Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER TCHECOSLOVAQUIE

« Le droit à l'histoire », texte des porte-parole de la Charte 77

· Inprecor n° 190, 18 février 1985 · p. 3-4, 4 · 997 mots

TEXTE DES PORTE-PAROLE DE LA CHARTE Tout peuple possède son expérience historique ; (...) l'histoire représente un terrain important de conflits et de combats spirituels. (...) L'expérience historique est un terrain spirituel qui a toujours déterminé et continue à déterminer la vie des nations (...). L'intérêt pour l'histoire est commun à la majorité des cultures, cependant, c'est justement la culture chrétienne qui a compris de façon approfondie et conséquente le développement historique de l'Humanité comme étant chargé d'un sens qui donne une signification fondamentale au présent, et sans lequel le présent serait impensable dans toute son authenticité et sa plénitude. C'est pourquoi, que nous nous en réclamions ou que nous la condamnions verbalement, nous sommes au sens plein du terme les héritiers de la culture chrétienne ; et puisque le monde actuel est façonné de manière déterminante par cette culture, il ne nous est plus possible de penser et d'agir autre. ment que dans le sens de l'histoire et par son intermédiaire. (...)

Depuis déjà plusieurs décennies, notre peuple est privé de son expérience historique, car le pouvoir d'Etat (...) manipule activement les expériences et les traditions historiques. (...) Pire encore que toutes les déformations, (...) on voit se

« LE DROIT A L'HISTOIRE »,

77 manifester une tendance au silence et à l'oubli. (...)

Il est évident que le pouvoir ne veut utiliser la mémoire historique que comme un instrument servant sa domination. (...) La spécificité de la manipulation totalitaire de l'histoire consiste finalement et nécessairement dans la liquidation progressive de celle-ci. (...) Nous pensons qu'il faut résister activement à cet oubli progressif, (...) ne pas laisser disparaître la mémoire de la justice et de l'injustice, de la vérité et du mensonge, du bien et du mal. (...) Si nous nous prononçons pour le respect des droits de l'homme, nous nous devons aussi de défendre la renaissance de la mémoire historique et la reconstitution de l'expérience historique en tant que telle. (...)

LES INSTITUTIONS ET LEUR FONCTIONNEMENT (...) Il n'y a pas une période de notre histoire qui ne soit représentée de manière fausse et déformée et ce, en fonction des besoins conjoncturels du pouvoir. Et de plus en plus de périodes sont simplement passées sous silence. (...) Nous ne possédons malheureusement pas de renseignements détaillés sur la Slovaquie,

- Le public a un accès très limité, parfois impossible, aux archives histori-

- L'institut historique de l'Académie des Sciences (CSAV) donne la préférence à la période historique postérieure 1918 (sur 100 chercheurs, 9 seulement se consacrent à l'histoire tchèque ancienne et dirigent leurs études principalement sur

-Il n'existe aucune collaboration avec des scientifiques d'autres branches. Isolement par rapport à l'Ouest et même aux autres pays de l'Est.

-Il n'y a pas de nouvelles générations d'historiens (comprendre de « vrais » historiens). Manque de documents d'étude, filtrage politique. Les historiens officiels sont marxistes...

LA CONCEPTION DE L'HISTOIRE

Aujourd'hui, il n'y a pas de tradition historiographique, non seulement parce que la tradition dans ce domaine est con• sidérée comme réactionnaire, mais aussi à cause de la décadence propre de l'historiographie. Les historiens officiels ne sont pas en mesure de fournir de conception de l'histoire nationale ou mondiale, ils sont victimes d'une stérilité « méthodologique » totale, bien que la méthodologie marxiste soit incontestablement « historisante ».

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Cela est dû au fait qu'en Tchécoslovaquie le marxisme est considéré comme une « feinte de l'histoire », une « voie en marge de l'histoire ». L'historiographie officielle ne reconnaît pas l'importance de la religion et de la culture et, surtout, l'importance du fait que « l'histoire sans Dieu et sans les hommes ne peut naturellement pas avoir de sens ». C'est là la cause de l'échec de l'historiographie officielle.

QUELLE EST AUJOURD'HUI

LA CONCEPTION DE L'HISTOIRE ?

L'un des éléments principaux de cette conception est une position antichrétienne et antireligieuse. L'Eglise, qui a eu un rôle fondamental dans l'histoire tchèque jusqu'aux temps modernes —18e siècle —, est, pour l'historiographie tchèque actuelle, exclusivement et en toutes circonstances un facteur retardataire, ayant toujours eu un rôle répressif (car elle n'a jamais été autre chose qu'une puissance féodale.) Notre historiographie ne voit pas dans le hussitisme (1) un facteur d'évolude la culture, car c'est l'Eglise qui était porteuse de ce mouvement. Elle n'y voit pas non plus une évolution des rapports sociaux et de la mentalité, car c'est l'Eglise, c'est-à-dire la été à son origine. L'histoire est réduite de stéréotypée aux événements fondamentaux de l'histoire politique et du développement économique, alors qu'il est clair que ni l'un ni l'autre ne peuvent être compris sans référence à la religion et

On sait en effet que l'Etat tchèque du moyen-âge est apparu en relation avec

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l'arrivée de la religion chrétienne, qu'une série de saints honorés des siècles durant (Saint Vaclav, Vojtech, Prokqr, Jean Népomucène) ont représenté un centre autour duquel s'est organisée et développée la vie politique et culturelle nationale. La chrétienté et l'Eglise nous ont toujours reliés à l'histoire de l'Europe. L'histoire actuelle s'intéresse seulement à la prétendue première crise du féodalisme, la révolution hussite. C'est seulement à partir de cette période qu'elle attache son attention aux phénomènes spirituels et culturels. Mais de quelle manière !

Depuis les années 1950, on s'efforce de trouver dans le hussitisme quelque chose qui n'y a jamais été, mais qui satisferait les schémas idéologiques: les principes d'une forme élémentaire de capitalisme, manifestations d'énergie nationale pour la création culturelle, un démocratisme tchèque, etc. Dans cette conception du hussitisme se trouvent concentrées toutes les illusions et les erreurs de notre historiographie. (...) Nous n'allons pas analyser d'autres périodes de l'histoire tchécoslovaque, car toutes sont traitées dans le même sens. (...) Notre historiographie a montré que sous ce drapeau (celui marxisme, ndlr.), elle est devenue inutile à la nation, elle est devenue le siege du nihilisme moral et historique.

(Le texte se conclut par un appel aux chartistes « sérieux » à discuter. Ndlr.) •

Les porte-parole de la Charte 77, Prague, 20 mai 1984, Publié par Infoch, Prague, mai 1984.

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