Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER TCHECOSLOVAQUIE

Querelle au sujet de deux conceptions de l'histoire

· Inprecor n° 190, 18 février 1985 · p. 4, 4 · 645 mots

QUERELLE AU SUJET DE DEUX CONCEPTIONS DE L'HISTOIRE L'attitude critique de quatre historiens (Milos Hajek, Milan Otahal, Hana Mejorova, Jaroslav Opal) a mis en lumière une querelle qui se dessinait déjà auparavant entre la conception « catholique intégriste » et l'explication de l'histoire tchèque formulée par l'auteur (ou les auteurs ?) du document « Le droit à l'histoire » d'une part et, d'autre part, la conception non dogmatique des historiens issus du marxisme. (cf. « Lettre des quatre historiens », publiée ci-dessous, ndlr.)

La conception « catholique intégriste » part de l'héritage spirituel de Jaroslav Durijch (revue Le Renouveau) qui, même parmi les catholiques tchèques, est restée une opinion nettement minoritaire, raison de son extrémisme historique et de son sectarisme militant autres écoles de l'histoire. Il y a peu de temps, les mémoires de Ladislav Jedlicek sont sorties en samizdat. Ladislav Jedlicek est le dernier rédacteur encore vivant de la revue Le Renouveau, et il rappelle dans ses mémoires les conceptions de Durijch et de Zahradnicek. Il les défend sur beaucoup de points dans l'espoir de les raviver et peut-être de les répandre dans la jeune génération, et ce au moyen de con-

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naissances historiques très faibles et d'une conscience historique fort mince. L'auteur du texte « Le droit à l'histoire », dont les opinions s'accordent sur beaucoup de points avec le livre de Jedlicek, Les Catholiques et la République, n'est malheureusement pas un spécialiste, et dans sa tentative d'explication toire, il a commis de nombreuses déformations, des simplifications et des fautes dignes d'un écolier. C'est un texte grâce auquel, autrefois, un étudiant en Lettres aurait difficilement réussi ses examens de 1re année. Les quatre historiens susmentionnés, qui appartiennent aux auteurs du recueil samizdat « Etudes historiques », soulignent quelque-uns des défauts méthodologiques contestés et des grossières de l'auteur du texte « Le droit à l'histoire ». Il serait difficile de trouver un historien qui ne partage pas les objections méthodologiques au texte et, sur bien des points, elles pourraient être complétées et développées. Hélas, la maigre argumentation et le faible niveau du texte n'apportent pas les éléments nécessaires pour pousser plus loin la discussion.

Le politicien Lubos Kohout a également contribué au débat, avec son texte

« La responsabilité de l'historien à l'égard de l'histoire et de l'avenir des nations en Tchécoslovaquie » (cf. ci-après, ndlr.). Sur un ton tranchant et polémique, il accuse les « porte-parole catholiques les plus intéressés » d'avoir préparé le document « dans une conspiration parfaite à l'égard des historiens professionnels », et sans que ceux-ci aient été consultés. C'est une chose que l'on peut bien sûr reprocher à ce texte, mais il n'y a pas que cela. (...) Si la discussion doit constituer un quelconque apport, le texte des quatre historiens devrait être aussi accessible que « Le droit à l'histoire ». Cependant, pour le moment, on pratique la « politique de l'autruche » et, de facto, ce texte est inaccessible à tous ceux qui ont pris connaissance du « Droit à l'histoire ». Et ce, environ deux mois après la rédaction du texte des quatre historiens (daté du 25 juin 1984).

Si l'on utilise de telles pratiques de dissimulation, il se peut que dans la prochaine polémique prévale le ton tranchant à la L. Kohout, et la polémique deviendrait un échange de remarques caustiques au lieu du ton adéquat que M. Hajek et autres pourraient donner à la polémique. Lindex des livres interdits a autrefois signifié l'existence d'une véritable inquisition, qui a eu beaucoup de partisans. Je ne vois pas pourquoi, parmi des personnes qui disent rechercher le libre échange des opinions, il devrait y avoir des « textes interdits ». Et le texte des quatre historiens est sur la voie la plus directe pour finir à l'index ou dans l'éloignement et dans l'oubli.

Milan HUBL, 30 juin 1984, complément, le 10 août 1984, Infoch, juillet-août 1984.

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