la collaboration de classe au secours de l'Etat néo-colonial
L mourment de mane qui balat demeure dano les memite comme puisana. E « mai malgache » de 1972 est demeuré dans les mémoires comme le puissant na et du Parti social-démocrate (PSD). Il a, par ailleurs, favorisé l'émergence d'une gauche anti-impérialiste essentiellement représentée, dans les années qui ont
La reprise en main impérialiste a pris du temps à se dessiner. Certes, le mouvement de masse avait déjà été dépossédé de sa victoire par l'installation de l'armée au pouvoir, qui est intervenue le 18 mai 1972, après 4 jours d'émeutes et une grève générale. Mais le reflux du mouvement de masse a été exceptionnellement lent, donnant même lieu,
Par ailleurs, les gouvernements successifs des généraux Ramanantsoa (1972-1975),
Ratsimandrava (du 5 au ll février 1975) et Andriamahazo (de février à juin 1975), ont tous totalement échoué dans leurs tentatives d'unifier les classes dirigeantes. Il a fallu attendre juin 1975 pour qu'un embryon de consensus institutionnel prenne forme autour du capitaine de frégate - aujourd'hui amiral - Didier Ratsiraka et au sein de l'appareil d'Etat néo-colonial élargi à d'autres secteurs de la petite-bourgeoisie.
La rhétorique socialisante et tiers-mondiste de l'équipe dirigeante a obtenu le soutien et la participation du noyau pro-soviétique membre de l'AKFM (Parti du congrès de l'indépendance de Madagascar) — ce parti fournit, depuis 1975, des ministres au gouvernement —, ainsi que l'appui du MFM et, à un degré moindre, du MONI-
MA (Mouvement national pour l'indépendance de Madagascar). Ce verbiage a servi à alimenter l'image prétendument anti-impérialiste du régime, mais il ne résiste pourtant pas à l'épreuve des faits et de l'analyse de la réalité de la politique de la classe dirigean-
Toute la démarche de Ratsiraka a résidé et réside dans le verrouillage du champ politique par l'intégration à son régime des partis légaux constitués avant sa prise du pouvoir (1). De fait, le FNDR (Front national pour la défense de la révolution) regroupe sept organisations politiques et est le cadre obligatoire et unique de toute activité politique légale (cf. encadré p. 19). L'AREMA (Avant-garde de la révolution malgache), parti du président, fabriqué de toutes pièces en 1975, est largement hégémonique au
La tentation du parti unique qui anime aujourd'hui les dirigeants d'Antananarivo, en même temps qu'une ouverture au capitalisme international, sont franchement entamées à partir de l'intervention du Fonds monétaire international (FMI) et sur la base des aveux d'échec faits par le MFM et le MONIMA. Mais ce tournant se heurte au fait que l'unification des classes dirigeantes et la stabilité du régime néo-colonial de
- Oui, celles que le gouvernement octroie. Parce qu'ici, il y a de l'entreprise privée et une économie mixte.
- Est-ce que la question des titres et des certificats de non-expropriabilité a été résolue maintenant ? (9)
— Une loi de non-expropriabilité est à l'étude. Mais nous n'allons pas non plus donner un certificat de non-expropriabilité à un fainéant, à un bon à rien, ou à quelqu'un qui décapitalise ou envoie à l'étranger les richesses du pays. Donc, cela dépend de la manière dont il exploite la
Il y a des producteurs qui disent : « Ne me donnez pas de titre. Si je suis un bon travailleur, je n'ai pas besoin d'un titre. » Ceux qui demandent le plus les certificats, ce sont les 10% qui ne sont pas affiliés à l'UNAG. Et pour la plupart, ils utilisent cette question à des fins politiques, ils ne sont pas concernés par le fait que les petits et moyens producteurs reçoivent des titres de non-expropriabilité.
- Donc, sur les deux questions, celle des titres de non-expropriabilité et celle de savoir si les titres de la réforme agraire vont être changés, ni l'une ni l'autre ne rendent inquiet le paysan?
- Absolument pas. Ecoutez, si la paysannerie ne faisait pas confiance à la révolution, nous serions finis.
Propos recueillis pour Intercontinental Press, Managua, le 9 octobre 1984. 9. Le gouvernement discute actuellement de l'opportunité d'octroyer des certificats de non-expropriabilité, pour réitérer une promesse des sandinistes, que la réforme agraire ne toucherait pas les terres — quelle que soit leur étendes producteurs qui continueraient à la travailler de manière efficace et sans décapitaliser leurs propriétés.
MADAGASCAR
La médecine FMI et suivi, par le MFM (Parti pour le pouvoir prolétarien).
jusqu'à ces dernières années, à plusieurs sursauts localisés.
sein de ce front.
Ratsiraka restent des leurres.
Déficit permanent de la balance commerciale (7 milliards de francs malgaches
- fmg - en 1970, 18 en 1971, 10 en
1972) (2), dette extérieure de 116 millions de dollars, assujettissement financier et monétaire à la zone franc (avec, en particuliet, la libre transférabilité des capitaux), PIB absolument léthargique, sous- développement généralisé de l'économie, déséquilibres régionaux, les tels sont traits principaux de la situation économique léguée par le régime pro-impérialiste de Tsiranana aux régimes militaires, à partir de 1972.
Maints observateurs se sont vivement réjouis des mesures prises à Madagascar quand Ratsiraka était ministre des Affaires étrangères du gouvernement Ramanantsoa. de 1972 à 1975, et depuis qu'il a instauré son régime « socialiste », à savoir, entre autres, la sortie de la zone franc
(1973), la nationalisation des banques, des assurances et des entreprises « stratégiques » (1975), la politique voà outrance (depuis 1978). Ils y voyaient la confirmation de leur analyse de la nature « non capitaliste » de ce régime.
En 1984, l'aggravation du déséquilibre économique et financier, l'extrême misère des masses, rappellent pourtant la barbarie léguée par le régime néo-colonial du PSD, qui était resté au pouvoir depuis l'octroi de l'indépendance juridique par Paris, en 1960, jusqu'aux événements de mai 1972.
ECHEC SUR TOUTE LA LIGNE Dans l'agriculture - qui occupe 80 % de la population et intervient pour 40 %
1. Le PSD, devenu PSM (Parti socialiste malgache) a été mis hors-la-loi en février 1975 pour avoir trempé dans l'assassinat du chef de l'Etat de l'époque, le général Ratsimandrava.
2. 1 fmg valait 0,02 francs en 1972. Il en vaut aujourd'hui 0,0145.
dans le PNB et pour 80 % dans les recettes d'exportation -, la croissance de la production a considérablement chuté depuis 1975, jusqu'à se chiffrer aujourd'hui à 0,6 % par an. A l'origine de cette catastrophe, les coups d'arrêt vite donnés par le régime militaire à la réforme agraire détrès limitée dans ses objectifs et à la politique de mise en place de coopératives dans la paysannerie, politique qui a en grande partie tourné au clientélisme d'une part, subi les effets du bureaucratisme et de la corruption qui caractérisent les sociétés d'Etat chargées de la collecte des produits, d'autre part, sans compter les coups portés par la chute des cours sur le marché mondial.
Concrètement, on assiste à une baisse des exportations agricoles (café, vanille, girofle) et à une augmentation des importations de riz. Ces dernières ont passé, de 1978 à 1982, de 180 000 tonnes à presque 350 000 tonnes, soit l'équivalent de 700 millions de fmg, soit 3,7 % du PNB, parce que le tonnage de riz collecté en 1979, 107 946 en 1983). En somme, l'excédent de la balance qui était de 6,5% du PNB en 1981, est tombé à 2,4% en 1982. D'un autre côté, l'indice de la production industrielle, après avoir stagné de 1974 a après avoir commencé chuter en 1979 (115,7) est descendu, depuis 1981, au-dessous de l'indice de base de 1970 (100). Les difficultés d'approvisionnement en matières premières pièces détachées dues au déficit de la bapaiements n'expliquent pas tout. Il y a aussi la corruption et la gabegie généralisées dans la gestion des entre-
Le taux d'utilisation de la capacité de production a enregistré, de 1979 à 1981, une baisse de 15 % (de 75 % à 60 %). Même l'industrie textile comportant, entre trois complexes modernes employant au total plus de 10 000 travailleurs, a enregistré une baisse de 15 % de sa production à partir de 1981. L'exemple de la Brasserie STAR, dont la production de bière et de boissons gazeuses a notablement baissé en 1982, illustre encore mieux cette incapacité. Les matières importées par cette usine, à savoir le malte, le sucre, la farine, les pièces détachées, les bouteilles, le gazole, n'ont pu être achetées, entre décembre 1981 et avril 1982, que pour l'équivalent de 190 millions de fmg de sorties de devises autorisées, alors qu'il en aurait fallu 800 millions au
La mise au chômage technique est devenu le lot commun des entreprises. Ainsi, des entreprises d'Etat, comme la fabrique de sacs en jute FITIM de Mahajanga (1 000 travailleurs) et les constructions navales SECREN d'Antsiranana, mais aussi des entreprises privées comme la Savonnerie tropicale (qui vient de licencier 150 ouvriers sur un effectif de 400), fonctionnent à moins de 30% de nouvelles démagogiquement installées en 1982 pour servir de thème de propagande lors de la campagne pour les élections présidentielles, n'ont pratiquement pas eu d'activité jusqu'à ce jour.
L'exode rural massif lié à la misère dans les campagnes, une « bidonvillisation » accélérée des villes (la capitale, Antananarivo, avec sa périphérie immédiate, actuellement presqu'un d'habitants, alors qu'au milieu des années 1970, elle en comptait moins de 500 000) et le développement du chômage urbain, s'ajoutent à la pénurie des produits de première nécessité et à une augmentation annuelle de 20 à 30% des prix depuis
Le PNB par habitant, qui était de 1650 francs français en 1982, a connu une baisse annuelle réguliere de 1,6 %. l se confirme aujourd'hui que le revenu réel par habitant est à la limite du seuil de pauvreté. D'ailleurs, la FAO, organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture, signalait des cas de famine fameuse politique volontariste d'investissement à outrance, inaugurée en 1978 — c'est-à-dire au moment où le déficit de la balance des paiements était à son minimum de 0,2 % - et qui visait à satisfaire les clientèles de notables ethniques et régionaux du régime, a vite provoqué, dès 1979, un accroissement très significatif du déficit des finances publiques et une dégradation très accélérée de la balance des paiements courants. Actuellement évaluée à 1,56 milliards de dollars, la dette publique malgache représente 55 % du PNB. La situation de cessation de paiement est intervenue dès 1981 et, dans sa foulée, a été ébauchée l'ouverture au capital impérialiste associée à l'acceptation d'une série d'accords de confirmation de
ACCORDS AVEC LE FMI ET
RÉÉCHELONNEMENT DES DETTES:
LA SURVIE D'UN RÉGIME Le premier accord de confirmation date de juin 1980 et a porté sur 64,5 millions de dollars en droits de tirage spéciaux (DTS) (3). Il a avorté très vite pour non réalisation du programme, côté malgache. Le régime Ratsiraka n'osait pas, à ce moment-là, prendre le tournant d'une manière trop tranchée, certaines de ses composantes, comme l'AKMF et le MFM étant encore très réservées, d'autres étant formellement hostiles, comme le MONIMA, nouvellement réintégré au Front
Le deuxième accord, portant sur 109 millions de DTS date d'avril 1981. Du type de celui qui a contribué à faire tomber le gouvernement de gauche de Michael Manley en Jamaïque, en 1980, il préconisait la compression stricte des dépenses budgétaires, la restriction du crédit, une des hausses salariales, relèvement des prix agricoles et une dévaluation de 15 % du franc malgache.
Le troisième accord, d'un de 72 millions de DTS (dont 21 de financement compensatoire) appliqué en 1982 était encore plus agressif, préconisait, outre le plan sation, de nouvelles limites au déficit budgétaire, la suppression des subventions étatiques aux produits de première nécessité, la limitation des hausses salariales à 4,5 % par an, une deuxième dévaluation de 15 % du franc malgache, la non création des 6 000 emplois prévus pour cette année-là (par démagogie électorale), l'encadrement du crédit et le renouvellement des taux d'intérêts (le taux d'escompte passant de 8 à 12,5 %), la limitation des nouveaux emprunts extérieurs et la réduction des arriérés de paiement.
Cette politique d'austérité, le gouvernement malgache s'est empressé de l'appliquer bien avant la conclusion de l'accord, pour montrer sa volonté d'allégeance vis-à-vis de ses créanciers. Et, en mars 1982, il décide une hausse de 87% du prix du riz, de plus de 100 % de la farine, de 80% du pain, etc. Ajoutées aux problèmes de ravitaillement et à l'agitation scolaire et estudiantine, ces mesures impopulaires ont immédiatement provoqué des mobilisations populaires de protestation, durement réprimées à Antsiranana et dans l'île de Nosy-Be. Ni le MFM ni le MONIMA, orientés tous deux par une politique de soutien au régime, mais qui étaient plus ou moins impliqués dans ces manifestations, n'ont voulu ni su les capitaliser. La direction du MFM a pratiquement désavoué le mouvement (soi-disant manipulé par les Sud-Africains) et ses militants qui y avaient participé furent condamnés à des peines d'emprisonnement, tandis que le MONIMA ne présenta qu'une alternative confuse aux diktats du FMI et sombra dans des alliances électoralistes plus que louches avec l'opposition de droite (PSD).
La ratification des accords de confirmation avec le FMI aura permis au régime d'Antananarivo d'obtenir auprès de ses créanciers le rééchelonnement de ses dettes à court terme. Cette année, après l'aval du FMI, la situation se présente comme suit:
- le Club de Londres (4) a accordé à Antananarivo un délai de 6 ans, avec 2 ans de différé (1983 et 1984), pour 110 millions de dollars de dettes à court terme, et de 8 ans, toujours avec le même différé de 2 ans, pour 60 millions de dettes à moyen terme ;
- le Club de Paris a échelonné sur 11 ans, avec 5 ans de différé, les 160 millions de dollars de dettes malgaches à son égard.
Après déductions, les dettes à long terme du gouvernement malgache se chiffrent donc en ce moment à 1,23 milliard
3. Monnaie de réserve émise par le Fonds monétaire international, dont la base est constituée, depuis 1981, par un « panier » des monnaies des pays dont les exportations de biens et de services en 1975-1979 ont été les plus importantes (dollar US, mark allemand, franc français, yen japonais et livre sterling).
4. Le Club de Londres et le Club de Paris rassemblent les banques occidentales créancières des gouvernements des pays dominés.
de dollars, ce qui représente dix fois le montant de l'ensemble de la dette publique malgache en 1972.
On le voit, le rôle du FMI dans le processus qui a mené à la situation actuelle a été capital. En appliquant sa médecine déflationniste, il forçait les classes dirigeantes à limiter quelque peu leur gabegie mais, dans le même temps, il leur donnait sa caution auprès de leurs créanciers. Les diktats du FMI, loin d'être cet épouvantail que Ratsiraka et consorts agitent pour se justifier devant les masses, sont véritablement une perche tendue aux classes dirigeantes pour la sauvegarde de l'Etat néocolonial. C'est là une constante de la politique du FMI, en tant que coordinateur du refinancement des débiteurs en difficulté. Dans l'esprit des experts du FMI, « étrangler un débiteur par des coûts financiers trop élevés est dangereux ».
DYNAMIQUE DE RÉORGANISATION
DU PROCES NÉO-COLONIAL Mais, à partir de l'application de la médecine du FMI et des négociations pour le rééchelonnement des dettes, c'est tout un tournant que le régime malgache prend depuis peu. Il s'agit d'une évolution conforme à la dynamique de réorganisation du procès néo-colonial déjà mis en route depuis les années 1970 dans quelques pays. Dans certains pays clefs pour la domination impérialiste en Afrique, comme le Sénégal, le Zaïre, le Cameroun ou la Côte d'Ivoire, une nouvelle forme de domination néo-coloniale a été engagée depuis une dizaine d'années. « Ventes d'usines clefs en main et intégration des pétrodollars des pays arabes pétroliers, aides au développement des petites et moyennes entreprises (PME) à la périphérie des grands ensembles industriels, stricte limite de ce processus à quelques pays, voilà le schéma directeur » (5). La condition en est que les pays en question bénéficient à la fois d'une stabilité politique relative et d'infrastructures substantielles déjà acquises dans le cadre de la politique néo-coloniale des années 1960. Mais cette politique se mène aujourd'hui dans des conditions financières différentes. Les impérialistes veulent rentabiliser leur aide et souffrent des faibles disponibilités financières des Etats d'Afrique noire.
Il s'agit alors d'opérer une rationalisation des investissements impérialistes, de l'aide aux PME et de l'intervention de l'Etat. Le développement des PME constitue le modèle de tissu économique national. Cela implique le développement partiel d'une industrialisation par un changement d'affectation des investissements impérialistes, de l'agriculture vers des secteurs précis de l'« industrie ». D'où la réalisation de grands aménagements portuaires, des lignes ferroviaires transcamerounaise et transgabonaise, de barrages, etc. Mais, surtout, l'intégration régionale sera réalisée systématiquement dans le cadre d'un développement inégal et combiné entre les pays clefs et les autres, c'est-àdire que les projets commerciaux prendront une envergure nettement plus large que celle des trafics localisés.
Ratsiraka reçu à l'Elysée par Mitterrand, en 1984. (DR)
Madagascar, fleuron du néo-colonialisme français en Afrique dans les années 1960 par le biais du régime pro-impérialiste de Tsiranana, est devenu un pays à hauts risques pour les investissements étrangers à partir de 1972, en raison de la vivacité du mouvement des masses et du début de structuration d'une gauche antiimpérialiste - en l'occurence la constitution du MFM — et de la politique du régime. Ce pays est resté structurellement un pays néo-colonial, mais, pour des raisons politiques, il est substantiellement resté, durant dix ans, en marge des investissements impérialistes. Le recul relatif du mouvement des masses lié à la trahison de la direction du MFM et à l'opportunisme de celle du MONIMA, qui ont considérablement favorisé la réorganisation partielle de l'appareil d'Etat néo-colonial par le régime Ratsiraka, ouvre depuis la fin des années 1970 de nouvelles perspectives à l'impérialisme, dans un contexte tout à fait différent de celui de la première décennie de l'indépendance. Dans cette hypothèse, l'impérialisme fera son possible pour que Madagascar redevienne un maillon important de sa domination dans la région sud-ouest de l'océan Indien, en l'intégrant dans le schéma de réorganisation du procès néo-colonial. AU CAPITALISME INTERNATIONAL
Le ballon d'oxygène ayant été fourni par le FMI, on assiste actuellement à la libéralisation accélérée des prix, du commerce et du système d'importation et de change. Cette orientation va dans le sens des pressions exercées depuis deux ans par les ambassades des pays occidentaux et par les dirigeants malgaches de PME, qui réclament une rationalisation des rapports entre secteur public, secteur privé « national » et investissements étrangers.
Une coopération régionale entre Madagascar et l'île de la Réunion est en train de s'organiser. Les négociations en cours entre les deux partenaires concernent, au-delà de la logique purement mercantile que laissent apparaître les commentaires de presse, les bases d'une éventuelle intégration régionale. Dans un premier temps, Madagascar deviendra un dépotoir de voitures, téléviseurs et appareils ménagers d'occasion ou de fin de série, mais, à terme, les investissements français, hommes d'affaires réunionnais, voudront permettre aux PME de s'équiper et de se constituer éventuellemnt comme tissu économique national. Une industrialisation partielle n'est pas exclue, mais elle ne se fera qu'en fonction des impératifs de la domination impérialiste dans la Ainsi, par exemple, des usines de traitement du maïs ou du bois n'auront de raison d'être à Madagascar, dans ce schéma, que pour assurer le ravitaillement de la Réunion et, en fin de amoindrir les coûts de la domination coloniale française sur cette dernière. Le créneau est des plus larges, puisque les exportations malgaches en direction de la
One représentent encore que 1,3 % de l'ensemble des importations de
L'impérialisme français qui, à l'étape actuelle, fait de la Réunion une plaque tournante et un tremplin pour la défense de ses intérêts dans le sud-ouest de l'océan Indien, reste en tout cas en première ligne à Madagascar. Sa part dans le commerce avec la « grande île », après avoir chuté de 70 à 30 % lors de la sortie malgache de la zone franc en 1973, dépasse aujourd'hui 40%. La France ne peut que gagner sur tous les tableaux à l'intensification sous sa haute surveillance de la « coopération » entre les deux îles. L'essentiel, pour la France, est de mettre en place les bases d'une intégration régionale. La constitution, en 1983, de la
5. Afrique en lutte, numéro 32, décembre 1977, p. 20.
Commission pant Madagascar, Maurice et les Seychelles (avec la participation de la France en tant qu'« observateur »), va d'ailleurs aus-
L'autre filière actuellement mise en œuvre par le capital impérialiste est la réhabilitation des entreprises axées sur l'exportation et la production de substitution des importations. Le renouvellement des équipements, la reconstitution des capacités de production et des stocks de pièces de rechange constituent des marchés juteux. Dans cette voie, de nombreux contrats viennent d'être signés, comme celui avec la CCCE (Caisse centrale de coopération économique) française, d'un montant de 3 milliards de fmg (soit 43 millions de francs) pour la réhabilitation de la raffinerie de pétrole de Taomasina. Autre exemple: un européenne d'investissements) aux PME, d'un montant de 8 millions d'écus (6), soit environ 40 millions de francs, dans le cadre de la convention de Lomé II (7).
L'exemple de la relance du tourisme international illustre très bien la démarche du gouvernement malgache encourageant maintenant la réalisation de divers systèmes de « joint-venture » (8) pour mobiliser les PME locales. Joseph Bedo, ministre des Transports et du Tourisme, a largement justifié cette relance socio-économique » du tourisme, lors d'une conférence de presse du
La réhabilitation l'infrastructure hôtelière qui existait déjà
Tsiranana, constitue la priorité en matière de tourisme : elle se fera en favorisant des associations de PME locales avec des capitaux étrangers. En ce moment même, les responsables du tourisme orchestrent une opération de racolage à l'extérieur, sur des thèmes éculés, du genre « Tropiques insolites, le Sud malgache », etc., pour attirer les capitaux étrangers.
Mais Madagascar connaît aussi un retour en force de l'impérialisme américain. L'aide « humanitaire » aux sinistrés du cyclone Kamisy (mars 1984) a consacré la normalisation des rapports entre les deux gouvernements. Le temps où la station de la NASA à Madagascar avait été confisquée par les autorités malgaches est bien loin. Le renvoi de diplomates américains pour faits de subversion est oublié. L'administration américaine met aujourd'hui les bouchées doubles. Des officiers malgaches sont actuellement en stage de formation aux Etats-Unis. Une centaine de bateaux américains vont incessamment être mis sous pavillon (de complaisance) vient de faire un don alimentaire de 3,354 milliards de fmg, soit environ 48 millions de francs (10 000 tonnes de riz et 1 000 tonnes d'huile) après l'important prêt de 1983 pour l'achat de riz. Par ailleurs, les deux gouvernements discutent des conditions d'une intégration de Madagascar dans un groupe de pays que les Etats-Unis financeraient plus particulièrement plus substantiellement. Enfin, plusieurs compagnies américaines (comme Amoco International, qui vient d'obtenir des concessions off-shore pour la recherche de pétrole dans le delta du Zambèze au Mozambique) sont bénéficiaires, avec d'ausociétés étrangères, prospection et de forage de pétrole sur les côtes malgaches ... Criblé de dettes, le régime d'Antananarivo vit de l'espoir de la rentabilisation des gisements de schistes bitumineux, des éventuelles découvertes pétrolières et des réserves potentielles d'uranium, et s'empresse de les brader
La consécration finale de l'ouverture tous azimuts du régime malgache au capitalisme international sera constituée par la prochaine promulgation, fin 1984 ou début 1985, d'un nouveau code des investissements, qui annulera les restrictions en vigueur depuis 1973 dont, entre autres, l'obligation pour les sociétés étrangères d'établir leur siège à Madagascar. Ce nou-
veau code devrait attribuer aux investisseurs étrangers des avantages fiscaux et la exigent, des capitaux et des dividendes.
AVEUX D'UN ÉCHEC
Mais, dans l'attente de la promulgation de ce code et de nombreux investissements étrangers, on parle déjà en haut lieu d'un projet de blocage des salaires ... et aussi d'un projet d'établissement, dans une partie du nord de l'île (traditionnellement plus riche que les autres régions), d'une zone franche industrielle où, entre autres, les Sud-Africains seraient de nouveau dans le coup, par Mauriciens interposés (9). Paradoxalement, le fait que ces deux projets soient envisagés, nous rensei-
6. ECU (European Currency Unit, unité de monnaie européenne). Unité monétaire constituant l'élément central du système monétaire européen, entré en vigueur en 1979 et dont le but est de limiter les fluctuations des monnaies des pays participants. 1 ECU vaut 157,678 fmg, soit 6.79 francs francis (au 6 février 1985).
7. La convention de Lomé est un accord de type néo-colonial qui lie la CEE et 63 pays d'Afrique, de la Caraibe et du Pacifique (ACP). Signé en 1975, il fut renouvelé en 1979, d'où le nom de Lomé II. Voir l'article de Claude Gabriel, « La convention de Lomé, un mécanisme de pillage impérialiste », dans Inprecor numéro 171 du 16 avril 1984.
8. Entreprises créées par l'association du capital impérialiste et des capitaux locaux des pays dominés.
9. Un projet analogue concernant la baie de Narinda, dans le nord-ouest malgache, avait été conçu en 1971 par le régime PSD sous l'égide des Sud-Africains. Il avait produit une scission au sein du PSD et du gouvernement de l'époque et avait finalement avorté.
gne sur la fragilité du consensus qui existe au sommet de l'appareil d'Etat. En effet, Manandafy, dirigeant du MFM, si coopératif qu'il se montre en voulant appliquer une stricte politique d'austérité, risque à tout moment de se trouver en porte-à-faux entre, d'une part, le désir d'assujettissement extrême à l'impérialisme que commencent à avancer de larges secteurs des classes dirigeantes, et, d'autre part, le personnel politique petit-bourgeois qui est étroitement lié aux avantages bureaucratiques offerts par l'importance et la place des entreprises étatisées dans l'économie. « Madagascar ne sera ni Hong-Kong ni Singapour », disait Manandafy au mois d'octobre dernier (10). Le problème n'est pourtant pas de choisir entre l'austérité et la zone franche, les deux choses étant organiquement et rigoureusement liées. Il réside plutôt dans les compromissions de la direction du MFM dans toute cette réorganisation du procès néo-colonial. C'est tout un processus de trahison des aspirations et des luttes des travailleurs et de la jeunesse qui est en question. C'est l'agression caractérisée qu'elle mène contre les droits des travailleurs, le treizième mois, le pouvoir d'achat, la l'emploi (qui sont, dans son esprit, autant de batailles à courte vue), qui est aujourd'hui en cause. Par exemple, le MFM n'a pratiquement pas réagi devant le fait que des deux hausses de salaires de cette année reste absolument insignifiant face à la flambée des prix.
Manandafy et la direction du MFM, au nom d'une politique démobilisatrice d'union sacrée, de participation responsable et d'austérité, se sont opposés à toute initiative allant dans le sens de la défense de l'emploi et du pouvoir d'achat des masses laborieuses qui constitue le préalable à tout projet anticapitaliste et anti-
Le 4e comité central du MFM, réuni les 14 et 15 septembre 1984, persiste et signe d'ailleurs. Le communiqué laconique repris par l'agence officielle ANTA ne des impasses sur lesquelles ont buté les discussions entre une direction qui voulait à tout prix approfondir sa compromission avec le régime et certains délégués qui exprimaient leurs inquiétudes sans proposer de véritables alternatives. Ce comité central fut l'aveu d'un échec plus marqué encore que celui qui avait amené, en 1977, le MFM à intégrer le Front national et Manandafy à accepter le poste de « conseiller suprême de la révolution, président de la commission de production ». Premier point qui s'est dégagé de cette réunion : le MFM est aujourd'hui prêt à accepter le parti unique, il en admet déjà le principe.
La stabilité politique du régime est une exigence de la reprise en main impérialiste. Le parti unique procède, dans tous les cas de figure, de la volonté de Ratsiraka de verrouiller le champ politique, à défaut d'assurer la stabilité politique. Le FNDR, front de collaboration de classes, pas plus que le « bipartisme » (PSD-AKFM) à la Tsiranana, n'a réussi à unifier durablement les classes dirigeantes. Mais le parti unique n'y arrivera pas non plus. L'impossibilité d'unification durable des classes dirigeantes est inhérente à la nature des rapports qui existent entre ses différentes fractions dans un contexte de subordination généralisée à l'impérialisme où elles ne peuvent s'affirmer relativement que l'une contre l'autre, sans compter les clivages ethniques qui existent toujours et la résurgence d'antagonis-
La thèse du MFM du parti unique, garant des institutions et gardien de la révolution, ne tient pas debout quand, aujourd'hui, la rupture entre la base et les directions du MFM s'affirme, comme c'est également le cas pour le MONIMA. De plus, cette démarche est très risquée pour le MFM, dans la mesure où cela va entamer irréversiblement sa base électorale et affaiblir son appareil. D'où les atermoiements de la direction lors du dernier comité central. Il reste que le parti unique et son prolongement syndical éventuel sont l'une des solutions bureaucratiques envisagées pour faire face à d'éventuels sursauts des masses par rapport au cours actuel pris par le régime. De toute façon, parti unique ou pas, le MFM plus que tout autre courant sera appelé à tenir un rôle de tampon entre les travailleurs et la jeunesse d'une part, et le patronat de l'autre.
Deuxième point important de ce comité central : le MFM lance un syndicat rural, le TMF (Tantsaha miavo-tena eo amin'ny fihariana - Association de paysans révolutionnaires : éleveurs, agriculteurs, forestiers, pêcheurs, artisans). Le TMF est la nouvelle mouture présentée à ce qui reste de militants MFM face à la débâcle du TM (Lutte ouvrière), syndicat créé par le parti en 1975 pour mener sa politique dans les entreprises. Les scores électoraux déplorables du TM et la désyndicalisation accrue des travailleurs rendent compte de
Que dire d'ailleurs d'un syndicat qui n'arrive plus à réunir que 250 personnes à Antananarivo, au dernier ler mai, alors qu'il y a quelques années, il pouvait se vanter de mobiliser 25 000 travailleurs pour la même occasion ? Mais le fameux TMF est mort-né. Pratiquement, il ne pourra même pas prendre en charge les revendications essentielles des travailleurs ruraux, puisqu'il acceptera en son centaines d'hectares de terres, et ne sera finalement rien d'autre qu'un vecteur de la politique gouvernementale. La direction MFM est d'ailleurs partante depuis longtemps pour cette politique de promotion des PME, d'autant que bon nombre de ses membres dirigeants y sont compromis et que, lors des élections législatives de 1983, ce parti s'était définitivement ligué avec les notables ethniques dans les localités où il présentait des candidats. Le « redressement condition sine qua non de l'avancée vers le pouvoir prolétarien » ne trompe personne. C'est une compromission avec le néo-colonialisme. Les professions de foi « marxistes » de Manandafy au Quotidien Réunion du 2 octobre 1984.
de la Réunion sont plus que lamentables, quand on sait qu'il considère les PME, la technocratie et le blocage des salaires comme panacées et moindres qu'il vient de saluer chaleureusement la création d'une école de management par la Banque mondiale et le Canada.
direction du MONIMA côté, à son dernier congrès, a épuré ses rangs de ses éléments qui prônaient d'une manière très confuse la critique de ses orientations opportunistes, pour finalement intégrer des personnalités notoirement liées à l'ex-PSD qui ont fait partie du comité de soutien à la candidature de Monja Jaona, dirigeant du MONIMA, aux élections présidentielles de 1982 et aux listes présentées par ce parti aux législatives de 1983. Le dernier congrès du MONIMA s'est aussi cantonné dans le thème du redressement national, et la direction du parti paye aujourd'hui sa myopie politique et l'opportunisme qu'elle pratique depuis 1972 : le MONIMA n'a reque d'une manière sectaire la démocratisation de la vie politique, et les deux députés qu'il a réussi à envoyer au Parlement sont actuellement confinés à une présence absolument marginale, tandis que le vieux Monja vient d'être débouté du procès qu'il a intenté contre le régime concernant sa mise en résidence surveillée en 1982. Tout cela se passe sans aucun soutien de masse.
Une fois de plus donc, le MONIMA autant que le MFM, continue à façonner une parure démocratique pour un régime qui interdit toute activité politique en dehors du Front national, prévoit la peine de mort à l'encontre de toute personne ayant participé à une réunion qu'il juge séditieuse, et censure toutes les informa-
LES FRACTIONS DU RÉGIME Plus que jamais, la situation malgache actuelle montre que la marge de manœuvre des classes dirigeantes d'un pays dominé comme Madagascar est définie par le marché impérialiste. Il est possible que le régime et les PME malgaches bénéficient dans une certaine mesure de la délocalisation de certaines industries condamnées par les « restructurations industrielles » opérées par les puissances impérialistes depuis une dizaine d'années, dans le cadre leur compétition. Mais l'ampleur de cette délocalisation en direction de Madagascar n'est pas évidente eu égard aux faiblesses historiques de l'infrastructure déjà existante sur place et à l'instabilité structurelle du régime. D'une manière générale, la réorganisation du procès néo-colonial concernant Madagascar ne prendra meme pas les formes d'une véritable semi-industrialisation du pays en fonction des besoins locaux, mais restera dans les limites d'une rationalisation de l'économie d'exportation.
L'impasse de la démarche actuelle du régime malgache réside dans le fait que le
10. Interview parue dans le Quotidien de la
marché impérialiste ne permet plus que la reconversion des activités spéculatives d'une bourgeoisie indigène vers un développement des PME débouche sur une vécitable capacité d'entreprise indépendan te. Cette donnée structurelle est aggravée par la situation actuelle d'endettement du pays. De par sa nature, cette bourgeoisie malgache ne peut se défaire de sa tendance à produire une gabegie considérable et à n'investir dans des secteurs productifs qu'une très faible partie de ses capitaux.
Par ailleurs, rappelons-le encore, le retard dans l'unification des classes dirigeantes reste trop grand pour qu'on puisse encore admettre les possibilités d'émergence d'un véritable capitalisme national indépendant. L'éventuelle découverte de gisements de pétrole, fantasme des gouvernants malgaches, se produira de toute façon dans un contexte de déconfiture de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et de chute des revenus pétroliers. Là encore, la bourgeoisie malgache aurait dû s'y prendre dix ans plus tôt. Mais, à l'époque, alors que la prospection des côtes malgaches était déjà assez avancée, les capitaux étrangers fuirent Madagascar pour les raisons que l'on sait. Les mois et les années à venir risquent donc encore de ramener au premier plan la guerre des fractions de ces classes, attisée par la compétition entre les gouvernements occidentaux. C'est la perspective d'un remaniement gouvernemental qui se précise. Apparemment, Manandafy risque d'en faire les frais, puisqu'il semble être un bouc émissaire dans la compétition entre la France et les Etats-Unis. En réalité, Manandaty, grace à ses orientations jugées « réalistes ». l'implantation encore relativement opérationnelle de l'appareil de son parti (11) et ses positions opportunistes par rapport à la question du parti unique, semble s'être acquis un soutien de la technocratie, des PME et du FFKM (Conseil œcuménique des églises chrétiennes) contre la majorité gouvernementale actuelle.
Paris cherche à déstabiliser l'alliance que Manandafy essaye d'établir depuis un an avec certains groupes qui ont depuis longtemps l'appui des Etats-Unis et qui ont la haute main sur les technocrates et les PME. Ce sont notamment les groupes de Razakaboana (ancien ministre des Finances et du Plan, actuellement conseil-
Le port de Fort-Dauphin, Madagascar. (DR) ler suprême de la révolution et principal dirigeant de l'aile droite minoritaire de l'AREMA) et de Rarivoson (ancien ministre de l'Economie, actuellement PDG du Fonds national d'investissement) et le groupe d'Andriamanerasoa (conseiller spécial du président et chef de file des jeunes technocrates initiateurs du tournant actuel). Ces deux groupes bénéficient en tout cas du soutien de la grande bourgeoisie d'Antananarivo qui, jusqu'ici, s'est toujours écrasée devant Ratsiraka, et de l'ensemble des hiérarchies ecclésiastiques chrétiennes regroupées dans le FFKM. Cela ne veut pas dire que Paris ne s'appuye que sur la majorité actuelle de l'AREMA, qui est largement déconsidérée par ses échecs, ni sur les sensibilités proches de l'ex-PSD. Paris veut en fait limiter les risques de dérapage qu'occasionnerait un affrontement entre les fractions en présence.
DÉNONCER LE RÉGIME
NÉO-COLONIAL DE RATSIRAKA
Le tournant actuel du régime malgache, caractérisé par une politique d'austérité et d'ouverture au capital impérialiste, ne pourra qu'aggraver la situation déjà précaire des masses laborieuses, accentuer les déséquilibres régionaux, etc. La politique d'austérité mise en œuvre sur la base du consensus institutionnel imposé par Ratsiraka depuis 1975 n'est que la forme d'adaptation du régime malgache au procès néo-colonial. Certes, elle se fait sur désarmement politique et organisationnel des masses, mais la jeunesse, les travailleurs et les paysans malgaches n'ont cessé, pendant ces dix dernières années, de surprendre les observateurs par les potentialités et la combativité qu'ils développent et expriment par moments contre le régime, sur des objectifs assez limités et souvent encore politiquement
La clarification politique se précise pourtant et les multiples initiatives localisées qui, bien qu'encore loin de l'auto-organisation des masses contournent de fait le Front national et la censure et prennent en charge les aspirations culturelles et sociales, témoignent déjà d'une possibilité de résistance.
Le tournant pris par le régime d'Antananarivo est tel que l'image démocratique et anti-impérialiste qui lui a conféré une glorification sans faille par la bureaucratie soviétique et ses appendices ainsi que par les partis de gauche occidentaux comme le PS et le PCF, est aujourd'hui largement battue en brèche dans tout le pays et à l'extérieur. Les récentes prises de position diplomatiques de l'amiral Ratsiraka affirmant qu'« une conférence destinée à faire de l'océan Indien une zone de paix ne semble pas opportune tant que tous les partenaires ne seront pas dé cidés » (12) sont d'ailleurs plus que significatives. Fini donc le temps des ambiguïtés. En 1973, Ratsiraka était obligé, sous la pression du mouvement populaire encore très vif, de renvoyer les troupes françaises et de fermer la base de la NASA. Depuis, il n'a cessé de noyer la question de la démilitarisation de l'océan Indien dans la revendication d'une nébuleuse conférence « pour l'océan Indien zone de paix », commanditée par la bureaucratie soviétique, mollement organisée par le gouvernement indien et placée sous l'égide des Nations-Unies. La préparation de cette conférence, qui n'a jamais eu lieu, permettait à Ratsiraka et aux partis qui l'ont soutenu d'évacuer dans des protestations de principe la question de la pré sence militaire francaise à la Réunion, l'existence de bases militaires américaines à Diego Garcia, la tenue de manœuvres militaires franco-américaines régulières dans le sud-ouest de l'océan Indien, l'intervention de mercenaires aux Comores pour renverser le gouvernement d'Ali Soilih, etc. Même cette conférence qui n'arrive pas à se donner des perspectives anti-impérialistes conséquentes, mais dont se sont toujours gargarisés la bureaucratie soviétique et la direction de l'AKFM, est aujourd'hui mise de côté.
L'acceptation de fait des présences militaires impérialistes dans le sud-ouest de l'océan Indien constitue désormais une donnée fondamentale de la politique du gouvernement malgache d'ouverture au capitalisme international. Garantes de la paix impérialiste et de la survie et de la solidarité des régimes riverains néo-coloniaux, ces forces et ces installations militaires constituent un danger et une menace sérieux contre les peuples en lutte de cette région. La solidarité internationalisentre les peuples du sud-ouest de inclut pleinement la dénonciation de tous les gouvernements ouvertement ou indirectement compromis avec l'impérialisme, entre autres le régime néo-colonial de Ratsiraka, et donc aussi la lutte pour la démilitarisation
Pierre SIDY, 29 novembre 1984.
11. Le MFM a présenté des listes dans 86 fivondronana (préfectures) sur 110 lors des dernières élections législatives en 1983. Il est arrivé deuxième position derrière l'AREMA au nombre de voix obtenues.
12. Conférence de presse du 18 mai 1984 à Antananarivo.