Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BOLIVIE

Les élections de 1985 sont une farce

· Inprecor n° 188, 21 janvier 1985 · p. 19 · 649 mots

Les élections de 1985 sont une L'acceptation par le front gouvernemental de la convocation d'élections pour le mois de juin 1985 est la preuve de sa capitulation devant la pression conjuguée de la droite réactionnaire, sous couvert de la prétendue concertation nationale. Pour l'UDP, cette convocation des élections est dans le même temps un constat d'échec et une manœuvre pour contenir le mouvement ouvrier et populaire dans les limites de la trêve sociale, tandis que, pour la droite, c'est une victoire politique orientée vers la reconquête de l'appareil d'Etat par la voie électorale sur les décombres de l'UDP.

L'objectif politique de la droite réactionnaire est de récupérer à son compte, et de préserver, l'actuel système de domination capitaliste, en réprimant le mouvement ouvrier et populaire, et de garantir ainsi la libre exploitation du pays par le capital impérialiste et ses alliés financiers et commerciaux intérieurs. Ils auront pour eux les moyens « légaux » de la légitimité électorale.

Cette droite est traditionnellement antidémocratique, parce qu'elle a été associée à tous les régimes oppressifs du passé. Son adhésion à la démocratie bourgeoise est seulement une tactique, parce que l'écroulement du front de l'UDP, en affectant tout le mouvement populaire par la politique qu'il a menée au gouvernement, a créé les conditions pour que la droite capitalise en sa faveur le mécontentement de larges couches sociales sur l'appui desquelles elle fonde sa stratégie électorale.

Cette même bourgeoisie, qui clame son respect de la Constitution politique de l'Etat, la viole aujourd'hui, approuve inconstitutionnellement les élections anticipées pour 1985, et légitime des candidats qui se situent en dehors du cadre de la loi bourgeoise elle-même. C'est ainsi que la bourgeoisie utilise le système juridico-politique du pays en accord avec ses intérêts de classe.

Dans les conditions actuelles, le mouvement ouvrier et populaire n'a rien à gagner, mais plutôt beaucoup à perdre sur le terrain des conquêtes sociales et politiques, dans une issue électorale à la présente crise politique. La droite « golpiste » aura finalement trouvé une forme de légitimité pour imposer ses plans antipopulaires et antinationaux. Un goufarce vernement de l'ADN et du MNRH porterait jusqu'à ses ultimes conséquences la politique d'application des mesures économiques dictées par le FMI et affamant la population, appuyée par les baïonnettes et la répression. Avec les élections anticipées, ces partis essaieront de blanchir l'image abominable qu'ils avaient pour s'être compromis avec les dictatures passées. Au coup de bâton attendu, s'ajouteront encore une plus grande misère et un plus grand désespoir. Les élections ne résolvent pas la crise aiguë du pays et des grandes masses nationales. Elles constituent un cadeau à la droite réactionnaire. C'est pour cela que l'attitude de l'UDP est condamnable et le refus de l'avancement de la date des élections justifié.

Cette corde autour du cou des travailleurs a été passée avec la permission de Siles Suazo et la complicité du front gouvernemental qui, de manière mesquine, a opposé ses intérêts de parti aux intérêts généraux du mouvement populaire et ouvrier. L'argument suivant lequel un coup d'Etat militaire serait imminent ne peut justifier une telle attitude. On ne défait pas un coup d'Etat militaire en capitulant, mais en appuyant et en développant une profonde mobilisation des masses autour de leurs objectifs propres.

Les organisations politiques et le mouvement populaire, à partir de leurs perspectives politiques propres, doivent se renforcer politiquement et idéologiquement pour s'opposer efficacement à leurs ennemis de classe et à l'impérialisme, quelles que soient les méthodes que ces derniers utilisent. L'affrontement exige aussi la préparation matérielle du camp populaire.

Pour défaire la manœuvre électorale de la droite, le Conseil national de coordination populaire doit renforcer les organisations de base, lutter pour la préservation des libertés politiques et syndicales, et promouvoir la mobilisation organisée de l'ensemble de la population, et, de cette manière, faire que le mouvement ouvrier et populaire reprenne l'initiative politique.

Conseil de coordination populaire (CCP), La Paz, 24 novembre 1984.

Une erreur sur cette page ?