E 15 janvier 1985, Tancredo Neves, candidat du Parti du démocratique brésilien (PMDB), a été élu
• Président de la République. Son investiture est prévue pour le 15 mars prochain. Ainsi, un candidat présenté par l'opposition et élu par une majorité du collège électoral mis en place par la dictature, va commencer son mandat. D'une certaine manière, le pays va ainsi sortir du cycle de plus de vingt ans de dictature militaire. Mais cette « sortie » consistera plutôt en un passage d'une dictature militaire à un régime de démocratie bourgeoise. Et cette « démocratie bourgeoise » sera beaucoup plus contrôlée que celles déjà connues auparavant dans l'histoi-
Joao MACHADO
Tous les gouverneurs d'Etat élus par le PDS aux élections de 1982 ont soutenu
Tancredo Neves. L'unique gouverneur qui ait formellement soutenu Paulo Maluf fut le gouverneur de l'Etat de Paraiba, Wilson
Braga, qui a cependant apporté un appui indirect au candidat du PMDB : sa femme et les hommes politiques qui lui étaient le plus fidèle ont en effet soutenu Tancredo
Immédiatement après le 15 janvier, Wilson Braga annonça qu'il rejoignait le Parti du front libéral, formation créée par les dissidents du PDS qui avaient soutenu Tancredo Neves. Wilson Braga s'était contenté de soutenir Paulo Maluf juste ce qui était nécessaire pour satisfaire aux accords passés antérieurement.
Aureliano Chaves, vice-président de l'actuel gouvernement du général Figueiredo et principal leader du Parti du front libéral, ainsi que le général Ernesto Geisel, président, ont aussi soutenu la candidature de Tancredo, même si pour
Geisel ce fut plus discrètement. Tancredo a passé un accord avec l'actuel ministre de l'Armée, le général Walter Pires, concédant à ce dernier le droit de désigner son successeur à ce poste dans le prochain gouvernegouvernement, peu nombreux sont ceux qui ont soutenu la candidature de Paulo
Maluf. La majorité d'entre eux a préféré rester neutre dans cette querelle, ce qui était une forme voilée de soutien à Tancredo Neves. Il en a été de même pour le leader du PDS à la Chambre des députés,
Nelson Marchezan, qui s'abstint lors du vote du collège électoral. Finalement, le président actuel lui-même, Joao Figueiredo, adopta à peu près la même attitude, laissant apparaître que le candidat
Paulo Maluf ne lui plaisait guère. Le vice-président de Tancredo
Neves, José
Sarney, était encore, il y a quelques mois, le président national du PDS.
Tout cela a rendu possible le fait
Pour battre PDS, Paulo Maluf. qu'au collège électoral, instrument contrôlé majoritairement par le PDS et mis sur pied pour homologuer dans la mesure du possible les candidats officiels, Tancredo ait néanmoins obtenu 480 voix sur son nom contre seulement 180 pour le candidat du PDS.
COMMENT LA VICTOIRE DE TANCREDO A-T-ELLE ETE POSSIBLE ? Une telle situation mérite une explication qui n'est pas difficile à trouver.
L'affaiblissement de la dictature militaire ne date pas d'hier. Déjà en 1974, aux élections parlementaires, le parti légal d'opposition, le Mouvement démocratique brésilien (MDB), avait remporté la majorité des suffrages, mais ne s'était pas retrouvé majoritaire au sein du Congrès national du seul fait des astuces de la législation électorale. Dans les années qui suivirent, le mouvement pour les libertés démocratiques s'est amplifié, en particulier avec la lutte pour une amnistie générale et totale. En 1979, une amnistie relativement large fut obtenue, bien qu'elle n'ait pas été totale, et permit que le pays ne compte plus qu'exceptionnellement des prisonniers politiques. A partir de 1978, le mouvement ouvrier entra en scène avec force, organisant de grandes grèves qui donnerent lieu à un vaste processus de réorganisation en son sein. Depuis 1974, les deux derniers généraux-présidents, Ernesto Geisel et Joao Figueiredo, avaient entrepris un lent processus d'auto-réforme de la dictature, avec pour objectif de modifier la forme de pouvoir tout en conservant un contrôle total. Cela se fit d'abord en termes de « détente » du régime et, plus tard, sous forme d'« ouverture ».
En 1982, malgré les différentes modifications de la loi électorale qui devaient avantager le parti gouvernemental, l'opposition libérale-bourgeoise et populiste obtint des gouverneurs dans la plupart des collège électoral le candidat du parti au jusqu'alors au pouvoir, le Parti démocratique et social (PDS),
Tancredo. Neves avait mis en place un systeme d'alliances polltiques qui constituait l'un des plus larges regroupements des différents secteurs des classes dominantes que l'histoire du pays ait jamais connu (1). En réalité, Tancredo Neves est finalement parvenu à obtenir sur sa candidature un soutien des grandes figures du régime issu du coup d'Etat de 1964, un soutien plus important que celui obtenu par le propre candidat du
Etats les plus importants du pays, comme à Sao Paulo, Rio de Janeiro et Minas Gerais. La crise économique, bien entamée depuis 1981, première année où le PNB chuta, s'accentua en 1982 et surtout en
1983, quand le gouvernement commença à conclure des accords avec le Fonds monétaire international. Par la suite, en 1984, l'économie brésilienne connut une petite remontée.
C'est dans le cadre d'une dictature déjà extrêmement affaiblie que les premiers mois de 1984 ont été marqués par la plus grande mobilisation de masse de l'histoire du Brésil: la campagne pour l'élection du Président de la République au suffrage universel direct (les « directes »), c'est-à-dire électoral mis sur pied pour légitimer les candidats du gouvernement à la prési-
République. La campagne pour les « directes » fut le moyen pour la population d'exprimer son mécontentement face à la situation générale du pays, c'est-à-dire contre la dictature et sa politique économique totalement subordonnée au FMI, etc. Le que le mécontentement manifesté de cette manière montre bien à la fois la force du mouvement populaire et ses limites. Sa force, par l'importance des mobilisations : à Rio de Janeiro et à
Sao Paulo, c'est près d'un million de personnes qui manifestèrent, et dans d'autres villes, des centaines de milliers. Ses limites, parce que d'une part la revendication des « directes », autour de laquelle s'était concentrée la mobilisation, était restreinte et mettait en avant la forme d'élection beaucoup plus que la question d'un programme ou d'un type de gouvernement, et que, d'autre part, la direction de cette campagne fut tout le
1. Cf. Inprecor numéros 169 du 19 mars
1984, 175 du 11 juin 1984 et 181 du 8 octobre
1984.
TELA LIDENIAÇAO DOS COMPANHEIRES TRESOS"
PELAS LIBERDADES DEMOCRATCAS
temps liée à l'opposition libérale-bourgeoise, au PMDB et en particulier aux gouverneurs d'opposition au gouvernement fédéral.
Le Parti des travailleurs (PT) a sans aucun doute connu un grand succès et se renforça tout au long de cette campagne. Luis Inacio da Silva « Lula » a presque toujours été l'orateur le plus applaudi dans les meetings. Cela s'explique par le fait que les masses s'identifiaient au discours le plus radical. Cependant, à aucun moment le PT ne tenta de disputer la direction de la campagne à l'opposition bourgeoise. Il ne s'en démarqua même pas, ce qu'il aurait pu faire en présentant Lula comme candidat aux présidentielles, avec un programme clair de transformations sociales. Finalement, le PT a participé à la campagne pour les « directes » en tant qu'aile gauche du bloc démocratique, et non comme le moteur d'une alternative ouvrière et populaire opposée aux projets de la bourgeoisie.
L'orientation de la campagne pour les « directes » avait pour objectif de faire pression sur les députés et les sénateurs pour qu'ils approuvent un amendement constitutionnel introduisant des élections au suffrage universel direct. Pour cela, la Constitution établie par les militaires exigeait une majorité des 2/3 des votes de ces élus. Le 25 avril 1984, la majorité absolue fut obtenue, mais pas une majorité des 2/3. Aussi, le mouvement arriva à un carrefour. Que faire ? Une possibilité aurait été d'insister encore, en présentant de nouveaux amendements constitutionnels, ce qui était difficile, tant pour des raisons de délais que pour des problèmes juridiques : en effet, la loi interdisait l'examen à plusieurs reprises d'un même amendement dans le cadre d'une législature. Des tentatives furent faites dans ce sens, en juin et en août 1984, mais elles
Manifestation contre la dictature militaire en 1977. (DR) ne suscitèrent que peu d'enthousiasme et furent rapidement abandonnées.
Ainsi, deux alternatives principales se présentaient. La première revenait à continuer la lutte, en marquant plus nettement encore sa détermination, en avançant la revendication d'une Assemblée constituante, la perspective de rupture avec le régime, et en promouvant des formes de lutte plus radicales, comme la grève générale. Cela signifiait en fait lutter pour une alternative ouvrière et populai-
La seconde alternative consistait à canaliser la lutte à l'intérieur même des institutions de la dictature, ce qui revenait à accepter le collège électoral et à tenter d'y rendre possible la victoire d'une candidature de l'opposition. « Utiliser les armes de l'ennemi pour le vaincre », comme certains l'affirmaient, et ainsi qu'un quelconque candidat plus radical ne se présente.
La première alternative fut défendue par des secteurs du PT, en particulier par les marxistes révolutionnaires et par d'autres courants révolutionnaires, mais le PT dans son ensemble n'adhéra pas à cette perspective. Durant des mois, sa direction fut confuse, discutant exclusivement de l'opportunité de soutenir la candidature de Tancredo Neves. Quand, finalement, le PT voulut s'orienter vers l'approfondissement des luttes, la défense de la revendication d'Assemblée constituante, etc., de nombreux mois s'étaient écoulés et il n'y avait plus moyen de mener vraiment à bien cette orientation. Les secteurs de l'opposition libérale bourgeoise, eux, agirent avec détermination pour parvenir à une victoire au sein du collège électoral, canalisant toute la mobilisation des premiers mois de l'année 1984. C'est pourquoi ils choisirent comme candidat Tancredo Neves, reconnu comme l'oppositionnel le plus proche du gouvernement, et accepté par les secteurs militaires comme l'apôtre des « négociations » et de I'« entente » avec le régime. Ils s'efforcèrent d'obtenir des appuis au sein du PDS
Aussi, la grande campagne pour les « directes » obtint un curieux résultat. Elle contribua à affaiblir la dictature militaire, à accélérer son érosion, à rendre inconcevable le fait que le futur président représente une simple continuité de la dictature. D'ailleurs, une alternative de cette nature aurait été très périlleuse pour la bourgeoisie, parce qu'elle aurait mené à une situation d'extrême instabilité. Mais au lieu de permettre d'en arriver tout de suite aux élections « directes », cette immense mobilisation a finalement abouti à l'acceptation et à la légitimation du collège électoral.
LES DIVISIONS DU PDS ET L'APPUI
POPULAIRE A TANCREDO Un élément central de la stratégie de l'opposition bourgeoise résidait dans la division du PDS, sans laquelle il aurait été impossible de gagner au collège électoral. Dès le début de la querelle sur le choix du candidat à la convention du PDS, il était évident que ce parti n'en sortirait pas in-
En réalité, le PDS ne pouvait maintenir son unité que tant qu'elle était imposée par les moyens d'exception dont disposait le Président de la République, et avant tout par la nécessité de l'unité autour du chef. Mais pour cette succession à la présidence, les choses étaient différentes, ce que révèle du reste une récente interview de Figueiredo, au cours de laquelle il affirma : « Je ne pouvais pas mieux faire, parce que je n'avais pas l'AI-5. » (2) Et le PDS éclata en une multitude de groupes luttant pour leurs propres intérêts. De plus, la convention du PDS constituait un cadre de batailles politiques où des méthodes comme la promesse de portefeuilles dans le futur gouvernement et même les pots-de-vin avaient un poids dé-
Cela a permis que ce soit le candidat le moins à même d'unir le parti autour de son nom et de garantir une transition, à savoir Paulo Maluf, qui remporte l'investiture du PDS lors de cette convention. Maluf était considéré par tous comme un corrompu, capable d'utiliser les méthodes les plus basses. Avec Paulo Maluf comme candidat du PDS, ce parti, qui était déjà divisé, a littéralement explosé.
La majorité des représentants les plus lucides de la bourgeoisie, jusqu'aux chefs militaires, conclurent que dans un tel contexte Tancredo Neves était de beaucoup préférable à Paulo Maluf. Cela explique fondamentalement l'énorme avance obtenue par Tancredo Neves au collège électoral, ainsi que le formidable regroupe-
2. L'Action institutionnel numéro (AI-5) était le principal décret répressif de la dictature à son apogée. Il attribuait des pouvoirs d'exception au Président de la République. D'importantes mobilisations se sont déroulées pour son abrogation. Ce décret a été suspendu vers 1979.
ment des classes dominantes autour de lui. Mais la candidature de Tancredo ne s'est pas seulement alimentée de l'appui des différents secteurs bourgeois. Elle obtint aussi un soutien populaire non négligeable. Malgré le fait que Tancredo ne promettait pratiquement rien aux travailleurs, malgré ses accords avec presque toutes les personnalités de la droite, il put maintenir un « programme » minimum qui était un indiscutable appel au peuple et qui se résumait par la formule : « Je ne suis pas la dictature militaire, je ne suis pas Maluf. » De cette manière, même si pratiquement personne ne croyait que Tancredo puisse représenter un grand espoir de changement, le sentiment général était que quelque chose allait cependant s'améliorer dans la situation, avec son accession à la présidence.
Dans ce cadre, tous les courants réformistes du mouvement ouvrier et populaire apportèrent leur soutien à Tancredo : le Parti communiste brésilien (PCB) largement affaibli et divisé, les pro-albadu Parti communiste du Brésil (PC do B), le Mouvement révolutionnaire du 8 octobre (MR-8) autrefois beaucoup plus tonitruant, les secteurs populaires du PMDB et du Parti démocratique du travail (PDT) de Leonel Brizola. Les seuls à ne pas avoir rejoint ce chœur tancrédiste ont été les membres du PT, malgré le fait qu'une partie importante de ses députés y aient adhéré, et quelques personnalités du PMDB, comme le député de Pernambuco, Jarbas Vasconcelos. C'est ainsi qu'il fut possible de mobiliser une large fraction des masses populaires autour de Tancredo, même si ses meetings apparurent un peu pâlots par rapport aux grands meetings pour les « directes ». LE GOUVERNEMENT DE TANCREDO
Qu'en est-il du futur gouvernement de Tancredo ? Il est indiscutable que Tancredo accède à la présidence de la République sans réaliser une rupture avec le régime militaire. Les nombreux serviteurs de ce régime qu'on retrouve à ses côtés illustrent cet état de fait. Son gouvernement pourra disposer des nombreuses mesures d'exception héritées de la dictature, qui pourront être utilisées si le besoin s'en fait sentir: loi de sécurité nationale, loi sur la presse, loi sur le droit de grève, etc. Tancredo a déjà clairement laissé entendre qu'il ne procèdera à aucune modification brusque de la politique du régime précédent. Il n'est pas question, par exemple, de rompre avec le FMI ou d'établir un moratoire sur la dette extérieure.
Certes, il est évident que le gouvernement Tancredo ne sera pas une dictature militaire, et qu'il ne représentera pas que continuité du régime précédent. Le Brésil entre dans une forme de démocratie bourgeoise extrêmement limitée par les mesures d'exception toujours en vigueur, et qui présente la caractéristique de comprendre un maximum d'éléments de continuité pour un minimum d'éléments de rupture. Mais, de toute façon, la dictature militaire est appelée à disparaître, du fait de la composition des forces soutenant Tancredo, et parce que son gouvernement maintiendra des relations avec les masses bien différentes de celles en vigueur sous le régime militaire.
Certaines questions dominent actuellement les débats et marqueront toute la première phase du gouvernement Tancredo. En général, elles tournent autour des problèmes de politique économique et du processus devant permettre les modifications politiques nécessaires pour mener à son terme l'élimination des institutions laissées par la dictature.
Comme nous l'avons dit, Tancredo a déjà fait comprendre qu'il n'y aurait pas de modification profonde de la politique économique. Le pays devra maintenir ses accords, en particulier avec les banques étrangères et le FMI. La priorité consistera à chercher à relancer l'expansion économique et à enrayer le chômage, mais comme cela a déjà été affirmé, il ne sera pas possible de réajuster les salaires en fonction de la perte du pouvoir d'achat subie ces deux dernières années. Tancredo a conservé d'excellentes relations avec l'actuelle équipe économique de la dictature, pour son ministère de l'Economie, l'un des noms les plus fréquemment avancés est celui de Francisco Dorneles, son neveu, qui est membre de cette équipe.
En ce qui concerne les travailleurs, Tancredo concentre son attention sur la proposition d'un « pacte national » et d'une « trêve ». Il s'agit d'un pacte qui, jusqu'à présent, ne promet rien d'autre que des efforts destinés à augmenter l'emploi. Tancredo espère obtenir la compréhension des travailleurs et cite le Pacte de la Moncloa espagnol comme exemple de ce qu'il désire entreprendre.
Sur le plan politique, la grande question demeure celle de l'Assemblée constituante. Naturellement, il y a deux possibilités extrêmes : soit une Assemblée constituante libre, souveraine et démocratique, marquant la fin de toute législation d'exception et accordant la liberté pour tous les partis politiques, ou alors, une
Assemblée constituante dont le rôle se limiterait essentiellement à attribuer des pouvoirs constitutionnels à un Congrès élu selon la législation actuelle et formé de représentants issus des partis actuels.
Tancredo s'est clairement prononcé pour la deuxième alternative, avec seulement quelques modifications en ce qui concerne la législation électorale et la légalisation des partis, pour donner la possibilité de former un ou deux partis nouveaux, mais non pas pour permettre, par exemple, la légalisation du PCB. Sur cette question, il a déclaré que cela devra être discuté par l'Assemblée constituante et que, de toute manière, la prudence s'impose. Cependant, la légalisation du PCB et des autres partis qui sont encore illégaux est inévitable, mais si elle est ajournée, il y aura une Assemblée constituante beaucoup plus tranquille. Tel est le raisonnement que tient Tancredo. Au contraire, pour le mouvement ouvrier et populaire, la première alternative intéressante, pour engager encore plus avant la rupture avec le régime militaire et l'élimination de ce qui lui survivrait encore après l'investiture de Tancredo Neves à la présidence de la République, en mars prochain.
LA RECOMPOSITION DES PARTIS
Cinq partis politiques s'étaient présentés aux élections générales de 1982 : le PDS, parti du gouvernement militaire ; le PMDB, héritier de l'ancienne opposition légale ; le MDB, qui comptait déjà dans ses de nombreuses personnalités du régime militaire ; le PDT, héritier de l'ancien courant populiste, dirigé par Leonel Brizola et qui tenta de se présenter comme un parti social-démocrate ; le Parti travailliste brésilien (PTB), qui disputa également l'héritage de l'ancien populisme, mais qui se situait beaucoup plus à droite que le PDT, comme le prouve l'accord formel passé avec le PDS pour soutenir le gouvernement de Figueiredo ; et,
Le Parti du front libéral est en cours de formation. C'est le parti des dissidents du PDS qui ont appuyé Tancredo et qui notamment tous les gouverneurs élus en 1982 par le PDS. D'un autre côté, le destin du PDS est incertain, du fait qu'a lieu en ce moment une lutte pour le contrôle de la direction, entre les partisans de Maluf et ses opposants, affrontement qui peut conduire à un nouvel affaiblissement de ce parti.
D'autre part, la situation est très inconfortable pour les représentants des secteurs « populaires » du PMDB, avec la consolidation de la prédominance conservatrice dans ce parti. Ainsi a été formé un Front progressiste, qui réunit les secteurs les plus à gauche du PMDB, des députés qui sont en train de quitter le PT - comme l'ex-leader Airton Soares —, et les secteurs du PDT qui, comme ceux représentés par Roberto Saturnino, se trouvent mal à l'aise avec une direction de leur parti dominée par la personnalité de Leonel Brizola. Cette coordination aimerait former quelque chose comme un
Parti socialiste, mais ses tenants n'ont pas la certitude de disposer de forces suffisantes pour cela. Sur le même terrain, le transformer en PS et, grâce à ce changement de sigle, augmenter le nombre de ses
Pour résumer, à droite on trouve le PDS, dont l'évolution dépend de l'issue de la bataille qui s'y livre pour la direction.. Le Parti du front libéral serait, lui, en quelque sorte le parti des conservateurs-libéraux, mais beaucoup plus conservateur que libéral. Le PMDB, pour sa part, se consolide aussi en tant que parti toujours plus conservateur, mais il regroupe toujours la même base populaire importante. Il y a également le PDT, qui se transformera peut-être en PS, et peut-être y aura-t-il aussi un Parti socialiste, qui sera formé à partir du Front progressiste.
Le PCB, le PC do B et le MR-8 ne parviendront probablement pas immédiatement à obtenir leur légalisation et continueront à participer au PMDB. Finalement, comme unique parti anti-tancrédiste, il n'y aura que le PT
Le contexte politique brésilien est donc bien confus.
LA SITUATION DU MOUVEMENT
OUVRIER ET POPULAIRE 1984 a été l'année des grandes mobilisations populaires, tout d'abord à tracampagne pour les « directes, mais aussi pour la continuité et le renfordes luttes pour l'augmentation des salaires et pour les droits des travailleurs en général. Elle a enregistré le plus de grévistes depuis 1979. De manière générale, toutes les catégories de travailleurs qui sont entrées en lutte ont obtenu des réajustements salariaux se situant au-dessus de ceux établis par la loi sur les salaires, et qui prévoyait un réajustement salarial inférieur à l'Indice officiel d'augmentation des prix (INPC) pour tous ceux qui gagnaient plus de trois fois le salaire minimum.
L'année 1985 a déjà débuté avec de grandes luttes. Au début de janvier, des journaliers agricoles, les « boias-frias » (littéralement les bouffes froides) de la région de Guariba (Sao Paulo), se sont mis en grève, s'affrontant très violemment à la police du gouverneur de l'Etat, Montoro, qui est membre du PMDB.
D'autre part, l'élection de Tancredo a bénéficié, d'après les sondages d'opinion, d'un appui majoritaire de la population brésilienne. Ainsi, plus de 70% de la population espérait sa victoire au collège électoral, contre moins de 10 % qui était favorable à Maluf, et moins de 20 % qui a maintenu jusqu'au bout sa position de boycott du collège électoral et de l'élection indirecte. Il y a maintenant un sentiment d'attente au sein de la population, causé par l'impression que quelque chose va changer avec Tancredo. Mais, d'un autre côté, la tendance n'est pas pour autant à la diminution de l'intensité des luttes sociales, bien au contraire. Il est même probable que les luttes s'intensifieront, approfondissant la tendance de ces der-
Dans cette situation, il sera extrêmement difficile pour le gouvernement Tancredo de maintenir encore longtemps le climat favorable dont il bénéficie pour le moment. Déjà, les gouvernements d'Etats dirigés par des membres des partis d'« opposition » mènent une politique anti-populaire, maintenant le blocage des salaires de leurs fonctionnaires, réprimant les grèves, etc. Ils ont déjà subi des défaites, comme c'est notamment le cas du gouverneur de l'Etat de Sao Paulo, Montoro, qui a dû affronter des mouvements sociaux de grande envergure. Mais s'ils pouvaient auparavant minimiser leur responsabilité en prétextant du fait qu'ils ne disposaient pas de moyens suffisants, qu'ils dépendaient du gouvernement fédéral, et qu'il possible de faire quelque chose lorsque celui-ci changerait, il est évidemment plus difficile d'utiliser PMDB à la présidence de la République. Certes, ils trouveront d'autres explications pour justifier leur politique, comme, par exemple, le risque d'un putsch de la droite, l'existence d'une majorité conservatrice au Congrès, etc. Mais ces arguments sont révélateurs d'une grande faiblesse.
La tactique de Tancredo consistera, et c'est du reste déjà le cas, à demander des délais, en expliquant qu'il n'est pas possible de raccommoder en quelques mois seulement ce que la dictature a saccagé pendant vingt ans, et qu'il est donc nécessaire de créer les conditions devant permettre d'améliorer la situation de l'économie, et même qu'il faudra que les ceintures demeurent un peu serrées. En ce sens, la question de la réalisation d'un « pacte social » ou d'une « trêve politique » est vitale pour le nouveau gouvernement, parce que c'est la seule manière pour lui de ouvrier et populaire avec un minimum de les conditions existent pour s'opposer à cette politique. Ainsi, le 70 % des personnes qui ont approuvé l'élection de Tancredo Neves ne sont pas pour autant favorables à une telle politique de « pacte social ». Même le PCB ne défend pas ouvertement cette perspective. Ses porte-parole ont déclaré qu'un « pacte » comme celui de la Moncloa pouvait avoir du bon mais que, pour l'heure, les conditions n'étaient pas réunies pour sa réalisation. Pour concrétiser un véritable pacte social, encore faudrait-il d'abord que tous les partis soient légalisés, que la liberté syndicale soit garantie. Or, pour l'instant, le ministère du Travail conserve toujours la prérogative, instaurée dès la dictature de Getulio Vargas (au pouvoir de 1930 à 1945 et de 1951 à 1954), d'intervenir dans le fonctionnement des syndicats, en nommant des juntes d'intervention, et il existe encore des syndicats qui subissent directement ces mesures. C'est seulement avec la réalisation de ces conditions, déclarent les porte-parole du PCB, que les travailleurs pourront négocier un pacte « sur pied d'égalité ». Il est clair que le PCB ne refuse pas de discuter de
l'opportunité d'un tel « pacte », mais il ne se lance pas à l'aveuglette dans sa dé-
C'est dans ce contexte que les orientations défendues et mises en pratique par le PT et la Centrale unique des travailleurs (CUT) représenteront un élément décisif dans les prochains mois (3). Elles ont de l'isolement dans lequel elles sont restées au moment du vote indirect du collège électoral pour l'élection du Président de la République. LA SITUATION DU PT ET DE LA CUT
A l'inverse d'autres pays qui ont réalisé des transitions contrôlées de dictatures militaires vers des régimes de démocratie bourgeoise, comme l'Etat espagnol dans le passé ou l'Argentine tout récemment, il existe au Brésil un courant classiste dans le mouvement ouvrier, qui dispose d'une influence de masse, dont la force est même légèrement supérieure à celle des courants réformistes et des secteurs « pelegos » (jaunes) qui interviennent dans le mouvement ouvrier aux côtés des réformistes. A partir de là, l'évolution de la lutte des classes peut être très différente dans ce pays de ce qu'elle a été ailleurs dans des situations globalement semblables.
Le PT et la CUT ont grosso modo mené une politique correcte d'indépendance politique de classe des travailleurs dans ce processus de transition. Mais elle est restée très limitée et a connu de nombreuses variations, ce qui explique en partie l'important contrôle que les secteurs bourgeois conservateurs maintiennent jusqu'à présent sur le processus de transition de la dictature militaire vers une forme limitée de démocratie bourgeoise.
Pendant longtemps, le PT, soumis à ses origines syndicalistes, n'avait quasiment pas d'orientation politique adaptée à la conjoncture. Cela a commencé à changer au moment de la campagne pour les « directes ». Le PT a pris l'initiative de la première manifestation publique, le 15 novembre 1983. Ensuite, quand les grandes manifestations des premiers mois de 1984 ont eu lieu, la participation du PT a toujours été essentielle. Le PT est apparu comme le défenseur le plus conséquent des élections « directes » et des intérêts des travailleurs. Pourtant, comme nous l'avons déjà noté, il n'a pas été capable — et il ne s'est même pas proposé de le faire - de construire une direction alternative pouvant contrebalancer la prédominance bourgeoise libérale sur ce mouvement de masse. Au lieu d'apparaître comme le moteur d'une alternative propre, ouvrière et populaire, il s'est contenté de jouer le rôle d'« aile gauche » du bloc démocratique
Mais le réel problème soulevé par la position du PT s'est révélé après l'approbation par le Congrès de l'amendement constitutionnel favorable aux « directes », le 25 avril 1984, mais avec une majorité inférieure aux 2/3 nécessaires pour qu'il soit appliqué. Au cours des deux mois suivants, le PT est resté confus et paralysé, discutant de l'appui à apporter à une éventuelle « candidature unique des oppositions », qui aurait été de toute évidence celle de Tancredo, comme tous le reconnaissaient déjà à l'époque. Le PT avait l'illusion qu'il aurait été ainsi possible de maintenir à la fois la défense des élections « directes » et de négocier avec Tancredo un programme acceptable pour les travailleurs. Lula et les principaux dirigeants du PT défendirent la thèse du unique », et une réunion du bureau national du parti sur cette question s'est terminée par une impasse.
Quand il fut clair que Tancredo était candidat à la présidence, dans le cadre des élections indirectes du collège électoral, il y eut encore une tentative de la direction du PT de négocier avec lui. Au cours d'une récente interview, Lula déclarait : « Peu après que Tancredo ait accepté de se présenter au vote du collège électoral, j'ai eu une réunion avec de nombreuses personnalités de l'opposition, (...) des députés de l'aile progressiste du Parlement brésilien. Je voulais discuter avec eux de la possibilité d'arracher à Tancredo quelques compromis avec la classe ouvrière en échange de nos voix, environ 80 ou 100, alors qu'on pouvait déjà compter, en dehors de l'adhésion des membres du PT, avec les quelques parlementaires liés à la gauche du PMDB, du PDT, ainsi que du PCB et du PC do B. » (4). Selon Lula, si la formation de ce bloc multipartiste de la gauche n'a pas été possible, c'est parce que le Front libéral a été beaucoup plus habile et intelligent, en réunissant le nombre de voix dont Tancredo avait besoin pour gagner au collège électoral et en allant négocier avec lui bien avant les formations de l'opposition. A partir de là, le Front libéral passa à la définition de la politique du futur gouvernement. Il est bon de noter que pendant que Lula tentait de négocier avec Tancredo Neves, la position officielle du PT était toujours celle du boycott du collège électoral.
Aussi, c'est seulement quand l'Alliance démocratique (AD) s'est formée à partir du PMDB et du Front libéral, avec une quantité impressionnante de représentants de la dictature, que le PT exposa finalement clairement sa position et essaya de mettre sur pied une alternative. Mais un temps précieux avait été perdu.
Ce n'est que lors d'une réunion du bureau national en octobre 1984, que le PT a fini par adopter une position correcte, position réaffirmée au cours d'une rencontre nationale en janvier 1985. Au-delà du fait de réaffirmer la justesse de la position de boycott du collège électoral, parce que c'est une institution illégitime de la dictature, et de dénoncer la désertion des partis de l'ancienne opposition bourgeoise lors de la campagne pour les « directes », le bureau national a caractérisé très clairement la candidature de Tancredo comme bourgeoise et pro-impérialiste, fondée sur le plus grand bloc des classes dominantes jamais constitué dans toute l'histoire du pays. Face à cela, il a affirmé la nécessité pour les travailleurs de sauvegarder leur indépendance de classe et de mener une politique indépen-
Le PT s'oppose donc à la politique définie par le futur gouvernement Tancredo, ce qui signifie notamment le refus d'un « pacte social » et d'une « trêve » ainsi que la réaffirmation de la défense des revendications fondamentales des travailleurs, telles que la rupture avec le FMI et la suspension du paiement de la dette extérieure, un réajustement des salaires tous les trois mois, la fin de la législation répressive, la réforme agraire sous contrôle des travailleurs, etc. Le PT en est même arrivé à défendre le mot d'ordre d'Assemblée constituante, libre, souveraine et démocratique, un mot d'ordre qui, durant de longues années, avait été rejeté par la direction du PT, qui avait une vision économiste de la situation.
Un élément important a néanmoins manqué dans les orientations approuvées par le PT: l'objectif clair de construire une alternative ouvrière et populaire au gouvernement de l'Alliance démocratique, d'unir toutes les forces du mouvement ouvrier et populaire contre les projets de la bourgeoisie. Bien au contraire, résolutions adoptées par le PT parlent de constituer un Front démocratique unifiant les secteurs populaires et démocratiques, et donnent comme exemple les comités de lutte pour les « directes ». Il y a naturellement ici une confusion. Il était juste de construire des comités de lutte pour la campagne des « directes », autour d'un critère purement démocratique, réunissant des partis comme le PMDB et le PDT. Mais il s'agit de tout autre chose quand il est question de la nécessité de construire une alternative des travailleurs contre le gouvernement Tancredo, une alternative qui doive servir exclusivement à la lutte pour le pouvoir des travailleurs.
Ainsi, il y a une certaine ambiguité dans la position adoptée par le PT, un certain manque de clarté. Cela est lié. au caractère jusqu'à présent très empirique de la direction du PT, qui, en général, adoptait des positions classistes, mais sans aucune systématisation de cette orientation. C'est ce qui explique pourtant que le PT ait finalement adopté une position largement correcte sur la question des élections « indirectes », mais seulement après de nombreuses hésitations de la part de sa direction, qui fut pratiquement forcée à cette solution par le virage à droite que constituait la candidature Tancredo. Le fait que les résolutions adoptées à la convention nationale du PT parlent, divers endroits, du maintien de l'indépendance politique des travailleurs, n'implique pourtant pas que cette question soit complètement assimilée.
Une autre difficulté que doit affronter maintenant le PT résulte de la position à adopter envers trois des huit députés fédéraux du parti qui, transgressant la décision de boycott des « indirectes » prise lors de la rencontre nationale du
3. Sur la CUT et le mouvement syndical au Brésil, cf. Inprecor numéro 158 du 10 octobre 1983 et 181 du 8 octobre 1984.
4. Interview paru dans la revue brésilienne Isto du 16 janvier 1985.
PT, votèrent en faveur de Tancredo Neves au collège électoral. A ce moment-là, ces députés avançaient comme argument à leur vote la nécessité de faire échéc à la candidature Maluf qu'ils considéraient comme fasciste. Pourtant, ils ont maintenu leur position, même quand tout le monde savait déjà que Tancredo obtiendrait la majorité.
Le PT n'est pas régi par le centralisme démocratique. Au contraire, c'est un parti aux relations internes extrêmement souples. Néanmoins, accepter ce vote des trois députés au collège électoral s'avérait difficile, car ils représentaient le PT. Ce sont du reste eux qui, fin 1984, imposèrent de discuter à nouveau de cette question, laissant clairement entrevoir qu'indépendamment de la décision du parti, ils voteraient Tancredo le 15 janvier 1985. Ne prendre aucune mesure contre ces députés reviendrait à accepter une fois pour toutes que le PT ne puisse plus prendre de décisions en tant que parti, et que chacun de ses membres puisse faire à tout moment ce que bon lui semblerait.
A la base du PT, il y a eu un vaste mouvement exigeant la désaffiliation du parti des parlementaires qui siégeraient au collège électoral. L'argument avancé contre cette position expliquait que le PT apparaîtrait ainsi comme un parti « fermé », et on parlait alors beaucoup de « stalinisme ». Lors de la rencontre nationale de janvier 1985, la désaffiliation des députés qui siégeraient au collège électoral fut décidée, à l'encontre de la position de l'exécutif national et de Lula lui-même. Seulement, tout de suité après, un recours déposé contre cette décision, et le résultat obtenu par ce recours n'est pas encore très clair. Revenir sur la décision de désaffiliation accroîtrait encore plus les faiblesses du PT, et la maintenir reviendrait peut-être à perdre l'appui de secteurs importants du parti, surtout parmi les intellectuels et les autres parlementaires. De toute manière, les trois députés qui siègent au collège électoral sont déjà en train de quitter le PT.
Quant à la CUT, elle a en général adopté les positions du PT. Elle est actuellement à la recherche d'une stratégie visant à impulser des luttes s'opposant claire ment à la politique du « pacte social », autour de quelques objectifs centraux, comme le réajustement salarial, l'assurance-chômage et la réforme agraire. Cependant, la CUT est encore une structure assez fragile qui ne s'est renforcée que lentement. En conséquence, l'axe déterminant, sera constitué par les campagnes salariales des syndicats les plus importants, principalement ceux de la métallurgie de Sao Bernardo et de Diadema, dont la campagne pour les hausses salariales débutera en mars prochain.
LES POSITIONS DES
MARXISTES RÉVOLUTIONNAIRES
Politiquement parlant, les marxistes révolutionnaires, ainsi que les courants révolutionnaires qui militent pour la construction du PT, se trouvent dans une position relativement confortable. Ces derniers mois, les positions politiques du PT se sont en effet rapprochées de celles des marxistes révolutionnaires. Cela s'est vérifié sur plusieurs points, notamment sur la question de la position à adopter vis-à-vis de l'Alliance démocratique, et cela à propos de la défense de l'indépendance de classe contre les manœuvres de la bourgeoisie dans le processus de transition vers un régime plus démocratique ; sur l'analyse suivant laquelle dans le cadre de la première étape du futur gouvernement Tancredo, les luttes démocratiques contre les lois d'exception et pour le démantèlement de l'appareil de répression de la dictature joueraient un rôle important; et également sur la question centrale de la défense de la revendication d'une Assemblée constituante libre, souveraine et démocratique. Cela signifie que les marxistes révolutionnaires entendent approfondir leurs analyses sur l'évolution de ces luttes et ils expriment nettement que leur réside dans la création d'un bloc ouvrier et populaire opposé au gouvernement Tancredo, ainsi que dans la construction d'une alternative ouvrière et populaire. Il s'agit de donner plus de cohérence à la ligne actuelle du PT et de
Les mois à venir seront décisifs. Pour le moment, Tancredo conserve un certain crédit, mais avec les compromis passés avec tous les secteurs du grand capital et avec les impérialistes, il va devoir suivre une politique qui le mènera rapidement à sa perte. Si le PT et la CUT démontrent une certaine cohérence dans la situation actuelle, s'ils parviennent à impulser des luttes importantes, ils se retrouveront dans une excellente situation pour capitaliser le mécontentement qui s'exprimera contre Tancredo. Le chemin est périlleux, les marxistes révolutionnaires en sont conscients, mais les possibilités sont réelles.
D'un autre côté, si Tancredo parvient par contre à attirer d'importants secteurs du mouvement populaire sur son « pacte social », il pourra alors s'en suivre une baisse de la mobilisation et même une démoralisation du mouvement ouvrier et populaire.
Malgré le fait que la bourgeoisie soit parvenue à bien contrôler jusqu'à présent la transition vers une forme limitée de démocratie bourgeoise, rien n'est encore joué. Les possibilités de développement d'un courant classiste restent importantes, et il ne faut pas écarter la perspective d'un succès de l'orientation défendue par les marxistes révolutionnaires brésiliens, celle de la formation d'une alternative ouvrière et populaire au gouvernement Tancredo.
Joao MACHADO, Sao Paulo, 25 janvier 1985.