"Que plus le moindre grain de charbon n'atteigne l'Angleterre"
Comme l'explique l'article précédent. les mineurs britanniques tiennent toujours. après dix mois de grève. Mais face à un gouvernement qui compte de plus en plus sur l'isolement de la grève et sur l'arme de la faim, ils ont un besoin urgent de solidarité, à la fois matérielle et sous la forme d'actions visant à bloquer les exportations de charbon vers la Grande-Bretagne. Nous en donnons quelques exemples ci-dessous, pris dans trois différents pays d'Europe.
Belgique. Le boycottage du charbon destiné à la Grande-Bretagne a enfin commencé. Depuis le 12 décembre, les syndicats des transports affiliés aux trois confédérations syndicales FGTB, CSC et CGSLB ont refusé de charger des bateaux avec du charbon destiné à la Grande-Bretagne. Un tract distribué par le front commun syndical du transport d'Anvers appelle à la « solidarité pratique » de la part de tous les travailleurs des ports belges. Le boycott a commencé à Gand, d'où est envoyé la plupart du charbon pour la Grande-Bretagne. D'après l'UBOT, syndicat des transports affilié à la FGTB, au 17 décembre trois bateaux avaient déjà été boycottés. L'un d'entre eux a pu partir avec la moitié de sa cargaison, mais les autres n'ont pas été chargés. Le charbon a été ensuite transporté à Tereuzen, où les bateaux ont été chargés par une société de transport dont les employés ne sont pas des dockers.
A cause de la grève des mineurs, les exportations de charbon belge vers la Grande-Bretagne ont augmenté de 81 % pour les six premiers mois de 1984 par rapport à la même période de 1983. Les chiffres comparables pour les exportations de charbon d'autres pays vers la GrandeBretagne sont de 162 % pour la Pologne, pour les Etats-Unis et 1 000 % pour les Pays-Bas. Il est donc urgent que l'exemple des travailleurs belges soit suivi dans d'autres pays. Au cours d'une réunion commune avec le TUC britannique, le 8 décembre à Londres, les syndicats des transports de Belgique, des Pays-Bas et de RFA s'étaient déjà mis d'accord sur le principe d'un tel boycott. Maintenant, il faut que cet accord soit appliqué dans
Comme le dit une pétition qui circule dans le mouvement syndical belge, « le mouvement syndical tout entier doit faire en sorte que plus le moindre gramme de charbon n'atteigne l'Angleterre à partir de notre pays ».
Luxembourg. La déclaration suivante de la FNCTTEL (section jeune du syndicat des cheminots) est parue dans les principaux journaux du pays, au mois de décembre 1984 : « La tentative des tribunaux britanniques de saisir les fonds des mineurs et donc de briser leur résistance, pour en finir une fois pour loules avec cette grève qui dure deja depuis dis mois, constitue un scandale. / Au Luvembourg. nous. de la ENCTTI. nous nous solidarisons acec le N M et exigeons que les tribunaux britanniques soient empéchés de loucher aur biens du NM déposés au Lutembourg. » Le NUM a en effet déposé une partie de ses fonds dans des banques luxembourgeoises, pour éviter qu'ils ne soient saisis par les tribunaux britanniques.
La déclaration se poursuit en faisant remarquer que des sociétés et des gouvernements bourgeois, de même que des dictatures militaires, pouvaient déposer leur argent dans des banques au Luxembourg sans aucun risque. Pourquoi traiter le NUM différemment ?
France. Mitterrand aide Thatcher à briser la grève en livrant du charbon à la Grande-Bretagne. Dans une opération semi-clandestine, du charbon a été transporté de la ville minière de Gardanne, apparemment à destination de Villeurbanne, alors qu'en réalité, selon une circulaire de la SNCF (chemins de fer), ce charbon devait prendre une autre destination. Ayant appris ce qui se passait, le syndicat CGT fit en sorte que le charbon en question soit versé sur la voie ferrée de la gare de triage de Calais, port d'embarquement du charbon pour la ... Grande-Bretagne. Il semble aussi qu'il y ait eu des discussions entre Thatcher et le gouvernement français sur la possibilité que la France exporte de l'électricité en Grande-Bretagne pour éviter qu'il y ait des coupures de courant.
Mais si les gouvernements capitalistes organisent la coopération pour briser la grève, la solidarité des syndicalistes français avec les mineurs britanniques se développe elle aussi. A Noël, plusieurs délégations se sont rendues en Grande-Bretagne pour apporter des jouets et de l'argent aux mineurs et à leurs familles. Le secteur santé du syndicat CFDT de la région parisienne a organisé deux convois avant Noël, qui transportaient entre autres des jouets envoyés par les ouvrières de l'usine de fabrication de poupées Bella de Perpignan, qui ont elles-mêmes l'expérience longue lutte pour défendre leurs emplois. Un de ces convois a été retenu durant 24 heures au port de Douvres par les douaniers, et il a fallu l'intervention du consul de France pour qu'il puisse poursuivre sa route. La CGT a envoyé plus de 100 000 cadeaux de Noël pour les familles des mineurs. Elle a l'intention d'organiser d'autres convois au début de 1985. De son côté, la LCR a fait parvenir 1 000 livres (environ 11 000 francs) aux mineurs de Cardiff (Pays de, Galles) ouverte une souscription en faveur des