TOUS avons déjà eu l'occasion de traiter du procès politique intenté contre les six intellectuels de Belgrade (cf. Inprecor numéros 176 du 25 juin 1984, 178 du 23 juillet 1984 et 181 du 8 octobre 1984). Ce procès a commencé le 5 novembre et les audiences de sa première session ont continué jusqu'au 16 novembre. La deuxième a commencé le 6 décembre et s'est terminée, de façon dramatique, le 14 décembre. L'accusé principal, Vladimir Mijanovic, avait adopté une tactique offensive envers les témoins de l'accusation, ce qui avait provoqué l'hostilité du président du tribunal et aussi des conflits avec les avocats de certains des autres accusés. L'un de ces avocats fut victime d'une crise cardiaque et, par la suite, Mijanovic fut expulsé de l'audience pour la deuxième fois, pour « manque de respect envers le tribunal ».
Quand le procès reprit, le 24 décembre, ce fut sans Mijanovic et ses avocats. Mais cette audience fut marquée par l'intervention d'un autre accusé, Miodrag Milic, qui décrivit au tribunal comment il avait été agressé dans un restaurant où il se trouvait avec l'un de ses avocats, par quatre hommes qui savaient parfaitement à qui ils avaient affaire. L'explication de cette aggression se trouve probablement dans le fait que Milic avait expliqué au tribunal qu'il avait été menacé par un des responsables de la police politique, Branko Savic, de subir le même sort que Jovan Barovic, avocat du dissident connu et ancien dirigeant du PC yougoslave, Milovan Djilas. Barovic avait trouvé la mort, il y a quelques années, dans un accident de voiture dans des circonstances mal établies. Cet incident montre bien que le procès devient de plus en plus celui des
L'article que nous reproduisons ci-dessous a été écrit après la première partie du procès. Celui-ci a repris le 7 janvier, et le tribunal risque de rendre son jugement avant la fin du mois, ce qui rend plus urgente encore la solidarité internationale (voir encadré). Nous publions aussi une interview d'un des six accusés, Pavlusko Imsirovic, paru des prisonniers politiques yougoslaves. Ce comité porte le nom du jeune syndi caliste yougoslave, défenseur des droits des travailleurs, retrouvé « suicidé » tionale des droits de l'homme (FIDH) aux deux premières sessions du procès des 6 de Belgrade. Il a l'intention d'assurer également la présence d'une mission
C'est pourquoi il faut multiplier les télégrammes de protestation, avant, pendant, et si les 6 sont condamnés, après le procès. Ils doivent être envoyés à dent de la République socialiste fédérative de Yougoslavie, M. Djuranovic, Bulevar Oktobarske Revolucije 92, Beograd, Yougoslavie, avec un double au comité Radomir Radovic, c/o Michel Mata, 34, rue Feutrier, 75018 Paris, qui transsolidarité et, en premier lieu, pour l'envoi de membres de la FIDH au procès.
nir la mobilisation populaire. La situation tend encore chaque jour à se détériorer. « Travail, pain, liberté ! » sont des exigences à la fois immédiates et vitales au sens strict du terme.
- L'annonce des élections écarte-telle les menaces de coup d'Etat jusqu'en juin et implique-t-elle une trêve durable des luttes sociales ?
- Les forces de la droite institutionnelle, comme l'ADN et le Mouvement narévolutionnaire (MNRH) de Paz Estenssoro, craignent qu'un coup d'Etat ne reporte la tenue des élections générales ou n'en ternissent la légitimité. En accord avec l'entreprise privée, elles vont faire leur possible pour atteindre l'échéance électorale, convaincues que le discrédit de l'UDP affecte l'ensemble de la gauche, y compris ses composantes révolutionnaires, et qu'elles ont les meilleures chances de remporter ces élections. De plus, l'armée, rongée par la corruption et le banditisme sous le régime du général Garcia Meza, ne s'est pas encore de ces maux, et sa hiérarchie demeure divisée quant aux perspectives. Certains secteurs voient même un retour rapide au pouvoir comme prématuré et risqué pour la cohésion de l'institution
De son côté, la classe ouvrière n'a pas les moyens de patienter. En tant que parti, le POR-U pense qu'il y a deux manières possibles d'aborder les élections de
- la première, c'est de continuer avec le CCP dans la voie de l'organisation de conseils populaires dans tous les quartiers et les villages, pour lutter contre la spéculation, pour le contrôle des prix ; de transformer en pratique ces conseils organes de pouvoir populaire et de les centraliser en une alternative au pouvoir, l'opération électorale, à travers une convocation de la COB. Il est difficile de dire dès à présent si le CCP voudra ou pourra participer aux élections. La COB est une organisation syndicale qui peut difficilement agir sur le terrain électoral sans risquer de perdre sa fonction et son caractère unitaire. En revanche, la DRU pourrait participer aux élections, mais en fonction du travail qui aura été fait d'ici là dans le mouvement de masse.
— l'autre possibilité, c'est un affrontement politico-militaire à court terme. Les masses populaires, dans l'état actuel des rapports de forces, auraient peu de chances de l'emporter sur ce terrain, aussi longtemps que le CCP n'est pas consolidé comme direction politique de rechange, et ce même si l'explosivité des masses et la détérioration de leurs conditions de vie peuvent aboutir à une épreuve de force avant même l'échéance électorale.
Dans toutes les hypothèses, la bataille pour l'unité du mouvement ouvrier et populaire et de ses organisations reste dans une large mesure la clef de voûte de la situation dans l'immédiat.
Propos recueillis pour Inprecor, La Paz, décembre 1984.
YOUGOSLAVE
Les enjeux du procès de Belgrade méthodes de la police politique.
dans le numéro de l'hiver 1984 de la revue autrichienne Gegenstimmen.
Branko KRIZMAN
« Je ne suis pas un ennemi du socialisme. Bien au contraire. Toute ma vie j'ai milité pour un socialisme démocratique.
C'est dans cet esprit que j'ai été élevé.
C'est dans cet esprit que j'élève mes enfants. » Avec ces mots, le traducteur Pavlusko Imsirovic, l'un des 6 intellectuels de gauche en procès à Belgrade pour activités contre-révolutionnaires et « conspiration » mettait en évidence les raisons politiques de ce procès dans son discours de défense du mardi 12 novembre dernier. De même, quelques jours auparaaprès plusieurs interrogatoires policiers, en avril 1984.
de la FIDH à la prochaine session en janvier 1985.
l'Ambassade de Yougoslavie, mettra aux familles des accusés et aux avocats de la défense.
Adressez vos contributions à Michel Mata, CCP 24 576 89 G Paris.
vant, le réalisateur Miodrag Milic avait déclaré : « On nous reproche de vouloir saper le système social. En tout cas, ce n'est pas nous qui avons fait les 20 milliards de dollars de dettes et qui avons précipité le pays dans une dépendance quasi colonia-
Dans la première phase des poursuites contre 6 des participants aux « Universités libres » existant depuis 1977, qui s'est déroulée entre le 5 et le 16 novembre 1984, le procureur Danilo Nanovic faisait de jour en jour plus mauvaise figure, puisque l'acte d'accusation ne compor-
Il existe en France le comité Radomir Radovic, qui s'occupe de la défense
Ce comité a déjà soutenu l'envoi de représentants de la Fédération interna-
Les autorités yougoslaves ne sont pas insensibles aux pressions extérieures.
54, rue de la Faisanderie, 75016 Paris et au Prési-
Le comité a aussi besoin d'un soutien financier pour mener ses activités de
tait même pas l'ombre d'une preuve que les rencontres des « universités libres » avaient servi à la préparation d'actions mettant en danger la sécurité de l'Etat et aient donc été illégales. Il ne cessait de poser des questions sur les opinions des accusés et essayait de s'appuyer sur des manuscrits que la police avait saisis au domicile des accusés. Même si personne n'avait jamais vu ces textes, on peut les définir comme étant, d'après un récent jugement de la justice yougoslave, de la «propagande ennemie ». Le président Zoran Stojkovic autorisa constamment les interventions de la défense et rejeta les « questions sur les convictions » émises par le procureur.
Tous les observateurs ont souligné le fait que le comportement des accusés était impressionnant par sa fermeté et sa décision. Dans la salle d'audience du palais de justice de Belgrade, pleine à craquer par la présence d'environ 200 personnes, 4 des 6 accusés commencèrent par refuser de répondre aux questions, partant du point de vue que le procureur devait d'abord mettre des preuves sur la table. Ainsi, le sociologue Milan Nikolic déclara : « Je ne sais pas de quoi j'ai à me défendre. Le problème est inverse : ceux qui organisent ce procès commettent un délit à yougoslave, qui garantit la liberté d'opinion et de réunion. »
Le principal accusé, Vladimir Mijanovic, expliqua son refus de se défendre dans une déclaration basée sur l'argumentation suivante: « Dans cette affaire, nous n'avons aucun poids. Ceux qui, au pouvoir, refusent un véritable dialogue sur les réformes sociales et une issue durable à la crise, nous utilisent pour intimider l'opinion publique. » Il est évident que l'issue du procès ne dépend pas du cours des débats. C'est ce qui se passe à l'extérieur du palais de justice, sur la scène politique, qui est décisif. Déjà cet été, il y a eu un important mouvement de pétitions, quand les 6 accusés étaient en détention préventive, avant leur libération provisoire en juillet. Leur cas suscite toujours un grand intérêt dans les cercles intellectuels et critiques. Le bulletin distribué chaque jour pendant le procès par les proches des accusés fait état de la lecture en public de motions de solidarité à l'université de Belgrade, ce qui a valu à l'étudiant Milos Bodganovic d'être menacé de 15 jours d'arrestation. A la mi-novembre, 19 intellectuels connus de Serbie annoncèrent la création d'un Comité pour la défense de la liberté de pensée et d'expression, qui va s'intéresser au cas des 6 du procès de Belgrade.
Le grand intérêt porté à ce procès au niveau international, et surtout la solidarité de milieux de gauche en Europe de l'Ouest, renforcent la pression. L'expression la plus spectaculaire en a été la présence des députés « verts » ouest-allemands, Petra Kelly et Gert Bastian, aux premières journées du procès. Les médias yougoslaves réagirent en dénonçant une campagne anti-yougoslave dirigée de l'extérieur. Les « anarcho-libéraux », selon l'expression yougoslave spécifique définissant tous ceux dont les idées dérangent, les « anarcho-libéraux de tous les pays », donc, se seraient unis pour calomnier le socialisme autogestionnaire à l'occasion de ce procès. Il y aurait une véritable conspiration, « de l'extrême gauche et de l'extrême droite », selon un bulletin d'information diffusé le plus sérieusement du monde par Radio-Belgrade, le 8 novembre dernier.
Pour les accusés, ces calomnies des autorités n'ont pas du tout l'aspect d'une plaisanterie. Elles signifient que les médias ont pour tâche de préparer l'opinion publique à un verdict rigoureux, comme l'explique le principal accusé, Vladimir Mijanovic, dans une interview accordée à la revue autrichienne Gegenstimmen. Alors qu'au début du procès on trouvait dans les revues de Belgrade Interviju et Nin des articles encore relativement corrects, une campagne régulière contre les accusés commença à partir de la deuxième semaine du procès. Dans la capitale yougoslave, les organisations du parti furent même réunies en séances extraordinaires et la milice fut mise en état d'alerte.
Le dernier jour du procès, l'accusation contre le sociologue Milan Nikolie
Il est ii pour moi , j'y suis 2t Stane y e à main et toi, qu'as-tu fait?
Pas usai,
Nor fut même aggravée, puisque deux des manuscrits saisis chez lui furent déclarés comvaleur de « propagande ennemie ». Il s'agissait-là d'une partie d'un travail de doctorat pour le professeur marxiste américain de sociologie très connu,
Ralph Miliband, de l'université Brandeis
(USA), et, d'autre part, d'un article d'un auteur anglais de la revue New Left Review publiée à Londres, sur la question albanaise au Kosovo. Toujours est-il qu'il serait faux de perdre espoir et de considérer l'issue du second procès comme une affaire réglée. La situation yougoslave est caractérisée par la plus grande instabilité et, à la différence de beaucoup d'autres tristes cas semblables, un mouvement de protestation international peut contribuer à renforcer ceux qui, dans la direction du
Parti communiste, sont favorables à l'acquittement. La reprise du procès, fixée au
7 janvier 1985, pourrait être l'occasion de rappeler aux instigateurs du procès dans direction yougoslave que la gauche ouest-européenne ne laisse pas tomber les
6 de Belgrade.
Branko KRIZMAN, Vienne, 4 décembre 1984. meurtre sour agression et pour vol armée
Un jeure
éesit un - document dergereux.
de 40 pages