E tonal des mineure (Nul de pagne la mate de rein acte Malgré une canat gae. ' N ce début de l'année 1985, après dix mois de grève, la volonté du Syndicat napour encourager les grévistes à reprendre le travail, lancée par l'Office national du charbon (NCB) et appuyée par le gouvernement Thatcher, plus de 140 000 mineurs sont toujours en grève. Mais, aujourd'hui, ils doivent affronter d'importants obstacles pour assurer une issue victorieuse à leur bataille. L'objectif du gouvernement est de détruire les capacités de combat du NUM par une série d'actions en justice, première étape d'une offensive juridique plus large dirigée contre tout le mouvement syndical. Face à cette offensive, la direction du mouvement syndical britannique refuse d'organiser le type d'action de solidarité qui s'impose, et notamment de traduire en actions la position de soutien à la grève votée au congrès de la Confédération des syndicats britanniques (TUC) en septembre 1984. Si des actions de solidarité à la hauteur des enjeux de la lutte avaient été entreprises, la grève aurait déjà pu être
Le dirigeant du Parti travailliste, Neil Kinnock, a continué à attaquer les grévistes pour leurs « actions violentes » dans les piquets de grève. Par contre, le dirigeant de l'aile gauche du parti, Tony Benn, pousse à la préparation d'un mouvement de grève générale pour soutenir les mineurs. Arthur Scargill, président du NUM, a également appelé à des grèves de solidarité à grande échelle comme le moyen de gagner la grève.
Scargill a donné sa vision des perspectives pour la grève dans un message aux adhérents du syndicat à l'occasion du Nouvel An : « Le vrai objectif du gouvernement est de massacrer l'industrie houillère, comme il l'a déjà fait pour la sidérurgie, et de briser le syndicalisme combatif. Mais, face à toutes les pressions et à de dures privations,
144 000 membres du NUM maintiennent fermement la grève. Il n'y a pas de paroles d'hommage adéquates pour rendre justice aux exploits magnifiques des mineurs britanniques et de leurs familles qui luttent avec un tel courage et une telle détermination pour leur avenir. En ce debut de l'année 1985, je les appelle à rester fermes et j'appelle tous les membres du NUM qui ne sont pas en grève à rejoindre leurs camarades dans cette bataille pour sauvegarder notre industrie nationalisée, nos emplois et nos communautés. Cette bataille, nous allons la gagner. Avec toutes nos forces mobilisées derrière
La gauche et
la grève des mineurs
le syndicat, elle sera gagnée d'autant plus vite. » Steve ROBERTS
L'appel du président du NUM en direction des mineurs qui ont repris le travail constituait une tentative de contrer la campagne pour la reprise du travail considérée par le gouvernement comme le moyen d'en finir avec la grève. Le président de l'Office national du charbon (NCB), Ian MacGregor, a dit qu'il considérerait la grève terminée au moment où il aurait calculé que plus de 50% des mineurs auront repris le travail. La position de MacGregor implique qu'à ce moment-là il essaiera de boycotter la direction élue du NUM et de traiter directement avec les représentants des mineurs non grévistes.
Cette tactique se combine avec celle d'encourager une scission dans le NUM. Dans le comté de Nottingham, des responsables « jaunes » locaux ont réussi à faire adopter par l'organisation régionale du syndicat des amendements à ses statuts pour faire en sorte qu'elle ne soit plus subordonnée aux statuts du syndicat national. Cette décision a été dénoncée par des mineurs grévistes du comté de Nottingham comme une tentative de diviser le NUM. D'ailleurs, les grévistes ne
GRANDE-BRETAGNE sont pas convaincus que les non grévistes de la base veulent vraiment quitter le NUM pour créer un syndicat indépendant, comme cela s'était déjà passé à la suite de la grève générale de 1926 dans ce même bassin houiller. L'autre arme du gouvernement et de la direction des charbonnages, dans leur tentative de détruire le NUM, est constituée par la longue liste d'actions en justice intentée par des « jaunes » contre le syndicat. De telles actions ont déjà eu comme conséquence l'imposition de lourdes amendes au syndicat et le blocage de ses comptes en banque, après qu'il eut refusé de les payer. Une firme d'experts comptables, Price Waterhouse, a été nommée par le tribunal pour prendre le contrôle des finances du syndicat. D'autres syndicats, comme celui des cheminots, sont maintenant convoqués devant les tribunaux pour fournir des détails sur l'argent qu'ils ont donné aux mineurs au cours de la grève. Price Waterhouse exige que de tels dons de solidarité soient maintenant faits à eux et non au NUM.
UNE OFFENSIVE CONTRE
TOUT LE MOUVEMENT OUVRIER
Aujourd'hui, il est clair que tous les syndicats qui ont soutenu les mineurs sont devenus la cible des attaques du gouvernement. Par exemple, le puissant Syndicat des transports et des travailleurs non qualifiés (TGWU) s'est vu infliger une amende de 250 000 livres (environ 2,8 millions de francs) par les tribunaux pour avoir défié la nouvelle législation gouvernementale qui stipule que pour qu'une grève soit légale, il doit y avoir un vote à bulletin secret avant son déclenchement. Cette amende a été saisie sur les fonds de ce syndicat, après que ses avoirs aient été immobilisés par les tribunaux.
Le Parti travailliste subit lui aussi de graves attaques. Dans l'année qui vient, le gouvernement va obliger les syndicats à organiser des consultations à bulletin secret de leurs adhérents, qui seront ainsi appelés à décider si leurs syndicats doivent avoir le droit de verser une partie des cotisations syndicales au Parti travailliste. C'est cette « cotisation politique » qui fournit le gros des fonds du parti. En réaAu centième gala annuel des mineurs de Durham, juillet 1983. (DR)
La police intervient contre une action commune des femmes de mineurs et des femmes pacimesures gouvernementales, allant de faire quoi que ce soit pour soutenir les lité, dans la mesure où il n'existe pas de subvention d'Etat aux partis politiques, le Parti travailliste dépend quasi totalement de ces contributions pour maintenir son appareil et financer ses campagnes électorales. Interdire la « cotisation politique » contribuerait à la paralysie du parti. Bien entendu, le gouvernement n'a aucun projet de loi visant à interdire le financement des partis bourgeois par des sociétés pri-
La politique du gouvernement envers les municipalités constitue une autre attaque contre le Parti travailliste. La crise urbaine est devenue une question politique centrale en Grande-Bretagne aujourd'hui. Avec l'approfondissement de cette crise, les conseils municipaux à majorité travailliste qui dirigent presque toutes les grandes villes ont adopté des positions plus radicales. Une des conséquences en est que ces conseils refusent d'appliquer les lois gouvernementales destinées à leur faire réduire les dépenses concernant les services sociaux et les équipements collectifs. Des représentants de ces conseils se sont mis d'accord sur une stratégie destinée à contrer la politique gouvernementale, stratégie qui préconise qu'ils aillent jusqu'à violer la loi si nécessaire, et qui a été entérinée par le congrès du Parti travailliste d'octoconfrontation avec le gouvernement est le 6 mars 1985, date à laquelle les restrictions budgétaires auront force de loi. affrontement est décisif pour leur propre bataille. journal de la gauche travailliste, Labour Herald, qui joue un rôle important dans la lutte des municipalités contre le gouvernement Thatcher, Arthur Scargill a déclaré : « Il faut appuyer tout secteur de la classe ouvrière qui se trouve soumis aux attaques dans le cadre de la politique économique de ce gouvernement. Il faut appuyer ceux qui résistent aux tentatives de détruire les services sociaux et les programmes d'éducation et de santé, pour l'application desquels les conseils municipaux ont été clairement mandatés par les électeurs. Donc, j'approuve et je soutiens pleinement toute forme d'action contre ce gouvernement répressif. » voient que la lutte des mineurs est étroitement liée à la leur. Beaucoup de conseils municipaux travaillistes dans les régions minières ont subventionné les grévistes pour leur permettre de payer leurs factures de gaz et d'électricité, renoncé à encaisser les loyers et les impôts locaux pendant la grève, et versé régulièrement des sommes importantes aux fonds de soutien aux familles des mineurs. Donc, une issue politique à la grève se dessine, qui repose sur une alliance entre les mineurs, les municipalités travaillistes et les travailleurs communaux. Cela pourrait renforcer la grève, puisque le Parti conservateur est plus profondément divisé sur la politique municipale que sur d'autres questions. Des personnalités aussi influentes que l'ancien Premier ministre Edward Heath se sont prononcées nettement confistes de Greenham Common. (DR) tre les jusqu'à voter contre celles-ci au Parlement. LE ROLE DES DIRECTIONS DU PARTI
TRAVAILLISTE ET DU TUC Néanmoins, le plus grand obstacle à une conclusion victorieuse de la grève des mineurs est constituée par la direction du mouvement ouvrier. Neil Kinnock, qui fut élu dirigeant du Parti travailliste en 1983 avec l'appui de la majorité de la gauche du parti, est maintenant mis en cause pour son hostilité à peine voilée à la grève. Dans article paru dans Labour Weekly, hebdomadaire officiel du Parti travailliste, Kinnock attribue à la grève sa propre incapacité de mettre le parti en situation de devancer les conservateurs dans les sondages. Le dirigeant travailliste a systématiquement critiqué les piquets de grève des pour avoir soi-disant utilisé la violence. En même temps, il a refusé d'aller participer à un quelconque piquet de grève pendant les dix premiers mois de la grève. Kinnock a déclaré qu'il ne soutiendrait que les actions des mineurs qui resteraient dans le cadre de la « légalité ». Puisque l'arme principale dont s'est servi le gouvernement conservateur pour s'attaquer aux mineurs a été celle des tribunaux, cela veut dire que Kinnock a refusé de se battre contre les attaques judiciaires qui menacent non seulement le NUM et d'autres syndicats, mais aussi son propre parti. Il a surtout exprimé son mécontentement avec la stratégie adoptée par les conseillers municipaux de la gauche travailliste, stratégie qui implique de défier
Kinnock a formé une alliance avec ceux des dirigeants syndicaux qui ont systématiquement empêché que les décisions du congrès du TUC de septembre 1984, en soutien aux mineurs, se traduisent en actions. En particulier, ces décisions appelaient les syndicats qui ont des adhérents dans les entreprises de production d'électricité à apporter un soutien actif à la grève, en refusant de se servir des livraisons de charbon et de pétrole. Pour ce qui concerne la majorité de ces syndicats, il n'y a eu aucun effort sérieux pour faire très droitière du Syndicat des travailleurs de l'électricité a tout simplement refusé
Le gouvernement a reconnu sa dette envers Frank Chapple, président de ce syndicat, qui vient de prendre sa retraite, en l'annoblissant, ce qui lui permet d'occuper un siège à la Chambre des Lords et de toucher 48 livres (540 francs) chaque jour où il s'y rend. Il y a du reste beaucoup d'autres candidats à la noblesse parmi les dirigeants syndicaux. Depuis trois mois, mis à part ce qu'ils ont fait pour saboter la lutte des mineurs, d'importants syndicats ont accepté des éléments clés de la législation gouvernementale antisyndicale, sans être désavoués par le Conseil général du TUC, et cela au mépris de la politique officielle du mouvement syndical qui est opposée à cette légisiation. La majorité des dirigeants syndicaux accep tent cette législation comme un fait accompli, tout en expliquant que le mouvement syndical doit demeurer dans le cadre des lois du pays.
LA GAUCHE S'ORGANISE
En réponse à cette politique de collaboration de classes de la part des dirigeants syndicaux de la droite et du centre, la gauche a commencé à s'organiser. Des militants de base dans le parti travailliste ont organisé, le 2 décembre à Londres, une conférence de solidarité avec les mineurs, qui fut un grand succès et qui a rassemblé 1700 délégués. Le Comité d'organisation de la gauche large, structure qui se donne pour objectif la coordination des différentes oppositions de gauche au sein des syndicats, a appelé à une conférence importante pour le mois de mars. Dans cette situation, même le Parti communiste a dû mobiliser sa fraction syndicale moribonde pour pouvoir donner une orientation à ses militants, qui ont en général joué un rôle de frein dans ce conflit. Certes, ils participèrent aux collectes d'argent d'argent pour les grévistes, mais se sont refusés à lutter pour étendre la bataille à d'autres secteurs de la classe ouvrière, ou même à mobiliser ces secteurs pour renforcer les piquets de grève des mineurs.
Tandis que Scargill et Benn sont prêts à appuyer ce genre de conférence et
à y prendre la parole, ce qui manque toujours est une initiative forte et unitaire de la gauche sur le plan national. Il y a plusieurs facteurs qui expliquent qu'il en soit ainsi. Tout d'abord, Scargill craint que s'il commence à organiser ouvertement les militants de base de la gauche dans d'autres syndicats, cela augmentera l'hostilité à la grève des mineurs de la part de la majorité des dirigeants syndicaux. Cependant, son attitude ne prend pas en compte l'effet positif que pourrait avoir l'activité d'une minorité combative pour faire basculer à gauche tout le mouvement syndical et donc renforcer la lutte mineurs. Deuxièmement, une telle initiative visant à organiser la gauche aurait évidemment des implications en ce qui concerne la question de la direction du Parti travailliste. Des demandes de remplacer Kinnock à la tête du parti sont venues des militants de base du parti, des syndicats et de l'extrême gauche.
L'organisation d'un courant de gauche au niveau national mettrait sans aucun doute à l'ordre du jour la question de défier Kinnock, chose que Benn a tenté d'éviter ces derniers temps. En plus, une bataille se déroulerait, non seulement au niveau national, mais aussi à tous les niveaux du mouvement travailliste et syndical, pour chasser tous les responsables qui ont refusé de soutenir la lutte des mineurs et les remplacer par ceux qui se sont mobilisés pour l'aider.
La première étape de cette bataille sera celle de la présélection des députés travaillistes pour les prochaines élections législatives. Dans beaucoup de régions minières, les membres du syndicat ont adhéré au Parti travailliste pour pouvoir peser sur ses orientations, et leurs voix vont se faire entendre au moment de la sélection des futurs députés travaillistes. Ken Livingstone, dirigeant de gauche de la majorité travailliste au conseil du Grand-Londres, s'est fait le porteparole de ce renouvellement nécessaire, appelant à lancer une campagne « Obtravailliste », qui aurait comme but l'élection d'un tel gouvernement, engagé aussi bien à appliquer assurer la présence au Parlement d'un nombre accru de députés de gauche qui se battraient pour que ce programme se réalise dans les faits. Cette initiative correspond exactement à la radicalisation politique engendrée par la grève des mineurs et le rôle que le Parti travailliste y a joué.
C'est ce processus de politisation et de clarification au sein de la gauche qui constitue la prochaine étape vers la construction d'une nouvelle direction du mouvement ouvrier britannique, une direction qui se battra systématiquement pour défendre les intérêts de la classe ouvrière. La construction d'une telle « lutte des classes » dans le Parti travailliste et dans les syndicats représente la voie vers un vrai « Parti du travail » qui serait aussi fidèle à sa classe que le Parti conservateur l'est à la bourgeoisie.
Steve ROBERTS, Londres, le 7 janvier 1985.