syndicats indépendants ont adopté des positions politiques correspondant aux besoins des luttes du moment. Ce qui est nouveau, ce n'est donc pas tant le comportement du mouvement syndical que le degré atteint par la confrontation entre l'Etat raciste, le patronat et la classe ouvrière. Dans cette épreuve de force, le mouvement syndical indépendant doit pouvoir concrétiser pleinement ce qui n'était qu'implicite dans sa phase élémentaire d'organisation, savoir son rôle objectif et déterminant dans la construction d'un mouvement ouvrier

Depuis plusieurs mois, l'affrontement entre les masses et le régime raciste a confirmé le haut degré d'organisation des opprimés, qui s'est notamment matérialisé dans la quasi synchronisation des mobilisations. Deux types de structures de masse, dans ce contexte, ont confirmé leur représentativité : d'une part, les syndicats et, d'autre part, les diverses associations communautaires intervenant sur des problèmes spécifiques comme le logement, le sport, etc. Indiscutablement, l'affrontement politique actuel nécessite une unité étroite entre ces deux niveaux complémentaires d'organisation. La masse des chômeurs, le rôle clef de la jeunesse, l'ampleur du travail précaire expliquent l'importance des associations communautaires pour des centaines de milliers d'opprimés qui, concrètement, ne peuvent s'organiser dans un syndicat. Les townships sont aussi des terrains naturels de développement du sentiment de solidarité et du besoin d'organisation. L'unité des opprimés peut trouver des formes très diverses en rapport avec la diversité des situations concrètes. La multitude des

Eglises, sur différents thèmes correspond justement à cette diversité de situations.

Mais arrivée à un certain niveau de développement des luttes et d'affrontement avec le pouvoir, la juxtaposition des formes les plus diverses d'organisation ne peut suffire. Il devient décisif d'affirmer dans la mobilisation la centralité du prolétariat noir. C'est à partir de là que les développements de la dernière période s'accompagnent d'un débat très vif sur les buts et les moyens du combat actuel des

•LE DÉBAT AUTOUR DE L'UNITÉ

Le courant « chartiste », qui se réfère à la filiation de la Charte de la liberté (9), a cherché à donner un cadre politique et organisationnel au mouvement des masses opprimées. L'UDF, qui est d'une certaine manière une alliance entre ces chartistes, des secteurs de l'Eglise et des cercles blancs libéraux, a correspondu à cet objectif de rassembler le mouvement de masse autour d'un programme politique implicite, celui de la Charte de la liberté. En offrant ainsi un débouché aux diffé rents secteurs en lutte, ce courant cherchait aussi à éviter d'être marginalisé par la recomposition du mouvement syndiprocessus d'unification en cours lui échappe. L'UDF a effectivement rassemblé une partie substantielle des associations antiapartheid et quelques syndicats, et joué un rôle central dans la mobilisation contre les élections racistes du mois d'août. L'autre pôle à caractère politique, qui s'est formé durant la même période, le Forum national (NF), regroupe divers courants unis autour du refus de l'alliance avec les libéraux et désireux de se confronter au courant chartiste en lui opposant un programme plus radical, explicitement socialiste.

Les syndicats comme la FOSATU, le Syndicat général des travailleurs (GWU), etc., ont donné diverses explications à leur refus de rejoindre l'UDF et le Forum national. Tous ont souligné leur volonté de garantir l'indépendance syndicale, exprimant parfois un refus de se lier avec des secteurs non prolétariens, avec des associations de petits patrons métis et indiens ou tout simplement avec des groupes libéraux blancs. Ce refus des princisyndicats de rejoindre l'UDF ne peut s'expliquer qu'en prenant en compte un élément central de la pensée politique des chartistes. Pour ces derniers, le mouvement de libération représentant la direction unique du mouvement des opprimés existe déjà avec le Congrès national africain (ANC). De plus, pour une partie non négligeable de ce même courant, l'ANC, son appendice syndical, le Congrès des syndicats sud-africains (SACTU) et son aile armée, jouent un rôle d'avant-garde parce qu'ils sont de fait dirigés par le Parti communiste sud-africain (SACP). Le mouvement de masse ne serait donc pas privé d'une direction révolutionnaire, celle-ci s'incarnant depuis des décennies dans la combinaison ANC-SACP et dans sa stratégie de lutte. Le seul problème rétion entre cette direction et le mouvement de masse, associatif et syndical, surgi ces dernières années en grande partie en dehors de son contrôle.

C'est dans ces conditions que l'UDF doit remplir une telle fonction, en prenant la forme d'un grand rassemblement concrétisant l'hégémonie politique de l'ANC en tant que mouvement de libération dirigeant la lutte antiapartheid. Cette vision des choses est largement contestée par les organisations qui composent le Forum national d'une part, et par les principaux syndicats, d'autre part. Du fait de la répression ambiante, le dé bat public est évidemment très difficile et limité. L'ANC et le SACP sont interdits et pourchassés, leur presse est dès lors surtout diffusée depuis l'extérieur. Les syndicats expriment leur opinion dans le cadre toutes les organisations sont obligées de contrôler leur expression politique. La discussion a donc adopté des aspects très

Les syndicats ont notamment reproché à l'UDF la forme et la composition de ses organes de direction, la place qu'elle laissait aux libéraux dans ses meetings. Tandis que l'UDF reprochait au NF de n'être qu'un simple forum et pas un véritable front discipliné, et aux syndicats d'adopter des positions « économistes », « ouvriéristes » et « sectaires ». La polémique lancée depuis plusieurs mois par le Parti communiste sud-africain contre les syndicats qui ne sont pas dans l'UDF et contre les courants qui forment le NF expriment bien, cependant, le niveau important de cette confrontation politique.

Au congrès de son syndicat, en avril 1982, le secrétaire général de la FOSATU s'était interrogé sur le rôle d'une direction ouvrière en déclarant : « Notre activité organisationnelle a-t-elle développé une direction ouvrière capable de donner une orientation et un sens à tous les travailleurs ? Si nous nous limitions à nos propres adhérents, nous n'aurions qu'un rôle

Pourtant, si nous pensons plus largement à la classe ouvrière, alors il faut analyser notre rôle politique avec beaucoup plus d'attention. » (10) Le SACP répondit par une virulente polémique expliquant, citations de Lénine à l'appui, que les syndicats par nature ne peuvent se substituer au parti révolutionnaire, dans un article qui affirmait: « L'existence et les actions du Parti communiste sont bien connues de tout le monde. Aujourd'hui, ses militants sont au premier rang des luttes. La FOSATU oserait-elle ignorer cela? » Opposant au point de vue de Joe Foster l'existence de l'ANC comme mouvement de libération,

7. Idem, p. 50. 8. Star, Johannesburg, 25 octobre 1984. 9. La Charte de la liberté a été adoptée en 1955 par le Congrès du peuple, c'est-à-dire PANC et deux autres organisations représentant les « peuples » non Blancs, ainsi que le syndicat qui leur était lié et une organisation de libéraux blancs. Elle était conçue comme le socle d'une alliance interclassiste chargée d'accomplir les tâches de la révolution démocratique.

10. Document FOSATU, 1982

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l'article insistait sur « la réalité d'une forte influence, en progression constante, de la classe ouvrière dans l'ANC, qui a conduit à l'adoption d'orientations socialisantes, comme en témoignent les points de la Charte de la liberté traitant des questions de la terre et des monopoles industriels. » (11) Cette critique a récemment resurgi sous un nouvel angle, l'organe du SACP écrivant : « Certains (...) ont été séduits par l'exemple du Brésil. Un article récent sur ce pays, African Labour Bulletin s'efforce de faire des parallèles avec les développements en Afrique du Sud. Au Brésil, notent-ils, un syndicalisme de masse combatif a conduit à la naissance d'un parti politique qui "s'est développé rapidement parmi travailleurs, des chômeurs, des secteurs de base de l'Eglise, des jeunes progressistes et des intellectuels de gauche (...)". L'auteur ajoute presque en aparté que ce parti "s'est attiré beaucoup d'animosité de la part des partisans du Parti communiste brésilien clandestin (...), qui prétend rehistoriquement, le parti de la classe laborieuse" dans le programme d'études élaboré par les universitaires qui s'occupent du travail de formation de la FOSATU, et fait l'objet d'articles dans le journal de ce syndicat. (...) Les auteurs de ce genre de matériel sont peut-être conscients du fait que le recours à un anticommunisme ouvert ne leur gagnera pas de soutien dans la classe ouvrière organisée. Cependant, cette tentative d'ignorer les programmes et l'existence même de l'ANC et du SACP revient au même. » (12)

La discussion se centre aussi sur la question de l'alliance avec les groupes de libéraux blancs et des associations patronales. L'UDF s'est en effet associée à des membres d'organisations libérales blanches, comme Black Sash (l'Echarpe noire) et l'Union nationale des étudiants sud-africains (NUSAS), ou même du Parti fédéral progressiste (PFP) du patronat libéral, et a intégré en son sein des associations de petits patrons non blancs, comme le Western Cape Traders Association. Il s'est aussi construit autour d'organisations chartistes comme le Congrès indien du Transvaal (TIC) et le Congrès indien du Natal (NIC). Cela fut dénoncé par d'autres courants, comme l'Organisation du peuple d'Azanie (AZAPO), originellement influencée par le courant de la Conscience noire, et certains syndicats. C'est une politique d'indépendance de classe des opprimés qui était opposée à l'alliance avec les libéraux blancs ou les groupes patronaux. C'est le refus de regroupements politiques épousant les divisions de l'apartheid, dans le but de promouvoir les intérêts de certaines couches petites bourgeoises de ces communautés, qui était mis en avant face à la relance du TIC et du NIC dans l'UDF.

Le GWU, comme d'autres, ont reproché à l'UDF d'être une organisation multiclassiste (13). Pourtant, l'UDF défend nettement cette nature, en se définissant de la manière suivante: « L'UDF n'est pas une organisation de classe. Elle ne prétend pas œuvrer à la défense des intérêts de la classe ouvrière, de la classe capitaliste ou de la paysannerie. C'est une alliance entre ces classes. » (14)

extrêmement complexe prend deux formes. La première est relative à l'ampleur, à la nature et au rôle des accords avec des courants non prolétariens. Cette discussion est évidemment en rapport direct avec la question nationale en Afrique du Sud. Comment s'associer sur certains points de la lutte antiapartheid avec certains secteurs de la petite bourgeoisie indienne ou métisse ? Faut-il faire l'unité organique avec des mouvements qui se constituent comme des regroupements ethniques, à l'instar du TIC et du NIC? Au cœur de cette question se trouve le besoin d'une direction politique qui saurait combiner des choix stratégiques sur le long terme avec une capacité d'initiative tactique selon les besoins de la lutte immédiate. lUDF donne de lui-même explique son approche de la question nationale. Celleci est illustrée par la question du TIC et du NIC, dont la relance est justifiée de la façon suivante : « Ressusciter le TIC et le NIC a été nécessaire parce que la lutte se mène dans le cadre d'une réalité spécifique. Si nous voulons mobiliser les gens, il faut s'adresser à eux en partant de la réalité telle qu'ils la ressentent et la perçoivent. (...) En Afrique du Sud, chaque race a son rôle spécifique à jouer, mais il ne faut pas que les différentes races jouent leur rôle indépendamment les unes des autres. » (15) Et c'est ce refus de considérer la question nationale comme une somme de questions nationales « spécifiques » que mettent en avant les courants qui critiquent l'UDF.

Mais le débat prend un second aspect, celui d'un choix stratégique sur le long terme, pour la révolution sud-africaine. Tous les courants se réclament peu ou prou du socialisme, ou du moins de la disparition de l'exploitation de l'homme par l'homme, ce qui constitue cependant une formule très répandue dans la petite bourgeoisie nationaliste en Afrique. Mais le courant chartiste se revendique d'une révolutionnaire, tandis qu'une partie de ses contradicteurs parlent d'une nécessaire destruction de l'exploitation capitaliste analysée comme la seule véritable responsable du système d'oppression raciale. C'est ainsi que le manifeste du Forum national explique: « La lutte contre l'apartheid n'est rien d'autre que le point de départ de nos efforts de libération. L'apartheid sera éradiqué avec la fin du système capitaliste raciste. La classe ouurière noire inspirée par une conscience révolutionnaire est la force motrice de notre lutte. » (16)

L'organe du SACP explique très clairement cette divergence, en écrivant que « le cadre théorique du "socialisme immédiat" constitue la base d'une attaque contre la Charte de la liberté, d'une réduction vulgaire de la question nationale, et d'un refus d'évoluer du point de vue de la théorie abstraite ou de l'intellectualisme abstrait vers la réalité concrète et vivante. Nous avons affaire à une tentative d'« imposer » la direction de la classe ouvrière. La tentative d'amalgamer la lutte de la classe ouvrière avec la lutte de libération nationale représente "le sectarisme par excellence". D'après cette vision étapes de notre révolution sont niées et la classe ouvrière est mobilisée non pas comme fer de lance de la lutte de libération contre l'oppression nationale, mais comme fer de lance pour "une Azanie socialiste". » (17)

L'ampleur de l'actuel mouvement de masse des opprimés souligne de plus en plus l'importance rentes composantes politiques et syndicales. Pour les uns, il existe d'ores et déjà un mouvement unitaire de libération nationale qui représente l'ensemble du peuple opprimé d'Afrique du Sud. Ceci justifierait donc que toutes les composantes acceptent sa direction et se rangent à ses côtés. C'est cette orientation qui s'applique dans le mouvement de solidarité à l'étranger et qui oppose, par exemple, le soutien à la SACTU à celui aux syndicats noirs indépendants. Pour les autres, s'agit de présenter une orientation alternative au courant ANC-SACP qui puisse prendre la forme de regroupements « classistes » défendant implicitement des programmes de luttes anticapitalistes, même si les tenants de cette option ne sont pas unanimes sur tous les aspects tactiques de cette question. Cette confrontation politique s'exprimera d'abord par la capacité de chacun des protagonistes à organiser le mouvement de masse sous son impulsion dans les luttes et à favoriser son unité. La grève du Transvaal a permis la constitution d'un large front unitaire, allant de l'UDF jusqu'aux syndicats. Les leçons que les uns et les autres tireront de cette lutte seront très importantes au plan de leurs projets organisationnels respectifs et, par conséquent, au plan du débat poli-

Peter BLUMER, Tony ROUX,

11. African Communist, organe du SACP, Berlin-Est, numéro 93, 2e trimestre 1983.

12. Idem, numéro 99, 4e trimestre 1984.

13. Ce débat a donné lieu au Cap à l'éclate-

Committee (DBAC) formé pour contre la réforme constitutionnelle gouvernementale. chartistes le quittèrent pour former ultérieurement l'UDF, tandis que les organisations restantes constituèrent le Cape Action League (CAL).

tira un bilan négatif de ces événements, ce qui entra en ligne de compte dans son refus de rejoindre l'UDF, comme l'expliqua l'un ses dirigeants dans la revue South African Labour Bulletin de novembre 1983.

14. Solidarity, Cape Action League News, juin-juillet 1984.

16. Manifeste du National Forum Commit-

17. African Communist, numéro 98, 3e tri-

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