Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

URUGUAY

Témoignage d'une femme libérée des prisons de la dictature, membre du PST

Inprecor n° 191, 4 mars 1985 · p. 15-17 · 3 800 mots

La prison de Punta Rieles aujourd'hui :

Témoignage d'une militante du PST récemment libérée

ECILIA Duffau a été libérée le jeudi 13 décembre 1984 de la prison uruguayenne de Punta Rieles, après deux ans et neuf mois d'incarcération. Elle a été emprisonnée le

18 mars 1982, à l'âge de 28 ans, pour son appartenance au Parti socialiste des travailleurs (PST), organisation qui vient d'être reconnue section uruguayenne de la IVe Internationale lors du dernier congrès mondial. Elle était condamnée à l'origine à une peine de 5 ans de prison mais, récemment, le Tribunal militaire suprême l'a condamnée à 3 ans et 3 mois de prison,

« GROUPE DES MERES ET DES

FAMILLES DES ACCUSES PAR LA

JUSTICE MILITAIRE »: - Quels sont les moyens de répression à Punta Rieles ?

Cecilia DUFFAU : - Fondamentalement, la situation répressive, c'est déjà le fait même d'être prisonnier. En ce moment, il y a eu des élections qui ouvrent une possibilité de régime démocratique, et ce caractère démocratique est incompatible avec l'existence de prisonniers politiques. Nous pensons que la forme la plus importante de la répression, actuellement, c'est l'existence de ces prisons, au- delà même des conditions de vie qui sont faites aux prisonniers à l'intérieur.

Nous, les prisonniers, nous sommes des combattants de la lutte sociale, qui avons décidé de consacrer notre vie à défendre les intérêts des travailleurs, à défendre les libertés qui ont commencé à se restreindre bien avant le début de la dictature militaire. La majorité des camarades qui sont passés par la prison constituent un témoignage de cette situation et sont l'expression des luttes menées par le peuple au cours des décennies passées, chacun de ces prisonniers ayant posé les problèmes et agi politiquement de la façon qu'il considérait comme étant la plus juste n régime démocratique doit donner aux différents secteurs sociaux les moyens d'exprimer leurs besoins et aux groupes politiques la possibilité de développer leurs opinions. Réaliser cela, c'est tout d'abord réhabiliter les combattants de la lutte sociale qui peuplent les prisons, afin qu'ils trouvent leur place dans la société d'où ils ont été arrachés par la répression.

- Sur la répression concrète qui s'exerce sur vous, quels en sont les objectifs et les moyens actuels mis en œuvre ?

- Le principal moyen utilisé par la dictature, à la prison Punta Rieles, c'est l'isolement, qui est utilisé pendant tout l'emprisonnement, avec des effets différents à chaque étape de l'incarcération.

Nous sommes des prisonniers politiques, et le manque d'informations, pour un prisonnier politique, c'est une manière sonnier résistance et répression purgé anticipée par grâce ». moignage des prisonniers politiques. d'ôter son principal aliment à celui qui a consacré toute sa vie à la politique. On cherche à nous détacher de la réalité. Avec l'actuelle possibilité de libération, on prétend aujourd'hui que nous sommes tellement déracinés que cela nous empêcherait de pouvoir nous intégrer à l'action au niveau atteint par la mobilisation actuelle et à son évolution future.

- Quelle était la situation vécue en rapport avec l'isolement?

- Nous avons passé des années sans avoir un journal, une nouvelle, sans savoir ce qui se passait dehors. Lors des visites, il était interdit de parler d'autre chose que ce qui était strictement familial. On ne savait ni le nombre ni la fonction des per-

You des institutions qui composaient le gouvernement, on ne connaissait pas les mesures économiques ou politiques qui étaient prises, les plans, rien de ce qui concernait notre pays, rien sur les autres pays. Le système carcéral cherchait à ce que notre déracinement soit total.

La lutte du peuple a abouti à ce que la dictature soit obligée de céder sur certains aspects des conditions de vie des prisonniers politiques. Par exemple, il leur a fallu nous donner des informations. C'est comme cela qu'apparut enfin à Punta Rieles, en 1980, une possibilité d'information sur la situation extérieure, censurée bien évidemment, après des années de avec la réalité. Ensuite, nos possibilités d'accès à l'information fu-

Actuellement, ce qui parvient comme information à l'intérieur des prisons est très limité. Nous avons droit à la lecture des quotidiens El Diario ou El Pais deux à trois fois par semaine. Le choix est très mince et nous empêche de saisir réellement la situation politique. C'est d'ailleurs là la vraie signification de cette restriction. C'est ainsi qu'on limite nos capacités de pensée et de critique, ce qui est l'essence même du militant, parce que cela constitue la base du non conformisme et de toute tentative de changement. Pour parler d'une autre façon, on peut dire que le manque d'information vise entre autres choses à détruire notre état de militant,

URUGUAY réduisant ainsi sa peine. Elle a ensuite été libérée avant d'avoir toute sa condamnation, par « une remise en liberté

Voici le témoignage qu'elle donnait le 16 décembre dernier, trois jours après avoir retrouvé la liberté et tel qu'il a été publié dans le bulletin de lutte pour l'amnistie générale, numéro 5, de décembre 1984, publié par le Groupe des mères et des familles des accusées par la justice militaire, consacré aux ténotre capacité à penser et à agir politi-

- Pourquoi les autorités pénitentiaires suppriment-elles systématiquement les visites des familles ?

- La famille joue le rôle que les journaux ne remplissent pas, c'est-à-dire de nous tenir informés de la multiplicité des actions menées par les travailleurs pour leurs revendications salariales et démocratiques, pour la réorganisation de leur centrale ouvrière ; de la situation des organisations auxquelles nous appartenons; de l'évolution de la situation politique dans son ensemble; des positions des différents partis, etc. La semaine passée, par exemple, au début décembre, la prison a établi un régime de visite d'une heure par semaine.

Quelques mois auparavant, en juillet 1984, il nous avait été accordé une demi-heure de visite par semaine, alors que pendant douze ans, les emprisonnés politiques n'ont eu droit à cette demi- heure que tous les quinze jours.

Pourtant cet acquis apparent est une vraie duperie, car, parallèlement, on nous impose des sanctions massives qui ont pour conséquence l'interdiction systématique de ces visites. Par exemple, lors des événements les plus importants qui se soient produits dans le pays ces derniers temps, comme lors des élections (du 25 novembre dernier, ndlr.), l'ensemble des prisonniers ont été privés de visites durant la semaine précédant et la semaine suivant l'échéance électorale.

Le peuple a vécu à la fois avec anxiété et joie la possibilité d'une ouverture démocratique qui s'est exprimée au cours de ces élections au bout de ces 11 années de dictature. Que peut signifier, pour camarades qui ont passé toutes ces des années emprisonnés, et même plus, puisque certains ont même fait 14 années de prison, l'ouverture politique en cours et la possibilité de changement radical dans leur propre situation ? On vit cela de façon très enthousiaste, avec beaucoup d'anxiété, avec une tension due aux facteurs d'incertitude - les « quand, comment, qui » -, avec un effort énorme d'adaptation au possible, dans toutes ses

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à l'occasion de la mobilisation à l'exté- La répression a été en augmentant, en gammes et ses contrastes. Ne pas savoir ce qui se passe à l'extérieur de la prison touche directement à un besoin élémentaire

La nécessité impérieuse pour ces camarades, c'est d'être ici, dans la rue pour participer à l'action comme tout le monde, alors qu'au contraire, ils n'ont même pas le droit de savoir ce qui se passe. (...)

- Nous savons que les communications internes entre les détenues des différents secteurs sont interdites et sévèrement réprimées. C'est encore ainsi au-

- Nous avons mené une longue lutte contre l'isolement interne. Cet isolement consistait, pour les autorités pénitentiaires, à interdire tout type de communication entre les camarades qui vivaient dans des secteurs différents de la prison. Nous ne pouvions même pas nous voir. Nous devions casser cette situation d'incommunicabilité qui était destinée à nous diviser et à nous affaiblir. Nous avons commencé par nous regarder, sous les cris, les menaces et les châtiments de la garde. Nous avons ensuite continué l'action en sifflant, puis en chantant, de façon très rapide, compte tenu du temps limité, et nous le faisions les unes après les autres, de manière a pouvoir maintenir une apparence de normalité. Malgré toutes les sanctions et les pressions pour nous faire cesser, nous nous sommes encore renforcées. Avec le temps, nous avons commencé à chanter à plusieurs, puis à parler. Cela fait maintenant deux ans que les prisonnières chantent en chœur pour être entendues partout dans la prison, et nous avons commencé à crier pour que les autres camarades nous entendent.

C'est devenu maintenant la forme habituelle d'expression : chanter, c'est ainsi que nous exprimons nos joies et nos peines. Nous exprimons notre solidarité avec celles qui sont ailleurs et que nous ne pouvons pas embrasser ou soutenir près, comme c'est le cas lorsqu'une camarade est au cachot, quand elle est dans un autre secteur, quand elle arrive à la prison, ou quand elle s'en va. Nous parlons aussi, et si l'on ne s'entend pas, on crie. C'est comme cela que nous nous passons toutes les informations politiques que nous recevons, l'état de la répression dans chaque endroit, les nouvelles des familles, etc. Il faut faire en sorte que tous les éléments de la réalité que nous recevons deviennent le patrimoine de toutes les emprisonnées.

Nous sommes parvenues à briser les volets qu'ils avaient installés en 1980 pour couvrir les fenêtres du dehors, ce qui nous empêchait surtout de voir. Les autorités empêchaient ainsi la communication entre nous et allaient à l'encontre de ce que nous voulions faire : savoir ce qui se passait à l'extérieur. C'était pour nous la protection maximum et minimum possible en prison. Par exemple, nous avons eu la possibilité de savoir que 4 camarades qu'ils ont sorti de prison, en avril, se retrouvèrent dans des casernes, ou encore qu'une prisonnière qui sortait pour soi-disant aller chez le dentiste, était en fait conduite au cachot. Après des années et des années, nous sommes vaincre tous les obstacles et à parvenir à communiquer entre nous.

- Quel est le rôle des volets qui continuent à cacher les fenêtres des cellules ?

- Leur objectif est de nous isoler de l'extérieur, de la réalité, car lorsque nous n'avions pas de visites, nous sommes parvenues à communiquer en criant avec les membres de nos familles qui passaient sur la route, en leur disant comment nous allions. Nous avons même été jusqu'à sortir des banderoles du Frente Amplio par la fenêtre pour dire que nous aussi nous soutenions l'identification du peuple à la lutte de cette organisation.

Les autorités ont clairement exprimé leur objectif. Il y avait des volets blancs dans lesquels nous faisons des trous toujours plus importants. Le 22 octobre dernier, nous les avons entièrement détruits. Le 27 octobre, les autorités pénitentiaires ont remis par-dessus des volets en acrylique vert, et elles adoptaient le même jour un communiqué interne dans lequel elles déclaraient que les fenêtres donnant sur la salle de discipline, c'est-à-dire les ailes sud et est de la prison, resteraient sans volets. Et cela après que ces fenêtres aient été recouvertes pendant 4 ans. Or, c'est par là que se fait la communication interne de la

Et voici ce qui a suivi : nous avons retiré les volets verts le 2 novembre. Ils nous ont alors fermé les fenêtres avec des cadenas. Ensuite, le 6 décembre, ils ont remis des volets avec une toile métallique qui ne laisse en son milieu qu'un centimè tre d'ouverture. (...)

- Pensez-vous que la mobilisation populaire provoque une répression plus grande dans la prison ?

— La répression dans la prison n'a jamais été appliquée comme des représailles rieur. Au contraire, la mobilisation a apporté une amélioration des conditions de vie des emprisonnées. A partir de 1980, date à laquelle la mobilisation a exprimé son refus de la dictature, à travers le plébiscite, ils ont commencé à lâcher du lest prison pour essayer de maintenir un régime intérieur qui ne gâte pas trop l'image de marque de la dictature. La télévision a fait son apparition, ainsi que les journaux et les récréations spéciales. Si toutes ces choses n'ont pas été maintenues de façon permanente, on ne les a pas non plus totalement perdues. La prison est un peu sortie de son isolement par rapport au monde extérieur, de l'enfermement absolu, du trou noir où l'on vivait, pour s'intégrer autant que possible à la mobilisation populaire, et grâce à celle-

- Savoir en permamence que participer aux luttes internes à la prison entraînerait une suppression des visites ou des châtiments, cela vous faisait-il douter ou

- Jamais, à partir du moment où il était bien clair que ce que voulait l'ennemi c'était justement essayer de nous détruire, de nous soumettre, de nous affaiblir. Ce que nous devions faire, c'était de les affronter pour qu'ils n'y parviennent pas, et l'unique façon de le faire, c'était de développer tout ce qui défendait notre identité et nos intérêts. Nous avons donc appris à ne pas accepter les méthodes de pression, d'extorsion des informations, et chantage des autorités. S'ils étaient parvenus à nous conditionner de la sorte, nous ne nous serions jamais intégrées à ce qui se passe aujourd'hui, nous ne pourrions plus nous lier à la vie politique. La systématisation de ce conditionnement conduirait, si nous l'acceptions, à la négation même de ce que nous voulons être. Ainsi, nous défendons notre identité. De plus, les autorités doivent nous donner ce droit de visite, et si elles nous l'enlèvent, nous savons qu'il y aura une mobilisation de tout le peuple pour que ne se dégrade pas la situation des prisonniers, et nous lui faisons confiance pour cela

En un mot, la répression à l'intérieur de la prison Punta Rieles, c'est le refus de la dictature d'accepter que les camarades, après tant d'années de prison et de brimades, ne se soumettent plus et qu'au contraire, elles luttent avec leurs moyens contre toute mesure de répression.

- Pensez-vous que la situation se soit aggravée ces derniers mois, et dans l'affirmative, quelle en est la raison ?

- Oui, elle s'est aggravée. C'est indubitable. Avec l'isolement de la réalité, le confinement dans des espaces duits, l'absence de récréations res, les fenêtres fermées, le manque d'air, les volets, les mises au cachot plus fréquentes, la baisse de qualité de la nourriture, le manque de médicaments, les difficultés à trouver le sommeil. Et cela dans le cadre de la situation politique actuelle. relation avec nos liens avec la mobilisation populaire.

- Expliques-nous quelles sont les conséquences de cette aggravation sur la situation des prisonnières politiques.

— Eh bien, des atteintes physiques et psychologiques plus importantes, surtout pour les camarades qui sont en prison depuis plus de dix ans, auxquelles se pose le problème d'une réinsertion rapide, brutale, dans une situation politique qui offre la possibilité de réintégrer la société C'est-à-dire qu'il devient possible, à court terme, de retrouver sa famille, son travail, la lutte, après un déracinement extrê me. Cela exige un effort d'adaptation et de préparation psychologique énorme.

Précisément, cette répression essaie de ne pas laisser l'espace nécessaire à la personne pour se réinsérer, du point de vue humain et politique. La tension et l'instabilité absorbent une grande partie

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de l'énergie qui devrait être orientée vers la préparation à une réintégration sociale satisfaisante. (...)

- Comment pensez-vous que doit se faire la libération des prisonniers politiques ?

— Maintenant, par une amnistie générale sans restrictions. Il ne peut y avoir un jour de plus un emprisonné pour des rai-

Et nous pensons que cette libération doit se faire dans le pays, sans bannissement. Tant qu'il y aura un seul prisonnier ou exilé politique, cela signifiera que n'importe quelle personne qui demain élèvera la voix contre la supde la liberté, court le risque d'être mise en prison ou d'être expulsée du pays. Un gouvernement qui s'autoproclame démocratique ne peut permettre cette forme de menace dirigée contre le peuple. Tant qu'il existera un prisonnier politique ou un exilé, cela signifie qu'il n'y aura pas de garanties pour le peuple C'est lui qui doit gouverner dans une démocratie, exprimer ses revendications et

- Que pensez-vous de la possibilité que la libération des prisonniers politiques ne se fasse pas par une amnistie générale et sans restrictions, mais par le biais d'une amnistie pour certains, d'une remise de peine ou d'une grâce pour d'au-

— Nous ne sommes pas d'accord avec toute forme de discrimination politique ou juridique qui pourrait se faire entre prisonniers politiques, et encore moins avec des formules juridiques comme la remise de peine ou la grâce, qui établissent l'état de délinquant de celui qui n'a commis comme délit que de vouloir améliorer

Est-il admisssible qu'une démocratie qui a été conquise par le peuple nous considère comme des délin-

Notre peuple est passé par différentes étapes et s'est battu pour la démocratie de différentes façons. C'est un peuple aux aspirations pacifiques, et ce n'est pas par extravagance ou hasard qu'un grand nombre des siens s'est consacré, par exemple, à la lutte armée. Aujourd'hui, nous pourrions faire en tant qu'Uruguayens des bilans différents sur ce qu'ont été les différentes méthodes de lutte dont s'est doté le peuple. Mais cela ne veut pas dire que les unes comme les autres ne soient pas parties intégrantes du peuple. Ce fait, qui est généralement et clairement reconnu, s'exprime dans le mot d'ordre d'amnistie générale sans restrictions, qui fait partie des plate-formes de lutte de toutes les organisations sociales ainsi que des engagedes partis politiques qui se sont prononcés pour cette amnistie, comme le Frente Amplio ou le Parti national (Blan-

L'expression de cette exigence a été continue dans la rue, depuis le ler mai 1983. Le point culminant de cette revendication a été le jeûne collectif pour l'amnistie générale sans restriction, qui accompagna, en juillet 1984, la grève de la faim du camarade Wasem, qui luttait pour la même revendication. Elle fut confirmée par l'importante et combative manifestation qui participa ensuite à son enterrement. Comment le peuple considère-t-il un Tupamaro que la justice militaire accuse de graves délits? Le considère-t-il comme un délinquant ? Non ! Le peuple l'a dit dans la rue. Il ne compte pas sur des démarches bureaucratiques ou des formules juridiques pour résoudre les problèmes et pour défendre les siens, comme dans le cas de Wasem qui était en danger de mort, comme dans les cas des camarades prisonniers politiques qui se trouvent dans une situation extrêmement Mouvement de libération national - Tupamaros qui, en son temps, avec beaucoup de combattants uruguayens, avait décidé de prendre les armes pour lutter contre l'asservissement de notre peuple par la bourgeoisie et son gouvernement.

Le peuple reconnaît comme sien le combattant, non seulement avant la dictature, mais son combattant sous la dictature, qui ne s'est pas laissé vaincre par les conditions les plus infâmes qui lui furent imposées pour le liquider. Pour la première fois, un camarade du Mouvede libération national est avec le drapeau de son organisation.

Le peuple a également exprimé par son vote son opinion sur la situation des prisonniers. Il y a eu là un vote majoritaire pour l'amnistie générale et sans restrictions, qui s'est exprimé à travers le vote pour le Frente Amplio et pour le Parti national, qui s'étaient engagés sur ce thème. Les deux-tiers des Uruguayens, c'est-àdire plus de 900 000 personnes, ont voté pour l'amnistie générale et sans restric-

- Comment pensez-vous que la concette volonté majoritaire, sur l'amnistie générale et sans restrictions, puisse être garantie ?

- Nous ne faisons confiance qu'à la mobilisation. Nous avons confiance dans les travailleurs qui l'impulseront jusqu'à la satisfaction de cette revendication. Quand les partis politiques avaient des positions hésitantes sur la situation prisonniers, ce sont les travailleurs qui ont levé le drapeau de l'amnistie, de façon inconditionnelle et militante.

- Comment pensez-vous que la concrétisation de cette volonté majoritaire, sur l'amnistie générale et sans restrictions, puisse être garantie ?

- Nous ne faisons confiance qu'à la mobilisation. Nous avons confiance dans les travailleurs qui l'impulseront jusqu'à la satisfaction de cette revendication.

partis politiques avaient des positions hésitantes sur la situation des prisonniers, ce sont les travailleurs qui ont levé le drapeau de l'amnistie, de façon inconditionnelle et militante.

- Pensez-vous que l'on doive punir ceux qui sont responsables de crimes contre l'humanité, les responsables de tortures, de morts, de disparitions forcées ?

- Dans ce pays, il n'y a pas eu de guerre entre deux factions égales. Ce qui s'est passé ici, c'est l'usurpation des formes démocratiques dont s'était doté le peuple uruguayen, par une infime minorité de militaires qui répondaient à des intérêts étrangers, aux intérêts de l'impé-

La grande majorité du peuple a été écrasée, d'abord par la situation économique à laquelle il était soumis et qui a produit la grande émigration de l'Uruguay à la recherche de travail dans d'autres pays. Il faut y ajouter les milliers d'exilés qui étaient persécutés et les milliers de prisonles morts et la torture, les assassinats d'étudiants et d'ouvriers dans la rue. Ces crimes ont été commis par une infime minorité. Il ne peut y avoir de paix, on ne peut considérer la justice comme rétablie, si l'on ne châtie pas les coupables de ces crimes. Ils doivent être punis. Il ne s'agit pas de revanche. Il faut qu'il n'y ait plus personne pour commettre les mêmes cri-

- Le châtiment garantira-t-il que ce type de crime ne se reproduise pas ?

- Ce n'est pas le seul moyen. Toute la législation répressive doit être abolie, au niveau syndical, politique et culturel. La justice militaire doit aussi être abrogée. Il n'est pas possible que ce soient les militaires, eux qui sont responsables de la dictature en tant qu'institution, qui se jugent eux-mêmes. C'est le peuple qui doit les juger à travers ses organismes civils. Cela doit être impulsé et avalisé par l'engagement politique du Parlement et des différents secteurs sociaux en lutte.

- Pour terminer, que pensez-vous de l'action du Groupe des mères et des familles des accusés par la justice militaire ?

— Je dois dire d'abord que nous sommes très fières de nos mères et de nos familles. Ce sont elles qui, directement en contact avec nous, expriment et défendent nos intérêts. Elles le font dans toute leurs actions : dans la dénonciation, dans les exigences qu'elles soumettent aux partis politiques, dans la mobilisation de rue. Elles ont défendu nos intérêts de façon très fidèle. C'est pour cela que nous pensons que les partis politiques, les organismes des droits de l'homme, les différents secteurs sociaux, tous ceux qui veulent se battre pour l'amnistie, doivent faire particulièrement attention aux propositions mobilisatrices de nos familles.

Tous nos besoins se résument à un seul, celui d'amnistie générale et sans resdu Groupe des mères et des familles des accusés par la justice militaire, Montevideo, décembre 1984.

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