Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

Les cheminots solidaires des mineurs

Inprecor n° 189, 4 février 1985 · p. 26 · 784 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme

GRANDE-BRETAGNE Les cheminots solidaires des mineurs Après plus de dix mois, la grève des mineurs britanniques se maintient toujours. Mais si cette lutte magnifique se trouve dans une certaine impasse, c'est surtout parce que la solidarité de la pari n'atteint pas le niveau qui permettrait aux mineurs de remporter la victoire. tant, il ne manque pas de soutiens à la grève, de larges couches de travailleurs comprenant que leur propre avenir est étroitement lié à son issue, qui risque de déterminer pendant toute une période et dans une large mesure les rapports de forces entre le mouvement ouvrier d'un côté, les patrons et le gouvernement de l'autre.

Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les cheminots. Plus que n'importe quel autre groupe de travailleurs, ce sont eux - et surtout ceux qui travaillent dans les dépôts à côté des mines d'où le charbon est transporté vers les centrales électriques - qui ont été au premier rang des actions de solidarité avec les mineurs. C'est que ces deux secteurs de la classe ouvrière sont étroitement liés les uns aux

Si le gouvernement de Thatcher réussit à appliquer son programme de fermeture des mines, il y aura des milliers de licenciements parmi les cheminots, dont l'emploi dépend de l'industrie charbonnière. 80 % du charbon extrait est transporté par rail, ce qui représente 60 % de toutes les marchandises transportées par les chemins de fer britanniques.

Il n'est donc pas surprenant qu'en ce moment la grève des mineurs soit au centre des préoccupations des cheminots et des deux principaux syndicats qui les orle NUR et l'ASLEF. Mais les cheminots se trouvent aussi obligés de se défendre contre une offensive de grande envergure de la part de la direction des chemins de fer et du gouvernement, offensive qui menace à la fois leurs emplois, leurs conditions de travail et leurs syndicats. Malheureusement, il faut constater que tant sur la question de la solidarité avec les mineurs que sur celle de la défense de leurs propres acquis, la combativité des cheminots de la base dépasse largement la volonté des directions syndicales - qui appartiennent pourtant à la gauche notamment tout fait pour éviter que se produise une lutte d'ensemble des mi. neurs et des cheminots, lutte qui aurait une dynamique pouvant constituer une grave menace pour le gouvernement de Thatcher. Conscient de l'importance des enjeux, le gouvernement a fait un certain concessions aux directions syndicales des cheminots, mais suffisantes pour donner aux bureaucrates le moyen d'éviter la confrontation.

ces derniers ont bien été obligés d'appeler à une série de grèves de dans le courant de l'année 1984, soit pour soutenir les mineurs, soit sur les revendications cheminots. Mais, dans les deux cas, dans le cadre de la situation globale de la lutte des mineurs, ces actions ont servi à des syndicats des cheminots, la solidarité avec les mineurs a été plus conséquente. Un des meilleurs exemples est celui des cheminots de Coalville, au cœur du « pays de jaunes » qu'est le bassin houiller du Leicestershire. Dans cette région, seulement 30 des 2 500 mineurs — « les « 30 salopards », comme ils s'appellent ironiquement -, soutiennent grève, les produisant 135 000 tonnes de charbon par semaine, qui devraient normalement être transportées par les cheminots vers les centrales électriques. Mais, depuis le 4 avril 1984, les cheminots de Coalville refusent de le faire, avec pour résultat que leur dépôt est maintenant dominé par des montagnes de

Malgré le fait qu'en agissant ainsi les cheminots de Coalville ne font qu'appliquer les consignes officielles de leur syndicat, ce dernier s'est montré très réticent pour organiser la solidarité nécessaire, quand ils se trouvaient confrontés à la répatronale. Une réunion de soutien organisée à Coalville, le 5 novembre 1984, rassembla cent cheminots de tout le pays, y compris des militants venant d'endroits où des actions de solidari-

Men soutien aux mineurs avaient été entreprises. Sous la pression des militants de base, un représentant de la direction du syndicat national est venu réunion, où il a dû faire face aux interpellations vigoureuses des militants qui exigeaient que le syndicat défende ceux de Coalville.

Finalement, devant l'escalade de la répression contre les cheminots de Coalville, les syndicats furent obligés d'appeler à une grève de 24 heures, le 17 janvier 1985, pour les défendre. Bien que cette deux régions seulement, des cheminots d'autres régions ont aussi arrêté le travail, ce qui montre qu'il existe dans ce secteur une combativité et une volonté de se mobiliser pour soutenir les mineurs. Si les directions syndicales des cheminots et d'autres secteurs de la classe ouvrière britannique, notamment les travailleurs des centrales électriques, étaient prêts à organiser l'action nécessaire, la grève des mineurs pourrait encore remporter la vic-

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